L'homme qui a découvert une vérité et qui sait
»f PÉDANTISME.
en déduire toutes les conséquences rigoureuses est "TlTvrai savant est modeste, rarement vaniteux,
^7'^^'- pas à la science d'un pédant.
Les VI aies sciences , c'est-à-dire les sciences JthénStiques et physiques, ont aussi ^urseru .^
8. Ceux-là savent tout ce qui a ete dit et ecrii dans leur spécialité. .
9. SUS n'ont pas fait progresser la science, ils ne sont pour moi que des érudits.
10 Habituez-vous à ne pas regarder ^ommo m scientifique tout ce qui est douteux et ff^l^^ ne peut pas se démontrer comme une pioposition
"f;1:Ïrdonc sceptique, mais en science seule- JX car ce sont les préjugés l--êtes, es do^^^^^ erreurs et la crédulité du cœur qm font le. ch mes de la vie et les liens les plus amiable ^e U société
12. Le temps et l'expérience viendront vous desU lusionner toujours trop tôt.
BU PÉDANTISME
Pro^Wne. Je ne sais en Vérité comment m'y! .rendre nom: f.ire comprendre aux dames de .visu vel K'lUTe que c'est qu'an P^J-t. f sa^^^^^^^^^^^^^^ rinnt de leur en donner une idée, et poui s uvi>^ le c^nltl iïïorace, joignons l'exemple au précepte .
Premier point, — FhDANmMi^. a.i,
DU PÉDANTISME. 203
ractère d'un pédant, et vanité du faux savoir. (Roquefort, Dictionnaire étymologique, au mot pédagogue.)
Les ignorants, ignanis (d'où l'adjectif ou le substantif français ignare, qui nnllas omnino Utteras novit. Cicéron),ou imperms (dont on a fait en français rmj^ériîie, manque complet d'habileté, de connaissance. Imperiius, d'imperitare, fréquentatif d'imperare pour in parère, préparer). Je disais donc, les ignorants ignorantissinies, ne savent pas que le substantif masculin pédantisnie n'a pas d'analogue euphonique parfait, ni dans la langue des Hellènes ou Grecs, ni dans la bonne latinité. Dériverait-il du bas-breton ou du celtique des anciens Gaulois, qui me paraît être un dialecte (de S^aXsvoj, distinguer, discerner), du Scandinave ? {Lingua scandinaviœ, c'est-à-dire des Danois, Suédois et Norvégiens). C'est ce dont je m'assurerai la première fois que j'aurai l'occasion d'examiner ce qu'il nous reste de Runes, veterum populoriim sepieiitrionalium sermo, dans la Basse-Bretagne.
En attendant, il faut bien que nous le fassions dériver du grec ou du latin, car un érudit de salon ne doit jamais resler court. En effet, les plus savants linguistes (du latin lingnax ou linguosns, composé de lingim, langue : ejicere Ungiiam, Cicéron) , les linguistes, dis-je, font dériver le mot pédantisme du mot grec païdagôgos, composé de Tiaïc, enfant et de ayto, je conduis, pueros regere. Remarquez bien ceci : païs et agô sont des racines dont on n'aurait pas pû faire païdagogos ; mais du mot païdos, jeune garçon et du substantif agôgos, conducteur, comme qui dirait cornac, on a moulé comme de cire les mots païdagôgos en grec,
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pceclagogus en lalin, pédagogue en français et en anglais.
Maintenant que nous tenons le pédagogue, nous en ferons facilement un pédant sans trop le tirer par les cheveux [pœdagog uni capillis ducerc, comme dit Tibule), parce que la pédagogie renferme toujours le germe du pédantisme, et que omnis nascitur ex ovo, ainsi que le professait le célèbre Linnaeus. Plante dit tout simplement que pédagogue et pédant sont naturellementsynonymes : mais Jistingo, pour rendre le mot pédant, il se sert du molinsulsus, ce qui voudrait simplement dire, à la rigueur, que les pédagogues sont desimbécilles, îo be a school pédant, ainsi que le disent les Anglais.
Enfin, c'est en Italie que le mot grec païdos et les deux premières syllabes du pœda-gogus latin, se sont métamorphosés en pedanie, dont voici la signification dans toutes les langues européennes : « instituteur vaniteux, minutieux, tranchant; homme qui affecte un ton décisif et qui cache son ignorance sous un air de supériorité et de savoir. >» Ignarus atque insolens alicujus rei, Cicéron.
Deuxième point—. Le pédant, que Ton ne rencontre que trop dans le monde, porte la tête et le verbe haut, ihian ming ijeou te (1), comme dit le chouking, ou livre ^acré des Chinois, au chapitre de Kaoyao-mo (2). Son faux orgueil se montre dans son geste impérieux, dans ses manières tranchantes. Il croit
(1) Parce que le ciel met au-dessus des autres gens, les hommes distingués par leur science.
(2) Avis de Kao-yao, ministre de l'empereur Chun,
DU PÉDANTISME
que ses paroles sont des jugements sans appela et cependant il parle de tout, absolument, foulant au pied ce précepte de Properce, que peut-être il n'a jamais In.
Namta de venlis, de lauris narrai arator^ Enumerat miles vulnera, pasior oves (i).
Ne peut-on pas lui appliquer avec justesse ce vers si heureux d'Horace :
Optât ephippia bos piger, optât arare caballus (2).
Le pédant, variété assommante du bavard, s'empare volontiers du haut bout de la conversation et s'y accroche de telle manière qu'il est bien difficile de lui faire lâcher prise; car, pour se faire remarquer, il faut qu'il disserte et qu'il ait le verbe haut : vacmim vas aliiiis pleno vase resonat. Mais il se donnera bien de garde d'aborder un sujet que vous pouvez connaître. Avec les femmes, il fait de l'érudition grecque, latine, ou il hébraïse; avec les musiciens, il parle peinture ; aux peintres, il parle musique ; à l'avoué, littérature, et au poète, droit et législation. Du reste, il est toujours grave et lourd; la fine plaisanterie, le bon mot, la gaîté, cette légère désinvolture de bon ton que l'oa se permet quelquefois quand elle ne dépasse pas les bornes les plus étroites de la décence, toutes ces choses rirrilent et lui font prendre la fuite comme un corbeau qui sent la poudre.
(1) Que le navigateur parle des vents, le laboureur do ses bœufs, le soldat de ses blessures el le berger de ses moutons. {9,) Le bœuf veut porter la selle et ](i cheval labourer.
206 Ï>Ï5 PÉDAMISME.
Le vrai savant, an contraire, ne cherche pas à faire de Teffet, mais à pîaire en faisant ses efforts pour mettre en évidence le talent et l'esprit des autres.
(( J'observe en mes voyages, dit Montaigne dans c< ses Essais, cette practique pour aprendre tousjours <( quelque chose par la communication d'autrui (qui (( est une des plus belles escholes qui puisse être) de « ramener tousjours ceux avec qui je confère, au proa pos des choses qu'ils savent le mieux.
« Baslî al nocchiero ragionar de/ venli « Al bifoleo dei cori, et le sue piaghe « GoiiU' guerrier, coiiU' 1 pastor gli armenti. »
Per accessionem observons, en passant, que Montaigne ne cite pas l'auteur de ces trois vers et que, selon la remarque judicieuse du savant Coste l'annotateur, c'est une énorme faute d'érudition; heureusement que nous pouvons la relever, grâce aux immenses recherches que nous avons faites sur cet important sujet. Ces vers ne sont qu'une traduction presque littérale de ceux de Properce, naviia de vends, etc. , que nous avons cités plus haut; ils ont été extraits par Montaigne d'une vieille traduction italienne du poète latin, faite en vers par il sigiior Bestiasmi.
Non seulement le pédant ne suit pas le précepte de Montaigne, mais il ne veut pas même que les autres aient une autre opinion que la sienne, ou du moins que celle qu'il énonce et qu'il admire lui-même avec une naïveté toute paternelle : every crow tliinks her own bircl fairest (1). Si vous avez le malheur de le
(i) Chaque corbeau trouve ses petits plus beaux que ceux de son voisin. Proverbe anglais.
DU PÉDANTISME
contredire en quoi que ce soit, il devient furieux et vous accable de ses citations grecques, latines ou chinoises qu'il a pillées à droite et à gauche, comme un voleur de grand chemin. On pourrait dire de lui ce que Wen-Tchang disait des seigneurs de son temps quand ils extorquaient le bien du peuple : « Kin tchi îclioii heou ihsiu tchi in tnin^ yeou yu ye (1).
Dans la supposition même qu'un pédant possédât à fond la science dont il fait parade, il lui siérait mieux encore de se taire. Ce que le peuple le plus anciennement civiUhé, les Chinois, ont parfaitement compris quand ils ont dit : « Pins un homme fait de progrès dans la science, plus il ménage ses paroles (2). Du reste, les Espagnols et les Italiens ont parfaitement compris cet apophthegme de Khoung-fou-tseu (que les ignorants appellent Confucius), quand ils ont fait ces proverbes : hablapooo y hien, tenerte han por olguîtn (3), ou bien : lionibre de pocas palabras, y essas sabias (i), disent les Espagnols; les Italiens s'expriment avec plus de concision : che piu sa', meno parla (5), et les Français disent : parlez peu et parlez bien.
Mais arrêtons-nous, il en est temps, car le pédantisme est une maladie contagieuse et je ne sais pas trop, ma foi, si à force d'avoir voulu paraître pédant
(1) Ils ressemblent beaucoup aux voleurs qui arrêtent les passants sur les grands chemins pour les dépouiller.
(2) Le P. Du Halde, vol. Il, page ÏII.
(3) Parle peu et à propos, et tu passeras pour un homme de conséquence.
(U) Un homme doit peu parler et dire de bonnes choses. (5) Celui qui sait le plus, parle le moins.
BU PÉBAWÏÏSME.
pour en donner un exemple, je ne le suis pas devenu moi-n)ême. Si cela est, j'en demande mille fois pardon à mes lecLrices qui, avec raison, auront indubitablement sauté ce commencement de chapitre. Gela me fait penser à une jolie petite fille qui, dans un salon où étaient plusieurs dames, faisait semblant d'écouter les citations sans fin que leur faisait un cuistre : tt iMaman, dit- elle, ce monsieur qui dit tant de bêtises qu'on ne comprend pas, ne sait donc pas parler chrétien?.... » Je vais donc vous parler chrétien,
M"'* G. a imprimé deux pages contre le pédantisme, et elle finit ainsi « Ne prononcez jamais Goëte, mais Gueute; Byron, mais Beyrone; Shakespeare, mais Chespire; Holyrood, mais Holeiroud; fotheringay, mais fozirinegay ; ilmes, mais taïsme; spleen, pour. splin; Keepsake, pour Kipsèke, etc. » G'est dommage que cette dame ne nous ait pas donné ainsi tout le dictionnaire anglais, parce qu'alors nous eussions estropié à la fois les prononciations des lettres en français et en anglais. Gependant, en terminant par le biftek, elle m'a lout-à-fait ramené à son opinion, et je me garderai bien maintenant, quand je serai chez un restaurateur, de demander un beeftakc.
RÉSUMÉ
1. Le pédant, fût-il vraiment savant, n'en serait pas moins insupportable à tout le monde.
2. La science qu'on veut paraître avoir, fait souvent douter de celle qu'on a réellement.