LA POLITESSE DE GOEUK
plaisirs (il n'était pas assez riche pour cela), ni leurs excès, qui ne pouvaient s'accorder avec la sévérité de ses principes. Après quatre ans d'un travail opiniâtre, il devint un avocat instruit et éloquent , et après avoir gagné un procès important qui lui fit i3eaucoup d'honneur dans le monde et au barreau,
il crut sa fortune faite Pauvre garçon ! Il
croyait encore que la probité rigoureuse et le talent modeste suffisent pour faire son chemin !
Quatre ans plus tard, le pauvre Alfred était désespéré , parce qu'il ne lui restait plus que deux moyens de se soustraire à la misère qui commençait à le talonner : Tun , d'aller se jeter à la rivière la tête la première ; l'autre , d'achever la ruine de son père et sa mère, et il avait trop de morale dans le cœur pour faire l'un ou l'autre.
Il en était là lorsqu'il fut invité à dîner chez le baron de L. , ancien ami de sa famille. Après avoir brossé son vieil habit noir un peu râpé , et passé de Fencre sur le contour roussâtre de son chapeau , il partit. Le hasard le plaça , à table , à côté d'une fort jolie demoiselle , fille unique du général D. , et parfaitement bien élevée. Quelquefois un cruel hasard vient fortuitement déranger le système de décence le plus rigoureux et couvrir de confusion la victime qui s'y attendait le moins. La charmante voisine d'Alfred fut une de ces victimes. Elle se pencha en avant et étendit les bras pour atteindre à un objet qu'on lui présentait. Dans cette attitude forcée , il lui échappa une de ces incongruités bruyantes que la décence empêche de nommer , surtout dans un livre écrit sur la poUtesse. A ce bruit fatal , qui fut entendu d'un