INTRODUCTION HISTORIQUE
L'examen des collections archéologiques du musée d'Avenches ne révèle que l'une des faces de la vie antique; elle évoque le souvenir de l'art architectural et plastique, de l'industrie et de la vie privée des Helvètes à l'époque romaine. Mais elle laisse dans l'ombre l'histoire et les institutions de ce peuple.
Les inscriptions que l'on déchiffre à grand'peine sur les stèles ou « cippes » de roche ou de marbre extraits des fouilles viennent heureusement éclairer cette histoire d'un jour nouveau et inattendu. Il ne faut pas, sans doute, y chercher des annales ou des récits épiques, mais au moins les noms des dieux auxquels on adressait des vœux et dont on implorait la protection ; ceux des magistrats dont la mémoire s'est conservée chez les contemporains ; les noms d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont connu nos joies et nos douleurs , éprouvé nos passions et qui ont été pleures par leurs proches. Quand on s'attache ainsi au sens intime de ces témoins muets d'un âge disparu, ces documents lapidaires paraissent prendre vie; ils offrent alors un véritable intérêt, parfois même une poésie mélancolique...
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Nous ne visons pas ici à présenter au lecteur le résultat de nouvelles recherches et moins encore à épuiser la matière, mais simplement à donner le texte des inscriptions conservées au musée, avec les explications indispensables pour en faire comprendre la signification ou l'intérêt. Sans remonter aux ouvrages des auteurs antérieurs au milieu de notre siècle1, nous nous référons aux travaux de Mommsen, de Bonstetten et de Hagen. Dans son Recueil des inscriptions latines de la Confédération suisse, paru en 1854, et qui forme le tome X des Mémoires de la Société des Antiquaires de Zurich, M. le professeur Mommsen a catalogué les inscriptions d'Avenches, dans son chapitre XIII, sous les nos 154-210. Il a établi, pour la classification de ces inscriptions, les catégories suivantes: 1° les inscriptions mentionnant une ou plusieurs divinités du panthéon romain, comme les ex-voto (nos 154-167); 2° les inscriptions honorifiques, rappelant des empereurs, des magistrats du peuple romain ou des militaires (nos 168-181); 3° celles qui rappellent des magistrats municipaux ou des corporations (nos 182-192) ; 4° celles qui se rapportent à des particuliers, comme leurs épitaphes (nos 192-210). C'est là la classification rationnelle et scientifique, à laquelle il faut ajouter la catégorie des bornes milîiaires, placées le long des routes pour y marquer les longueurs, en milles romains ou en lieues gauloises, au nom de l'empereur régnant et enfin les inscriptions et estampilles gravées sur les ustensiles de ménage, les objets mobiliers, les poteries, les poids, les briques, les tuyaux de plomb, etc.
M. Mommsen a donné la bibliographie complète des inscriptions, en renvoyant le lecteur à tous les ouvrages et ma-
1 Rappelons seulement les noms suivants : Egide Tschudi (1505-1572) ; Jean Stwmpf (1501-1566) ; Josias Simmler (1530-1576) ; Gruter, l'auteur du premier recueil général; le fribourgeois Guilliman: le zuricois Haçjenbuch ; les vaudois Loys de Bochat (f 1754) et Levade (f 1839) ; le zuricois Scheuchser ; les bernois Marquard Wild et Gottlieb- Emmanuel de Haller ; Ritter, dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque de Berne ; Exchaquet et surtout Jean-Gaspard Orelli (1782-1849) qui a publié, pour la première fois isolément, les inscriptions helvétiques (1826); il donna ensuite YAmplissima collectio (1828); puis, en 3e édition, les Inscriptiones Helvetiœ collectée et exphcatœ, Mémoires des antiquaires de Zurich, t. II.
nuscrits renfermant le texte publié. C'est dire que son recueil restera la première source à consulter pour qui voudra étudier les institutions de PHelvétie romaine.
Toutefois le chiffre des inscriptions de provenance suisse s'est notablement accru depuis 1854, et MM. Keller etMeyer, ont publié, en 1865, un supplément au recueil de Mommsen1, qui lui-même a été dépassé depuis. Le volume XIII du Corpus inscriptionum latinarum, actuellement en préparation, doit renfermer les inscriptions des trois Gaules et des deux provinces de G-ermanie2; il comprendra par conséquent celles de la majeure partie du territoire actuel de la Suisse, qui était rattaché à la Germanie supérieure. C'est donc dans cette prochaine publication de l'Académie de Berlin qu'on pourra trouver réunies les inscriptions d'Avenches et de tout le territoire helvétique dont Avenches était le centre, c'est-à-dire la Suisse actuelle, moins les cantons de la Suisse orientale, du Tessin, du Valais et de Genève.
La publication spéciale la plus complète et la plus récente sur les inscriptions d'Avenches est celle du professeur Hagen, parue en 1878. Elle est intitulée : Prodrome d'un nouveau recueil des inscriptions latines helvétiques renfermant les inscriptions d'Avenches et des environs3 .
De même que Mommsen, Hagen a joint, aux inscriptions conservées actuellement à Avenches, plusieurs autres inscriptions provenant indubitablement des ruines d'Aventicum et qui ont été transportées au château de Villars-les-Moines (en
1 Erster Nachtrag zu den lnscriptiones Conf. Hclv. latinœ, von Th. Mommsen, gesammelt uud Jierausgegeben von F. Keller und H. Meger, dans les Mittheilungen der antiq. Gesellschaft in Zurich, t. XV, fasc. 5 (1865). Les inscriptions d'Avenches, découvertes de 1853 à 1865, y figurent sous les numéros 21 à 25. Aujourd'hui on compte cinquante-deux inscriptions d'Avenches conservées en tout ou en partie, hormis toutefois de menus débris et les inscriptions de Amsoldingen.
- Les inscriptions des Grisons, pays qui formait une partie de l'ancienne Rhétie, sont publiées dans le tome III, 2, du Corpus Inscr. lat., celles du Valais et de Genève dans le tome XII, et celles du Tessin dans le tome V.
3Inest : Hermanni Hageni prodromus novœ inscriptionum latinarum helveticaruiii sylloges,titulos Aventicenses et vicinos continens. Berne, 1878.
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allemand Munchenweiler), situé dans une enclave bernoise au sud de Moral. Ce château appartient à la famille de Graffenried, dont plusieurs membres ont été baillis à Avenches ; il a été élevé sur l'emplacement d'un ancien couvent et construit en partie avec des matériaux pris sur l'emplacement des ruines d'Aventicum ; on y remarque, à droite et au-dessus de la porte d'entrée, une colonne avec chapiteau composite encastrée dans le mur.
L'ouvrage de Hagen a été fait avec une grande minutie et sera consulté avec fruit par les archéologues. Mais, pour le public, il est d'une érudition trop spéciale. De même que dans le recueil de Mommsen, en effet, l'introduction et les notes sont rédigées en latin.
A côté de ces travaux, que l'on pourrait, dans l'espèce, qualifier de classiques, il. faut en placer un autre plus modeste. C'est le texte explicatif de la Carte archéologique du canton de Vaud, publiée en 1874 par le baron deBonstetten; ce texte explicatif donne, pour chacune des localités, énumérées dans l'ordre alphabétique, des renseignements sur les antiquités qui y furent découvertes. Les inscriptions d' Avenches sont cataloguées de la page 2 à la page 12, d'après le recueil de Mommsen. Au texte latin, l'auteur a joint la traduction française de l'inscription et des commentaires historiques ; mais ceux-ci ont perdu beaucoup de valeur depuis les travaux plus récents de MM. Gh. Morel, W. Gart, W. Wavre et E. Secretan.
Pour compléter la revue des publications relatives aux inscriptions d'Avenches, il faudrait encore citer les nombreuses notices parues dans Y Indicateur d'antiquités suisses et dans le Bulletin de l'Association Pro Aventico, notices qui ont pour objet soit de commenter les inscriptions nouvellement découvertes, soit d'étudier celles qui concernentla même institution ou les membres d'une même famille. Cette énumération nous entraînerait trop loin et nous nous bornerons ici à citer, en note, les articles les plus importants1.
1 Dans V Indicateur d'antiquités suisses, je relève les notes de Bursian et de J.-J. Muller, t. I (1870-1871); — de Caspari,t. II (1872): — de Hagen, t. III (1875-1878) ; — de Keller,i. IV (1881): — de Wiener, ibidem ; - de Schneider,
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Cet aperyu de la bibliographie du sujet permettra au lecteur désireux d'étudier par lui-même, de recourir aux catalogues raisonnes et aux monographies concernant les inscriptions d'Avenches. Notre Guide étant destiné au grand public, nous avons jugé bon de grouper, dans cette Introduction, les remarques que suggère l'étude des textes, afin de mieux en l'aire ressortir l'importance pour la connaissance de l'antiquité, et de ne placer à la suite des textes latins que la traduction française avec les observations nécessaires à leur intelligence '. Voici ces remarques :
L'épigraphie, science des inscriptions et branche de la philologie classique, est la science auxiliaire de l'histoire la plus importante pour l'étude des institutions, de la vie publique et privée des Anciens. Son utilité, pour l'histoire de la domination romaine sur les Helvètes, est encore rehaussée par le l'ait que les auteurs anciens n'ont presque rien écrit au sujet des Helvètes en général ou d'Avenches en particulier 2. C'est surtout par l'examen attentif de l'aire de dissémination des inscriptions latines que l'on est parvenu à fixer approximativement les limites du territoire de la cité des Helvètes ; celuici occupait en tous cas la majeure partie du plateau suisse, des Alpes au Jura et de la rivière de l'Aubonne jusqu'à la vallée de la Thur.
Ce pays fut rattaché, lors de la division de la Gaule en quatre provinces, à la Belgique, qui comprenait tous les pays situés au nord et à l'est de la Seine et de la Saône. Mais la Bel-
t. V (1883-1887) et t. VI (1891): — de Meisterhans, enfin, t. VII (1892-1895). - Dans les Bulletins du Pro Aventico, citons aussi les articles : de MM. AV. Cari, Bulletins I et Tl (1887-1888), p. 18 et 57 : — W. Wavre, III (181)0), p. 40, et C'A. Morel, ibidem, p. 48: — L. Martin, \Y (1891), p. ■'> etsuiv. : F. Jomini, ibidem, p. 40: — enfin, W. Cart. ibidem, p. 44.
1 Les inscriptions sont cataloguées par nous suivant l'ordre où elles sont placées dans la salle 1 (rez-de-cbaussée) et contre le mur de l'escalier: les numéros permettent de se référer de l'Introduction au Catalogue qui la suit.
"2 Les seuls passages concernant Avencbes sont commentés dans le recueil de Mommsen, et dans le guide d'Aventicum de M. Eug. Secretan (Introduction). Rappelons que l'on appelle Sigles. en épigrapbie, les abréviations, telles que D. M. pour Dis Manibus, et ligatures les groupes formés par l'union de deux ou plusieurs lettres de l'alpliabet romain.
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gique elle-même fut plus tard divisée en trois régions qui finirent par devenir des provinces distinctes : la Belgique proprement dite, et deux « confins militaires », la Germanie inférieure et la Germanie supérieure. C'est à la Germanie supérieure que le plateau occupé par les Helvètes fut rattaché.
Aventicum qui, dès avant l'occupation du pays des Helvètes par les Romains, en était le chef-lieu, caput gentis, n'y occupait donc pas une position géographique très centrale ; mais il se trouvait au point de jonction des routes reliant la Germanie à la Gaule et à l'Italie, par St-Maurice et le Grand St-Bernard, d'une part, et, de l'autre, par Genève et la vallée du Rhône.
La confirmation du fait que le territoire helvète était compris dans celui des Trois Gaules (Aquitaine, Lyonnaise et Belgique) est donnée par les inscriptions des bornes milliaires. En effet, sur ces milliaires trouvés en Suisse, les distances sont comptées, dès le règne de Septime-Sévère, en lieues gauloises, comme ce fut le cas dans toute la Gaule, et non plus en milles romains.
D'autre part, l'impôt dit Quarantième des Gaules, quadragesima Galliarum, soit l'impôt de i/A0, ou de 2 Va %» qui était prélevé à la frontière des Gaules, était perçu à Saint- Maurice en Valais et à Zurich, sur terre helvète. Ce fait, établi aussi par les inscriptions, fournit la preuve de ce que le pays helvète faisait partie du district douanier des Gaules. Ce district confinait à l'est à celui de la Rhétie dont la frontière se trouvait à l'est de Zurich.
Dès fan 49 avant Jésus-Christ, les Helvètes se trouvèrent dans la condition d'alliés du peuple romain ou peregrini ; ils conservaient leur droit, leurs coutumes et une indépendance relative dans leur administration, mais ils payaient à Rome un tribut annuel. Le nom de l'un des percepteurs de cette redevance est parvenu jusqu'à nous ; c'est celui de Donatus Salvianus (n° 50).
La division du pays en quatre pagi ou districts semble s'être maintenue pendant les premiers temps de la domination romaine. Nous ne sommes pas fixés sur la circonscrip-
lion géographique des pagi des Toygènes et des Verbigènes ; mais celle du pagus Tigorinus devait comprendre le cheflieu Aventicum, car l'inscription qui nous en donne le nom (n° 48 à Villars-les-Moines), provient certainement d'Avenches ou de ses environs.
Lorsqu'il s'agissait d'ériger une statue à un magistrat c'était le Sénat qui en décrétait l'érection. Mais chacun des quatre pagi (districts) pouvait statuer pour son compte sur le même objet, et c'est ainsi que chaque pagus séparémen avait, comme la cité entière, résolu d'honorer la mémoire de Gaius V alevins Ca?nillus (n° 43).
Une des clauses du traité imposé par César aux Helvètes interdisait de leur conférer le droit de citoyens romains; e les inscriptions confirment cette assertion, que M. Mommsen a relevée dans la plaidoirie de Cicéron pour Balbus.
Vers le milieu du premier siècle, la cité des Helvètes a reçu, probablement de l'empereur Vespasien, le titre de colonie, et son chef-lieu, Avenches, a pris dès lors une extension considérable, tandis que les autres centres populeux se constituaient en bourgs, vici, et se substituaient insensiblement aux pagi. Mais, comme l'a démontré M. Mommsen, et après lui M. Morel, la colonie des Helvètes ne devint pas une véritable colonie romaine, car elle ne reçut pas le droit de cité (civitas romana). Elle reçut de Vespasien ou de ses, fils le droit latin, qui, en laissant une plus grande autonomie au pays, rapprochait cependant ses habitants des citoyens romains en leur facilitant l'obtention du droit de cité. La meilleure preuve de cet état de choses est encore fournie par les inscriptions. Si, en effet, les Helvètes avaient reçu le droit de cité, ils auraient été inscrits dans l'une des trente-cinq tribus romaines entre lesquelles se répartissaient les citoyens. Or, on ne trouve que cinq inscriptions mentionnant des personnages inscrits dans une tribu ; encore ne se rapportent-elles pas toutes à l'époque où la cité avait reçu le titre de colonie '.
1 Voyez Ch. Morel. Notes sur les Helvètes et Aventicum sous la domination romaine, extrait du Jahrbuch fur schxceiz. Geschichte, t. VIII. •
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Après que la frontière de l'Empire romain eut été reculée du Rhin jusqu'au Danube, la colonie des Helvètes se trouva placée dans des conditions favorables à son développement ; mais la cause principale de la prospérité d'Aventicum à la fin du premier siècle, fut la faveur que lui accordèrent Vespasien et les autres empereurs flaviens.
Il est certain que le père de Vespasien vécut à Aventicum et y mourut '. Vespasien lui-même paraît y avoir été élevé pendant une partie de sa jeunesse. (Voyez nos 1 et 37.)
La période que l'on peut appeler l'apogée de la colonie helvète s'étend de la fin du premier siècle au milieu du troisième.
Les noms donnés par les Romains à la Cité ou collectivité des Helvètes, avant son érection en colonie, étaient Civitas Reh'etiorwn^ d'après les inscriptions (n° 43) et Civitas Helvetia, d'après J. César (Bell. Gall. I, 12). Les Helvètes euxmêmes étaient appelés : Helveti, cives Helvetii, natione Helretius (nos 2, 3 et 26).
Le nom de la Colonie helvète, donné par les inscriptions (voyez n° 38) fut : Colonia pia, Flavia, constans, emerita, Helvetiorum fœderata; chacun des adjectifs implique une qualité ou évoque un fait historique.
L'adjectif Flavia (colonie flavienne), emprunté au nom des empereurs flaviens, atteste l'élévation de la cité au rang de colonie par un de ces empereurs.
Ceux de pia et constans rappellent l'attachement et la fidélité des Helvètes à la cause des empereurs.
Le terme emerita désigne généralement les colonies peuplées de vétérans, et celui de fœderata rappelle la situation privilégiée faite aux Helvètes comme alliés du peuple romain.
Parmi les inscriptions relatives aux divinités, on en connaît deux dédiées à la Victoire ; trois à la déesse Aventia, considérée comme patrone d'Aventicum, divinité locale ou topique ; une aux empereurs divinisés, au Génie
1 Ce fait est affirmé positivement par Suétone, VIII, 1.
de la colonie Helvète et à Apollon; une au Génie du pagus Tigorinus ; ces génies sont également des divinités locales, qui jouent un rôle tout aussi important que les grandes divinités de l'Empire; on trouve même le génie des habitants associé à la déesse Aven lia. (Voy. nos 40,41,45, 46, 47, 48; sur les LVGOVES, voyez p. 14.)
Les membres de la famille impériale étaient souvent aussi l'objet d'un culte; ainsi un monument a été élevé par les Helvètes a une impératrice, qui est, d'après Mommsen, Julia Domna, femme de Septime Sévère, qualifiée de Mère des Camps. (Voyez n° 26.)
Nous connaissons aussi un légat de l'empereur Trajan, chargé par lui de prélever le cens en Helvétie (n° 38) ; nous avons même, sur une pierre malheureusement brisée, les noms de deux femmes qui, d'après Mommsen, ne seraient autres que les éducatrices (bonnes d'enfant) de l'empereur Vespasien. (Voyez n° 37.)
Les premiers magistrats de la colonie sont les duumvirs ou duovirs, duoviri colonial Helvetiorum (n° 2, 7 et 12). La colonie possédait un Sénat ou Conseil de décurions, ordo decurionum, dont les pouvoirs s'étendaient à toute la contrée (n° 2).
On ne trouve à Avenches ni édiles, comme à Vienne, par exemple, ni magistrats d'ordre inférieur: le praefectus oprrum publicorum, préposé aux travaux publics, est mentionné sur quelques inscriptions (12 et suivantes); et ses fonctions peuvent n'avoir été que temporaires.
En fait de fonctions sacerdotales, nos inscriptions mentionnent le Sacerdos perpetuus, le Sacerdos augustalis, le flamen Augusti, prêtre et flamine d'Auguste, et surtout les Seviri augus taies, formant le collège des sévirs augustaux (nos 4, 12, 31, 41) ; ces derniers étaient les plus nombreux et formaient une classe sociale intermédiaire entre la noblesse curiale et le petit peuple (Y Ordo decurionum et les Tenues .
Nous rencontrons aussi de nombreux personnages chargés de la fonction de Curatores, terme qui désigne des préposés à l'administration d'une corporation libre. A cette caté-
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gorie appartiennent les : Guratores colonorum, curatores vicanorum; enfin, et surtout les curatores civium vomanorum Conventus helvetici. (Voyez nos 4, 41, 45, 46.) Le Convcntus helocticus désigne la circonscription judiciaire que le gouverneur de la province de Belgique ou ses légats, parcourait périodiquement pour rendre la justice et qui ne comprenait probablement que les deux cités d'Avenches et de Nyon *. La présence d'un curateur spécial pour les Helvètes devenus citoyens romains s'explique par la situation privilégiée que ces derniers devaient occuper parmi les autres Helvètes, qui vivaient sous le régime du droit latin. C'est là, comme le remarque M. Ch. Morel, une preuve de ce que le chefrlieu n'absorbe pas autant qu'ailleurs la vie administrative ; tous les habitants du pays, ceux des campagnes et ceux d'Avenches étaient égaux sous le rapport du droit civil, possédant tous le droit latin et pouvant tous faire partie du Sénat de la colonie. Les Romains ont laissé subsister chez les Helvètes un régime libéral ; ils ont tenu compte des traditions locales, de l'esprit d'initiative des Helvètes qui rendaient inutiles certains rouages administratifs, et les Helvètes en ont profité en constituant des associations qui percevaient des contributions plus ou moins volontaires et administraient des fonds consacrés à des entreprises d'utilité publique.
Le nombre des inscriptions qui nous rappellent des légionnaires ou des officiers est assez restreint : Gaïus Jalius Camillus (n° 31), soldat de la IVe légion macédonienne et évocat de l'empereur Claude, semble n'avoir vécu sur terre helvète qu'à la fin de sa vie. Nous savons, cependant, que les Helvètes pouvaient servir à Home même dans les Equités singulares (gardes du corps) et former une milice nationale ; mais ils semblent avoir perdu ce dernier droit sous les Flaviens.
Nous avons vu que le terme de Helvetii servait à dési-
1 Voyez Ch. Morel, Les Associations de citoyens romains et les Curatores C. R. Conventus helvelici, dans le t. XXXIV des Mémoires de la Société d'histoire romande.
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gner les habitants de tout le territoire helvétique, aussi bien à Avenches que dans les campagnes. Mais, pour désigner spécialement les Helvètes domiciliés à Avenches, on trouve deux termes : les coloni et les incolae Aventicenses. 11 semble avéré, comme l'a proposé M. Morel, que les coloni aient été des vétérans établis comme colons sous les empereurs llaviens, et les incolae, les anciens habitants d'Avenches. (Voyez nos 1, 12, 45, 46.)
Ces habitants d'Avenches aimaient à se placer sous la protection d'un de leurs magistrats, auxquels ils donnaient le titre de « patron » ; l'inscription n° 12 est particulièrement intéressante sous ce rapport parce qu'elle nous apprend que Tiberius Julius Sabucinus avait, le premier de tous, rempli cette fonction de patron; celle n° 1, qui porte aussi la mention du patronat, paraît devoir se rapporter au père de Yespasien. Enfin l'inscription n° 22 prouve l'habitude des habitants d'Aventicum de se réunir en corporations de métiers et d'ériger des édifices leur servant de lieu de réunion.
Les noms qui se lisent sur les inscriptions funéraires, même de simples particuliers, sont intéressants à plus d'un titre. Ils confirment d'abord le fait que les Helvètes ne reçurent pas le droit de cité romain, puisqu'ils ne sont pas inscrits dans les tribus romaines — sauf cinq personnages inscrits dans la tribu Fabia ou Quirina — tandis qu'à Nyon, on trouve la tribu Cornelia et à Genève la tribu Voltinia.
Les Helvètes ne purent pas, comme les autres peuples de l'Empire romain, se plier à la règle suivant laquelle le fils devait toujours porter le gentilice de son père, c'est-à-dire un nom comme Julius, Valerlus, Flavius: on verra, par exemple, que les fils de Quintus Clurius Macer s'appelaient Macrius Nivalis et Macrius Macer ; c'est-à-dire qu'ils avaient pris pour nom principal le surnom Macer de leur père. C'est ce qui permet de conjecturer qu'un lien de parenté unissait Julius Alpinus, la victime de l'insurrection de l'an 69, à ce Marcus Alpinius Virilis, dont la stèle funéraire a été retrouvée en 1886. ]
1 Voyez Aventicum, p. 12, note.
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Ces exemples feront comprendre au lecteur l'utilité qu'a pour l'historien l'étude des inscriptions latines, qui est de jeter quelques clartés nouvelles sur les institutions et la vie des Helvètes pendant l'époque de prospérité d'Aventicum. Cette époque ne comprend guère que deux siècles; car elle commença à l'époque des Flaviens pour se terminer au milieu du ine siècle. C'est alors, en effet, soit après les deux principales invasions germaniques et sous le règne de Gallien, qu'Aventicum entre dans la période de décadence. Cent ans plus tard, peu avant le règne de Julien, il n'en subsiste plus que des ruines à peu près inhabitées.
Les inscriptions, subissant le sort des édifices publics, furent mutilées ou employées comme matériaux de construction, par exemple au temple actuel d'Avenches, et plus tard encore transportées en différents endroits. Ce sont ces inscriptions, dont huit sont conservées actuellement à Villars-les- Moines près Morat, que nous avons rassemblées dans notre troisième paragraphe1.
1 Les figures, donnant les textes latins, ont été faites par l'auteur, au moyen de photographies, de dessins el d'estampages. Chaque texte est suivi de la lecture latine, imprimée en italiques; les mots restitués sont mis entre crochets [ ], tandis que l'on a placé entre parenthèses ( ) les finales des mots qui sont, régulièrement arrégés en épigraphie. La traduction française ne peut être absolument littérale, mais elle se rapproche le plus possible du texte latin. La plupart des clichés reproduisent le texte des inscriptions réduit à l'échelle de i/H; nous ne mentionnons la réduction que lorsqu'elle est à une autre échelle, soit au 10n,e, au 20me ou au 40me.
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