SECTION PREMIÈRE
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CHAPITKE I.
SS e rextérieup du médeolu.
Personne n’a un aussi libre accès, à toute heure, près de toutes les classes de la société, que le médecin, et per-t
sonne plus que lui n’a une plus grande facilité pour être informé des intérêts et des particularités de beaucoup de familles, quoiqu’elles soient ensevelies dans un profond mystère. On lui découvre souvent avec la plus cordiale et la plus intime confiance, des secrets sur lesquels reposent le bonheur d’un tendre père ; l’époux le plus affectionné lui met entre les mains, avec tout l'abandon, sa chaste moitié ; la mère la plus sévère, une fille chérie. Dans cet état de choses, nul chef de famille ne peut et ne doit être insouciant sur la personne du médecin auquel il donne l’entrée de sa maison. L’habileté dans l’exercice de sa profession n’est pas absolument la qualité unique et exclusive que le public a droit d’exiger du médecin. La pureté des mœurs et cette politesse bienveillante, le plus bel ornement des vertus sociales. qui rendent si estimable et si précieux l’homme de hien;, on veut surtout les trouver dans le cœur et dans l’esprit du médecin. L’ensemble de toutes ces qualités des gens bien élevés, du bon ton, se fait souvent deviner^ par le seul extérieur.
Le proverbe si connu que l’apparence est trompeuse a certainement ses exceptions; mais elles ont le plus souvent une valeur subjective, c’est-à-dire qu’elles ont leur source plus fréquemment dans le manque d’expérience de ceux qui ont observé et ont ensuite tiré de fausses inductions, que du défaut de ce proverbe. Dans nos rapports sociaux, nous sommes obhgés très souvent déjuger les hommes sur les apparences. Elles consistent dans la physionomie, dans la mise et dans la manière de vivre.
Tout homme bien organisé possède une sorte d’instinct physionomique, où nous devons chercher l’exphcation de ce phénomène énigmatique, pourquoi, au premier coup-d’œil, nous sommes irrésistiblement entraînés vers certains individus, tandis que d’autres, après une familiarité de plusieurs années et dans dif-‘
féïêntes situations et vicissitudes de la vié, Ue peuvent jamais obtenit de nous une poignée dè main Vraiment cordiale. Le sens ou instinct qui guidé les animaui qui,’ dans l’état sauvage, sont obligés de pourvoir à leurs besoins, mangent le chardon sec et aride, él se garderotit de toucher aux herbes vénéneuses, quoiqtié plèîûé^ dé sucs et de fraîcheur. Ce sentiment ou instinct, disonsnous, a souvent excité l’étorinement et l’admiration des naturalistes. Le sentiment qui guidé l’homme daUs ses différents rapports avec ses semblables, ne mérîtérait-il pas d’être étudié, analysé? Il est presque toujours la source du bonheur dé la vie, bonheur quHl suce pour ainsi dire goutte à goutte dans la coupe que lui présente une amitié franche et loyale, ou dans celle que lui offre la tendresse d’une compagilé estimable et chérie. N’étèignons pas ce jet de lumière bienfaisante, mettons, au contraire, à profit cette sympathie si extraordinaire, principalement dans le choix d’un médecin. Les antagonistes de l’art physionomique me pardonneront néanmoins, je l’espère, d’effleurer ce sujet, s’ils veulent bien se rappeler que je ne fais que suivre le sentiment d’Hippocrate, qui traite de la physionomie du médecin, non pas seulemenCcomme d’une chose accessoire. Ce père dé la médecine exige qu’elle soit grave, sérieuse, jpenxa/itff, mais non sombre et austère, parce qu’alors elle pourrait faire croire à un cœur dur. Il blâme ceux qu’une excessive gaieté porte â rire à tout propos, et deviennent ainsi insupportables aux malades ; excellente leçon pour ces médecins qui semblent avoir embrassé la procession d’histrions, de bouffons de cour.
La tenue ou la manière de se vêtir du médecin peut contribuer à le faire valoir, sur ce point, je m’en rapporte à l’opinion d’Hyppocrate qui doit faire autorité ; lui aussi recommande la simplicité, la propreté et la dé-^ cence dans les vêtements : il dit qu’on ne saurait trop fuir ceux qui sont ajustés avec trop de soin et de pompe,
maié! rechercher ceux qui n’ont rien d’affecté, ni de superflu. La malpropreté est le moyen le plus capable de propager la matière contagieuse ; les médecins peu soigneux peuvent facilement en devenir les véhicules vivants. Trop d’affectation dans la mise, suppose une vanité puérile et une perte de temps considérable pour la toilette ; en effet, il est presque impossible de concilier la qualité d’homme studieux avec les airs d’un fat. Il n’y a rien qui rende le médecin plus agréable et le fasse mieux accueillir que l’avantage de se bien présenter, de le faire avec grâce, de savoir observer dans toutes ses actions, surtout au milieu des cercles brillants, ce goût des convenances, cette élégance de manières que l’on désigne sous la dénomination de bon ton de la société; cette qualité est indispensable au médecin puisque par sa profession il est en contact avec toutes les classes de la société, et a souvent affaire aux sommités sociales. Quoique ces prérogatives, chez quelques peuples, par exemple, le Français, soient identifiées avec leur caractère, de telle sorte qu’on pourrait les regarder commé une qualité innée et nationale, il n’en est pas moins vrai qu’elles sont souvent le fruit d’une bonne éducation, sans elle beaucoup de médecins ne posséderaient jamais ces avantages. Une application trop soutenue à l’étude, la vie retirée des séminaires, des collèges et des univérsités est la plus propre à rendre toujours plus austère l’extérieur des élèves, et à leur faire perdre cette sorte de parfum suave d’une éducation distinguée. C’est ce qui arrive plus souvent dans les universités établies dans les petites villes ou les récréations des étudians sont extrêmement monotones, et où les amateurs des grossières débauches, des tapages bruyants, des criailleries de la populace, gâtent tout ce qu’avait produit une bonne inclination, l’éducation, l’instruction, la lecture. Certains médecins cherchent à se distinguer par des bizarreries, que les gens sensés imputeront toujours à une sorte de
charlatanisme, fussent-iis habiies et expérimentés.
A l’apogée de leur réputation, des médecins qui au commencement de leur carrière paraissaient humains, compatissants, étaient accessibles et quelquefois même humbles et rampants, lorsqu’ils se sont enrichis, qu’ils se sont faits une position que l'homme doué de sentiments nobles et élevés devrait seul occuper, deviennent orgueilleux, négligents, impatients et parfois impertinents. Ils découvrent par là toute la bassesse de leur cœur et les vils principes qui les dirigent, et comme le remarque l’illustre Grégory (1), ils causent un grave dommage à la confiance que l’on met dans leur savoir et dans leur habileté.