‹ Guide illustrée du Musée d'AvenchesChapitre 7 sur 51 · SCULPTURES · texte numérisé non relu

SCULPTURES

Au milieu de la salle sont placées quelques sculptures que nous allons décrire en même temps que celles qui sont déposées à droite et à gauche de la porte d'entrée.

N° 214. : Disque sculpté en marbre d'Italie, de 26 cm. de diamètre, représentant une tête de Satyre, vue de face (PI. II, fig. 2.). Le front du satyre est armé de cornes; sa che-

velure est abondante, formée de boucles tombant sur le front et sur les tempes; sa barbe en collier entoure le bas du visage; le travail est soigné. On pourrait aussi y voir un Jupiter Ammon, dont nous avons relevé la présence sur un relief de la salle I, car la physionomie de cette tête ne présente pas les caractères de sensualité que l'art antique donne aux compagnons de Bacchus.

Sur le même meuble et surmontant la vitrine du médaillier, voici trois bustes, moulages en gypse de trois sculptures romaines. Les deux empereurs, l'un à droite, l'autre à gauche, sont Vespasien et Titus ; leurs bustes ont été donnés au musée d'Avenches par le prince Torlonia*.

Ces deux empereurs, dont les noms latins sont les mêmes, savoir Titus Flavius Vespasianus, appartenaient à la famille des Flaviens et peuvent être nommés à juste titre les protecteurs d'Aventicum, car ce fut sous le règne de l'un d'eux, de Vespasien probablement, que la cité helvète fut érigée en colonie. C'est à l'époque du règne de ces deux empereurs (69 à 81 de notre ère) que commence la période de développement matériel et économique d'Aventicum, à laquelle remontent les édifices dont nous étudions les vestiges.

Buste de femme, entre ceux des empereurs. L'original que reproduit notre moulage fut trouvé à Avenches en 1847, mais dérobé par un ouvrier qui le vendit au musée de Neuehâtel, où il est encore déposé aujourd'hui. L'identification de ce buste est un problème archéologique qui n'est pas résolu. La coiffure présente quelque analogie avec celle d'Antonia, femme de Drusus; mais le profil est différent de celui de cette princesse qui, d'ailleurs, ne paraît pas avoir eu de rapports avec les Aventiciens ; d'autre part, les femmes du temps des Flaviens ne portaient pas la coiffure que nous voyons ici. Aussi M. J.-J. Bernoulli, auquel nous devons les dernières études sur l'iconographie impériale, envisage-t-il ce buste

1 Les bustes originaux qui ont pu servir à nos moulages se trouvent à la villa Albani (actuellement Torlonia) et aux musées du Capitole et du Vatican. (Voy. Helbig, les Musées de Rome, I, pp. 9 et 11 : II, pp. 9 et 342.)

comme le portrait de l'épouse d'un haut fonctionnaire d'Aventicum1.!

" Nos 203-205. Groupe du taurobole. Il fait face à la fenêtre du fond et comprend deux sculptures, celle du taureau destiné au sacrifice et celle du prêtre sacrificateur. La tête du taureau (pi. IV, fig. 1) présente une certaine analogie avec la célèbre tête de taureau en bronze du musée de Sion2, mais le type de celui d'Avenches n'est pas aussi brachycépbale que celui de Sion. Les cornes et les oreilles sont cassées, mais autour des racines des cornes et sur le front on voit enroulée l'attache du joug qui recouvre le cou, et qui présente à son milieu les restes d'un ornement en forme d'ellipse. Sous le ventre, la partie supérieure du corps d'un enfant couché, probablement symbolique. Les jambes sont cassées à mihauteur.

Le sacrificateur est revêtu de la chlamyde ; à ses pieds se voit un crapaud, et à côté, un creux de forme carrée qui peut avoir logé la base d'un autel.

Ces deux sculptures ont été trouvées ensemble aux Gonches-dessus, et, en reconstituant par la pensée les parties perdues, on peut les envisager commej ayant formé un groupe. La cérémonie du sacrifice du taureau, ou taurobole, était destinée à purifier, au moyen du sang du taureau, ceux qui voulaient être à même de pouvoir accomplir un vœu. A cet effet, le néophyte était introduit dans une fosse, recouverte d'un plancher percé de trous, et le sang du ^taureau immolé sur le plancher venait l'asperger comme (une douche ; il pouvait alorsjoindre ses prières à celles du sacrificateur pour le salut de sa province, [des empereurs, etc. Avec le taurobole, les anciens ont pratiqué le criobole, sacrifice du bélier, et les suovetaurilia, sacrifice d'un taureau, d'un bélier et d'un porc.

1 Communication de M. W. Wavre, qui doute qu'il y ait eu à Avenches des fonctionnaires assez en vue pour qu'on leur dédiât des œuvres d'art de ce genre.

2 Voy. n° 203 du Catalogue de V Art ancien, à l'Exposition nationale Suisse (1896) et la planche I de Y Album de l'Art ancien, publié par le groupe XXV.

N° 200 : Lion en marbre blanc1 (pi. IV, fig. 2), à côté delà porte. Le lion est accroupi sur ses pattes postérieures; il tient entre les pattes antérieures la tête d'un animal, peut-être une biche. Bursian considère ce groupe, trouvé « derrière la Tour », comme un monument funéraire ; le lion symboliserait la puissance destructrice de la mort, et cette opinion est acceptable : mais le travail ne saurait être considéré avec certitude comme d'époque romaine, vu sa raideur et son caractère plutôt roman.

A côté de la porte, vers la vitrine : Fragment de stèle funéraire en marbre blanc. De la stèle, il ne subsiste que la partie droite de la niche, où est sculpté le buste du défunt, d'un caractère archaïque avec sa chevelure peignée régulièrement. A gauche se trouvait sans doute un second buste, probablement celui de la femme du défunt. Sur le couronnement de la stèle, un dauphin surmonté d'une guirlande de feuilles, de deux fleurs et d'une palme à trois branches. Cette stèle a été trouvée en 1886, au cours des fouilles du Pro Aventico, près de l'usine de lait condensé.

§ 4. OBJETS DE TOILETTE (Vitrine plate).

Les plus nombreux et les plus variés sont les fibules, fibuîae, servant à agrafer les vêtements, en forme d'épingle de sûreté ou [de broche, de fermoir ou de boucle. On distingue dans la fibule deux éléments essentiels : l'arc, et l'ardillon ou épingle. Les dimensions sont très variables (de 20 cm. à 2 millimètres de longueur). Les plus anciennes fibules et la plupart de celles usitées par les Romains sont en bronze ; l'or et l'argent furent employés aussi, surtout à partir d'Aurélien , qui autorisa les soldats à porter la fibule d'or; mais celles d'Avenches sont presque toutes de bronze.

Dans l'habillement romain, la fibule ne servait pas pour

1 Blavignac. Histoire de l'architecture sacrée, Atlas pi. X bis, n° 1, a reproduit ce marbre.

la toge, mais seulement à agrafer les manteaux flottants, tels que le sagum et le paludamentum, porté par les soldats. L'usage s'était répandu d'offrir les fibules en cadeau aux hommes et aux femmes, et c'est pourquoi quelques-unes portent gravées des formules de souhait. Les spécimens les plus fréquents de la fibule, importés d'Italie en Suisse, sont ceux dont l'arc est très bombé, soit tordu en câble, soit décoré de nœuds ou renflements, soit enfin en forme de croissant et couvert de ciselures. A l'époque du fer ou de la Tène remonte lo type de la fibule en S, la plus simple et souvent d'une seule pièce. Les fibules de l'époque romaine impériale, très fréquentes en Valais, se distinguent par un arc long, très large et aminci en lame, souvent côtelé. Ce dernier est muni d'un disque horizontal, qui se place entre la partie convexe de l'arc et la plaque d'arrêt destinée à recevoir le pied de l'ardillon. La tête de l'ardillon, ou ressort, est complétée aussi par un appendice transversal décoré ou côtelé.

Dans la vitrine plate des objets fie toilette, entre les deux pupitres du médaillier, on trouve des spécimens de ces divers types de fibules ; quelques-unes avaient un arc mince recouvert d'émail ; à côté, des fermoirs formés d'un simple rectangle ou d'une boucle traversée par un ardillon1.

A côté des fibules on voit ici des aiguilles et des épingles (acus) en bronze avec une en fer; celles en os (voyez p. 55) étaient très nombreuses au théâtre. Elles étaient plus longues que nos épingles modernes, et la tête en était souvent décorée. On les plaçait dans des boîtes cylindriques, ou cistes. Le décor consiste parfois en un buste, une statuette ou tête d'animal, pendeloques, etc.

Les épingles à cheveux, acus crinalis, se plaçaient dans la coiffure féminine pour la soutenir ou servaient à partager les cheveux. On voit à Avenches aussi des épingles à filocher, pareilles aux nôtres, en os.

Dans la collection, remarquez le numéro 2329 dont la tête

1 Voy. le catalogue détaillé des objets de toilette, par M. Martin, dans le Bulletin III, p. 31-3").

est en forme de main, tenant un fruit entre le pouce et l'index. D'autres ont la tête conique, oblongue, carrée, sphérique ou aplatie.

Une épingle en os, dont la tête représente un buste de Minerve casquée/.trouvée au Pastlac en 1890, a été déposée dans la vitrine de la verrerie à la salle III, au second étage (pi. VIII, fig. 15), avec d'autres épingles et objets de toilette en os, se rattachant à la collection décrite ici.

Remarquez quelques bagues (annulij et gemmes, pierres précieuses taillées (gemmae). La majeure partie des bagues sont eu bronze avec chaton en verre blanc ou bleu ; l'une d'elles porte un chaton formé par une petite médaille de l'empereur Hadrien, avec, au revers, la figure du Nil. (Bulletin III, 33) ; sur une autre, le chaton était formé par une petite clé. Deux autres bagues, l'une en fer, l'autre en or, portent un chaton en onyx bleu gravé. L'usage s'établit plus tard de graver des formules de souhait sur les bagues, comme le prouve la bague trouvée à Gourtilles près Lucens1, qui est d'époque chrétienne. Les gemmes furent l'objet d'une véritable passion dans le monde romain ; tout en étant des œuvres d'art et de prix, elles étaient souvent travaillées de manière à servir de cachets.

La présente collection comprend aussi des bracelets, en bronze, formés de fils enroulés ou en torsade. (Le bracelet le plus intéressant, placé dans la vitrine des bronzes, est décrit à la p. 74); des agrafes «'maillée* rondes, en forme d'étoile ou de croix (l'émail rouge, blanc, vert bleu, est bien conservé et atteste que l'émaillerie, très répandue en Gaule, était bien représentée à Aventicum); des boutons de bronze, les uns tellement grands qu'ils semblent avoir fait partie d'un harnachement, d'autres, à double tête, pareils à nos boutons de chemise2; deux dés à coudre et des fragments d'ustensiles, tels que l'anse élégante d'un petit chaudron (ahenum).

1 Musée archéologique de Genève. Décrite dans X Indicateur . 1898.

2 Rappelons à ce sujet la collection de boutons trouvée lors des fouilles de la porte do l'Est, probablement la « pacotille » d'un marchand.

Fixé contre le meuble [du médaillier, on voit encore le dessin et le plan de l'hypocauste, décrit plus loin, et contre les murs de la salle II, le plan du théâtre, les dessins de diverses mosaïques détruites en tout ou en "partie. Ces dessins et plans ont été exécutés par M. Auguste Rosset, commissaire draineur et surveillant des fouilles du Pro Aventico. On voit encore les plans d'Aventieum, diverses estampes et documents. Les principaux plans d'Aventieum sont par ordre chronologique : ceux du commissaire bernois David Fornerod (1747 et 1769), et de l'architecte Ritter (1786); celui du vaudois- Duvoisin (1845), et enfin celui de l'association Pro Aventico, paru en 1888 (Bulletin II), dessiné par M. Aug. Rosset.

Dans une niche pratiquée dans l'embrasure de la première fenêtre, collection lacustre d'objets en os et en bronze, provenant des lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne. Contre l'embrasure des autres fenêtres, trois cartons où sont fixés des instruments en fer découverts en Prillaz et que l'on rapprochera de ceux des armoires vitrées dont la description suit.

1 5. INSTRUMENTS EN FER (Armoires vitrées de la salle II).

Les gisements de fer qu'exploitaient les Romains se trouvaient en Illyrie, en Pannonie, en Mésie, en Gaule, en Espagne, et surtout en Norique (c'est-à-dire en Garinthie). On importait du fer même de l'Inde et du pays des Parthes. Bien que le fer fût très répandu, l'usage du bronze subsista et joua un rôle essentiel pour les serrures, clés, couteaux et outils. Les principaux objets fabriqués en fer par les Romains portaient les noms suivants : aratrum, charrue, ascia, dolabra, hache; culter, couteau ; les armes et ustensiles ciselés, caelatura; le ciseau, caelum ; la chaîne, catena ; les clés, claves ; les clous, clavi ; la faux, faix, les outils d'étameur, etc.

Les fours pour la fonte du minerai de fer étaient souvent établis dans les montagnes, dans le Jura bernois par exemple ; ils avaient 2m 50 de haut et une capacité de 100 litres envi-

ron. Le fer, une fois obtenu par la fusion, se façonnait soit à froid par martelage, découpage, ciselure, etc. ; soit à chaud, mais encore à l'état solide, par le procédé de la forge ; soit enfin par fusion. Le procédé de la forge était de beaucoup le plus employé et les forgerons utilisaient, comme les nôtres, le foyer, l'enclume et les pinces. (Voy. une enclume, pi. VI, fig. 18).

La collection des instruments en fer qui occupe la première armoire vitrée de la salle II et une partie de la seconde, comprend des instruments aratoires et industriels, trouvés pour la plupart au théâtre. Tous ces objets ne sont pas d'époque romaine ; il en est de l'époque alémanique et du Moyen-âge. En attendant qu'un classement chronologique ait été fait, on devra se borner à indiquer la forme distinctive des pièces d'époque romaine. Pour plus de clarté, nous examinerons ici séparément les deux compartiments de la première armoire en commençant par celui de gauche.

Premier compartiment. — Sur les gradins inférieurs : pelles en fer, la plupart carrées (pi. VI, fig. 1.2) et l'une triangulaire, munies de manches courts et portant des trous à rivets. Pour la pelle aratoire, le fer et le bois étaient également utilisés (pala ferrea ou ignea).

Pioches (pi. VI, fig. 20), houes, bêches, haches de différents modèles. Parmi les haches, remarquez une ascia, instrument de petites dimensions lormant hache et marteau, assez pareil aux outils de nos tailleurs de pierres. Les marbriers s'en servaient pour tailler et sculpter les stèles funéraires ou cippes, et avaientcoutume de sculpter sur le marbre même la figure de cette ascia, lorsque le tombeau du défunt était formé de pierres n'ayant jamais servi. De là la formule : Sub ascia dedicare, dédier, sous l'ascia, un monument, à un parent ou à un ami décédé4.

Sur les gradins du milieu : Faucilles, charnières, pointes de lances et de flèches.

1 L'Ascia est représentée sur le cippe funéraire portant i'inscription de Flavia Severilla, à la salle I.

N° 692 : Grande épée de fer à deux tranchants, probablement de l'époque dite de la Tène, antérieure à la domination romaine. Glaive romain [gladius), couteaux-poignards ; entre autres n° 698, exemplaire bien conservé. Les armes, romaines et autres, sont, on le voit, fort rares, et ce fait s'explique si l'on considère qu'Aventicum n'était pas une forte place militaire, comme le furent Vindonissa et plus tard Augusta Rauracorum, près de la frontière du Rhin, exposées aussi au premier choc des Barbares. 11 ne dut y avoir à Aventicum qu'une garnison suffisante pour assurer la sûreté intérieure, au moins jusqu'au milieu du IIIe siècle. Au contraire le commerce devait y être prospère et la profusion des monnaies, opposée à l'extrême rareté des armes, est l'indice certain de la prépondérance de la population marchande sur l'élément militaire.

Parmi les clés, on peut considérer comme romaines celles dont l'œil qui termine la tige est rond, tandis que celles dont l'œil est rectangulaire datent du Moyen-Age. En effet, le type des clés antiques présente généralement un anneau, ou œil rond, et un panneton découpé en dents d'égale longueur. Ces clés tournaient dans la serrure pour l'ouvrir, ou servaient à lever un loquet, pousser un verrou, etc. Les plus grandes et les plus semblables aux nôtres sont les clés de portes de maisons, de villes ou de magasins ; leur anneau permettait de les suspendre. Les petites clés servaient aux ménagères pour fermer des armoires, des cassettes, et aussi les capsœ, boîtes à parchemins; celles-ci étaient munies de serrures ou de moraillons pour cadenas. (PI. VI, fig. 2, 3, 6, 10 et 23).

La Clavis laconica est une espèce particulière de clé, à trois dents, que l'on introduisait à l'intérieur de la porte en passant le bras par un trou pratiqué à cet effet, pour lever le loquet au moyen des dents saillantes.

Sabots, fers et mors de chevaux, ou de mules. Si les Grecs et les Romains ne pratiquaient pas le ferrage des chevaux, les Gaulois, eux, l'utilisaient, et même les Romains leur empruntèrent plus tard cet usage. Le type de sabot ou

hipposandale en fer [solea f errata) que représente la fig. 7 de la pi. VI, semble dériver de la sandale en cuir, ou en brins de genêts, au moyen de laquelle les habitants de l'Italie protégeaient les pieds des bêtes de somme, lorsqu'ils étaient attendris ou blessés (mulas calceare ou mulis solas induerë). Ce sabot est fait d'une pièce de fer recourbée en arrière et munie en avant de deux tiges percées de trous, qui servaient à l'attacher au jarret; il était employé probablement aux jours de gel ou pour effectuer le passage des cols de montagne; ce qui est certain c'est que l'on n'en revêtait le pied de l'animal que dans certains cas ou pour certains trajets, et non pas d'une façon permanente. Gradins supérieurs : Les fers à cheval sont semblables aux nôtres, mais plus petits, et, d'après ce qui a été dit, on peut les considérer, en partie du moins, comme antiques. (PI. VI fig. 5, 21, 22.) Les mors (frenum, orea) sont plus étroits que les nôtres. La tige en était ou d'une seule pièce, ou brisée en deux «canons», et souvent formée d'anneaux, articulés, pour ménager la bouche de l'animal. Les ailes, ou tiges, placées à droite et à gauche sont très grandes, et parfois décorées.

Cisailles (Forfex), (PL VI, fig. 1 et 16). Elles sont d'une seule pièce et comprennent deux branches larges et tranchantes réunies par une partie courbe en forme de fer à cheval. Elles ont servi à tondre les moutons, à couper des rameaux d'arbres ou à tailler le drap. Les petits modèles servaient à la toilette. Le musée en possède plusieurs.

Trident. — Clous en fer. — Boucles de ceinturon, etc.

Deuxième compartimrnt : Instruments en 1er trouvés au théâtre (suite). Gradins inférieurs, nos 2573-2595:

Faulx et faucilles. — La faucille pouvait être dentée ou simplement recourbée, falcula curva. Pline distingue la faux d'Italie, plus courte et maniable même au milieu des ronces, et la faux des Gaules qui coupe l'herbe par le milieu. Les faucilles d'Aventicum, recourbées et pointues, ont dû servir à la fenaison et aux moissons. — Fourche à cinq branches terminées en harpon, ayant servi peut-être au harponnage des gros poissons (pi. VI, fig. 14); — pelles et pioches. Nos 2647 à 2675,

des fouilles du Pro Aventico de 1891-92 : Cisailles, fers de haches, de pioches, de lances, analogues à ceux cités plus haut.

Gradins du milieu ; Nos 2429-2488, des fouilles du P. A. de 1890-91. Eperons (calcar), clous, semblables à nos clous de souliers. N°2429 : une hache en fer, de forme carrée, qui n'est ni la securis du licteur, ni la bipennis à double tranchant, ni la securis dolabrata, dont le dos était muni d'une courte lame ; ce n'est guère non plus la hache à sacrifices qui n'était pas en fer. C'est plutôt une hache alémanique, ou un outil de charpentier ou de boucher. (Bulletin IV, 37).

Pipes en fer. La présence de ces pipes dans un musée romain fera sans doute naître chez le visiteur des doutes sur leur authenticité.

Le tabac n'ayant été importé d'Amérique qu'en 1493 et vulgarisé en France par J. Nicot, en 1553, on pourrait en effet dénier toute authenticité aux pipes dites antiques, s'il était prouvé que les pipes ont été créées pour le tabac.

Mais tout porte à croire au contraire que la pipe existait bien avant le tabac. On faisait, en Orient, usage surtout du haschich, produit narcotique extrait de la graine de chanvre, et nous savons par Hérodote que les Scythes en aspiraient la vapeur. M. A. de Molin, qui a traité à fond ce sujet, se résume comme suit : « Que faut-il conclure de cette petite enquête ? Que les Romains fumaient ? Evidemment non. Leurs écrivains n'auraient pas manqué de nous renseigner sur cet usage. En revanche, d'après l'aire de dispersion des trouvailles, la chose paraît très probable pour les Celtes. C'est ce qui expliquerait le mieux que l'on trouve des pipes, soit dans les tumuli, soit dans les cimetières gallo-romains. Que fumaientils ? Du chanvre, je pense. Sur les graines, on posait peut-être un tison brûlant comme on le fait encore en Orient. De là, dans notre pays, la prédominance des pipes en fer, moins atteintes par la brûlure des charbons incandescents ». C'est dans l'article de M. de Molin que l'on trouvera la description de huit pipes de fer du Musée d'Avenches, n° 861, a, b, c; 1253, 1737, 1841, 2023. (Bulletin VII).

Cadenas (pi. VI, nos 8 ot 13), l'un ovale, l'autre triangulaire ; ils rentrent dans la catégorie des serrures (serae), qui malheureusement n'est pas si bien représentée que celle des clés. Les serrures romaines de ce genre étant généralement cylindriques, il est douteux que les nôtres datent de cette époque.

Styles en fer, pour écrire sur tablettes de cire. (PI. VI, fig. 4, 15 et 17). L'une des extrémités est pointue, et l'autre munie d'une lame plate qui servait à faire les corrections, en aplanissant la surface de la cire. De là l'expression : Vertere stilum, corriger ou raturer.

Parmi les bronzes de la salle III, on voit une plume à écrire, pièce beaucoup plus rare?que les styles.

Nos 2829-2846, des fouilles du P. A. 1894-95 :

Poinçons, clés, aiguilles, poids en fer. Un de ces derniers (pi. VI, fig. 9), de forme conique, muni d'un trou, paraît être le poids d'un fil à plomb ou d'un métier à tisser, où il aurait servi à maintenir tendus les fils de la chaîne.

Nos 2238 à 2283, des fouilles du P. A. 1889-90. Faucille très longue et étroite (pi. VI, fig. 11) ; à droite tige de suspension, clés, harpons, faucilles, fers de lances et haches ; quelques cloches pour le bétail, que les Romains appelaient par onomatopée tintinnabulum ; ce sont les ancêtres de nos «cloches de vache ».

Dans la seconde armoire ; gradins du milieu :

Nos 2919-29 i2, 3141-3143, 3054-3061, 2982-2992, des fouilles de P. A., au théâtre, de 1895-99. Différents types de couperets (culler). Le couteau servait aux usages domestiques, à ceux de la boucherie et de la chasse, ainsi qu'aux sacrifices. La forme en est assez variable. La lame était, ou droite et allongée comme celle des couteaux de cuisine, ou recourbée en arrière, ou au contraire recourbée en avant; cette dernière forme était fréquente. Dans la plupart des exemplaires du musée, la lame fait corps avec le manche. Mais on en voit aussi dont la lame est mobile autour d'une charnière et peut se replier dans la rainure pratiquée dans le manche. Le manche lui-même, en os, en ivoire ou en bronze, est parfois taillé,

sculpté ou orné d'incrustations en métal. Les couteaux et couperets provenant du théâtre semblent avoir servi à des usages vulgaires, car aucun ne porte de ces ornements.

§ 6. MARBRES ET TERRES CUITES (IIe Armoire vitrée).

Premier compartiment. — Plaques de revêtement,

d'entablement, chapiteaux de pilastres, etc. Les plaques de revêtement, en marbre, plus ou moins richement sculptées ou moulurées, servaient à orner les parois des édifices publics et privés, construites en moellons de pierre du Jura ou de grès. C'est de plaques pareilles que proviennent les nombreux fragments polis de marbre de couleur que possède le musée. A mentionner : deux fragments d'entablement de pilastre, n°s 260 et 231 (pi. VII, fig. 10 et 11), décorés de feuilles stylisées, de rinceaux et de figures géométriques, d'un travail fin et soigné. — Nos 237 à 240 : Quatre aigles à mi-vol, posés sur un petit globe, tenant dans leur bec une guirlande ou une couronne (pi. Vil, fig. 4, 5, 6 et 7). — N° 113 A : Une branche de lierre en relief, perforée de trous, qui peut-être servaient à fixer du métal incrusté (pi. VII, fig. 2). — Nos 227 et 228 : Une couronne en rameaux d'olivier tressés par un ruban.

— N° 235 : Un lièvre au milieu des feuillages. — N° 236 : Une feuille qui rappelle celle du platane. — N° 837 : Une figure humaine en bas relief. — N° 804 : Un lion entouré de feuilles et de rinceaux.

Sur les gradins supérieurs : Nos 223, 258, 1451, 246, 165, feuilles d'acanthe, volute, palmette, petite frise décorative et fragment ovoïde, semé de points, d'un bon travail. (Sur les gradins du milieu se trouvent les fers décrits au paragraphe précédent).

Deuxième compartiment. Nos 271, 112: marbres moulurés.

— Quatre fragments d'une inscription mentionnant un Sévir 5 cette inscription est trop incomplète pour que l'on puisse reconstituer aucun autre mot que celui de Imil VIR,

qui s'applique probablement à un sévir augustaH.Les lettres ont été passées de nos jours au minium.

N° 220, sur les gradins supérieurs : Partie supérieure d'un masque eu terre cuite rougeâtre (pi. VII, fîg. 3). Ce masque n'a pu servir que d'ornement (antéfixe, bouche de fontaine ou gargouille). Les masques (personae) portés par les acteurs étaient en bois et surmontés d'une perruque ; chaque âge et chaque condition de la vie était représentée, sur la scène, par un masque particulier, bien connu des spectateurs; l'on comptait 25 types différents de masques tragiques et 43 de masques comiques 2.

N° 888 : Main sculptée, plus petite que nature. (PI. VII, fig. 1).

Poteries fragmentaires vernissées ; quelques-unes avec marques de potiers, à rapprocher de celles de la vitrine des poteries. Remarquez celle qui porte : adiectvs F.

Ces divers marbres et terres cuites seront probablement réunis plus tard aux sculptures sur marbre de la vitrine de la salle III pour former une collection générale d'art décoratif. (Pour le catalogue détaillé, voir Bulletin IV, 16 et 17).

1 7. MOSAÏQUES (Vestibules d'en bas et du ier; murs de la salle II).

La mosaïque (terme dérivé de muswum> qui ne s'appliquait qu'à la mosaïque d'émail) a été usitée par les Romains pour la décoration des murs, des plafonds, mais surtout pour les pavements. Ces pavements mosaïques abondaient dans les demeures particulières comme dans les palais et édifices publics 3.

1 Voyez à ce sujet l'introduction de notre deuxième partie.

2 Cf. le masque d'ivoire et la statuette d'acteur en bronze de la salle III.

3 II suffit de rappeler ceux du Palatin (maison de Livie, palais d'Auguste), de la villa d'Hadrien, des thermes de Garacalla et de Pompéi. Lithostrotum étant le terme générique pour pavement, on appelait la mosaïque opus sectilc; Vopus tessellatum en est une variété, composée de lignes géométriques et Yopus vermiculatum une autre variété, pouvant représenter les figures les plus variées.

46 musée d'avenches

Les sujets préférés par l'art romain sont les ornements et dessins géométriques, des scènes de la nature vivante, comme les chasses, des épisodes de la mythologie et des faits historiques, les sujets à personnages étant réservés pour les pavements.

Les mosaïques d'Avenches'accusent, dans leur ensemble, un art assez médiocre; elles ne sauraient soutenir la comparaison avec celles d'Orbe, dont plus d'une a été détruite. La plupart peuvent cependant offrir un certain intérêt par les sujets qu'elles représentent et parce qu'on peut y trouver des copies de peintures ou d'autres mosaïques célèbres *. Nous nous bornerons ici à caractériser les plus connues, dont on n'a plus guère que de petits fragments, en priant lev lecteur de se reporter, pour plus de détails, au catalogue dressé par M. Martin (Bulletin IV), et aux planches de l'ouvrage de Bursian (Mémoires des Antiq. de Zurich 1867-70).

Pour plus de clarté, nous donnons ici la nomenclature sommaire des principales mosaïques connues d'Aventicum :

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