LA POLITESSE DE COEUR
M. Alfred B. était le fils d'une très honnête famille que la première révolution avait ruinée. Son père , homme de mérite, plein de philosophie et de courage, se retira du monde pour aller habiter, an milieu des bois, une petite propriété, seul débris qui lui restait d'une grande fortune, et là, il s'occupa exclusivement de l'éducation de son fils Alfred. M""' B., sa femme, avait beaucoup vécu dans le monde, elle put donner à son fils les meilleures leçons sur la politesse et le savoir-vivre, et eiie s'attacha surtout à développer les excellentes qualités dont la nature a toujours semé les précieux germes dans le cœur de tous les enfants , quoi qu'on en dise. Le plus ordinairement , quand ces germes meurent sans se développer, c'est faute d'avoir été cultivés par les parents , qui souvent abandonnent leurs enfants aux funestes effets du mauvais exemple et de la mauvaise compagnie.
Alfred était doux, charitable, aimant, bon à l'excès , et sans cependant que sa bonté dégénérât jamais en faiblesse. A dix -huit ans , son père et sa mère le chargèrent de bénédictions , de lettres de recommandation , lui donnèrent la petite somme qu'une sévère économie de dix ans leur avait permis d'amasser pour cet objet , et l'envoyèrent à Paris prendre ses inscriptions de droit. Le jeune homme , dans la capitale , eut le talent de se faire aimer de tous ses camarades d'études, sans partager leurs