CHAPITRE n
De la conduite du médecin enverit leit pliarma< cienSf lés 8ag;e«-femmefi, etc.
Le médecin qui déclara à l’assemblée nationale en France que la médecine était une science incertaine et préjudiciable à l’Etat, n’avait certainement pas tort, s’il entendait parler des charlatans, des barbiers, des médecins ignorants , des sages-femmes, des pharmaciens, des herboristes, des gardes-malades, qui se mêlent de la médecine. C’est un abus des plus dangereux, contre lequel les gouvernements ont le tort très-graves de ne pas sévir avec rigueur. On aurait peine à se faire une idée juste de l’insouciance, de l’irréflexion, de la hardiesse , avec lesquelles ces gens sans aucune notion de médecine, sans aucune connaissance en anatomie, donnent , à tort et à travers , les conseils les plus pernicieux. C’est une cause de mortalité dont il serait difficile de calculer la portée. Au début d’une maladie, il est important de ne rien faire mal à-propos, sous peine de l’aggraver , quand souvent il serait possible de l’empêcher de se développer ou de la rendre très-légère; c’est alors qu’ils sont consultés et leur médication transforme ordinairement une simple indisposition en une maladie grave, dont ils rendent ensuite les médecins responsables. Le moindre mal qui résulte de ces consultations malencontreuses est de plonger les malades dans une sécurité funeste, de laisser grandir le mal au point où il est difficile et parfois impossible de guérir, quand des secours éclairés administrés en temps opportun, eussent détourné une tendance périlleuse. 11 eut beaucoup mieux valu ne rien faire avant l’arrivée du médecin, à,moins qu’il ne s’agisse d’un accident qui compromettrait l’existence avant sa venue; Puissent les gouvernements et les populations réfléchir sur les innom-
brables erreurs que commetteut eeux qui, sans éire capables de lire un ouvrage de médecine, encore moins de l’entendre, s’arrogent le droit de s’attaquer à la vie des hommes et d’en disposer à leur gré. Vainement cherchent-ils à s’excuser en alléguant que leur assistance est nécessaire quand il n’y a pas de médecins, puisqu’il est reconnu qu’il vaudrait mieux abandonner le malade à la nature, sauf le cas du péril imminent, d’accidents mortels sans secours instantanés, que de se mettre entre les mains de gens qui ne sont pas médecins , ces gens traitent ordinairement les malades tant qu’ils croyent les pouvoir guérir, et ne font appeler le médecin que quand le malade est dans un état désespéré.
La conduite des médecins envers les pharmaciens ne peut être rien moins qu’indifferente au public, puisqu’il leur confie sa vie. Qui ne sait que certains médecins n’adressent leurs malades qu’à certains pharmaciens qui savent reconnaître leur patronage par de riches cadeaux? Peut-on douter que les médecins qui se laissent ainsi corrompre , ne seront pas des juges impartiaux de la bonté des médicaments que dispense le pharmacien si reconnaissant. N’est-il pas à craindre qu’ils prescrivent les remèdes les plus coûteux dans la persuasion qu’il doit leur revenir une partie du gain qu’ils procurent, Cette coutume pourrait être tolérée, si ces cadeaux consistaient seulement en quelques bagatelles, mais dans les grandes villes, elle est arrivée au point qu’on en porte la valeur à des sommes considérables, dont l’avidité de quelques-uns ne se contente pas encore. Cependant le pharmacien n’est jamais dupe de ce luxe des étrcnnes, si parfois il lui cause quelques embarras, il sait fort bien s’en dédommager par la surcharge du prix des médicaments. Mais le pauvre malade, le père de famille qui s’impose les plus dures privations pour procurer à sa femme ou à son fils les médicaïîients pé-
cessaires, devient la malheureuse victime de cette infâme usure. C’est en vain qu’il se plaint à son médecin du prix excessif des médicaments, il ne trouve en lui aucun secours contre l’oppression et la cupidité d’un pharmacien avec lequel ce médecin a contracté une alliance offensive et défensive.
Il est certains médecins à conscience élastique qui ne croient pas faillir en exigeant un droit de commission sur le produit des médicaments qu’ils leur font débiter, ravalant ainsi la dignité de leur art à une spéculation commerciale. Comment ne seraient-ils pas déconsidérés puisqu’ils s’abaissent à ce point de contracter un accord qui les rend trop faciles envers les pharmaciens, qui en abusent au préjudice des malades. Bien plus coupable encore est celui qui tient boutique ouverte de médicaments ou s’entend avec un pharmacien pour rançonner les malheureux malades qui ont le malheur de tomber entre leurs mains. Ce n’est point assez de les voir couverts du mépris public, ils devraient être déclarés incapables d’exercer une profession dont ils se sont rendus indignes. Ces êtres vils et cupides ne sont pas susceptibles des sentiments d’humanité et des émotions de la sensibilité que doit ressentir un médecin. Celui qui s’associe avec un homme qui n’est pas médecin, mérite encore plus , il devrait être puni comme un escroc par abus de confiance, et responsable des suites de la médication qu’il aurait autorisée. La même peine devrait être appliquée à ces médecins charlatans , qui s’entendent avec les fournisseurs d’aliments , les fabriquants d’instruments, etc. Je suis certain que plusieurs propriétaires d’eaux thermales paient un tribut annuel aux médecins'des villes voisines, et, parce moyen, parviennent ci donner de la réputation et de la célébrité aux prétendues vertus salutaires de leurs sources. Ces abus scandaleux seraient plus aisément détruits en les poriant à la connaissance du public, que par la rigueur
des lois. C’est un yülntérêt qui porte des médecins peu délicats à ces connivences coupables avec les pharmaciens et d’autres spéculateurs. On les ferait disparaître en donnant à ce niême intérêt une autre direction et en lé portant vers un but plus honorable. Oh y parviendra, en faisant attention dans le choix d’uii médecin aux rapports qui existent entre lui et les pharmaciens , et toutes les fois qu’il s’élèvera un soupçon fondé d’une coüpablé intelligence ; c’est au cbent à faire connaître qu’il rie veut pas être plus longtemps victime d’une ùsurç ,odieuse. Il en résultera que tous les médecins s’efforceront d’éloigner tout soupçon par une conduite honnête et délicate, et chercheront leur avantage personnel plutôt dans là bonne opinion du public, que dans les remises ou les cadeaux des pharmaciens. ,
, Les gouvernements ont proscrit à juste titre la vente des remèdes secrets, ils ont préféré les livrer àla publicité enles achetî^nt, lorsqu’ils ont été informés qu’ils pouvaient être de quelque utilité. Mais ils auraient bien dû prémunir le public contre cette foule de remèdes prétendus innoçents qui le circonviennent de toutes parts. La vente devrait en être sévèrement interdite sans une ordonnance du médecin, car ils sont la cause de plus de décès que les plus violents poisons. lis endorment le malade sur le bord d’un précipice, dans une sécurité trompeuse, d’où il ne se réveille le plus souvent que dans un état désespéré et la bourse vide. Victimes d’une crédulité puérile, ces malades placent l’espoir de leur guérison dans des substances impuissantes contre un mal sérieux, mais assez efficaces malheureusement pour ruiner les forces digestives. Tel est le résultat inévitable de l’ingestion joui;nalière, fréquente, excessive des pâtes, des pastilles^ des bonbons, biscuits médicamenteux, etc. Jusqu’à cç que le peuple soit assez instruit pour comprendre que rien n’est indilférent en médecine, et que l’àpropos, l’opportunité, la mesure ,, le temps, fout tout,
les gouvernements doivent suppléer à son défaut de lumières sur ce point, eu publiant annuellement des instruclions qui lui apprendraient à conserver sa santé, et à éviter les, dangers de substances qu’il croit innocentes en lui répétant qu’en médecine ce qui n’est pas utile est nuisible. Ils ne devraient pas perdre de vue un seul instant cet axiome en ce qui a rapport à la médecine salus populi prima lex estp. S’ils veulent, et ils le doivent, anéantir le fléau du charlatanisme, ce n’est pas seulement contre les charlatans qu’ils doivent déployer la rigueur des lois, mais aussi contre ceux qui vont les consulter, et se rendent ainsi leurs complices dans l’infraction des lois qui interdisent l’exercice de la médecine à ceux qui ne sont pas médecin, en protégeant, favorisant contrairement au vœu de la loi, payant des hommes qui commettent journellement des homicides avec préméditation pour satisfaire leur cupidité effrenée. ils deivraient être punis par des amendes, et même corporellement. Sans cette mesure les charlatans sauront se soustraire à l’œil de la police, si vigilant qu’il soit, et ils échapperont à la punition faute de prouves.
Souvent en voulant remédier à des inconvénients plus ou moins.fâcheux, on leur a substitué des mapx bien plus graves et plus multipliés. C’èst ainsique l’on a fait apprendre à saigner aux sages-femmes, afin que dans un cas pressant, en l’absence du médecin, elles puissent pratiquer fine saignée dans les cas urgents. Mais outre (lu’il faïut des connaissances qu’elles n’ont point acquises dans leurs études pour décider si la saignée est indiquée, il résulte de la faculté qù’bn leur accorde de la pratiquer dans la supposition qu’elles avaient la capacité do juger si elle était nécessaire, qu’elles se croient aussi capables de traiter toutes les maladies où la saignée pgt souvent employée, comme les pneumonies, les pleurésies, etc. Elles exercent la médecine avec d’autant plps de hardiesse qu’elles sont moins édairées. Ainsi elles
font deg milliers do victimes. et ne sauvent peut-être pas une personne dans toute leur vie. Dans l’intérêt de l’humanité, il conviendrait de leur retirer cette faculté. Si elle leur était laissée, elles devraient être dans l’obligation, sous les peines les plus sévères, de faire intervenir, auplus tôtunmédecin auquel elles rendraient compte des motifs qui les auraient fait agir, et serait chargé de continuer le traitement d’une maladie qui aurait exigé un secours aussi prompt.