III. - MALLOLES
Nous sortons de Perpignan par la Porte Saint-Martin, et nous venons rejoindre la Rouie d'Espagne ou route nationale n° 9. Le cimetière, que nous trouvons à gauche, ne renferme rien de remarquable, sauf la simplicité des deux monuments funéraires des généraux Dagobeii et Dugommier. Aux environs de la nécropole se forme actuellement le Faubourg Saint-Martin, qui s'étend jusqu'à la Fontaine d'Amour, non loin de laquelle coule un mince filet d'eau ferrugineuse, objet d'un véritable culte de la part de quel(|ues habitués. En face s'allongent les longues et monotones murailles de l'hospice de la Miséricorde.
A un quart de lieue plus loin existait^jadis la Villa Goihorum ou VUla Godor, dénominations qui font supposer que les Goths avaient fondé cette petite ville. Au
XI<î siècle, le nom de Villa Gotlwrutn est accompagné de celui de Malleolas, qui finit par lui être entièrement substitué sous la forme catalane de Malloles. De cette ville, qui était encore au XIII^ siècle un centre important de population, il ne reste qu'un faible débris, les ruines informes de son église. Son territoire s'étendait jusqu'à la Tet et comprenait le quartier actuel de Saint- Assiscle. Ce nom lui vient d'un petit prieuré dont la chapelle a subsisté jusque dans ces derniers temps.
Auti^fois les Perpignanais venaient enterrer le Carnaval à Malloles, le Mercredi des Cendres. Conservant une partie des anciens usages, la foule avait pris l'habitude de s'arrêter moitié chemin : elle établissait ses jeux à la Fontaine d'Amour et à V Allée de Bacchus] au pied du Puig Johan, dit aussi la JusticCy parce qu'il y avait là anciennement les fourches patibulaires de la juridiction royale. Au sommet de l'allée de Bacchus se trouve le Mas Conte, du nom d'un ancien propriétaire. C'est Conte qui, en 1805, créa cette promenade et construisit une fontaine qui existe encore. Pour l'orner il demanda à la commune deux génies de marbre qui étaient dans la cour de l'Uni vei'si té. On les y a rapportés depuis, mais criblés de coups de fusil, mutilés.
Le Mercredi des Cendres était Lo (lia de Malloles. De La Loge à la Fontaine d'Amour et à la Fontaine de Bacchus, les rues et la route regorgeaient de monde, foule bariolée, gaie et bruyante, incessamment travei-sée par des masques et que venaient grossir encore la foule des paysans des environs. On a, depuis quelques années, renoncé à venir jusqu'ici et l'on s'en tient au a tour de ville i>. Le a Carnaval de Perpignan » s'est d'ailleurs complètement transformé.
A un quart de lieue environ à l'Est, s'élèvent les Arcades, qui servent de conduit, en cet endroit, aux eaux du ruisseau de Las Cariais. C'est au pied de ces vieilles murailles que, pendant le blocus de Perpignan par l'armée de Louis XIII en 1642, avait sa tente dressée un officier destiné à devenir un des plus grands bonmies de guerre du siècle de Louis XIV ; nous voulons parler du vicomte de Turenne, alors lieutenant-général du maréchal de La Meilleraye, commandant du blocus. —
Sur Tun des côtés de l'arcade du milieu (où passe la voie /errée) se trouve une plaque de schiste noir portant une inscription qtti, croyons-nous, n'a été signalée par personne. Cette inscription dit que la plaque (jayette) a été placée par Jean François Picon d'Andrezel, capHaine au régiment de la couronne et lieutenant de roi de la province de Roussi lion, âgé de treize ans, fils aîné de messire Jean Baptiste Louis Picon d'Andrezel, intendant de la dite province (1723).
Le ruisseau de Las CanalSy qui fournit de l'eau à la ville de Perpignan, est aussi un des principaux canaux d'arrosage de la plaine du Roussillon ; sa prise d'eau est à Ille. Il fut concédé en toute propriété à la ville de Perpignan par lettres patentes de Charles VIII, roi de France. Sa longueur est de 28,872 mètres.