‹ Guide illustré de Timgad (antique Thamugadi)Chapitre 4 sur 57 · GUIDE · texte numérisé non relu

GUIDE

Illustré

de TlMGAD

(ANTIQUE THAMUGAD1).

LAMBESE

De Batna, la voiture qui conduit à Timgad met environ trois quarts d'heure à atteindre Lambèse [Lambœsis], dont les ruines, encore peu explorées, méritent cependant une visite. Un monument rectangulaire frappe surtout les regards : c'est le Praetorium, bâtiment qui s'élevait au centre du camp de la IIIe légion Auguste. C'était un vaste espace couvert par une charpente servant aux cérémonies et aux réunions militaires. Les fouilles dernières ont mis au jour une place (pi. i, page 3. — Le Praetorium) qu'entourent des constructions [Posticwn, ensemble de salles précédées de portiques, et Scholœ), où l'on conservait les épargnes des soldats et le trésor de la légion en même temps que les statues des empereurs et les enseignes du corps d'armée. Non loin de là sont les thermes de la légion, situés dans l'enceinte du camp. Ils ont été entièrement déblayés en 1902 sous la direction de notre service, par M. Courmontagne, directeur de la Maison Centrale.

En quittant le camp, dans la direction de la ville proprement dite, on rencontre les ruines d'un arc triomphal

dédié à l'empereur Commode (fin du 11e siècle); puis, remplacement de l'amphithéâtre qui a servi de carrière aux ingénieurs et aux entrepreneurs pour l'édification de la Maison Centrale. Du côté du sud-est se présentent les restes d'un fort byzantin de petites dimensions, et un arc monumental, à trois arches, de l'époque de Septime Sévère (193-21 1) (pi. 2, page 4). La voie septimienne qui passe dessous, reliait le camp à cette porte de l'antique cité. A proximité de l'arc, on voit des latrines, disposées en demi-cercle, qui faisaient partie d'un grand établissement de thermes aux ruines imposantes, improprement désignées sous la rubrique « Palais du Légat ».

Nous ne pouvons que citer à la suite : le temple d'Esculape et d'Hygie, disposé au bout d'une allée flanquée de salles de visites et d'opérations, et deux places juxtaposées : c'étaient les enceintes sacrées. Sur la plus spacieuse s'élèvent les restes du grand temple, à double cella, de Jupiter Capitolin; la deuxième, située un peu en contre-bas, était, comme la première, entourée de portiques. Au nordest, on voit les ruines des bains dits « des Chasseurs », bâtis par la légion ; deux portes de la ville du côté est; les restes d'un temple à Neptune; des aqueducs; plusieurs sépultures, et des mausolées offrant un réel intérêt.

Après avoir rapidement visité le vaste emplacement de la célèbre cité militaire impériale et le musée, on gravit alors une rampe assez rapide qui conduit à Marcouna, l'ancienne Verecunda, et l'on passe à côté d'un arc triomphal assez bien conservé, jeté sur la voie antique qui reliait Lambèse à Théveste. Enfin, au 34e kilomètre, on quitte la route qui longe la vallée de l'ouest à l'est pour prendre brusquement la direction du sud, et l'on franchit une rivière, l'Oued-Mérien.

On aperçoit alors distinctivement les hautes colonnes, les monuments et les voies éclatantes de blancheur de la Pompéi africaine, de Timgad, la reine de l'Aurès.

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TIMGAD. EXPOSE GENERAL

T1MGAD. — Exposé général

Les ruines de Timgad sont aujourd'hui aussi célèbres que celles de Pompéi (pi. 3, page 6. — Panorama des ruines de Timgad). On trouverait rarement ailleurs des conditions aussi favorables pour l'étude vivante et palpable du glorieux passé des Romains. En France, en Italie, en Autriche, en Turquie, en Afrique et même en Asie Mineure, enfin dans tous les pays baignés par la Méditerranée, il y a certes des vestiges antiques remarquables, des monuments du plus haut intérêt; mais ces restes sont isolés et, jusqu'ici, nulle part, sauf à Pompéi, on n'a trouvé l'équivalent de ce que nous donne Timgad, c'est-à-dire un ensemble complet, une ville tout entière qui semble n'être morte que d'hier et qui sourit à la résurrection ensoleillée de ses rues, de ses carrefours, de ses monuments.

Mais, et c'est là ce qu'il importe de bien faire observer, Pompéi était une colonie grecque implantée dans le cœur de l'Italie; l'architecture de ses édifices n'a emprunté à Rome que des dispositions générales. Timgad, au contraire, est romaine; elle est l'empreinte authentique frappée par le sceau de la Capitale du Monde sur un point de la frontière sud de son empire, et, par cela même, elle offre un intérêt bien différent de celui de Pompéi. Ce n'est pas à dire que l'art qui a présidé à sa construction soit indemne de toute influence locale : il n'existe pas au monde d'exemple d'un art transplanté dans un pays sans qu'il ait subi la transformation du milieu. Aussi l'architecture toute romaine de Timgad est-elle parfois quelque peu mitigée de phénicien et de gréco-byzantin.

Pompéi était une ville de plaisance, une efféminée; ses

édifiées élégants et d'un style très délicat manquent d'ampleur, et les matériaux qui les composent cachent la plupart du temps leur pauvreté sous de riches enduits peints.

Thamugadi avait un rôle plus grave à remplir; elle avait conscience de l'utilité de ce rôle, et la construction de ses monuments est le reflet de l'importance que l'empire attachait à l'établissement de cette cité frontière, robuste fille de Rome.

M. Gabriel Hanotaux(i), de l'Académie française, à la suite d'un voyage qu'il fit, au printemps de 1 902, en Algérie, s'est plu à mettre en parallèle Pompéi avec Timgad :

« Les riches Pompéiens se plaisaient sous ses lambris nets, « clairs et frais. En somme tout était médiocre et mince; rien « de comparable à la majesté et à la solidité de Timgad »

Cette impression est bien celle qu'emportent les touristes qui ont visité les deux cités rivales; qui a vu Pompéi, n'a pas l'idée des surprises que lui réserve Thamugadi.

Les ruines, situées sur les premiers contreforts de la chaîne de l'Aurès, dans un renfoncement du mont Morris, sont à 1.071 mètres d'altitude. A trois kilomètres au sud, une source, l'Aïn-Morris, fournissait l'eau à la cité antique au moyen d'aqueducs aujourd'hui effondrés, dont nous avons en plusieurs endroits reconnu les restes.

En dehors des alignements compacts, se dresse, au sud, le fort byzantin qui domine la vallée. Dans la direction du nord au midi, une des deux voies principales, le Cardo Maximus, traverse la ville dans sa longueur; la deuxième voie, le Decumanus Maximus, formant un angle droit avec la première, franchit la cité dans le sens de la largeur, de l'ouest à l'est. A leur intersection, conformément aux règles qui présidaient à l'établissement des colonies militaires romaines, était la place publique, le Forum, centre de la vie municipale.

Plusieurs portes donnaient accès à la ville qui était

(1) Une ville morte. — Le Journal (ier septembre 1902).

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