CHAPITRE TROISIÈME
Des qnnlitcs morales^ capacité Intelleo
tncilc et tm «ISseernemçùt «iu médecin.
Par contre, les jeunes médecins novices dans la pratique hésitent trop, sont trop timides, trop craintifs, ou sont trop présomptueux, trop hardis, et agissent avec trop de précipitation, ils nuisent également de l’une et de l’autre manière.
Une des principales qualités morales du médecin, c’est la philantropie ou Tamour de nos semblables. C’est cette sensibilité du cœur qui nous fait compatir aux maux qu’ils souffrent, inspiration divine qui nous porte avec tant de puissance à leur tendre une main salutaire et bienfaisante. Un médecin qui regarde le mal de son malade d’un œil compatissant ne l’abandonne certainement pas avant d’avoir mis en œuvre toutes les ressources de son art. Eloigné du lit du malade, l’état de celui-ci sera l’unique objet de ses réflexions, de ses méditations , et il consultera en sa faveur les auteurs de médecine pratique les plus éclairés, les plus en réputation. Cette philantropie dans le médecin contribue infiniment à le maintenir toujours disposé à étendre la sphère de ses connaissances médicales; leur acquisition n’est plus à cœur au médecin insensible et peu soucieux du bien-être de ses semblables, quand une fois il est arrivé à gagner autant qu’il lui est necessaire. Ce n’est pourtant pas toujours ce motif qui Tempèche de le faire, mais chez quelques-uns la conviction de leur propre bUJhssauce, chez quelques autres, le préjugé que la science médicale ne peut parvenir à une plus grande perfection que celle qu’ils croient posséder, ont la plus grande part à ce funeste préjugé. Ou reproche aux méùecius d’un cœur trop sensible que, dans l’exercice de
les facultés intellectuelles sont abolies. Combien est petit le nombre ües médecins qui atteignent cette époque.
leur profession, ils ne conservent pas toujours la fermeté, le calme qui leur est si nécessaire, et que la vive émotion dont ils sont affectés, les trouble à un tel point qu’ils ne savent plus ce qu’il convient de faire. A la vérité, s’il en était absolument ainsi, le malade serait exposé à ne pas être secouru convenablement, mais généralement parlant, ce reproche est tout-à-fait sans fondement , et pourrait tout au plus s’appliquer à celui dont la sensibilité est exaltée hors de toute mesure, ou à celui qui est en proie à la plus violente émotion, lorsqu’il doit traiter son épouse, son lils , ou un ami intime, même d’une maladie exempte du plus léger danger; d’ailleurs, les médecins naturellement les plus sensibles, parviennent, grâce aux scènes si variées et si multipliées des misères humaines dont ils sont à chaque instant les spectateurs, à éprouver les plus vives émotions d’une ame compatissante sans perdre pour cela lu présence d’esprit que la situation requiert. Ces émotions sont vraies, naturelles, non simulées, car le vrai médecin porte un intérêt égale aux pauvres et aux riches ; loin d’en faire parade, il contient, autant qu’il est en lui, leur manifestation afin d’éviter, bien qu’il les méprise, de fausses et malignes interprétations, il cherchera à causer par ses prescriptions, le moins possible de dépenses à ses malades, sans nuire à leur soulagement.
La tolérance et la patience doivent certainement être comptées parmi les principales vertus d’un médecin, car souvent les personnes les plus douces, douées d’une exquise bonté, deviennent impatientes, intraitables quand elles sont attaquées du plus léger mal. 11 est fort difficile de rien faire qui s’accommode à leur humeur. C’est une conséquence de leur maladie qui cessera avec elle, il serait ridicule d’exiger de semblables malades, qu’ils soient dociles, gais; autant vaudrait les prier de ne pas avoir la fièvre. Le mieux est d’opposer la patience, la résignation. Il est rare quç malade dans sa çonva-
lescence ne répare pas ses torts , ne lui fassent pas des excuses des désagréments que, dans la violence du mal, il lui aurait fait éprouver.
Il n’est pas rare, non plus, que la mauvaise humeur des malades provienne de toute autre cause que de son indisposition. En ce cas, il n’entre nullement dans le devoir du médecin de supporter avec une humble résignation et une vile tolérance les caprices de cette humeur. Quelques riches personnages croient qu’il leur est permis de manquer d’égards envers leur médecin, parce qu’ils le payent généreusement. Il serait indigne du caractère d’un médecin d’autoriser par une conduite basse, l’arrogance de ces favoris de Plutus, qui s’imaginent souvent que la nature procède envers eux, pour ainsi dire, au rebours de ses lois , parce qu’elle ne leur a pas accordé une complète immunité de maladies, et que parfois elle leur rappelle qu’ils sont aussi des hommes. On en a vu. pousser la sottise jusqu’au point d’exiger du médecin d’un ton impératif qu’il ait à les guérir sur l’instant ; malheur à lui si cela n’arrivait pas après la première prescription.
La mauvaise humeur des malades est aussi souvent excitée par cette fatale manie qu’ont les gens du monde de vouloir donner des conseils aux autres sur les moyens de rétablir leur santé, sans avoir la moindre notion du mode d’action des substances qu’ils conseillent sur un corps dont l’organisation leur est tout aussi inconnue. Ils décident avec une assurance, un aplomb imperturbables , les questions les plus ardues, les plus difiBciles delà pathologie, qui arrêteraient le praticien le plus expérimenté. Elle serait du moins louable dans son principe , si elle dérivait toujours de cette sorte d’instinct qui nous porte à soulager nos semblables, de cette vive sympathie qui nous fait éprouver à la vue des maux d’autrui une pénible anxiété; mais la puérile vanité de faire parade de talents dans le plus difficile de tous les arts,
de faire croire à des succès que n’aurait point obtenu le médecin qui en fait l’objet constant de ses études, en est souvent la source; le mal qu’elle produit est incalculable.
La modestie, la retenue ou la circonspection, et une discrétion ou inébranlable fidélité à garder un secret sont des qualités sans lesquelles le médecin peut devenir très-dangereux pour la société. Lorsqu’il s’agit de choisir un médecin , il est donc de la plus haute importance d’être bien certain qu'il possède ces qualités morales. Le beau sexe a le plus grand intérêt à a ciller sur ce point cssentiel.il y a certaines maladies propres à ce sexe qui, bien qu’elles n’entachent point le caractère moral d’une malade, néanmoins doivent être ténues cachées par respect pour certains préjugés, ou par des motifs de convenances. Il ne faut qu’une recherche inconsidérée , une seule parole équivoque, il suffit même souvent d’un geste trop significatif pour amener des conséquences auxquelles on ne se serait jamais attendu.
Il est heureux que les médecins sans pudeur, ^ui ont peu de retenue, et ne sont pas assez discrets pour garder un secret, soient aisément connus. Ils se font remarquer par une loquacité excessive; un grand parleur a rarement le temps de mettre ses paroles dans le plateau de la balance, aussi est-il facile que parfois il lui échappe un mot sur l’état de la malade, qu’il ne permettrait pas volontiers que l’on dît de lui, s’il était retenu au lit, dans de semblables circonstances. Rappelons-nous la réponse faite à un médecin grand parleur : medicxàti sk~ nmtem non lôquentem qùçeramus. Nous demandons im médecin qui guétisae et non un médecin discoureur.
La coutume de deiüander au médecin des nouvelles de ses malades, n’èst souvent qu’un simple effet de curiosité; mais parfois elle jette le médecin dans un grand embarras, qui, s’il vient à percer, donne lieu à une infinité . de conjectures. Par èétte raison, il serait bon que l’on
n’interrogeât pas le tnëdecin, ou qu’il se dispensât de répondre chaque fois à ces interrogations banales t comment se trouve M....? Quelle est réellement sa maladie? Comment s’en tirera-t-il? Qu’il tâche de donner une réponse évasive, qui ne compromette ni lui ni sa profession, et ne puisse nuire ni à son malade, si elle lui est rapportée, ni à ses alentours. Les demandes de cette nature sont particulièrement dangereuses quimd il est question d'une personne qui occupe un poste éminent dans l’Etat, et dont la fconservation ou la mort a la plus grande influence sur la marche des affaires pul»liques.
La tempérance, tant par rapport aux aliments et aux boissons que par rapport à toute autre espèce de plaisir, est un précepte de morale bien plus obligatoire pour le médecin que pour toute autre classe de personnes. Un homme qui, à toutes les heures du jour et de la nuit, doit être prêt à servir le public, et dont les fonctions exigent l’intégrité de toutes les facultés intellectuelles, ne doit absolument être ni vicieux ni intempérant. C’est surtout à l’égard des boissons enivrantes que le médecin doit rigoureusement observer le précepte de la tempérance la plus rigoureuse. Je sais que l’on peut s’excuser sur ce défaut ou le dissimuler, quoique assez souvent la goutte rosée le décèle, je sais trèsbien que certains médecins, même dans l’état d’ivresse, par Une sorte de routine, écrivent encore des recettes; il n’en est pas moins certain que lorsqu’ils sont dans cet état ou dans l'abattement qui lui succède, les malades qui se confient à eux sont dans le plus grand danger; l’exercice de leur profession devrait leur être interdit.
Nous ne dirons qu’un mot de la gastronomie, ou des excès de tahle, défaut si général de nos jours, la source la plus abondante des maladies qui affligent actuellement l’espèce humaine. S’il fallait en croire les détracteurs des médecins, elle serait leur péché mignon, nous
ne le pensons pas, mais ce qu’il y a de positif, c’ést qu’elle ne sera jamais celui des médecins qui voudront conserver la liberté et les forces de leur esprit.
Ce serait une prétention fort injuste que d’exiger du médecin qu’il s’appliquât aux obligations de sa profession avec tant d’assiduité qu’il ne pût disposer de quelques instants pour délasser son esprit. Il fant néanmoins qu’il soit modéré jusque dans ses plaisirs. L’homme en général, particulièrement l’homme de génie, en eût-il la volonté, ne peut pas continuellement fixer son attention sur un seul et même objet. Les érudits qui, jour et nuit, suent sur les livres, excepté quelques rares exemples, sont en général des esprits faibles et superficiels, on les a plaisamment surnommés, les portefaix des lettres. Il en est qui n’ont pas moins que la prétention d’avoir lu toutce qui a été imprimé sur lamatière dontils s’occupent.
Il en est qui ont la prétention de connaître par leur lecture dont ils s’occupent, ou parleur analyse dans quelque journal, tous les ouvrages publiés jusqu’à ce joitf, bien que la vie entière d’un homme suffirait à peine à en parcourir la préface. Que de jugements faux, que de grossières erreurs ne propagent-ils point ! On peut dire de leur savoir rudis indigesta que moles, car s’ils ont employé beaucoup de temps à lire, ils n’ont pas eu le temps de réfléchir, de méditer, encore moins de visiter des malades.
Une distraction discrète et bien réglée est nécessaire, quand on veut d’ailleurs travailler avec énergie. Toutes les personnes qui se livrent à des travaux intellectuels en ont besoin, mais personne n’y a plus de droit que le médecin, éternel témoin des misères humaines. Le divertissement qu’il préférera, auquel il consacrera ses moments dé récréation, n’a aucun intérêt particulier pour le public. Qu’il joue, qu’il chante, qu’il monte à cheval, etc., pourvu qu’il en choisisse un tel que ses facultés physiques et morales u’en soient point altérées.
qu’il ne devienne jamais une passion, mais une simple récréation. Celui qui l’éloignera le moins de chez lui, en général, sera le plus convenable.
Il n’y a pas de science qui exige un esprit aussi étendu que la médecine. Jusqu’à présent, les médecins n’ont pas de règles précises pour déterminer leur conduite dans quelques cas abstraits. Ils doivent se conformer au langage de la nature, si mystique qu’il puisse être ; c’est un talent que possèdent seulement ceux qui ont acquis les connaissances les plus étendues, et sont doués d’un excellent discernement. La seule érudition est insuffisante, et des médecins médiocres au lit du malade ont fait rougir les médecins les plus érudits, les plus savants en théorie. Cette prérogative n’est pas absolument l’œuvre de la seule expérience, mais le plus souvent d’une certaine facilité à connaître d’un coup-d’œil les rapports des objets qui s’offrent à nos sens, et à juger avec justesse leur enchaînement; cette faculté suppose, nous le répétons, une grande perspicacité, et ne peut s’acquérir au moyen de la seule expérience.
La manière de découvrir dans un médecin cette prérogative ou ces qualités essentielles, est sujette à bien moins de difficultés qu’on ne le croirait de prime-abord. Un homme habile, doué de sagacité, d’un raisonnement juste, laisse apercevoir ces qualités non seulement dans les objets qui appartiennent à la médecine, mais encore dans tous les objets qui lui sont étrangers. Avant donc dè se décider sur le choix d’un médecin, on doit examiner soigneusement, quand il y a possibilité, s’il porte sur les autres objets un jugement clair et exact, et s’il en parle avec justesse. Si les jugements qu’il énonce sont faux, on peut avoir l’entière certitude que ceux qu’il porte en médecine le seront aussi, alors il faut se désister d’un pareil choix. L’auteur d’un ouvrage devenu classique ; de Vart de la conversation , M. Knigge, •ce profond observateur avait déjà donné ce conseil; « la
nécessité, dit-il, t’oblige-t-elle à recourir à un médecin, et veux-tu le choisir ; prends bien garde avant tout, s’il possède un entendement lucide, s’il raisonne avec clarté, avec impartialité et sans préjugés sur les objets dont il parle, « Il est vraiment inconcevable comment des gens, qui d’ailleurs ont beaucoup de discernement et de sayojr, soient assez mal avisés sur ce point pour se décider à confier imprudemment leur vie à des individus qu’ils sont persuadés avoir peu de capacité. Combien de fois n’arrive-t-il pas d’entendre ces expressions: Mon docteur n'a pas inventé la poudre, mais il sait parfaitement son métier... Comment cela serait-il possible? ne se présente-t-il pas au médecin des choses sur lesquelles, pour porter un jugement à propos j il faut la plus grande perspicacité? Qu’attendre d’un médecin qui suit invariablement une aveugle routine ?
11 n’est personne à qui une bonne mémoire soit plus pécéssairé qu’au médecin, ses principales connaissances lui viennent de la confrontation des difiérentes observations qu’il a recueillies dans sa pratique, il est donc bien avantageux qu’il soit doué d’une heureuse mémoire et la cultive soigneusement. La proposition que la mémoire est en raison inverse du jugement doit s’entendre de celle qui consiste à retenir les mots plutôt qu’à apprendre et à saisir les choses, à la faculté de se rappeler celles qui ont une fois été classées dans notre enlcndement. Néanmoins cette règle souffre des exceptions, Haller offre un exemple frappant d’une pareüle exception. A l’intelligence la plus lucide, à une force de raisonnement bien rare, il joignait une mémoire si étendue qu’il se ressouvenait des choses les plus insignifiantes. Une fois àGoëttingue, en compagnie de ses amis, il récita mot pour mot plusieurs pages d’un roman populaire qu’il avait lu dans sa première jeunesse, et n’avait jamais touché depuis. Dans un âge fort avancé il reçut une violente percussion dans une chute, la
cràihte que la commotion éprouvée par son cerveau ne lui eût fait perdre la uiémoire, fut la première pensée qui lui vint à l’esprit; aûn de s’en assurer, il la mit sur le champ à i’épreuve en répétant tous les noms des fleuves qui vont se décharger dans le Mississipi.
L’amour de son état élève le médecin qui en est animé fort au-dessus de cès médecins malheureusement trop communs, qui exercent leur profession comme une branche de commerce, elle fixe sur lui le choix de bien des honnêtes gens. 11 eb suit les progrès avec zèle, pour ainsi dire pas à pas, profite de toutes les découvertes faites par les hommes de génie qui ont acquis des titres à la reconnaissance de l’humanité souffrante par le soulagement qu’ils ont apjporté à ses maux. Le médecin qui exerce sa profession seulement dans la vue d’amasser des richesses, dès qu’il possède, sans l’avoii’ mérité, un revénu considérable ou une injuste réputation, renbnee à acquérir de nouvelles connaissances, et par envie suscite toutes sortes d’obstacles aux autres. Que si un hazard bien rare, leur a fait faire une découverte, ils ne se proposent de la rendre publique que lorsqu’ils se flattent qu’elle leur ouvrira uiie nouvelle sour(*e de richesses.
Quelques médecins dans leur Jeunesse ne sont pas sans prédilection pour la science qu’ils cultivent, mais ils la perdent dans un âge avancé. Cette vérité se trouve confirmée par l’exemple de ces médecins qui ont dans les grandes villes une clientèle fort étendue. Ils emploient toute la journée à visiter des malades, le soir ils reviennent tellement fatigués qu’ils ne peuvent se l ivrer à aucun travail intellectuel, tout au plus s’occupent-ils du calcul de leur gain journalier qu’ils transportent sur leurs livres.
Par ce motif leurs connaissances restent toujours au même point; cependant la science Imt des progrès, ils estent ainsi toujours ad^èssous du niveau. Us essaient
souvent à se Venger de leur infériorité, en cherchant à tourner en ridicule les améliorations survenues, ou ils affectent de les mépriser.
Il serait bien à plaindre le malade qui serait entre les mains d’un médecin dominé par une passion violente, eùt-il même de grands talents. Qu’attendre d’un débauché qui en tâtant le pouls penserait à une fille d’Opéra? Croyez-vous qu’un joueur qui vient de perdre sa fortune dans un tripot ou dans une crise de bourse ait l’esprit assez tranquille pour choisir judicieusement la combinaison des moyens les plus favorables à son salut? Le médecin éclairé, doué d’une piété douce et bienveillante est un ange consolateur qui guérit à la fois le moral et le physique de ses malades ; il tire un grand parti de l’influence de l’un sur l’autre. Autant il est à rechercher, autant le médecin fanatique est dangereux par les frayeurs qu’ü leur inspire, par les maux dont ü les menace. On a vu des religieux chargés du soin des malades dans un hôpital d’Italie, pousser la barbarie jusqu’à laisser mourir sans soins les malades atteints de maladies vénériennes, parce que, suivant eux, c’était un juste châtiment de leur débauche. Les hypocrites qui couvrent leur ambition ou leur cupidité du manteau de la religion sont encore plus à redouter, on en a vu se donner pour des apôtres chargés de la part de Dieu, de la mission de guérir les hommes.
Toutes les passions violentes troublent l’esprit et lui fout perdre le calme nécessaire à ses opérations ; elles absorbent la majeure partie du temps de ceux qui en sont dominés, il leur en reste peu à donner aux études médicales, et à l’observation des maladies. Nous ne nous appesantirons point sur la folie qu’il y aurait à confier sa sauté à des hommes qui inspirent tout autre sentiment que la confiance. Ne prenez donc jamais un médecin qui n’aie pas sû maîtriser ses passions.
Il est une autre classe de médecins qui savent la ^a
gner, sans la mériter, ce sont les Médecins beauxesprits, littérateurs. Ils ont le grand avantage de s’emparer du moral de leurs malades, de les rassurer, de les consoler, de les persuader. Mais un emploi de temps considérable, de longues et profondes études aujourd’hui sont indispensables pour former un littérateur, et la vie entière suffit à peine à la science médicale. Où aboutit donc cette orgueilleuse prétention d’être à la fois littérateur et médecin, à n’être que très médiocrement l’un et l’autre, ou tout à fait l’un, et pas du tout l’autre. Ecoùtez ces beaux esprits dans les cercles, dans les réunions académiques, mais non quand vous êtes retenus au lit par une maladie grave. Est-ce à dire qu’uu médecin ne doive pas écrire? Loin de nous cette pensée. Mais le véritable médecin, j’entends celui qui se livre uniquement au traitement des maladies n’aspirera point à la gloire d’être littérateur, s’il veut s’acquitter consciencieusement des devoirs que sa profession lui impose, il se contentera de publier ce qu’il croirautile à sesprogrès, d’une manière simple, claire et concise. Méfiezvous encore plus de ces compilateurs éphémères débitant la science en détail, au rabais. Ils sont trop occupés à déguiser leurs plagiats continuels, trop absorbés, par leur spéculations, littéraires pour songer sérieusement à leurs malades. Ils ont assez à faire de soigner leurs abonnés, leur devise est gagnons de l’argent^ advienne ce que pourra. Ils s’enrichissent, d’accord, mais jamais ils n’enrichiront la science qu’ils dépècent et défigurent à caprice et selon leur intérêt ; ces flibustiers de la science font un grand mal, en ce qu’ils empêchent de lire les auteurs originaux. Dans la vue de masquer leurs plagiats, ils dénaturent ces auteurs, souvent les traduisent mal, ou les mutilent maladroitement pour les faire entrer à toute force dans le cadre qu’un intérêt mercantile leur à fait adopter. Incapables
Qu’ils sont de rien produire d’eux-mêmes, ils s’apprdfiriedt âudacieüsement les dépouilles des travailleurs consciencieux qu’ils découragent et ruine en les privant dès bénéfices mérités. Ces êtres cupides sont méprisables autant ^ue sont dignes de notre estime et de nos égards les hbmuiës laborieux qui consacrent leurs veillés à l’avancement de la science, mais travaillent sur Ifeur propre fonds, sans jamais s’approprier le fruit dü labeur d’autrui. Ces compilateurs peuvent faire des diipes, mais jamais des médecins, que ceux qui veulent le devenir soient bien convaincus que la lecture d’un auteur classique, d’un Sydenham, d’un Stoll, par exemple, les instruira plus et développera plutôt en eux le talent médical que celle de mille compilations.
Il ne serait pas moins dangereux de se mettre entre les mains d’un niédecin infatué d’un système. Les systématiques veulent, à toute force, plier la nature à des idées préconçues, à des théories irrationnelles. Ils ne sont plus les ministres de la nature, mais des tyrans qiii, loin de l’aider, de la diriger, prétendent la subjuguer, l’asservir à leur joug; ils la détruisent plutôt que de déroger à leur méthode de traitement. Les inventeurs et les partisans d’un système quelconque ne manquent jamais d’arguments bons ou mauvais pour le soutenir. 11 est pénible de voir que tous en appellent à l’observation et invoquent les plus beaux résultats cliniques. Malheureusement ces beaux résultats ne sont jamais confirmés par une expérience éclairée, impartiale et désintéressée. 11 est rare qu’ils survivent à leur système^ qui ne tarde pas à disparaître pour faire place à un autre, qui subira le même sort.
Tout opposés à ceux-ci, sont les médecins qui embrassent successivement tous les systèmes, toutes les théories, les défendent avec chaleur quand ils jouissent d’une certaine vogue, et les quittent bientôt pour uu autre. C’est une preuve sûre d’uu esprit versatile, d’ûtt
jugemeat faux et parfois d’une cupidité effrénée. C’est assez dire qu’ils sont loin d’avoir des titres à l’estime, encore moins à la confiance. L’amour de la nouveauté, du merveilleux, l’illusion d’une vie séculaire , font la fortuqe des systèmes, des théories nouvelles, même des plus absurdes; on les embrasse souvent sans y croire (1).
Celui qui dénigre ses confrères ne mérite pas moins de mépris, mais celui qui, contrairement aux lois de la morale et aux règles des convenances, cherche à le supplanter est plus coupable encore (2). Non seulement ils font tort à des collègues qu’ils devraient, au contraire, favoriser, mais il nuisent à leur considération propre et à la dignité de la profession, et ce qui est encore plus fâcheux, ils portent un grave préjudice aux malades en leur enlevant l’avantage inappréciable d’une confiance entière, complète, absolue. On croit que Pythagore avait défendu à ses disciples de s’immiscer dans les affaires politiques, nous conseillerons volontiers aux médecins de suivre ce précepte, si ce n’était souvent un devoir que chaque citoyen est obligé de remplir, du
(1) Celui qui prône partout les cures admirables qu’il a faites, qui se vante de guérir des maladies incurables, se range au nombre des charlatans.
(2) Est-il nécessaire de prémunir le public contre ces médecins qui, pour se procurer des clients, ont recours à la ruse, à de viles et basses intrigues, aux expédiens les plus honteux, tels que les annonces dans les journaux, les placards et affiches sur les murs, la distribution de cartes et d’opuscules dans les rues, la vente des remèdes secrets, une entente frauduleuse avec les pharmaciens, les herboristes, de prétendues somnanbules, etc. D’autres sont assez vils pour s’associer à des charlatans. Ils ne méritent pas seulement le mépris, mais l’application de lois sevères, puisqu’on définitive,’de pareils abus tendent à la destruction delà population. En les employant, ils dévoilent par ces honteux. moyens leur ipcapacilé, la bassesse de leurs sentiments et lümpoSsibilitéoû elle les place de subvenir à leur subsistance par une conduite honnête et probe, eussent-ils même des talents et des sentiments, ils seraient encore à fuir à cause de leur cupidité. H en est qui ne rougissent pas de faire la cour aux valets, aux servantes, afin de s’introduire chez les maiires; enfin on en a vu spéculer sur leur propre sang, en épousant^ par l’appât d’une forte dot, des femmes bossues, rachitiquei.
moins ne faut-il y employer que le temps nécessaire, quand on ne peut s’en dispenser ; le bien des malades exigerait sans doute qu’il en fût ainsi. Les médecins qui seraient persuadés qu’ils seraient plus utiles dans cette carrière qu’en pratiquant la médecine, ferait sagement de renoncer à leur clientèle, et celle-ci de ne plus les appeler. Car il est certainement très-difficile de fournir à la fois ces deux carrières.
Néanmoins, il serait important que des médecins concourussent à la confection des lois; que de maux, de maladies, d’infirmités, de désordres n’éviterait-on pas en obtempérant à leurs conseils? S’il en eût été ainsi, verrait-on l’espèce humaine dégénérer si rapidement, les populations débiles, maladives, démoralisées? Les gouvernements eussent-ils encouragé, au lieu de le réprimer, l’usage immodéré du vin et de liqueurs spiritueuses, plus pernicieux encore, qui détruisent les qualités physiques et morales de l’homme? Par les mêmes motifs n’auraient-ils pas fait les plus grands efforts ' pour diminuer la consommation du tabac, du café et du thé? Pourquoi les belles institutions hygiéniques transmises des Egyptiens aux Grecs, de ceux-ci aux Romains n’ont-elles pas été conservées? Pourquoi, comme ces derniers, ne donne-t-on pas au bas peuple des bains tièdes pour quelques sols, puisqu’on a retrouvé dans les puits artésiens la manière d’avoir avec peu de dépenses des quantités immenses d’eau cliairie? N’est-il «lonc pas possible de remplir les trésors de l’Etat sans sacrifier la santé des hommes.
En résumé, les qualités qui doivent déterminer dans le choix d’un médecin sont ; la probité, la discrétion, l’amour de l’humanité, l’indulgence pour les autres, la
bien qu’ils dussent s’attendre à procréer des enfants infirmes, contrefaits. Uoniaienl se persuader que des gens dépourvus de talents, et aussi avides s’occuperont sérieusement de votre santé, lorsque leur ynique pensée csî de gagner de l’argent?
sévérilfé pour soi, un entier dévouement à son art, un zèle ardent pour ses progrès, auquel il consacrera tous les instants que lui laissera l’assistance des malades, des mœurs simples, douces ; un caractère désintéressé, indépendant, sans fierté, qui alliera la patience au courage, la fermeté à un jugement solide, sain, un raisonnement sûr et prompt, une imagination modérée qui ne se laisse séduire par aucun système.
Le bonheur du médecin est tellement devenu le sujet de la croyance et des discours du peuple que quelques paroles sur ce sujet ne paraîtront certainement pas superflues. Le bazard donne à quelques médecins la réputation d’un Hippocrate, et à d’autres fort habiles l’apparence de la médiocrité. J’accorde tout cela ; mais je suis aussi très-persuadé que la ressemblance due au bazard, ne peut être d’une longue durée et que l’une et l’autre apparaîtront sous leur véritable aspect aux yeux d’un homme éclairé. Un général inexpérimenté, une mazette aux échecs, pourront une fois battre une personne habile; mais dans les luttes réitérées, cette bonne fortune, cet heureux succès se dissiperont comme les brouillai cls devant le soleil. En effet, j’ai connu un habile chirurgien qui, à son arrivéedansune ville, éprouva les plus grands revers dans ses premières cures. Ce n’était pas sa faute, mais le bazard lui avait mis dans les mains des malades qui ne pouvaient guérir. Peu après, dans une pratique fort étendue, il donna les preuves les plus éclatantes de son habileté. Supposons qu’un médecin sur vingt malades atteints de fièvre nerveusej en perde un seul, il sera réputé un médecin heureux. Mais sup;posons que, de ces vingt malades, ce soit le premier qui succombe, ce qui ne détruit pas la première proportion, alors il est malhéureux, sans être, pourtant, ignorant et inexpérimenté. 11 résulte de là que la constance de la bonne fortune seule démontre l’habileté du médecin, tandis que sans elle, la fortune ne peut être durable ; il
faut donc se garder de porter un jugeineiit sur lé bonheur ou l’habileté d’un médecin d’après un petit nombre de cures bien ou mal réussies. Nous ne pouvons nous empêcher de présenter ici une réflexion, c’est qu’il faut que l’amour de la vie, l’envie de guérir, rende bien crédule et obscurcisse grandement le jugement pour qu’il y ait des gens qui se laissent prendre aux pièges grossiers des charlatans. Le mépris du déshonneur, l’avidité, la soif des richesses, les basses manœuvres qu’ils employent pour la satisfaire, leur imprime un cachet indélébile ; ils se soucient fort peu de ruiner une santé qu’ils promettent de rendre. Le médecin qui s’associe avec eux , s’assimile à eux , est plus méprisable sans être moins dangereux.
Terminons ce chapitre par ces remarques très-sensées de Consbruch. L’art du médecin consiste à gagner et à conserver la confiance de ses malades ; il dépend moins de ses connaissances, de son érudition que d’un certain tact, d’un savoir faire, qui se signale par une éducation libérale, par un esprit philosophique, par la connaissance du cœur humain, par certains procédés remarquables; tantôt par une sage condescendance, tantôt par une inflexible fermeté, prenant parfois plus à cœur l'intérêt de ses malades et redoublant de soins, d’autres fois ayant l’air de les négliger et d’en être peu jaloux.
Cet art s’acquiert difficilement, surtout à un certain âge, il se fonde sur des qualités et des talents, en partie innés, et en partie acquis dans la jeunesse et perfectionnés dans l’âge mur, qui doivent être accommodés aux circonstances et modifiés sous certains rapports.
SECTION deuxième:
Des devoirs du médecin envers ses collôgnes.
Dans aucune classe d’hommes adonnés aux sciences
et aux arts, il n’y a autant de désuniun, d’opposition que parmi les médecins. C. Agrippa leur avait déjà adressé ce reproche d’un ton un peu raide. Comme les altercations, les disputes, le désaccord, non seulement rendent les médecins méprisables aux yeux de tout homme raisonnable et honnête, mais ont encore les plüs funestes influences sur le bien des malades, on doit donc rechercher avec grand soin dans le choix d’un médecin, quelle est sa manière de se conduire avec ses collègues; elle fait connaître ordinairement jusqu’à l’évidence son caractère. Un praticien qui s’estime et a le sentiment de ce qu’il vaut, ne cherchera jamais a acquérir de la réputation et à gagner la confiance aux dépends de l’honneur de ses collègues. Des hommes sans talents, sans capacités, ont seuls besoin de recourir à de pareils moyens; dans l’esperance de se distinguer, tous les moyens leur sont bons; ils foulent aux pieds les lois de l’équité, les règles de la morale, les exigeances des convenances et l’intérêt même des malades.
On répète que le meilleur médecin est celui qui se trompe le moins, on dirait avec autant de raison que le médecin habile, expérimenté se trompe très-rarement, quoique la science soit très-ardue, et ne comporte pas par sa nature une certitude mathématique; c’est qu’il n’abandonne rien au hazard, obéit aux indications, s’appuie toujours sur de nombreux précédents; que s’il prescrit un agent pharmaceutique dont les effets sont incertains, il le fait de manière à ne point préjudicier, ou il demeurera dans une sage expectative. Cependant on juge ordinairement son habileté sur l’issue de la maladie sans réfléchir que souvent c’est la manière de tirer la plus injuste et la plus fausse des conclusions. On mesure l’habileté d’un avocat sur la puissance de sa parole et la force de son argumentation, et non sur l’issue du procès, et celle d’un pilote, sur la manière dont il conduit le gouvernail, non selon l’issue de l’expédition. Dé
médecin n’aurait-ü donc pas un égal droit à un semblable procédé de la part du public qui s’érige en juge de de sa conduite et prend ordinairement le succès de sa méthode de cure pour base du jugement qu’il porte de son habileté, dans le traitement des maladies? Il faut avouer, pourtant, que certains docteurs, par une conduite inconvenante envers leurs collègues, ont induit le public à tirer de semblables conséquences. A peine leurs collègues viennent-ils de perdre un malade qu’ils se donnent toutes les peines du monde pour persuader à tous ceux qu’ils fréquentent qu’on l’a tué par des remèdes qui ne sont plus en usage. On ne rencontre que trop de gens portés à mal parler et à mal penser, qui répètent ces infâmes propos, et il arrive qu’un médecin bien que très habile et très expérimenté, après une seule cure, conduite avec toute la sagacité et le discernement possibles, suivant toutes les règles et tous les principes de l’art, voit sa réputation faire naufrage; les médecins eux-mêmes détruisent donc la réputation de leurs confrères.
Jamais un médecin honnête et raisonnable ne jugera la conduite de ses collègues, dans la cure d’une maladie, sans en avoir été témoin occulaire, en ce cas, il procédera avec toute la prudence et toute la délicatesse, afin de ne pas flétrir, par un jugement précipité, l’honneur de ses confrères, et de n’exciter aucune dissention. Ne voit-on pas tous les jours deux médecins des plus ex périmentés occu[)és cà réfléchir des heures entières sur une maladie grave et compliquée, à eh rechercher la nature et à se communiquer réciproquement leur avis, sans parvenir cà en connaître avec une parfaite exactitude l’état actuel, et déterminer les remèdes les plus convenables? Tout homme dont l’esprit est libre de préjugés ne sera-t-il pas convaincu qu’un médecin qui se conduit ainsi est un homme dépourvu de bon sens, de sentiments et de loyauté ! tous les honnêtes gens le fuient
— séparée que celui qui épanche aujourd’hui sa bile contré un confrère, demain ne respectera pas non plus l’honneur de son client, et le sacrifiera sans pudeur et sans honte, si son intérêt l’y convie.
Ce n’est pas que les médecins se fassent toujours une guerre ouverte, il en est beaucoup qui, se sentant trop faibles pour tenter une agression patente, tâchent de leur nuire d’une façon moins périlleuse pour eux. Ceux tjui ne se sont fait aucun nom dans les sciences, qui n’ont donné aucune preuve de savoir, et veulent pourtant attaquer un homme instruit etd’un mérite reconnu, usent de cette méprisable astuce. Us cachent leurs traits empoisonnés sous les oi-nements de la louange, et s'écrient du ton simulé de la compassion ; Quel malheur que cet estimable collègue ne soit pas missi bon praticien qu’il est excellent médecin. Croirait-on que de mi.sérables médicaslres eui ent l’audace d’adresser ee reproche à une des lumières de l’art. Le médecin est-il étranger, ils lui repi ocheront de ne pas connaître l’influence du climat. Zimmermann, Dehacn éprouvèrent de semblables desagrémeuls.
C’est la jalousie de quelques médecins qui est la cause du reproche banal qui leur est adressé de n’être jamais d’accord. Hors le cas de ces misérables rivalités, ces dissidences ne sont qu’apparentes et sont bien plutôt l’effet de l’ignorance de ceux qui le leur reprochent, qu’à un véritable dissentiment. Les plus légères connaissances en médecine feraient connaître qu’en réalité elles n’existent point. Ils sont généralement d’accord sur le genre d’une maladie, sur le traitement le plus efficace à lui opposer. S’il se manifeste quelque divergence, elle porte sur des circonstances accessoires, par exemple dans la préférence accordée à un médicament sur un autre parce que tous deux possèdent les mêmes vertus, sauf quelques nuances pi'esque imperceptibles. Le charlatanisme profite de ces malentendus, de ces
eireuts ; en Allei^agne, e^es ont été victorieusement combattues parrip^titution, dans les collèges, des cours d’antropologie, où l’on enseigne à l’homme son organisation, les fonctions qu’elle exécute, les moyens de conserver sa santé, enfin les principes sur lesquels reposent la médecine. Vous ne verrez point un homme qui aura étudié la médecine, qui aura observé suivi des malades dans les hôpitaux, douter de la puissance de son influence, mais il est bien plus facile de la critiquer, de la ridiculiser, que de l’étutlier, d’en observer les effets. On sacrifie cè qu’il y a de plus respectable à la sotte vanité de vouloir paraître ne rien ignorer, à la satisfaction de lancer un sarcasme spirituel, sans s’apercevoir qu’en affaiblissant la confiance dans la médecine, on lui ôte une grande partie de sa puissance, et qu’on enlève aux malheureux malades le seul bien que souvept il leur reste, l’espoir. N’est il pas déraisonnable d’exiger de la médecine une certitude absolue, qui ne se trouve que dans les mathématiques. Les jurisconsultes, les diplomates, les stratégistes, les chimistes, les agriculteurs sont-ils toujours d’accord, en conclura-ton qiie l’étude de ces sciences est infructueuse; l’obscurité dont est enveloppée quelques points dans leur théorie, n’autorisera jamais l’homme sensé à les tourner en ridicule, il est même des gens assez insensés pour faire des objections au médecin, auprès du lit d’un malade, ou de l’étourdir des plus sottes questions, des propos les plus indiscrets.
Comment se conduiront les médecins, quand ils se rencontreront avec des confrères qui auront embrassé par conviction ou par tout autre motif les systèmes les plus absurdes. Chercheront-ils à leur prouver que tout ce qui est contraire aux lois du monde physique et moral est contraire à la raison ; que toute explication qui n’est pas d’accord avec elle doit être rejetée ; que les faits que l’on prétend expliquer par d’îdfsurdes hypo-*
thèses, doivent être ramenés à ces mêmes lois, ou îaîssés sans explication. C’est ainsi que les cures miraculeuses des homœopates et des magnétiseurs qui font une si vive impression sur le peuple toujours crédule et ami du merveilleux, parce qu’il est ignorant, trouvent leur explication dans les moyens hygiéniques et dans la force de l’imagination. Mais il semble que l’esprit de l’homme a horreur du vide, à défaut de vérités, de réalités, il se remplit d’hypothèses, de chimères. Ma,is la science n’est que le résumé des faits, de l'expérience; les théories ne sont que les déductions rationnelles qui eu dérivent ; et cependant, bien des gens portent la sottise au point de prétendre résoudre à l’instant les pr6blêmes de médecine les plus ardus , sans avoir la plus légère teinture des lois de l’organisme, de ses fonctions, des organes qui les exécutent.
Certains médecins choisissent principalement les consultations pour leur champ de bataille, aussi est-il très facile d’acquérir une connaissance parfaite de leur caractère, quand on observe avec grand soin leur conduite en ces occasions. Elle dégénère trop souvent en vaines discussions, peu profitables au malade. Il n’en arrivé point ainsi dans les consultations où le médecin ordinaire expose fidèlement l’histoire de la maladie au médecin appelé en consultation, indique les remèdes employés jusqu’alors, l’instruit avec exactitude de leurs effets, puis écoute avec patience l’opinion de son collègue sur la nature de la maladie, et le plan de cure qu’il propose, et quand quelque point fait naître des doutes, se soumettent tous deux avec une sorte d’humilité scientifique à la décision d’un troisième dont le mérite et le savoir sont parfaitement connus de tous deux. De semblables consultations sont tout-à-fait dirigées vers l’avantage de l’humanité. Je pense tout différemment de ces consultations dans lesquelles interviennent plus de trois médecins. D’ordinaire, il y a trop
dè cônfusion, et on finit par ne rien conclure. Chacun prend ses honoraires, et le malade reste in statu quo. D’ailleurs, comme la pluralité des voix l’emporte et que les bons médecins sont toujours en minorité, on peut facilement pressentir que le résultat ne sera pas fort avantageux au malade.
Le médecin consultant a toujours un grand avantage sur le médecin ordinaire, avantage dont il ne doit pourtant pas abuser, s’il ne veut violer les devoirs et les principes d’un honnête homme; c’est à lui qu’appartient la critique ou l’approbation de la conduite du médecin ordinaire ; qu’il ait ou non raison de le faire. En effet, si la maladie se détermine bien , que le malade guérisse, on attribue cette heureuse terminaison aux mesures adoptées dans la consultation; si le malade meurt, le consultant alléguera qu’elle a été faite trop tard; ce qui, du reste, arrive le plus souvent. C’est un procédé indigne d’un homme probe et délicat, d’approuver devant lui la conduite d’un confrère, et de le blâmer hors de sa présence.
On a prétendu que pour s’épargner les désagréments des contradictions, les médecins agissaient plus d’après les inspirations de l’intérêt privé que d’après les règles de la bonne foi ; De là cette mauvaise plaisanterie, Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné , comme s’ils n’avaient d’autres moyens de s’accorder que de consentir mutuellement à l’administration de remèdes qui ne leur paraîtraient pas indiqués. Les résultats d’uue consultation doivent être des lois sacrées et inviolables, dont il n’est par permis de s’écarter, sans les motifs les plus pressants, les plus positifs. Cependant il est arrivé que le médecin ordinaire, après être tombé d’accord sur tous les points avec le médecin consultant, n’en a pas moins persisté, dans sa vieille routine, malgré tout t5e qui avait été arfêlé dans la consultation. Cette manière d’agir n’est point excusable, car le médecin qui
— (il —
üe veut pas exécuter les prescriptions d’un consultant, est tenu d’abandonner le malade aux soins d’un autre médecin.
Quelquefois il arrive qu’après la consultation, la maladie s’améliore comme on le dit, à vue d’œil, quoiqu’on n’ait fait aucun changement important dans la méthode de traitement. Le médicament administré aura seulement été changé dans sa couleur ou dans sa saveur par l’addition de quelque sirop. Le calme se rétablit dans le moral du malade par la formalité de la consultation, par l’accroissement de la confiance dans les médicaments proposés et approuvés pas des médecins en grande réputation, jouissant d’une considération méritée , telles sont les causes qui contribuent à ce résultat d’une façon surprenante. Il n’est pas rare que le malade soit déjà entré dans la voie de l’amélioration, même avant la consultation, ou bien qu’il soit survenu quelque circonstance accidentelle qui ait agi sur le malade d’une manière favorable. Si plus tard le malade ou ses parents font connaître au médecin ordinaire, de quelque manière que ce soit, qu’ils regardent l’heureux succès du traitement comme un résultat de la consultation, ils commettent une véritable injustice qui doit mortifier l’homme honnête. A ce sujet, je me rappelle une anecdote curieuse que je crois à propos de communiquer au lecteur. Un malade de la religion juive se faisait traiter par un médecin son coreligionnaire. Un long temps s’était écoulé sans qu’il eût obtenu de soulagement, il se détermina à faire une consultation , à laquelle un professeur chrétien fut prié d’intervenir. Celui-ci approuva entièrement la méthode de traitement entreprise par le médecin ordinaire, et ne jugea pas convenable de rien faire, sinon quelques changements insignifiants dans les prescriptions. Mais, à peine le malade eût-il pris quelques cuillerées de la mixture nouvellement prescrite, qu’il se sentit aussi soulagé, et, plein d’in»
dignation, il dit à son médecin ordinaire î Pourquoi né m'avez-vous pas donné ce miédicament dès le ptlUcipe de ma maladie ? Si vous étiez très-affamé lui réporimt le médecin, et que vous ne fussiez pas rassasié par un petit pain, sans en douter vous en mangeriez un autre , et s’il ne vous suffisait pas, vous en mangériez uû troisième, et un quatième^ et un cinquième, et même un sixième jusqu’à ce que vous fussiez rassasié. Maintenant , je vous demanderai à mon tour, pourquoi vous n’avez pas mangé tout d’abord ce sixième petit pain ? Mais, grand-dieu ! il m’eût été impossible de faire que le sixième fût le premier, reprit le malade, eh bien ! répliqua le médecin, c’est précisément ce qui m’arrive avec les médicaments.
Souvent aussi les consultations produisent un effet tout contraire, le malade se frappe, se croit perdu, parce que l’on appelle un autre médecin, et la maladie s’aggrave rapidement. Mais le plus grand inconvénient des consultations, qui, malheureusement n’est que trop fréquent, c’est que le médecin ordinaire n’ose pliis rien prendre sur lui, dans la crainte d’être blâmé ou, désapprouvé, quoique l’apparition de nouveaux phénomènes , d’accidents inopinés, des effets indiosyncratiques, exigeassent d’importantes modifications dans le traitement, ou sa suspension totale. D’un autre côté , elles ont l’inappréciable avantage de mettre à couvert la responsabihté du médecin ordinaire. 11 sera donc prudent de sa part de les provoquer dans les cas graves’, et le malade ou ses proches agiront sagement en appelant un médecin de son choil, car il serait fâcheux qu’ils ne s’entendissent pas bien, et il est de son intérêt et de sa compétence de s’adresser à un de ces praticiens probes et éclairés qui cherchent par dessus tout le soulagement des malades et la gloire de leur art.