VITA — OF RON
Ces marques ou estampilles donnent en général le nom du potier seul, au génitif ou au nominatif, tantôt incomplet, par abréviation ou en monogramme, tantôt suivi ou précédé de la mention OF, officina (de l'atelier de... un tel), tantôt enfin
' Mommsen n'a pu les recueillir que jusqu'en I8.V1 dans ses Inscriptiones Confœd. helv. latïnœ, p. 84 et suiv.
suivi d'un M, manu (de la main de... un tel). L'estampille peut n'être aussi qu'une figure conventionnelle. Sur un vase en terre noire, on trouve sous le pied plusieurs cercles concentriques avec ces mots : SELVO FEG (Selvo fecit) lisibles de gauche à droite (8me rayon). En bas, devant le vase d'albâtrer on voit plusieurs briques sigillées, c'est-à-dire portant une estampille ; les unes portent le numéro d'une légion L'XXPC ; ce sont les briques légionnaires attestant la présence sur le sol helvète de la légion XXIe, intitulée Rapaoo (l'Irrésistible), campée près de Vindonissa et qui eut à lutter contre les milices helvètes, qui prirent parti pour Galba contre Vitellius. Une autre estampille serait, d'après M. Mommsen, celle de Lucius Cornélius Priscianus (PL VII, fig. 8, 9 et 12).
Les rayons inférieurs portent surtout des vase» samieiii.
Le premier rayon est occupé par de nombreux fragments de ces poteries vernissées rouges et brunes, dites samiennes. Au troisième rayon, n° 1546 : Petites coupes en terre rouge et vernissée ; nos 2072 à 2076 : Tasses bien conservées trouvées aux Prés-Donnes. (Don du syndic Lecoultre). Parmi les poteries en terre noire, n° 2140 : un support formant trépied, trouvé pendant les fouilles du Pro Aventico 1888-
Au 4me rayon, n° 2072: Petite coupe en terre jaune. N° 1750 : Vase ovale en terre jaune vernie. Petites urnes en terre grise. Elles renfermaient des monnaies, que l'on voit encore dans l'une d'entr'elles ; elles faisaient probablement partie du mobilier funéraire d'une tombe romaine.
N° 491 : Petite urne de forme ovale, dont la panse est décorée au modelé de demi-cercles en forme de fers à cheval et de lignes verticales parallèles (PI. V, fig. 7). De chaque côté grande jarre vernissée en rouge avec reliefs. La fig. 8 de pi. V, montre une des jarres ébréchée ; la décoration faite au moule montre des ornements géométriques et une scène de chasse. Ces grandes jattes sont très fréquentes parmi les poteries samiennes. Genève en possède une belle série, conservée au musée archéologique. Aiguière en terre brune vernie. portant en relief sur la panse trois hérons; cette pièce a été
habilement restaurée par M. Martin. — Grande jatte en terre noire, à panse arrondie et à base en entonnoir, probablement un cratère ; le bord supérieur est orné de filets horizontaux et dorés. Cette jatte rappelle par sa forme celle des vases en bronze de la salle III. Elle a un cachet de bienfacture et d'élégance rares à Avenches. Remarquez encore une coupe évasée en forme de bol, sinum (PL V, fig. 5) ; un vase en forme d'urne, présentant des enfoncements et des renflements symétriques, faits avec la paume de la main ; ce type particulier n'est pas rare à Avenches (PI. V, fig. 6).
Au 6me rayon, voici n° 1317 : un vase en terre brune, vernissée, couleur assez rare. Ce vase porte, faites au modelé, des figures d'animaux, notamment un monstre à pattes de lion et tête de lièvre, et des ornements enfer à cheval. En bas et enhaut de la panse, des stries entre plusieurs filets parallèles complètent l'ornementation (PL IV, fig. 3).
Actuellement (1899) la vitrine de poteries de la salle II renferme, avec les poteries vernissées dites samiennes, groupées sur les rayons inférieurs, les poteries sans glaçure, en terre cuite jaune et rouge. Mais l'administration du Musée compte transférer à la Salle III (2me étage), les poteries non vernies pour consacrer cette vitrine uniquement à la poterie vernissée samienne ou arrétienne.
Série «les vases non vernis. Au 3e rayon : Nos 1985, 1631, 1384, 1385, 1368, 1791, 1923, 1916, 1537, 4921, 1284, 1667, 1386, 1896: Vases en terre non vernie, probablement des vases à parfum ou des lampes ; la plupart n'étant pas stables, il a fallu les placer sur des supports en fil de fer. Phiales, récipients pour l'huile. Cette série comprend encore des vases à vin (ollae), dont l'un, brun, porte en modelé, des empreintes en fer à cheval. Le n° 2142 provient de fouilles du Pro Aventico. Belle collection d'aiguières (hydriae) à anse verticale, en terre grise et jaune, trouvés aux Prés-Donnes '5e rayon) no» 2066 et 2071). N° 2068 : 7e rayon Vase en terre jaune, trouvé aux Prés-Donnes, 1887-1888. N° 489 : Grand vase en terre noire, trouvé en 1828, à la Conchette.
La collection des Urnes cinéraires en terre cuite corn-
prend : n° 1164, urne celtique, à filets horizontaux (6e rayon).
N<» 2033, 2036, 2012, 2045, 1921, 1617, 2035, 2032, 2031 et 2034 : Urnes cinéraires de belle facture et de grandes dimensions, trouvées pour la plupart dans les fouilles du Pro Aventico (1887 et années suivantes). Ces urnes renfermaient les cendres des défunts incinérés ; à Avenches elles étaient placées isolément sur la tombe, tandis qu'en Italie on les trouve souvent réunies dans des sépultures à voûtes en plein cintre, nommées Columbaria. Quelques-unes renferment aussi des ossements. Elles attestent que le rite de l'incinération était le plus répandu parmi la population aventicienne.
La pi. V, fig. 10 et 11 présente deux urnes, dont l'une avec son couvercle conique et l'autre sans couvercle.
Outre la collection de vases, la vitrine des poteries contient encore, en bas: des fragments de panses et d'anses d'amphores, provenant des fouilles du Pro Aventico, aux Mottes (1888-1889) ; des briques légionnaires (n°s 875, 2749, 1321, 1290, 1289, 1675, 1322, 2683) ; des poids coniques en terre rouge, suspendus au premier rayon. — Au deuxième rayon : Collection de lampes et chandeliers en terre cuite. Le chandelier (candelabrum, lychnuchus), affecte la forme d'un auget circulaire muni, à son rebord, d'une anse et, au centre, d'un réceptacle cylindrique destiné à porter la chandelle de cire (candela ou cereus) (PI. V, flg. 1). Les lampes (lucernœ) sont formées d'un récipient rond, ou parfois ovale, muni d'un goulot terminé par le trou de la mèche. A la face supérieure on remarque, sur deux exemplaires, une figure en relief qui présente le type habituel des masques d'acteurs (entre autres la bouche démesurément ouverte). On voit aussi au-dessus du récipient un second trou, plus étroit, servant à actionner la mèche et peut-être aussi à verser l'huile. Sur la périphérie, quelques lampes ont des traces d'appendices servant à la suspension (PI. V, fig. 2, 4 et 9). En somme, on a lieu d'être surpris du petit nombre de lampes conservées dans notre musée.
Les fouilles du Pro Aventico aux Prés-Donnes, en 1886, ont amené, il est vrai, la découverte de quatre ou cinq
lampes, dont l'une porte la marque FORTIS. Ce sont des lampes funéraires. Trois d'entre elles ont été reproduites dans le Bulletin I. Les sujets représentés sont, sur l'une, un sanglier poursuivi par un chien ; sur une autre un animal (chien ?) bondissant ; sur la troisième un autel avec le feu du sacrifice, accosté de deux flambeaux.
Les petits récipients à huile, ampoules, phiales, sur les rayons 2 et 3 complètent la série des luminaires (pi. V, fig. 3). Remarquez surtout une trentaine de petits godets servant de lampes, trouvés par M. Fornerod, en Perruet, en 1890-91, dans un atelier romain.
Au second rayon, nos 1644 et 1645 : Deux bocaux renfermant des dattes et des olives carbonisées, trouvées en 1873 aux Gonchettes, région des Conches-Dessus, données par le pasteur Jomini. Ces fruits étaient conservés dans deux petites amphores d'Afrique qui sont placées au musée, l'une dans la salle I, l'autre à la salle III. Ils sont une curiosité du musée, parce que tout d'abord leur présence à Aventicum prouve que la cité helvète faisait un commerce assez étendu, puis que ces petites amphores ou ollœ, portant des filets circulaires sur la panse, servaient à la conservation des denrées aux premiers siècles de notre ère ; enfin l'état de carbonisation où sont les fruits rappelle un des incendies qui ont consumé Aventicum.
Figurines de terre cuite. Au troisième rayon, n°2052 : Figurine en terre blanche trouvée dans le tombeau de Flavia Severilla, cette jeune femme morte à 38 ans, dont l'épitaphe est conservée à la salle I. N° 2058 : Trois fragments d'une petite niche sépulcrale de môme matière, dans laquelle se trouvait la précédente figurine. Ces petites sculptures paraissent avoir été faites au modelé.
Statuette d'isis, en terre cuite grise, portant l'inscription G. I. H. C'est là un des nombreux indices de l'extension du culte égyptien dans l'Helvétie romaine. Isis est représentée généralement avec le sistre (sorte de crécelle) dans la main droite et un petit seau dans la gauche ; ce dernier renfermait l'eau lustrale. Sur son front la fleur de lotus, emblème de ré-
surrection associé au disque lunaire : elle porte une longue tunique et un manteau noué sur la poitrine. Les Romains, en s'adonnant dès l'époque des Flaviens au culte de cette déesse d'origine égyptienne, l'assimilèrent à la Fortune et lui élevèrent des temples (entre autres à Pompéi).
Sur le territoire helvète, le culte d'Isis est encore attesté par une inscription de Baden, en Argovie4, dont les eaux étaient déjà connues et utilisées.
Parmi les autres figurines. N° 2088 : Statuette de Lare ou Pénate. Cette statuette se plaçait sur un de ces petits autels décrits à la salle I, à l'entrée de la maison dans Y atrium ou le cavaedimn pour protéger le foyer.
Statuettes de deux oiseaux et d'un chien nos 2139, 2081 et 2082, trouvés aux Mottes et aux Prés-Donnes. Les dimensions et le caractère de naïveté de ces figurines font croire qu'elles ont servi de jouet d'enfant.
| 2. - LE MÉDAILLIER a-
Les visiteurs du musée d'Avenches, généralement gens pressés, ne s'attardent guère aux trois vitrines abritant les exemplaires les mieux conservés de la collection de monnaies romaines : un coup d'oeil distrait aux rares pièces d'or, et c'est tout, du moins pour la grande majorité des passants. Et pourtant le médaillier d'Avenches mérite mieux que cette indifférence.
D'abord il a ceci de particulier qu'il ne renferme que des pièces trouvées à Avenches ou dans ses environs immédiats, ce qui est une précieuse garantie d'authenticité. En outre, il possède des choses de réelle valeur, ainsi que le prouve le consciencieux catalogue, dressé par les soins de notre collègue M. Martin, conservateur du musée-3, répertoire complet au-
1 Inscriptiones Gonf. helv. latinse, n° 214.
- Notice rédigée, à la demande de M. Dunant, par M. William Gart.
3 Bulletin de l'Association Pro Aventico, n° 6 et 7.
quel devra recourir quiconque s'occupe de numismatique romaine, que ce soit en simple amateur, en collectionneur sérieux ou en spécialiste.
Ce n'est donc pas les numismates que nous visons. La plupart des visiteurs d'Avenches, sans être archéologues, portent pourtant quelque intérêt à l'antiquité, ou à l'art et l'histoire en général ; c'est à eux que nous nous adressons, c'est eux que nous voudrions engager à regarder, pendant quelques instants, ces antiques pièces, à demi-frustes, aux légendes souvent illisibles, aux figures auxquelles « on ne comprend rien » ; il faut les examiner de près, une à une, et non pas en bloc, c'est vrai ; il faut même faire un petit effort de volonté pour y déchiffrer quelque chose, c'est vrai, aussi ; mais, un peu de courage ! une fois cette première petite difficulté vaincue, ces vieux sous romains paraîtront bien plus éloquents, bien plus suggestifs que nos francs si corrects et si bien frappés.
Interrogeons donc les monnaies elles-mêmes, et écoutons ce qu'elles auront à nous répondre. Ce sera tout un petit abrégé — oh 1 bien court ! — d'histoire romaine.
Gomme la collection est classée chronologiquement, suivons le même ordre, et commençons par les pièces les plus anciennes, émises encore sous la République 4.
Elles sont naturellement peu nombreuses, puisque Avenches n'a pris quelque importance comme cité romaine que sous l'Empire. Mais quatre de ces cinq pièces, qui sont des deniers d'argent (valeur intrinsèque 90 c.) ont leur intérêt historique, sans avoir rien de beau au point de vue artistique. Comme c'est l'habitude à la fin de la République, elles portent toutes le nom du magistrat chargé par le Sénat de surveiller l'émission des monnaies de l'Etat, et qui avait le titre de triumvir. La plus ancienne est celle de M. Fourius Philus, remontant à l'an 114-104 avant J.-G. ; on y voit, au droit, la tête à deux faces du dieu Janus, antique emblème de la monnaie romaine ; au revers, la déesse Rome couronne un
1 Vitrine de gauche, coin supérieur à gauche.
26 MUSÉE d'avenches
trophée d'armes gauloises. C'est le cas de se rappeler que Camille, le vainqueur des Gaulois, était le grand homme de la famille Furia ; de là le choix du sujet représenté. Le deuxième denier, de Quintus Titius (98-84) est le moins curieux de la série ; en revanche, le type du suivant, de Lucius Titurius Sabinus (de 89-84) s'explique par le surnom du personnage. On y voit, en effet, d'un côté, la face du roi ïatius, de l'autre, l'enlèvement des Sabines. D'autres pièces du même monétaire représentent Tarpeia écrasée sous les boucliers sabins. C'est donc un exemple frappant de l'orgueil aristocratique, de ce fameux Ahnenstolz qu'affichait la noblesse républicaine, et dont nous avons tant de preuves.
La quatrième pièce, de L. Marcius Censorinus (vers 80) présente au revers la statue du Silène Marsyas, portant une outre sur ses épaules. Cette statue se dressait sur le Forum romain, dont elle était l'ornement caractéristique, si bien qu'elle finit par devenir comme le symbole de la liberté de la cité ; pour cette raison les villes de droit latin la mettaient volontiers sur leurs monnaies. Ceux de nos lecteurs qui connaissent Rome se souviendront certainement de l'avoir vue sur les beaux reliefs de la balustrade des Rostres représentant le Forum à l'époque de l'empereur Trajan. Enfin la dernière pièce républicaine, frappée en pleine guerre civile par Manius Cordius Rufus, présente comme symboles Vénus et Cupidon (49 à 45 avant J.-C). L'opinion courante1 est que ce denier a été émis hors de Rome par un partisan de Pompée, qui aurait suivi son chef en Orient.
La seule pièce d'argent de César que possède le Musée est antérieure à celle de Cordius Rufus. Frappée en 58, elle porte le nom du conquérant des Gaules, mais non encore son effigie ; cette dernière n'est devenue obligatoire que par suite d'unSenatus-consulte de l'an 44 ; en revanche l'éléphant qu'on y voit étaitdepuis longtemps le symbole de la famille des Jules, le mot Gœsar signifiant éléphant en carthaginois, à ce qu'on
1 Mommsen, La monnaie romaine, t. II, p. 548; Lenormant : La monnaie dans l'antiquité, t. II, p. 305.
prétendait. C'était une sorte d'armoiries parlantes. Les objets de culte figurés au revers sont une [allusion à la dignité de Grand Pontife, qu'avait César et que revêtirent après lui tous les empereurs.
Le grand bronze de César, qui fait suite à ce denier, fut frappé sous Auguste, dont il porte aussi l'effigie au revers ; le moyen bronze du Dictateur est de fabrique espagnole.
Après la mort de César, nous retombons dans la guerre civile. Usant du droit que leur conférait la loi romaine, les généraux rivaux émirent alors un grand nombre de monnaies, dont les plus connues sont les deniers légionnaires du triumvir Marc-Antoine. Le médaillier en possède un seul exemplaire, portant le chiffre de la sixième légion, et une galère avec ses rameurs.
Octave étant devenu seul maître de l'empire ne se hâta pas d'établir une législation définitive en matière monétaire. Aussi remarque-t-on des divergences considérables entre les différentes pièces de ce règne. L'attention sera attirée avant tout par trois belles pièces d'or, supérieurement bien conservées (valeur intrinsèque 25-26 fr.). Elles ont été trouvées fin 1895, coup sur coup, dans un même champ, entre le mur d'enceinte et le village fribourgeois de Villarepos.
La deuxième (dans l'ordre du médaillier) doit être la plus ancienne ; elle n'est pas à l'effigie de l'empereur, mais présente au droit la tête de Diane; les figures du revers font allusion à la victoire navale remportée près des côtes de Sicile par l'empereur," qui ne porte pas encore le titre à! Auguste. On sait que ce titre lui fut donné par le Sénat en l'an 27 avant Jésus-Christ.
Le premier des trois aureus est frappé à l'effigie du monarque, mais sans autre titre que celui de César, communaux trois pièces. Le troisième offre aussi l'effigie impériale, avec le titre d'Auguste en plus, mais il a été frappé en l'honneur des victoires du souverain par le Sénat et le peuple, ce qui plus tard n'aurait plus été possible. En effet, l'an 15 avant J.-C, donc après seize ans de monarchie effective, Auguste établit quelle monnayage de l'or et de l'argent serait réservé exclusi-
28 MUSÉE d'avenghes
vement à l'empereur; toutes les pièces d'or et d'argent portent dès lors l'effigie du souverain ou d'un membre de sa famille. L'émission du bronze (cuivre et laiton) fut laissée au Sénat ; on voit sur les bronzes aussi le profil de l'empereur ou de l'un de ses proches, mais les lettres S(enatus) C{onsulto) qui figurent sur tous les bronzes romains jusqu'au règne de G-allien (mort 268 après J.-C), constatent le droit du Sénat. Au revers se trouve régulièrement une allusion à quelque événement contemporain, ou bien une figure allégorique, telle que la Paix, la Concorde, Salus, l'Abondance, la Fortune, etc.
En thèse générale, les sujets représentés sur les monnaies de l'Empire offrent moins d'intérêt historique que sous la République ; il sera par conséquent inutile de leur consacrer une analyse aussi développée ; d'ailleurs la place nous ferait défaut. En revanche, ces pièces nous donnent une iconographie complète des souverains, et presque complète des membres les plus importants de leurs familles. Il faut tenir compte de l'art plus ou moins réaliste ou idéaliste du graveur, de l'adroite flatterie avec laquelle il a pu corriger certains traits de visage, certaines expressions trop peu sympathiques; ces réserves critiques faites pour les profils des monnaies, comme du reste aussi pour les statues-portraits de la même période, nous trouvons dans ces effigies authentiques tous les éléments nécessaires pour l'étude des figures des empereurs, étude aussi intéressante pour le physionomiste que pour l'historien1. Gela seul suffirait pour donner aux monnaies impériales une valeur historique des plus considérables ; mais ce n'est pas tout. Elles permettent, comme toutes les œuvres de l'art romain, de suivre l'évolution et la rapide décadence de la sculpture. Enfin la diminution graduelle de poids des pièces d'or, l'altération croissante de celles d'argent, nous font toucher du doigt les difficultés administratives avec lesquelles l'empire était aux prises. On arrive bien vite à émettre des piè-
1 Qu'on se rappelle l'intérêt passionnant que présente l'étude comparée des portraits de Bonaparte aux différentes phases de sa carrière, du maigre et inquiet lieutenant au César bouffi et impassible, en passant par la fascinante beauté du Premier Consul.
ces de mauvais aloi, pour aboutir à la fausse monnaie officielle. N'est-ce pas là le témoignage le plus éloquent de l'affreuse détresse financière qui finit par amener la ruine de l'Etat ?
Nous signalerons, toujours dans l'ordre chronologique, les monnaies qui, pour une raison quelconque, méritent l'attention.
Encore sous le règne d'Auguste, il y a bien des pièces intéressantes à titres divers. D'abord celles qui mentionnent ses petits-fils Gaïus et Lucius, princes de grande espérance, qui devaient être les successeurs d'Auguste, et qui furent enlevés à la fleur de l'âge ; celles qui représentent l'autel de Rome et d'Auguste, à Lyon, centre du culte impérial dans les Gaules ; les bronzes de Nîmes, qui réunissent au profil de l'empereur celui de son gendre Agrippa, tandis que sur le revers on voit les armoiries de la colonie: un crocodile attaché à un palmier; ces monnaies de Nîmes se trouvent fréquemment coupées en deux. Agrippa seul, en sa qualité de successeur présomptif, a également ses monnaies, datant toutes de son troisième consulat, dignité à laquelle ne parvenaient que les membres de la famille impériale ; c'est cette date qui se lit sur le portique servant d'entrée au fameux Panthéon, à Rome. L'impératrice Livie a aussi les honneurs d'un bronze, frappé sous son fils Tibère, mais en déesse Salus ; c'est sous les Flaviens seulement qu'on a commencé à mettre sur les monnaies le portrait d'une princesse vivante ; jusqu'alors on ne représentait les femmes, de leur vivant, que sous les dehors d'une divinité, et on attendait leur mort pour reproduire leur effigie avec leur nom.
Toutes ces pièces sont assez remarquables au point de vue artistique; mais, ni comme dessin, ni comme frappe, elles n'atteignent à la beauté des grands bronzes émis en l'honneur d'Antonia, fille du triumvir Marc-Antoine et d'Octavie, sœur de l'empereur Auguste. Cette princesse, matre pulchra fllia pulchrior, a le profil le plus charmant qui se puisse rêver. On sent là encore l'influence de la belle école grecque.
Sous Caligula le Sénat frappa un grand bronze à la mémoire de la mère de l'empereur régnant, Agrippine, petite-
fille d'Auguste, la célèbre veuve inconsolable de Germanicus; pièce remarquable par sa beauté et fort recherchée aujourd'hui des collectionneurs.
Sous Néron, nous remarquerons une belle pièce émise par le Sénat, qui n'estimait pas au-dessous de sa dignité de flatter la manie du monarque en le représentant sous les dehors d'Apollon, vêtu d'une longue robe et jouant de la lyre. Un autre bronze du même empereur célèbre la clôture du Temple de Janus, « la paixdu peuple romain ayant été acquise sur terre et sur mer » .
Les pièces des Flaviens (69-96 après J.-G.) ont un intérêt spécial pour Avenches, puisque c'est sous cette dynastie que la civilas Helvetiorum fut transformée en colonie romaine. Le médaillier est assez riche en monnaies des trois Flaviens ; il possède en plus un grand bronze frappé sous Domitien en l'honneur de sa favorite Julie, fille de Titus, ainsi que la pièce rare de Domitilla, émise sous Titus à la mémoire de sa mère ou de sa sœur.
On comparera volontiers les profils de Vespasien et de Titus, énergiques jusqu'à la brutalité, avec les bustes de ces deux empereurs qui couronnent la vitrine. On remarquera aussi que Domitien ressemble bien moins à son père que son frère Titus.
L'époque des Antonins, soit le IIe siècle de l'ère chrétienne, fut, on le sait, une des plus heureuses et des plus brillantes de l'Empire. Elle est largement représentée à Avenches. Signalons d'abord les deux beaux bronzes de Nerva (-j- 98), célébrant la dispense accordée à l'Italie de l'obligation de fournir des attelages pour les postes d'Etat ; deux mules paissant en liberté rappellent cette précieuse immunité. On voit souvent sur les pièces de Trajan des allusions aux victoires de ce prince en Dacie, en Germanie, en Arabie, sur les Parthes, de même qu'à ses grandes constructions dans la Capitale ; celles d'Hadrien rappellent volontiers les faveurs dont il combla certaines provinces, ses largesses, ses voyages à travers l'empire. Ce sont de véritables petits monuments historiques, d'un style ample, grandiose
malgré l'exiguité des figures, et qui sont animées du même grand souffle que les sculptures — statues et reliefs — de cette époque ; c'est la grandiloquence romaine dans toute sa beauté, un peu pompeuse, mais large et puissante. L'expression d'Hadrien, qu'on pourra étudier spécialement sur un bel aureus, offre un problème curieux, vrai miroir qu'elle est de ce caractère si moderne, inquiétant et attrayant à la fois.
Tandis que tous les empereurs jusqu'à Trajan ont la figure entièrement rasée, Hadrien change de mode : arrivé à un certain âge, il porte la barbe, drue et frisée. Antonin le Pieux la conserve courte ; Marc Aurèle, en sa qualité de philosophe, finira par la laisser pousser longue, et cet usage durera pendant tout le troisième siècle. On remarquera la superbe patine d'un grand bronze de l'empereur stoïcien, trouvé au théâtre, de même que le nombre considérable de pièces d'impératrices de cette époque : Sabine et les deux Faustine.
Au siècle suivant1, les monnaies deviennent fort laides et bien moins intéressantes; même celles de Dioclétien. le grand réorganisateur, n'échappent pas à cette règle. L'informe billon, émis sous le nom d'argent, est plus fréquent que les belles grandes pièces de cuivre ; beaucoup d'empereurs ne régnant que dans les provinces sans réussir à se faire reconnaître à Rome, leurs pièces, frappées en province naturellement, ont quelque chose de barbare, leurs types des allures sauvages. Signalons dans]cette masse encombrante le denier de Philippe l'Arabe (248), mentionnant les Jeux séculaires en l'honneur du millénaire de Rome, puis deux pièces rarissimes : le denier de Didia Clara, fille de Didius Julianus (193) et Yaureus de Julia Maesa, grand'mère d'Héliogabale (vers 218).
Avec Constantin (+337) les monnaies restent laides2, mais l'ordre et la probité régnent de nouveau dans la frappe. Quoique cet empereur ait fait du christianisme la religion officielle de l'empire, les monnaies frappées en son nom conservent longtemps encore des types païens, surtout le Soleil
1 Deuxième vitrine à gauche.
2 Première vitrine à droite.
invincible. Néanmoins il permit les emblèmes chrétiens sur les monnaies ; ainsi les pièces de la ville de Rome appartenant à ce règne présentent déjà le monogramme du Christ, à côté de la louve allaitant Romulus etRemus. Le fameux labarum, étendard chrétien, apparaît pour la première fois sur des monnaies des fils de Constantin et persiste sur plusieurs de celles de leurs successeurs. Parmi ces dernières on remarque le sou d'or de Gratien (378-383). La monnaie de système romain la plus tardive que possède le Musée est une petite pièce d'or à l'effigie et au nom de Justinien (527-565), le grand Auguste de Constantinople. Mais ce dernier monument antique n'est pas romain ; c'est une monnaie mérovingienne frappée en Gaule par un roi franc qui n'osait pas encore mettre sa propre effigie à la place des traits sacrés de l'empereur, considéré encore alors, même par les princes barbares, comme le vrai souverain légitime, comme le seul représentant de la tradition romaine.
La quatrième vitrine renferme des pièces suisses, émises par des cantons, des villes, des évêques, des seigneurs, et sous la République helvétique; en outre une belle série de pièces d'or, frappées sous Charles VII, roi de France, et sous Philippe le Bon, duc de Bourgogne, trouvées au bord du lac de Morat, et qui sont évidemment un souvenir de la grande
bataille du 22 juin 1476.
William Cart.