‹ Guide ou instruction pour connaître ou choisir un médecinChapitre 3 sur 8 · MÉDECIN · texte numérisé non relu

MÉDECIN

naux, la vanité du patronage et le désir de l’obtenir, le prétendu bonheur d’un médecin , et beaucoup d’autres circonstances étrangères, accidentelles, qui décident ce choix : On a donc tout sujet de s’étonner que, dans un siècle aussi éclairé, aucun auteur de médecine n’ait donné au public quelques règles d’après lesquelles chacun puisse se déterminer avec sûreté et facilité dans le choix du médecin qu'il veut investir de sa confiance, comme le plus capable et le plus digne de la grave et importante mission de conserver et de rétablir sa santé. L’ignorance de ces règles fait la fortune des charlatans, puisque peu de gens ont assez de connaissance pour juger, sans leur secours, de la capacité d’un médecin. «Le charlatan, a dit Zimmermann, a même un avantage considérable sur le vrai médecin, c’est que si quelqu’une de ses promesses se réalise, on l’élève jusqu’aux nues, et si le malade est trompé, l’on est obligé de se taire par honneur et pour ne pas être exposé à être blâmé d’avoir confié sa guérison à un homme, qui a d’autant plus le droit d’être fripon, que le nombre des sots est toujours le plus grand ; d’ailleurs, cet homme hardi ne risque jamais la perte de sa réputation, parce que, comme il n’en a que dans l’esprit des ignorants, le tort sera toujours du côté de ceux qui ont voulu l’écouter. Les hommes aiment tant le merveilleux, que le charlatan a même le droit de faire goûter au peuple sa nouveauté, et plus les promesses seront absurdes, plus il est sûr d’être écouté.

C’est la faute des médecins qui n’ont pas cherché à éclairer le public, en exposant, dans un écrit à la portée de toutes les intelligences, les signes caractéristiques des charlatans et des médecins indignes de sa confiance. Pourquoi ne pas stigmatiser de manière à ce qu’on ne pût les méconnaître, ces charlatans éhontés dont l’ignorance, l’improbité sont seules capables de s’abaisser aux. viles ruses, aux basses manoeuvres qu’ils emploient. Si

la loi ne peut les atteindre, si le gouTernement les to-î 1ère, pourquoi quelques médecins philanthropes n’ontils pas publié des instructions populaires sur les dangers de leur confier sa santé ? N’en a-t-on pas répandu sur les empoisonnements par les champignons yénénenx; sur la rage? Ne sont-ils pas mille fois plus meurtriers? Je n’ignore point que dans beaucoup d’ouvrages on s’est élevé avec force contre ce fléau, mais ils sont connus des seuls médecins, peu de personnes sont en état de les comprendre, et d’un prix trop élevé, aucun que je sache nta fait connaître les travers, les défauts, les vices des nÿédecius dangereux pour le public. C’est néanmoins, la meilleure manière de les corriger, et de prémunir le public contre leurs graves conséquences. Pourquoi ne pas l’avoir prévenu que c’était plus qu’une faute que d’apporter de la négligence dans le choix d’un médecin, puisque notre vie, notre sûreté, celles de ce que nous avons de plus cher en dépendent. Cependant on imprime une multitude de livres sur les matières les plus futües, les plus bizarres, les plus ridicules.

Nous allons essayer de combler cette lacune en présentant dans cet opuscule, à ceux qui ne sont pas médecins , des moyens sûrs de connaître les vrais médecins. Quiconque l’aura lu et éprouvera encore des mécomptes à ce sujet, ne devra s’en prendre qu’à lui, puisque nous lui aurons enseigné à distinguer infailliblement ceux qui méritent sa confiance, de ceux qui en sont indignes. Je crains bien, quoique mon but soit très louable, que bien des gens ne le prennent en mauvaise part, et qu’il ne fâche beaucoup de médecins. Ce désagrément tient à la nature du sujet que je me suis proposé de traiter, mais le vif désir de coopérer au bien public, et de faire triompher le vrai mérite, me rend d’autant plus insensible à toute injuste aggression, que je suis certain de m’être tenu loin de toute allusion personnelle, et de n’avoir retracé qu’en général les dé-

fauts des médecins (1). Je les ai réunis en nn tableau , afin que celui qui croirait y voir quelques traits de res^! semblances avec lui, puisse se corriger, puisqu’^ âu-r rait maintenant à redouter l’œil d’un public couu£gsseur. Je me suis bien gardé, voulant être tout-à-fait; impartial, de flatter le public et de le prévenir exclusivement en faveur des partisans de l’un des systèmes ^ qui régnent aujourd’hui en médecine. Je me suis borné à représenter le médecin, sous quelque bannière qu’il marcbât, dans ses rapports avec la société , et de l’y faire connaître. J’ai dû appeler l’attention du public sûr les pénibles devoirs d’une si austère profession, car, il ne serait pas juste que ceux qui s’y dévouent avec une abnégation qu’on ne saurait trop reconnaître, fussent privés de l’estime publique , la plus douce récompense , après le témoignage de la conscience. En retom’des travaux pénibles auxquels fisse soumettent, des dangers incessants auxquels ils s’exposent , des immenses services qu’fis rendent, ne méritent-ils pas de jouir de la plus haute considération. N’est-ce pas un encouragement mérité à persister dans une si noble conduite , et à redoubler d’eifors pour se maintenir au niveau de leurs obligations, et des progrès de sa profession. De ce mutuel échange de devoirs entre le public et les médecins, ne doit-il pas résulter une position plus élevée pour ceux-ci, et des secours plus eflicaces pouf celui-là. N’est-ce pas le bon goût, les lumières du public qui forment les bons artistes. Pourquoi, informé qu’il serait des qualités qui caractérisent le bon médecin, ne contribuerait-fi à les rendre meilleurs ? Si jamais' des éclaircissements sur l’utilité d’une branche quelconque des sciences ou des arts est à désirer, c’est' certainement dans le cas où il s’agit du bien général,,

(1) J’ai toujours employé tous mes efforts pour vivre en paix avec mes collègues, je porte à chacun d’eux l’estime et le respect qui leur appartiennent. *

de la vie des hommes A quoi servent ces connaissances qui restent concentrées parmi les médecins ; quelquesuns, indignes de ce nom, ne profitent-ils pas de l’ignorance du public sur ce point? Elles doivent êtres répandues et mises à la portée de toutes les intelligences, afin qu’il sache dans quelle position il se trouve vis-à-vis d’eux.

On a cherché à remédier à cet abus par une voie détournée, on a cru que Ton y parviendrait en répandant dans le public des notions médicales ; en l’initiant à une sorte de médecine populaire , mais il était impossible de mettre à la portée des intelligences vulgaires une science que toute la vie d’un homme peut à peine embrasser. Comment ne pas s’étonner que le simple bon sens n’ait pas empêché des personnes de mérite de penser qu’il fût possible de traiter une maladie sans avoir fait de longues études? Ne se moquerait-on pas avec raison d’nn ouvrier qui prétendrait réparer une machine sans connaître la forme, la structure, la disposition, les rapports, le jeu, la matière des pièces qui la composent (1). 11 est à peine croyable que l’exagération d’une décevante philantropie ait aveuglé des médecins éclairés à ce point qu’ils aient accrédité cette erreur grossière par la publication d’ouvrages de médecine populaire qui ont produit des maux incalculables, sans aucun besoin.

Comment a-t-on pu croire que dans l’ignorance de la position, du rapport, de la structure, de la composition de nos organes, de leurs fonctions, de leur sympathie, on parviendrait à rétablir leur lésion, car une maladie

(l) Comment être assez peu soucieux de la vie des hommes pour prescrire des médicaments sans en savoir les vertus , les doses, leur modes d’agir, leur opportunité; l’acquisition de ces connaissances préliminaires coûte aux médecins de longues et j)énibles études, <)pnt ils SC dispcitserpictit sans doute, si la nécessité n’en était reconnuo'

n’est que la lésion d’un ou de plusieurs d’entr’eux? Quand souvent la vie tient à un fd, ne faut-il pas toute la présomption de la plus crasse ignorance pour oser administrer des médicaments dont on ne peut connaître les effets quand on n’a point étudié les propriétés du corps soumis à leur action ? Parfois la nature triomphe du mal et du remède; attribuer la guérison à ce dernier est une erreur qui pour être commune n’en est pas moins pernicieuse. Le zèle mal dirigé d’une ardente charité, les illusions trompeuses d’une philantropie peu éclairée, l’envie d’acquérir à tout prix une réputation de bienfaisance, une avidité méprisable, ont aussi multiplié les livres de médecine populaire (1). On a pensé qu’ils rendraient quelques services dans un temps où les médecins manquaient dans beaucoup d’endroits, mais aujourd’hui qu’il y a presque partout encombrement, le meilleur livre de médecine populaire est celui qui apprendra à faire le meilleur choix parmi les médecins. C’est en vain qu’on se flatterait que de sages lois^ une bonne organisation médicale rendraient superflues les régies que nous donnons pour le choix d’un médecin. La grande difficulté n’est pas de faire de bonnes lois, des réglements bien conçus, mais d’empêcher qu’ils ne soient violés, enfreints, éludés. C’est ce qui est fort à craindre tant que les hommes qui les appliqueront, les exécuteront, seront dominés par des passions, désaffections qui les influenceront même à leur insu, qu’ils, seront subjugués par des intrigues, par l’esprit de parti,

(1) Celte tentalive insensée a immolé nombre de victimes non pas seulement par l’application intempestive d’agents thérapeutiques, mais encore par la lei reur qui a frappé ceux qui les lisaient, tant les lec leurs étaient persuadés qu’ils allaient avoir les plus graves maladies ^ parce qu’ils en ressentaient quelques symptômes. Ils enlèvent aussi à l’art une partie de sa puissance, en communiquant au public les erreurs, les incertitudes, les oppositions des médecins, qu’une élude approfondie et méthodique peut seule dissiper.

éit camaraderie. La soif des richesses, l’amour du luxe, en un mot la corruption dont l’empire est actuellemcnt si puissant nous donnent des craintes trop fondées. Puissé-je me tromper, mais l’heureux temps où la piM-eté de nos mœurs nous garantira de ces maux n’est pas près de nous.

INTIIODUÇTION.

{Si la dignité et le mérite d’une science se déduisent de la somme totale des connaissances que sa sphère renferme ; de son but et des avantages qu’en retire le genre humain, des qualités qu’elle suppose, développe et met en jeu chez celui qui l’exerce; la médecine occupe certainement le premier rang entre toutes les autres. Les dédamations du célèbre misanthrope Rousseau, les peintures dramatiques de l’ingénieux Molière, et toutes les attaques, tous les traits contre la médecine qui se rencontrent dans les ouvrages des beaux esprits, peuvent bien être dirigés contre les médecins, mais jamais contre cette science, malgré la saillie bouffonne du premier « à la bonneheurequ’elle vienne donc sans médecin! » elle n’en demeurera pas moins la science par excellence, parce qu’elle émane de ce principe de charité que le divin Créateur a placé dans le cœur de l’homme, et que, pratiquée par un médecin moral, judicieux et convenablement instruit^ le bien qu’elle fait est infini et le mal presque nul, tandis que la proposition inverse serait vraie, lorsqu’elle est pratiquée par des gens étrangers à la médecine. Et pourtant tout le monde veut être médecin, témoin Rousseau lui-même, qui prescrivait de bous bouillons aux malades, ignorant que pris mal à propos, ils en ont fait périr un grand nombre. Si les médecins actuels n’ont plus les ri^cules qui les ont fait

traduire sur la scène, au temps de Molière, n’est-il paa à craindre que les connaissances dont ils ont besoin pour briller dans un salon, pour échapper aux traits de la malignité, n’aient été acquises aux dépens de la science médicale? L’esprit éclairé de nos contemporains pas plus que celui de nos descendants, ne révoquera jamais en doute, d’aucune manière, le prix d’une doctrine qui enseigne à guérir un grand nombre de maladies qui se manifestent journellement et termineraient infailliblement par la mort, sans son secours. Le plus bel éloge de la médecine, est le reproche qu’elle est incapable de guérir certaines maladies, puisqu’on peut en tirer la preuve négative ou du inoins implicite de sa puissance sur celles si nombreuses, qui peuvent être regardées comme qurables. Il est d’une évidence incontestable que la médecine rationnelle, éclairée par l’expérience, exercée par des médecins habiles, d’après des principes sûrs et déterminés, produit un très grand bien. Maintenant que le progrès des lumières a fait justice des obstacles qui s’opposaient à son perfectionnement, tels que le néologisme, lés mauvaises méthodes, la vaine poursuite des causes premières, les fausses hypothèses, l’abus de la chimie, les observations mal faites, la recherche de remèdes nouveaux, de spécifiques, la manie de vouloir tout expliquer, l’envie de se distinguer à tout prix, une aveugle routine ; son utiüté s’acroîtra de plus en plus. Mais que de maux n’entraînet-elle pas, lorsqu’elle est entre les mains de charlatans, d’ignorants, de gens inxepérimentés !

Les personnes auxquelles sont confiés la direction des facultés de médecine et l’examen des élèves, pourraient beaucoup contribuer à faciliter le choix des médecins, et à éloigner le danger que sous ce rapport occasionnerait une méprise ; pour atteindre ce but, outre le droit qu’ils ont de ne pas admettre ceux qui ne dpnnen,t pas des preuves sufiisantes de leur }îabileté, ils dé-

vraient être autorisés à n’accorder l’accès des cours, qu’aux jeunes gens d’une conduite éprouvée, et doués de talents convenables. Le célèbre Weikard, dans ses mélanges répond affirmativement à cette question problématique : « S’il est vrai qu’au] ourd’hui les grands praticiens en médecine soient plus rares que dans les siècles passés , et quelles peuvent être les principales causes de ce phénomène ? >> Au nombre de ces causes, il admet : les progrès de la médecine, et particulièrement ceux des sciences accessoires qui, étant réputées nécessaires au médecin, exigent qu’il y emploie beaucoup plus de temps, la quantité excessive des livres de médecine qui ne contiennent, en grande partie, que des observations mal recueillies, des théories trop subtiles, futiles, mensongères; l’imperfection du plan d’études médicales, maintenant en vigueur dans la majeure partie des Universités d’Europe; la brièveté de la carrière médicale que fournissent les élèves en médecine, avant de se vouer à la pratique, et surtout parce que les médecins directeurs des élèves, les doyens des Facultés, les professeurs des Universités ne sont pas les praticiens les plus renommés. Les liens de l’amitié, les relations de parenté, les recommandations d’hommes haut placés, même les services rendus à l’État, ne devraient exercer aucune influence lorsqu’il s’agit d’un candidat à qui l’on confie la vie des hommes (1). Combien il serait à désirer

(i) Qa’à l’avenir, le savoir théorique, une éducation brillante, fassent place dans les réceptions à la moralité et à l’habileté pratique; que l’autorité, par une faiblesse coupable , ne souffre plus que des charlatans éhontés, que des hommes grossiers, dépourvus de toute éducation, de toute science , exercent sans aucun titre le plus difficile de tous les arts, qu’elle devrait couvrir au contraire, avec la plus grande sollicitude, de son égide protectrice ; qu’elle ne se flatte pas que le plus simple bon sens fera justice de leur sottise, des systèmes niais et ridicules qu’ils prônent ; l’amour de fa vie, l’envie de recouvrer le plus précieux de tous les biens, la santé , obscurcit tellement le jugement et rend crédule au point d’acçepter les absurdités les plus monstrueuses.

que les parents, les instituteurs, tous ceux en un mot qui décident la vocation des jeunes gens, lorsqu’il s’agit de les déterminer à la profession de médecin (1), eussent lu l’excellent ouvrage de l’illustre Ploucquet sur ce su, jet, et eussent profondément réfléchi sur l’admirable tableau qu’il trace des qualités que doit posséder un jeune homme pour pouvoir se consacrer avec succès à l’exercice de la médecine. Plût au ciel encore que le célèbre Selle n’eût pas, en vain, manifesté une opinion (2) que je transcris littéralement : Celui qui dirige un jeune homme doué de la capacité nécessaire dans la car^ rière de la médecine, et indique une voie différente à un autre de moindre habileté, mérite également de la société, car celui-là pourra lui devenir aussi utile que celui-ci lui serait devenu dangereux.

Le nombre des médecins dans les pays civilisés de l’Europe ne garde aucune proportion avec le nombre des habitants, on pourra bientôt en former des régiments, si le gouvernement n’oppose une forte digue | la manie médicale de la jeunesse. Elle prend sa source dans la répugnanee à s’adonner aux arts industriels, mécaniques, dans les risques du commerce et les capL taux qu’il exige, et dans plusieurs autres causes.

A l’époque où l’incünation pour le sacerdoce dominait beaucoup plus qu’à présent, nombre de jeunes gens, après avoir fait leurs études, entraient dans les cloîtres, dans les séminaires, en un mot, suivaient la carrière ecclésiastique. Mais depuis les changements survenus dans la constitution de l’église, tous ces individus se jettent dans la médecine avec une sorte de fureur ; on serait tenté de croire, en vérité, qu’ils ont lu dans le livre du

(1) Naguéres, à 2 lieues d’une grande capitale , a été reçu docteur un individu qui formulait ainsi une attestation de décès : Un tel... est bien mort, qu’on l’enterre quand on voudra.

(2) Introduction à l’étude de la nature et de la médecine, P, 6,

destin, l’imminence d’une peste menaçant de détruire le

genre humain.

Les gens riches et la noblesse se décident rarement à consacrer leurs enfants à la médecine. L’état militaire et la magistrature où il bel far niente (la douce oisiveté), suivant l’adage si expressif des Italiens, constituent, pour ainsi dire, la sphère de leur leur vocation. Il en résulte que la classe la moins riche des propriétaires et celle des petits marchands, fournissent seules des recrues au divin Esculape. Ils envisagent cet art comme une branche de négoce susceptible d’entretenir dans une sorte d’aisance celui qui l’exerce. Cependant, il n’y a point de science qui exige d’aussi fortes dépenses et un emploi de temps aussi considérable que la médecine. Il est vrai que le gouvernement est venu au secours des étudiants peu aisés par des institutions de bienfaisance. Il a établi un grand nombre de bourses, de demi-bourses, de pensions et de réceptions gratuites, etc. Le but et les vues particulières du gouvernement sont élevés, généreux et méritent de la reconnaissance. Mais, comme tout, sur cette terre, a une double face, sous ce rapport, ici encore, le but et le succès sont en contradiction. Souvent ces institutions ne sont qu’un appas qui attire aux universités, des jeunes gens qui, chez eux, en se livrant à des travaux industriels, eussent été bien plus utiles à leur pays. Souvent le bienfaiteur est obligé de partager ses bienfaits entre les candidats ; ils suffisent à peine aux besoins physiques, tandis que les exigences et les prétentions de l’esprit restent sans satisfaction. Il y aurait de la folie à prétendre qu’un homme tourmenté par les aiguillons de la faim employât son argent à aeheter des livres.

Une autre classe d’élèves indigents, auxquels manque le secours du gouvernement, s’adonnent en partie à l’éducation, et deviennent des maîtres particuliers, des précepteurs. Puisque l’étude de la médecine exige peu-

dant toute la vie, l’application entière et non interrompue des facultés intellectuelles, il est facile de prévoir quel progrès peuvent faire ceux qui les partagent entre deux objets tout-à-fait différents, et qui chacun l’exigerait exclusivement.

Malgré le grand nombre de difficultés sous lesquelles la ffamnie du génie, la vivacité de l’esprit s’éteignent facilement, laissons ces élèves peu fortunés parcourir la carrière jusqu’à l’époque de leur réception, alors ils sont contraints à déposer une bonne somme d’argent dont la majeure partie, même la totalité, appartient aux examinateurs qui prononcent sur leur capacité. Cette circonstance cause souvent aux élèves une grande détresse, et, dans le public, jette sur eux de la défaveur. On soupçonne qu’elle peut trop facilement faire fléchir les principes d’un homme dans un sens contraire à ses obligations, de sorte que l’examinateur trouverait les réponses du candidat plus satisfaisantes et plus justes, qu’un juge sévère d’après les inspirations de sa conscience et les règles d’un rigoureux devoir.

On se plaint avec raison de la surabondance des médecins ; mais, jusqu’ici, les gouvernements n’ont pas pris les mesures convenables pour y remédier. Il serait injuste, impolitique, irrationnel de limiter le nombre des médecins, car il s’en suivrait qu’il faudrait limiter le nombre des aspirants à toutes les professions où il y a encombrement (1) ; on gênerait ainsi la liberté dans le choix d’une profession, et on exclurait des sujets qui auraient une véritable vocation. Le seul moyen légitime, efficace, facile, est d’éloigner l’époque où il sera permis d’exercer. Trente ans ne serait pas un âge trop avancé pour des hommes à qui la santé publique est confiée, qui sont appelés à chaque instant à résoudre les problèmes les plus compliqués. C’est l’âge où l'homme a

(1) Dans certaines professions, le nombre est limité; le publie «6 s’en trouve pas mieux.

acquis la maturité de jugement et l’expérience personnellépour s’en acquitter avec succès. La dignité de l’art ■ y gagnerait, le nombre des guérisons s’en accroîtrait; personne n’aurait le droit de se plaindre, puisque cette mesure frapperait également sur tous, sans prohibition individuelle. Les personnes seulement ayant quelques ressources pourraient attendre aussi long-temps, avant de retirer le fruit de leurs avances. Ce serait encore un ])ien, car la société éprouve de grands maux parce que le médecin n’a pas une existence assurée, indépendamment de sa profession. Que l’on ne craigne pas de priver la science de sujets faits pour en reculer les limités; non, un mérite éminent saura toujours percer, soit par des cours, ou par des écrits, ou de toute autre manière. D’ailleurs, ici surtout, l’intérêt public doit prévaloir, il s’agit de former des praticiens instruits, non d’offrir des déboucl)és, des situations à des jeunes gens peu aisés ; ce serait favoriser une certaine classe aux dépens de la santé publique. Je maintiens qu’un sens droit, un jugement mur, une expérience assez longue, suffisent pour former de bons praticiens. Ces qualités ne manqueront pas si les examens préliminaires ont été subis convenablement.

•Dans l’intérêt bien entendu de la société, le gouvernement devrait donner des honoraires aux médecins, comme il en donne aux prêtres, aux magistrats. N’exercent-ils pas, en effet, une sorte de sacerdoce, de magistrature. Loin d’augmenter ses dépenses par cette mesure philanthropique, il les verrait certainement diminuer dans une proportion considérable. Ils soigneraient gratuitement les malades dans leur domicile, dans les hospices et les hôpitaux civils et militaires. Ils prêteraient leur assistance aux magistrats, sans rétribution. Les frais de justice seraient diminués, mais cette économie ne serait rien en comparaison de celle qui serait opérée dans les hospices, dans les hôpitaux. En effet, le

nombre des malades y décroîtrait dans une proportion incalculable, parce que beaucoup de malades se feraient traiter chez eux, qu’un grand nombre n’irait point y chercher assistance, après avoir passé plusieurs jours sans avoir reçu aucuns soins. Ainsi la durée des mala^ dies serait moins longue, et les maladies chroniques, les infirmités moins fréquentes. Elles le seraient d’autant moins, que cette mesure porterait un coup mortel an charlatanisme. Puisqu’il y aurait moins de maladies, il y aurait moins de misère, plus de travaux, partant plus d’aisance, plus d’argent au trésor par les contributions, Les rivalités, les dissidences des médecins disparaîtraient ; rassurés sur leur existence et celle de leur famille, ils acquerraient plus d’habileté, tous leurs moments étant consacrés à leur profession qu’ils exerceraient avec plus de considération, de désintéressement, et en inspirant plus de confiance.

Nulle commune ne manquerait d’assistance médicale, puisqu’ils seraient répartis à des distances convenables et en proportion de la population à laquelle ils donneraient leurs soins gratuitement. Au fur et à mesure des vacances dans les emplois, par la mort ou toute autre cause, ils passeraient dans des localités plus peuplées, où Us seraient mieux rétribués. Lorsque les postes payés seraient remplis, s’il y avait un excédent de médecins, ils remplaceraient les médecins rétribués, par rang d’ancienneté. Les médecins surnuméraires rempliraient les cadres des ofiiciers de santé de l’armée et de la marine; après un temps limité ils auraient droit à un poste sédentaire à moins qu’ils ne préférassent rester dans la situation où ils se trouveraient. Parvenus à l’âge de soixante ans, ils ne seraient assujétis à aucun déplacement. Tout médecin serait libre de pratiquer la médecine, partout où il voudrait, mais il ne recevrait point d’honoraires du gouvernement. Le médecin rétribué par l’État ne pourrait en exiger de ses clients qui seraient

dans tous les cas, maîtres de les refuser, et d’appeler tel médecin qu’ils jugeraient convenable, sauf à le payer. J’ai la conviction qu’une semblable'organisation du service médical régulièrement établie, apporterait un grand allégement aux charges de l’État et soulagerait la société d’une grande partie des maux qui l’affligent.

L’empire des habitudes, la force des préjugés, les efforts des intérêts froissés s’opposeront sans doute, à l’exécution de < e plan ; du moins le gouvernement devrait-il payer le plus ancien médecin d’un cercle ou arrondissement pour soigner gratuitement les pauvres, et leur donner les médicaments nécessaires.

Je n’ignore pas qu’il existe dans plusieurs villes d’Allemagne des espèces de société d’assurance, où les honoraires du médecin sont supportés par la totalité des associés. On leur a reproché que les malades n’avaient pas toujours une entière confiance dans le médecin dont ils recevaient les soins, que souvent ils auraient choisi d’autres médecins, qui se trouvaient ainsi frustrés de ce qui leur serait revenu; que l’homme sobre, rangé, tempérant, payait pour le débauché, l’intempérant, l’ambitieux, etc. ; enfin quelle médecin de l’association acquerrait une prépondérance non méritée, au préjudice de ses collègues. La plupart de ces inconvénients disparaissent dans le plan que nous avons exposé, et avec eux ces discussions d’intérêt qui nuisent à la considération du médecin, à la dignité de l’art, en brisant les sentiments de bienveillance, d’attachement, qui ne doivent jamais cesser d’exister entre les cliens et les médecins (1). A la honte de l’humanité, on voit trop souvent les gens les plus riches qui promettaient des

(1) Puisque la faible rétribution accordée aux médeins serait prise sur la inasse entière des contribuables , et que sur eux pèseraient toutes les charges, toutes les peines, toutes les fatigues de la plus pénible des professions , et que les malades conserveraient la liberté du choix.

millions à celui qui prolongerait leur existence, refuser au médecin qui leur a sauvé la vie des honoraires qu’ils prétendent exagérés, bien que très modiques en proportion de leur fortune, et très minime eu égard à l’importance du service n-ndu. Ce nabad indien, millionnaire, qui refusait de payer deux cent mille francs au médecin anglais qui, par un traitement tout-à-fait ingénieux, tout nouveau, l’avait arraché à une mort inévitable, est pour nioile type de l’ingratitude. A quoi, sans ce génie médical, lui eussent servi les millions entassés dans son trésor- A notre grande surprise, des médecins ont eu assez peu de jugement pour blâmer leur confrère; quand au vulgaire ignorant, cela n’est pas étonnant, habitué qu’il est à voiries salaires d’un travail matériel tariffés, les marchandises, les produits des manufactures vendus d’après le prix de revient. Cependant on ne trouve pas mauvais qu’un capitaliste gagne des millions en un instant, sans même rien bazarder, sans aucun risque de sa personne, sans aucun effort intellectuel, par une sorte de routine. Le médecin risque sa vie pour la conserver aux autres, la passe au milieu des objets les plus dégoûtants, dans une continuelle contention d’esprit, obligé qu’il est de résoudre à chaque instant les problèmes les plus compliqués. Et cet homme qui se récrie parce qu’on lui demande des honoraires qui lui paraissent exagérés, n’hésitera pas à payer cent fois davantage un tableau, une statue, un morceau de musique. Il dépensera bien plus dans un repas, et donnera davantage à son chef de cuisine. Jouirait-il de ces biens auxquels il attaclietant de prix, si le médecin ne l’avait rappelé à la vie ? C’est son métier, dit-on; précisément, parce que sa profession exige qu’il consacre la majeure partie de son temps, et souvent sa bourse, au soulagement des malheureux, quai expose jour et nuit sa vie pour conserver celle des autres, c’est son droit, j’ai presque dit son devoir de se

mettre en état de continuer ses soins gratuits, ses dorts secrets aux pauvres, et de se pourvoir des objets dispendieux réclamés par son ministère. Ajoutons que c’est souvent par l’invention d’une médication nouvelle ou une application ingénieuse, extraordinaire des ressources thérapeutiques, que le succès aura été obtenu.

Il est très rare que dans les quatre ou six premières années, le médecin gagne de quoi se soutenir, parce que le public n’honore pas volontiers de sa confiance les débutants, et qu’il mesure l’habileté et le discernement sur l’expérience qu’ils ont eu le temps et l’occasion d’acquérir. Par ce motif, il est contraint de prendre un chemin qui ne le conduit pas toujours à un but fort avantageux, et qui le plus souvent ne répond pas à la dignité de sa vocation, à l’élévation de ses qualités morales, et h l’objet de ses études. Quelques-uns de ces nouveaux docteurs s’attachent à faire la cour à un médecin dont la réputation et une nombreuse clientèle leur facilitent l’entrée dans le monde. D’autres se font employer dans un hôpital, où ordinairement ils ne reçoivent que peu d’honoraires; d’autres enfin se trouvent dans la nécessité de renoncer tout à-fait à la dignité de leur profession, et d’employer les plus vils moyens pour se soutenir (1). Le plus petit nombre sont ceux qui rencontrent l’appui dont ils ont besoin dans leur famille, ou dans quelque

(l) Non dans l’intenlion de jeter du ridicule sur un malheureux qui mérite la pitié des honnêtes gens, et le secours des riches et des puissants, mais uniquement dans le but de convaincre mes lecteurs que je ne rembrunis pas le tableau que je trace de la malheureuse situa bon de jeunes médecins sans fortune, j’insère ici l’article suivant que vient de publier un journal d’annonces sous cette rubrique, demande de places : Un jeune médecin qui a terminé ses éludes dans diverses universités et hôpitaux, jusqu’au grade de docteur, qui sait le latin, le français et l’allemand, demande d’utiliser ses talents, ou comme précepteur, ou comme valet de chambre, particulièrement prés de quelques voyageurs. Ceux qui désireraient lui parler sont priés dé laisser leur adresse au portier do l’Hôpital général avec cette sps- Cfiption ; M.L. F. élève de rtlôpilal général.

protecteur, de sortent qu’ils puissent attendre un temps plus heureux, ou entreprendre à cette époque des voyages, afin d’étendre leurs connaissances. Les plus hardis, les plus capables, poussent l’industrie jusqu’à lancer dans le monde un journal médical; entraînés qu’ils sont par un zèle ardent pour leur profession ou par l’envie de se faire une réputation prématurée, mais le plus souvent forcés par l’urgence des besoins matériels, ils ne reculent devant aucun moyen pour acquérir de la renommée. Ils oublient qu’en médecine pratique, le mérite est lent à percer, que les médecins sont seuls juges compétents et qu’il ne s’acquiert que par une longue expérience.

Ceux qui s’attachent à un médecin renommé, blanchi sous le harnois, ne méritent aucun blâme; ils ont certainement pris la meilleure voie pour s’enrichir de nouvelles connaissances cliniques, exercer leur discernement, acquérir ce tact de praticien si précieux, et s’approprier dans l’exercice de la médecine son savoir faire, comme s’expriment les Français. Pour atteindre ce but, le néophyte doit se plier à l’humeur parfois un peu difficile de son Mentor. Néanmoins la docilité, la condescendance et la tolérance, vertus si nécessaires â un disciple, ont des limites que le respect humain ne permet pas de franchir. Un attachement tout-à-fait servile à la méthode du maître, un lâche abandon de ses propres principes aux dépens de la vérité, lorsqu’ils sont en opposition avec les siens ; se mêler des affaires privées, prendre parti dans les querelles, les rivalités médicales ne montrent pas dans le débutant la meilleure disposition. C’est la fréquence de ces deux dernières circonstances qui ont fait naître la répugnance des praticiens les plus en réputation à servir la société en donnant la dernière main à l’éducation médicale de quelques jeunes docteurs. En effet, on a de nombreux exemples d’élèves qui, lorsqu’ils ont pu se passer de

cette, tutelle ont cherché à décréditer leur maître même chez ses clients. Aussi on peut juger hardiment des qualités d’un jeune médecin, par sa conduite envers ses maitres et la manière dont il en parle.

Sans doute les hôpitaux sont la véritable école pour former de bons praticiens, si ces établissements étaient convenablement organisés, si leur direction était confiée à des médecins habiles, profondément instruits, possédant à fond l’ensemble des connaissances médicales ; s’ils ne rejetaient pas trop opiniâtrement les innovations reconnues avantageuses. Généralement parlant, les hôpitaux ne rendent pas sous ce rapport tous les services qu’on aurait droit d’en attendre. Mais quand ils seraient établis d’après des plans conformes au but vers lequel on tend, jamais ils ne l’atteindront, tant que les moyens d’exécution seront hors de la sphère des médecins.

En général, le nombre des malades dont ils sont chargés est trop considérable, ils n’ont pas le temps de méditer, de réfléchir sur les maladies qui leur sont confiées, d’en raisonner et d’en approfondir le traitement.Etpourtant quelle matière serait plus susceplible de toute leur application? Il est quelques hommes de génie dont le coup-d’oeil saisit avec la rapidité de l’éclair, et résout les plus graves difficultés, et ne laisse échapper aucune occasion d’enrichir la science, en soulageant les malades ; mais de tels hommes sont rares.

Comme le nombre des jeunes gens qui, après l’entier achèvement de leurs études médicales, sont en état d’entreprendre un voyage est très petit, ceux qui ont joui de cet avantage, veulent s’en prévaloir en toute occasion ; à la vérité, il n’y a rien qui contribue à accroître le savoir d’un jeune médecin comme les voyages; ils y trouvent, maintes et maintes occasions de faire connaissance avec les hommes les plus instruits, et de former leur esprit à l’observatiou dans les plus célèbres

institutions cliniques. Néanmoins, combien de pays renfermant des trésors de connaissances physiques et morales, d’une très grande utilité, n’ont pas été visités par ces voyageurs, et ne sont pas même inscrits sur leurs tablettes? N’arrive-t-il pas trop souvent que ces jeunes gens ont, avant leur départ, profondément fixé dans leur tête ce qu’ils doivent louer et critiquer dans chaque pays ?

Combien de fois le savant dont ils cherchent à recevoir des lumières n’est-il point accablé de leur intrépide bavardage, au point de ne pouvoir ouvrir la bouche? Plusieurs s’attirent même l’adversion des hommes honnêtes ; par une indécente critique des coutumes nationales, par des personnalités sur ses confrères dignes de l’estime et du respect le plus profonds, par les narrations d’anecdotes qui devraient être ensevelies dans le , plus profond secret, et par une foule d’autres incon- . venances. Souvent, pour ne pas dire presque toujours, je puis l’alfirmer, les médecins en réputation sont tellement surchargés d’affaires qu’ils n’ont pas assez de loisir pour tenir une conversation de plusieurs heures avec tout voyageur à qui il plaira de frapper à leur porte. C’est ce qui a lieu en Angleterre principalement, où l’accès des hommes en réputation est fort diffieile. Outre ce grave désagrément, tous les établissements relatifs à la médecine qui, en Allemagne et en Italie restent ou- . verts à tous les curieux ; en Angleterre et en Ecosse constituent une sorte de monopole pour les directeurs; aussi la cause qui engage les voyageurs à s’y rendre plutôt qu’ailleurs, demeure toujours problématique. Ceux qui en reviennent semblent pourtant, dans la plupart des cas, avoir plus à s’enorgueillir pour le nombre des pièces d’or qu’ils ont déboursées, que pour celui des connaissances médicales qu’ils y ont acquises.

Une branche considérable d’industrie pour les jeunes piédecins est celle que leur offre les journaux qui aq-*

jourd’hui inondeut notre pa)'s d'articles de médecine, sur les objets à la mode. Mais aucune partie d’un art aussi complexe, aussi ardu, aussi vaste, ne peut être traitée sérieusement dans une colonne de journal. 11 est peu moral de louer ou de critiquer un ouvrage devant des juges incompétents, tout-à-fait étrangers à la matière. Les conseils hygiéniques sont les seuls qui puissent avec fruits et sans inconvénients être livrés à la publicité. Le métier de journaliste est un métier incompatible avec les occupations d’un médecin, nuisible à sa réputation personnelle, et contraire à la dignité de la profession. Le journalisme, la politique, enlèvent au médecin qui s’y livre des moments précieux qu’il doit à ses malades.

On sait que de nos jours les ouvrages de médecine procurent souvent de grands bénéfices, ce qui excite dans les jeunes médecins la manie d’écrire. Mais ils savent bien que la tentative de publier un ouvrage de leur propre fond n’est pas sans danger, aussi leur paraît-il plus commode de se livrer à la critique des ouvrages de médecine ; et sous le voile de l'anonyme de répandre le fiel de leur satire sur les œuvres des hommes les plus illustres, sur les résultats d’une vieille expérience, sur lès fruits d’études longues et profondes ; sans être appelé à cette noble mission, comme juge compétent, par le sentiment de leur propre capacité, ou par le suffrage de leurs confrères. C’est pourtant l’unique et peut-être le plus court chemin qu’ont à suivre ces misérables écrivassiers; pour déshonorer leur nom dans le public, que de le lui faire prononcer avec celui des hommes pleins de mérite, qu’ils ont eu la témérité de salir avec la fange de leur critique. Dans la plupart des universités, on néglige le principal pour l’accessoire, on a la prétention de former des chimistes, des zoologistes, des botanistes profonds. Mais la zoologie, la chimie, la botanique, au degré de perfection où elles sont arrivées,

exigeraient chacune la vie entière -d’un homme, ta partie des études la moins approfondie c’est la pratique de l’art, et dans la courte durée des études, l’élève peut à peine effleurer cette matière, encore moins suivre les enseignements cliniques qui lui seraient indispensables. On semble avoir oublié cette maxime que pour ëxceller dans un art, ce n’est pas trop de la vie entière d’un homme. Elle est surtout vraie dans son application à la médecine, où il n’est pas permis de ne pas faire tous ses efforts pour exceller. Oui, tous les instants dérobt^s à l’art de soigner les malades par un médecin sont des larcins très criminels. L’élève en médecine devrait bien être persuadé qu’un savoir divisé n’est qu’un savoir inutile, imparfait, surtout eu médecine; il ne doit apprendre de ces sciences que ce qui est indispensablement nécessaire à sa profession. Quiconque a abandonné le culte de la médecine pour se livrer à une autre profession, ne peut jamais être un bon médecin, et par ce seul fait l’exercice de la médecine devrait lui être interdit. Une des premières conditions des réceptions dans toute bonne organisation médicale, sera quéïe récipiendaire n’ait exercé aucune autre profession, que tout son temps depuis la sortie du collège ait été exclusivement employé à l’étude de la médecine (1). Celui

(i) Beaucoup de facultés de médecine ont le tort très grave d’uccorder le doctorat à des gens qut ont consumé leur plus belles années à apprendre un autre état, qui l’avaient exercé ou l’exerçait èncoré,

. ainsi on a vu des prêtres, des pharmaciens, des avocats, des maîtres de langues obtenir un diplôme de médecin. Les gouvernetneots devraient sévèrement punir un tel abus. Certes, la vie est courte pour l'étude etl^ pratique de la médecine ; ceux qui ne s’y sont pas préparés dés leur jeunesse, ou ne s’y sont pas livrés en temps opportun ou les ont interrompues par un motif quelconque , ne seront jamais que des médecins superficiels , indignes de confiance. Il est impossible qu’il leur soit resté assez de temps, après celui qu’ils ont ravi à l’étude de ta médecine, pour y acquérir les connaissances nécessaires, et .posséder ce lad médical qui en est le résultat. Que la cupidité entraîne des gens avides, souvent ignorants, à changer leur profession pour

am en dérobe une partie, par une mesquine vanité, ou pour briller dans un cercle, ou pour se faire un nom dans la littérature ; ignore que la plus forte intelligencé n’a rien de trop pour embrasser la vaste étendue de l’importante carrière à laquelle il s’est voué. Il n’y a point de milieu dans cette alternative, ou être un bon praticien et n’ètre que cela, ou un mauvais médecin et un bon littérateur, musicien, artiste, etc. Qu’il sache que les plus grands génies en se consacrant entièrement au culte de la médecine, en ont à grande peine reculé quelque peu les limites. On citera quelques génies exceptionnels qui ont brillé dans une science ou un art autre que la médecine, où ils occupaient un rang éminent , mais on regrette avec raison qu’ils n’aient pas. employé toutes les forces de leur esprit, et tous les précieux instants de leur vie à la culture de l’art salutaire. Nous sommes bien éloigné d’interdire aux médecins toutes distractions, au contraire, nous sommes persüâdé que leur esprit sans cesse tendu sur des matières abstraites, au milieu des objets les plus repoussants,

une plus lucrative, n’est pas chose extraordinaire, mais il est étonnant que le gouvernement n’ait pas interdit, sous des peines très sévères, l’étercicede la médecine à de pareils transfuges. Ils ont prouvé leur peu de jugement, puisqu’ils n’ont pas su distinguer leur vocation, ils n’en montrent pas plus dans leur nouveau choix , car ils n’embrasseraient certainement pas la médecine, s’ils en appréciaient les nécessités et les obligations. Nous le répétons, la vanité d’auteur est la pierre d’achoppement de beaucoup de médecins; on veut être littérateur à tout prix , mais ce titre n’est mérité que par de longues études qui causent à la pratique de l’art médical , la perte irréparable d’un temps précieux. Comment oublier à ce point, cette sentence du premier aphorisme d’Hippocrate qui suffirait pour l’immortaliser : è êiij 8^«xùs, vx^iivri /iKXjir) (La vie est courte, l’art est long) On essaye de couvrir ce travers en alléguant que les ouvrages ne seraient pas lus s’ils n’étaient écrits élégamment. Il en peut être ainsi pour les ouvrages destinés aux gens du monde; mais la clarté, la concision, la logique, l’utiüté, sont les mérites d’un ouvrage de médecine ; ils ne manqueront pas à ceux d’un médecin qui aura fait de bonnes études , aura bien réfléchi. Il serait indigne de l’austérité de notre profession d’en exiger d’autres.

continuellement affligé du spectacle des misères humaines dans toute leur nudité, a besoin de quelqpies délassements; la conservation de leur santé leur en impose l’obligation. Mais qu’ils se gardent d’oublier que ce sont des délassements, des distractions qui lui sont nécessaires; qu’ils ne les prennent jamais que dans la mesure propre à rendre la vigueur à leur esprit fatigué, qu’ils choisissent les plus capables de remplir ce but, de façon que leur physique et leurs mœurs n’aient point à en souffrir, qu’ils ne cherchent point à atteindre dans une science ou un art quelconque, une perfection dont l’acquisition nuirait infailliblement à leur savoir médical. Le temps qui n’est pas employé à visiter les malades doit l’être à s’approprier l’expérience d’autrui par la lecture des bons auteurs, car ils doivent savoir tout ce que leurs prédécesseurs savaient. Qu’est-ce, en effet, que l’expérience d’un homme relativement à celle de tous les médecins qui l’ont précédé. Les principes de l’art ne sont que le résultat des observations faites en différents temps et en divers lieux, par des médecins intelligents, le résumé d’une pratique sage et éclairée.

Si je pouvais contribuer par cet opuscule à faire connaître au public les médecins, fidèles observateurs de ces règles, ce serait pour moi la plus douce récompemse, le prix le plus flatteur, puisque du choix qui s’en suivrait, dépend le soulagement de l’humanité souffrante.

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