‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 8 sur 71 · V. - DE PERPIGNAN A THUIR ET DANS LES ASPRBS · texte numérisé non relu

V. - DE PERPIGNAN A THUIR ET DANS LES ASPRBS

Orle (4 kil. O. de Perpijrnan). — Le Chemin de Jurande communication n" 8 se détache de la roule nationale n*^ 9, au pied même des ouvraj^es foKifiés qui couvrent la porte Saint-Martin. — A3 kil. nous attei|;nons le premier moulin d'Orle dit Moli de las pipasy nom qui lui vient d'une scierie d'él)auchons de bruyère pour faire des pipes à fumer, établie vers 1855 et supprimée depuis. Le second moulin et le hameau sont situés un peu plus loin. Orle, qui forma de très bonne heure un petit village, était une possession des Templiei*s. L'égalise, convertie en grenier, subsiste encore.

Pendant la campagne de 1793, ce hameau joua un rôle considérable dans le système de défense de Perpignan. « Le Camp de l'Union, » formé sous la place, s'étendait de Gabestany jusqu'à Orle, où était établie une batterie d'artillerie. Après la guerre de 1870-1871 on y installa un camp d'instruction qui n'existe plus aujourd'hui.

Toulouges (6 kil. O. de Perpignan). — A deux kilomètres environ d'Orle, nous entrons à Toulouges, gros village de 1345 habitants, situé sur la rive droite de la Basse, dans un pays fertile et sillonné d'abondantes eaux que donnent les sources et les fontaines artésiennes. (1)

Le portail de l'église est très remarquable ; c'est un excellent morceau d'architecture et de sculpture romanes; il est orné de trois colonnes (une quatrième a disparu), d'un double tore dont l'un est rubané et lleuronné sous l'archivolte. On y distingue deslêtes de monstres avalant des hommes. Certains détails des chapiteaux rappellent quelques sculptures du cloître d'Elne et des portails de l'église de Villefranche-de-Gonflent.

Toulouges est célèbre dans l'histoire par un synode

(i) C'est ici que fut creusé le premier puits artésien du Roussillon, en 182g.

et 'un concile mixte qui y furent tenus, l'un en 1027, l'autre en 1065. On établit, dans ces deux assemblées, ce qu'on appela la Trêve de DieUy qui bornait à certains jours de l'année les hostilités et décrétait de grandes peines contre ses violateurs.

Thuir (14 kil. S.-O. de Perpignan). — Nous suivons la route qui est large, plate et ombragée. Elle traverse d'interminables vignobles égayés de temps à autre par de grandes métairies et de superbes châteaux.

Thuir domine une des plus belles et des plus fertiles plaines du département. Il est chef-lieu de canton et compte 3000 habitants environ.

Il en est question dès le X^ siècle et on le trouve souvent cité dans nos guerres du moyen âge et des temps modernes. Sa charte de consulat est d u mois de mars 1294.

C'est une ancienne ville royale, composée principalement d'une cellera, où se trouvaient l'église et le cimetière. On voit par des documents d-u Xlfl» siècle que le roi y possédait un château ou maison d'habitation. La cellera deThnir avait la figure d'un heptaj^one irréguller, formé d'unsimple mur decliemise en cailloux roulés. Un fossé faisait le tour de l'enceinte. C'était en somme un réduit assez étroit ne pouvant contenir qu'une petite population. Il se forma bientôt autour de la cellera comme un bour^ (( hors les murs ». En 1287, oh l'entoura à son tour d'une enceinte, flanquée de tours, percée de meurtrières, et la cellera forma ainsi une espèce de citadelle intérieure. (1)

En 1793 l'armée espagnole s'empara de Thuir et l'occupa depuis le 29 juin jusqu'au 21 septembre, époque où les Français le reprirent à la suite d'un siège.

Avant la Révolution, Thuir était très commerçant. Outre des papeteries et des ateliers de potiers on y voyait une imprimerie; Agel y imprima une traduction catalane d'Esther, tragédie de Racine. Les cruches de Thuir, dites

(i) Voir l'Introduction de V Inventaire sommaire des archives communales {de Thuir) antérieures à lygo. Ce beau travail a été rédigée par M. Desplanque, alors archiviste du département, et publié par M. le D"" Ecoirfier, maire de Thuir.

poals, sont fort i-enommées.i — La maison Viollet fr^i-es, qui fait le Bijrrh, possède ici une des installations les plus grandioses qui se puissent voir an monde. 1^ vieille

petite ville, aux rues étroites et cailloutées, lui doit un peu de sa gaieté et de son activité industrielle et commerciale.

L'église, qui est tout à fait moderne, possède une statue (lelaVier^quittnledelarindu \ll^sièc]eoudespi-eiTii(>ras années du Mil", a La Viei'ge de Tliuir, dit Bonnefoy, est connue sous le nom de Notrc-Damc-dp-la-Victoire, et ce nom lui vient de loin, s'il faut en croire le récit de nos péi'es. Cliarlema^ne, prêt à marcher contre les Sarrasin.s, avait placé la Sainte Viei^e au milieu de son armée. Un présence de l'ennemi, sur les hauteurs de Passa, les Francs, brùlès pai' une soifardente, laissent tomlter leun^ armes. Cliarles, plein de confiance en la patronne qu'il s'est choisie, l'invoque et, pltmjj^ant son épée dans le sahle (l'un torrent riesséché. en fait jaillir une source abondante. Les soldats épuisés se désaltèrent, volent à l'ennemi et le refoulent au-delà des monts. Le monarque victorieux fonda sur le lieu témoin du prodige une abbaye qu'on appetla Mvnastir del Camp. Mois Charlema};ne ne fut pas toujours là pour défendre nos frontières; l'infidèle porta de nouveau le fer et la Hamme dans ces champs témoins de sa défaite.

« Noire-Dame-de-la-Victoire fut alors soustraite à leurs profanations et sa trace resta longtemps perdue. Un ber- [rer, à la recherche d'une brebis égarée, retrouvalastatuette dans un bois épais qui couvrait la place où s'élève aujourd'hui la ville de Thuir. On bâtit une chapelle en mémoire de cette invention et peu â peu les habitants de Thuir, alors distant d'un millier de pas, vinrent tfronper leurs habitations au milieu du .sanctuaire, u

La statue de Thuir est en plomb et haute de 0"'50' ; c'est 1 un précieux morceau d'archéo- ■ logie.

A l'Ouest de la ville s'élevait

u viKBUE UF. THLin '^ couvent des Capucins, fondé

en 1.^)89. Après la réunion du

Roussillon à \w France, les moines s'en allèrent en

Catalogne ; ils furent remplacés par des confn»res français. C'est aujourd'hui une maison de particuliers.

Presque à l'entrée de Thuir se trouve la chapelle de la Pietat, en style gothique du XV« siècle. Elle fut construite, en effet, en 1415 aux frais d'un notaire de Perpignan appelé Pierre Aybri.

La chapelle de Saint-Sébastien, de style absolument médiocre, est située sur le Chemin de grande communication n» 4 bis ; elle existait déjà au moyen Age, mais elle a été très probablement remaniée ou refaite.

A Thuir, nous sommes au pied des Aspres. Les Aspres sont les racines du Canigou, le soubassement étage de ce pic énorme qui, en surgissant brusquement au milieu de la plaine roussillonnaise, y a propagé au loin les ondulations de son soulèvement. Cette région montagneuse descend eu amphithéâtre entre le Tech et la Tet jusqu'aux environs d'Elne. Elle mérite son nom par l'aridité de ses hautes collines pierreuses, mais partout les pentes et certains recoins sont cultivés en vignes et donnent d'excellents produits, notamment dans les territoires de Thuir, Ponteilla, Terrats, Fourques, Trouillas, Bages et Banyuls-dels-Aspres.

Gastellnou (7 kil. N. O. de Thuir). — Castellnou est tout petit ; il compte 350 habitants. Il est situé à 7 kilomètres de Thuir, sur le versant d'un roc escarpé au sommet duquel était bâti le château seigneurial dont on voyait naguère les fortifications à moitié ruinées. Ce château a été restauré dans ces derniers temps, mais il serait difficile d'y reconnaître le vieux manoir féodal du X® siècle. Si on excepte l'ancien Château royal de Perpignan, Gastellnou possède les annales les plus complètes et les plus anciennes parmi nos châteaux du moyen âge. Il fut construit vers l'an 990.

Ici fut le siège d'une vicomte dont le titulaire figure dans l'histoire locale dès l'an 1020, et le lieu d'origine d'une des familles les plus puissantes du Roussillon. Cette famille a fourni plusieurs illustres guerriers aux armées aragonaises.

Le pays est à voir, à cause même de son aspect désert, triste et renfrogné.

Sainte-Colombe (2 ki!. S. de Tlmir). - Le villajte est situé sur un coteau fertile qui produit d.i vin et des céréales. Il a fait partie d^s po^^âei^sluns de l'Hôpital de Saint-Jean-de-Jériisalem et dépendait de la Commanderie du Mat> Dell ; de là le nom de Sainte-Colombe de la Commande qu'on lui donne quelquefois.

Ici passe un chemin qui conduit à 1^ Bastide, dans les Hautes- A spres, par les Hostalet.s et la Mare de Déu del Coll de Priinet.

Llupla (2 kil, S.-E. de Thuir). — En sortant de Thuir on suit pendant deux kilomètres le Chemin de grande communication n" 4 lii;^, puis on prend à drxtite le Chemin de {grande communication n" 2 qui passe à Ltupia, Terrats et rejoint, à Fourques, le Chemin d'intérêt commun n° 'i, qui part du Mali de las pipas.

Llupia est tout petit (290 liab.). L'élise ruinée de Saint- Romain date du milieu du X" siècle (1) ; elle a conservé

l'éirli^ dp Saint' Ko ma in de Llupia du terrain siir

le cachet roman. Un (iociiment de 1195 mentionne qu'il y avait dès cette époque une forteresse à Llupia. — Le radical lup, qui entrej^lans le mot LupianuSf d'où on tira Lupia ou Llupia^ est très répandu dans l'onomastique pyrénéenne; on sait qu'il si^^nilie « loup » et qu'il a donné le catalan llop et Uoba. — Dans les environs se trouve la chapelle de Vilarmila, dédiée à la Viei-j^e et très en honneur jusque dans ces derniers temps.

Teprats (4 kil. S.-E. de Thuir). — Le chemin monte pour atteindre le plateau de Terrats, d'où se découvre la réjçion des Al hères. Terrats compte un peu plus de li()0 hahitants. Ses coteaux, exposés au midi, produisent un vin pétillant d'une réputation méritée. A une demilieue du village, et non loin des hords du lai-j^e torrent de la Gantarana, a existé jadis, à ce qu'on assure, une ville du nom de Mirmande. La tradition dit que c'était une cité florissante lorsque Barcelone ^l'était (juun pré. Mirmande, disent les herjçei^ des environs, a été pendant longtemps le domaine des fées et, du temps du roi Arthur, on y voyait des salles magnifiques (jue les Encantadas hahitaient. C'est là que ces femmes ou plutôt ces formes, ces apparences singulières, comhiaient de joie et de plaisir Ta me des hommes qu'elles aft'ectionnaient .

Voici comment l'un de leurs favoris commença sa fortune :

« Plusieurs fois il avait vu sur les tapis verts de Mirmande du linge étendu dont la hlancheur avait soulevé l'envie des commères du voisinage, et plusieurs fois aussi il avait vu s'évanouir tout ce linge sans qu'il en restât la moindre trace. Cette disparition était suivie d'un bruit dans l'air tel que le ferait une troupe nombreuse d'hommes passant au-desvsus de sa tète et allant se perdre dans le fond de la vallée. La reine des fées résolut de récompenser la foi et le respect qu'il montrait pour sa puissance ; et il advint qu'un jour notre favori, après avoir vu disparaître, comme à l'ordinaire, le linge dont la blancheur le disputait au plus beau clair de lune, trouva ses pieds embarrassés dans une ceinture enchantée qui suivait ses pas. Etonné, il la ramassa ;

aussitôt une voix aérienne lui cria : « Va, tu ne seras jamais pauvre. »

En sortant de Terrats la route-descend pour traverser la Gantarana, large et plate, tourne à droite et gravit une côte encaissée et sombre, puis atteint un plateau coupé par un profond ravin dont les berges, formées par des terrains rouges, ont un aspect de singulière sauvagerie. La route court ensuite vers Fourques dont on aperçoit bientôt le vieux château (7 kil. de Thuir). Plus loin, les A Ibères s'élancent dans le bleu du ciel et ferment rhorizon.

Page 1