DE LA BAIE DE DYEA À LA FRONTIÈRE DE L'ALASKA
Li: 30 mai, j'ai commencé mes opérations en déterminant la longueur et la 0 direction d’une ligne de base partant de Pyramid Island, dans la Baie de Chilkat, et aboutissant à la mission Haines sur la Baie de Chilkoot. Une mission Protestante, établie à cet endroit il y a quelques années, se trou-e abandonnée aujourd’hui, me + dit-on, à cause de la conduite fort désagréable des Indiens Chilkoot. Je n'ai pas 3 pu constater que ces Indiens aient commis des actes d'hostilité ouverte, mais il paraîtrait qu'un missionnaire aurait essayé de soulager les souffrances d'un jeune | Indien malade ; que malheureusement l'enfant mourut et que le père attribua sa | mort au missionnaire. À partir de ce moment-là, l’Indien se conduisit d'une façon si inquiétante à l'égard des enfants du missionnaire, que ce dernier jugea prudent Re de ne pas rester dans le voisinage et se retira à Juneau.
Le Colonel Ripinsky, professeur à l'Ecole Indienne du Gouvernement des Etats-
Unis à la mission de Haïines, me dit qu'il s'était créé des difficultés de la même façon.
Un Indien malade, auquel il avait administré des médicaments, se trouva d'abord plus mal en conséquence de son traitement ; pendant ce temps les parents du malade furent en proie à une surexcitation extrême et prirent une allure d'hostilité fort inquiétante. Heureusement, le malade guérit, mais le Col. Ripinsky m'as: sura que sa vie aurait été en danger si l’Indien était mort.
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minées en 1869 par une expédition de la ‘‘ United States Coast Survey," qui avait été envoyée avec mission d'observer l'éclipse du soleil qui eût lieu pendant le mois
\oût de cette année. Le point déterminé par cette expédition, est donné dans
‘Alaska Coast Pilot” comme étant 59 11° 43.0, de latitude, par 135 27 04.5. de longitude. La longitude fut déterminée au moyen de treize chronomêtres différents que portait l'expédition. N'ayant pas pu déterminer ce point, j'ai pris le centre même de l'île. Cette île se présente sous la forme d'une pyramide lorsqu'on l'aperçoit en regardant du sud-ouest au nord-est ; elle est longue de 500 mètres environ sur 200 de large, Le terrain qui est composé d'argile et de sable s'élève à une hauteur de 80 pieds au-dessus du niveau de la mer et paraît devoir sa conformation à l'action continue des glaces. A la marée basse il y a très peu d'eau au Nord de l'île dont la disparition complète n'est qu'une question de temps, par suite ‘e l'accumulation des quantités énormes de débris charriés par les cours d'eau qui se déversent dans la baie.
Transportant mes observations de l’île à la Baie de Chilkoot, je me vis forcé de monter sur les hauteurs situées au nord de la Mission Haines ; de là je pouvais apercevoir les deux baies. La brume et le mauvais temps m'empêchèrent d'observer mes angles d'azimuts, et en me portant de Pyramid Island à la baie de Dyea j'en fus réduit à observer les angles de déflexion entre mes visées successives.
A Dyea je réussis pour la première fois à observer l'angle d'azimut et j'en déduisis les azimuts de mes stations précédentes. La Baïe de Dyea paraît évidemment avoir été la vallée d'un glacier quelconque ; les côtes en sont rapides et polies par l’action des glaces. Comme le vent souffle continuellemeut vers la côte, il en résulte que les débarquements sont rarement possibles et toujours difficiles, ce qui me força de faire la plupart de mes observations à de longues portées.
Je complétai mes levées topographiques jusqu'au sommet de la Baïe le 2 juin. Je commençai alors mes préparatifs pour transporter les instruments et les bagages au-delà des hauteurs jusqu'à l'entrée du lac Lindeman, sur la Lewes River. Le Commandant Newell voulut bien m'aider dans mes négociations avec les Indiens en leur persuadant de ne pas se montrer trop exigeants. [ne réussit malheureusement pas à les convaincre, car la chose était impossible. Ils refusèrent avsolument d'opérer le transport des bagages à moins de $20 les cent livres. Ils apprirent, d'ailleurs, que l'expédition était anglaise et le second chef des Indiens Chilkoot, leur ayant rappelé une ancienne querelle de la tribu avec les Anglais à la suite de laquelle son oncle avait été tué bien des années auparavant, ils se décidèrent à nous faire payer | cher la vie de l'oncle en question, en exigeant un prix exorbitant pour le transport des bagages dont ils se trouvaient avoir le monopole absolu. Le Commandant Newell leur dit que le Grand Père à Washington m'avait octroyé un sauf-conduit pour traverser le pays ; que lui, le Commandant allait rester pour veiller à ce qu’on me laissât passer sans me molester, et que si les Indiens cherchaient à nous faire du mal, ils en seraient punis. Après des pourparlers interminables ils consentirent enfin à transporter nos bagages jusqu'aux sommets, à raison de $1o les cent livres. Arrivés à ce point, nous nous trouverions avoir accompli les deux tiers les] plus difficiles de notre voyage.
Le 6 Juin, 120 Indiens, hommes, femmes et enfants se mirent en route pour les sommets. J'envoyai avec eux deux de mes hommes pour veiller à ce que Îesk effets soient livrés à l'endroit désigné. Chaque porteur reçut un billet en même temps que sa charge ; chaque billet désignait le contenu et le poids de la charge ainsi que la somme que le porteur devait recevoir. On leur fit comprendre qu'ils devraient présenter ces billets en livrant leurs paquets sans toutefois leur expliquer le motif de cet ordre. A mesure que chaque charge était livrée mes hommes en donnaient quittance sur ces billets, qu'ils rendaient aux porteurs. Les Indiens parurent ne pas comprendre du tout la signification de ce procédé. Il y en eut plusieurs qui prétendirent avoir perdu leurs billets, et dans ces cas-là après avoi vérifié le contenu des charges, mon assistant leur fournissait un duplicata, sans lequel ils ne pouvaient pas se faire payer.
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Tandis que les Indiens étaient ainsi occupés, je continuai mes opérations en avançant vers le sommet, et je les rencontrai à leur retour au pied du cañon, à huit milles environ de la côte. Ce fut là que je les payai. Ils arrivèrent an camp, le matin de bonne heure avant que je ne füsse levé, et pendant deux heures firent un charivari épouvantable, En les payant, je cherchai autant que possible à me faire
Chilkoot Inlet.
Mission Haines.
Vue vers le nord depuis la Montagne au Sud de la Mission Haines.
Embouchure de la Chiikat River,
D'après Photo. par J. ]. McArthur.
dire leurs noms, mais très peu d'entre eux consentirent à donner leur nom Indien. Presque tous, après avoir réfléchi, me donnèrent des noms anglais quelconques. Ma liste ne contenait guère que des noms fort communs tels que Jack, Tom, Joe, Charley, etc., dont la plupart se trouvaient répétés plusieurs fois. J'appris aussi
ic la CÔ alors pourquoi quelques-uns d’entre eux avaient prétendu avoir perdu leurs billets. À
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érations en M Trois ou quatre de ces derniers se présentèrent deux fois pour toucher leur paye ; fon, à huit ils présentaient d'abord le billet acquitté offrant ensuite celui qu ils prétendaient in camp, le avoir perdu et réclamant le paiement pour les deux. | Leur surprise fut grande es firent un quand ils s'aperçurent que j'étais au courant de leur petit manège. |
à me faire ! Ces Indiens sont absolument dépourvus de cœur. Ils ne se rendraient pas
mutuellement le moindre service sans se faire payer. Ils sont encore moins complaisants envers les blancs. J'obtins d'un d'entre eux que j'avais aidé avec sa charge, qu'il me transportât dans son canot, moi et deux de mes aides, du l'autre côté d'une petite rivière qui nous barrait le chemin. Arrivé de l’autre côté, il me demanda de l'argent et je lui donnai un demi dollar. Je ne l'eus pas plutôt payé, qu'un autre se présenta, demandant à être payé aussi sous prétexte que le canot lui appartenait. Curieux de voir ce qui en adviendrait, je lui payai la même somme qu'au premier, Aussitôt, trois ou quatre autres prétendus propriétaires du canot
Vue vers le nord depuis la Montagne au Sud de la Mission Haines.
Y Boulder Creek. D'après Photo. par J.J. McArthur > Terrains plats de la Klehini River—vue prise vers le sud, à travers Boulder Creek. Re sé se présentèrent. Du coup, je les envoyai tous promener avec ma bénédiction, en b dine promettant de passer la prochaine ri: ‘ère à la nage. " En les payant, je redoutais constamment des difficultés, car ils persistaient à se ; ÿ Srresser en foule dans ma tente et c'eût été inviter le danger, que de les repousser a à à au dehors, avec l’aide de mes trois ou quatre assistants. Je suis convaincu d'aile Œceurs que ces indigènes auraient été bien plus difficiles à mener s'ils n'avaient pas \ à u que le Commandant Newell était resté dans la Baïe pour veiller à ce qu'ils me 4 à aissâsent passer sans molestation.
4 En faisant mes observations à partir des eau: de marée, je relevai les azimuts ht les altitudes de plusieurs des pics les plus élev.s qui se trouvent au sommet de a Baie, de façon à déterminer leurs positions si: la carte, et aussi, afin d'obtenir F ine idée générale de la hauteur des principaux pics de la chaîne des montagnes de
nom Indien. | quelconques.
k, Tom, Joe,
’appris aussi le la Côte. Comme personne ne s'en était occupé avant moi, je saisis cette occa- | leurs billets. Sion de donner un nom à tous les sommets, dont je déterminai ainsi la position. 4
es noms et les altitudes paraissent tous sur ma carte.
En remontant depuis la limite où les eaux de la Dyea River sont navigables en canot, je relevai l'angle d'élévation de chaque station par rapport à la précédente. J'aurais bien fait la même chose, en commençant à partir des eaux de marée, mais la plupart de mes portées étaient si courtes et l'augmentation de hauteur si peu sensible qu'elle n'était pas appréciable avec les instruments que j'avais à ma disposition. Je me suis servi de ces observations pour calculer la hauteur de la Passe de Dyea au-dessus du niveau des eaux navigables en canot, tél que je le trouvai au mois de juin, 1887, et l'ai fixée à 3,378 pieds (Anglais). Je n° ai pas pu vérifier la profondeur de neige qu'il y avait. J'estime aue le niveau des eaux navigables en canot est à 120 pieds environ au-dessus du niveau de la mer. Le Dr. Dawson donne cette hauteur comme étant de 124 pieds.
Je déterminai la hauteur du sommet au-dessus du Lac Lindeman, en faisant le trajet, aller et retour, de l'un à l’autre point avec l’anéroïde ; ce trajet dura huit
D'après Photo. par W. Ogilvie.
Baie de Skaguay— Vapeur Quadra au premier plan,
heures. En prenant la moyenne des deux lectures au niveau du lac, à l'aller et au retour, et la lecture au sommet, je calculai la hauteur de ce dernier à 1,237 pieds au-dessus du niveau du lac.
D'autre part, à mesure que j'avançai du sommet vers le lac, je relevai l'angle de déflexion de chaque station par rapport à la précédente ; je déduisis ensuite de ces angles, la différence d'altitude entre les deux points extrêmes, et je trouvai qu'elle était de 1,354 pieds, c'est-à-dire 117 pieds de plus que n’indiquait le calcul fait avec l'anéroïde. Ceite différence parait être considérable, mais elle est en réalité moins extraordinaire qu'on ne le pense si l'on vent bien tenir compte de l'altitude générale du lieu, des changements rapides de température et des conditions aïmosphériques.
À Juneau, j'entendis parler d’un déñié partant, me disait-on, du sommet de la Baie de Chilkoot et débouchant aux sources de la Lewes River. À mon arrivée au haut de la Baie de Dyea j'essayai de me renseigner à ce sujet et on me confirma bien
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que la passe existait, mais il me fut impossible d'obtenir des indications précises soit des Indiens, soit des blancs. Le Capitaine Moore qui m'accompagnait, tenait beaucoup à passer par ce chemin ; mais toutes les nouvelles venant de la Passe de Dyea indiquaient qu’on ne pourrait jamais y construire de route ou de chemin de fer ; comme d'ailleurs, autant que je pouvais en juger, ce nouveau défilé paraissait devoir être moins élevé et peut-être praticable pour une route, je me décidai à envoyer le Capitaine par ce chemin, si toutefois je parvenais à trouver un Indien qui consentît à l'accompagner. C'était-là, comme je l’appris plus tard, une chose difficile à faire. Aucun des Chiüikoots ne paraissait connaître le défilé ; j'en conclus qu'ils voulaient nous en cacher et l'état et l'existence. Les Tagish, ou Indiens Stick, comme on appelle ordinairement les Indiens de l'intérieur, redoutent de déplaire aux Chilkoots ; c'est à cause de cela que j'eus tant de peine à en trouver un qui voulût se charger d'accompagner le Capitaine Moore.
Après bien des pourparlers et pas mal d'encouragement de la part des blancs qui se trouvaient là, l’un d’entre eux, nommé ‘‘ Jim ” consentit enfin à partir. {l'avait déjà passé par le défilé en question, et plus tard, se montra sûr et utile. J'ai noté sur le plan de mon relevé de la Baïe de Dyea tous les renseignements que j'ai obtenus à la suite de ce voyage du Capitaine Moore ; ces notes ne sont cependant pas aussi complètes que j'aurais voulu les voir. J'ai nommé ce défilé le ‘* White Pass ” en honneur de feu l’Honorable Thomas White, ancien Ministre de l'Intérieur, avec l'autorisation duquel cette expédition avait été organisée. Commençant à deux milles au sud de l'extrémité nord de la Baie de Dyea, ce défilé suit la vallée de la Skagway River jusqu'aux sources de cette rivière, pour redescendre ensuite le cours d'un autre fleuve que le Capitaine Moore donne comme débouchant dans le Takone ou Windy Arm du lac Tagish. Le Docteur Dawson prétend au contraire que ce cours d’eau se déverse dans le bras oriental du lac Tagish, hypothèse qui semble donner tort au Capitaine Moore. Ce dernier n'a pas parcouru le lac dans toute sa longueur, mais il a conclu, d’après les renseignements qu'il a obtenus de tous les cotés, que le cours d'eau en question débouchait sur le Windy Arm ; l'indien ‘‘]Jim,” qui se trouvait avec lui, était du même avis, du moins autant que j'ai pu en juger d’après ses observations, faites moitié en Anglais moitié en Chinook. D'après le Capitaine, la distance des eaux de marée au sommet, est de 18 milles environ et de 22 à 23 milles, depuis le sommet jusqu'au lac. D’après son rapport, le défilé est bien boisé d'un bout à l’autre,
La hauteur de la limite des terrains boisés au sud du défilé de Dyea, telle que je l'ai déterminée par des observations barométriques, est d'environ 2,300 pieds au-dessus du niveau de la mer ; du côté du nord, cette limite se trouve à riille pieds environ au-dessous du sommet du défilé. La différence entre ces altitudes, au nord et au sud, s'explique probablement par la différence des conditions climatériques. Du côté sud, la vallée est étroite et proforde, en sorte que le soleil n'y pénètre que rarement. La neige, qui déferle des hauteurs environnantes, y est aussi beaucoup plus proforde. Du côté nord, la pente est plus douce et plus exposée aux rayons du soleil. Du côté du sud les bois ressemblent à ceux de la côte, tandis que du côté du nord, ils présentent les mêmes caractères que ceux de l'intérieur. Ces derniers, je crois, existeraient à de plus fortes altitudes que ceux de la côte. Il se peut que l'altitude du White Pass ne dépasse pas celle de la limite des terres boisées au nord de la Passe de Dyea, c’est-à-dire 2,500 pieds au-dessus des eaux de marée ; elle est même peut-être moindre car il n’est guère probable que les bois que l’on trouve dans le défilé puissent y exister si l'altitude était aussi forte que celle de la limite des terres boisées au nord du défilé.
D’ après le Capitaine Moore, qui a depuis longtemps l'habitude de construire des routes en pays montagneux, il serait bien plus facile de construire une route dans ce défilé, que dans bien des endroits qu’il a vus dans la Colombie Anglaise. En admettant qu'il ait bien calculé ses distances et la hauteur du défilé, il ne devrait même pas être difficile d'y construire un chemin de fer dont les rampes ne seraient pas trop fortes.
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