‹ Guide populaire dans les Musées du LouvreChapitre 12 sur 37 · PREMIER GRAND SALON DE L'ÉCOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PREMIER GRAND SALON DE L'ÉCOLE FRANÇAISE

(XVII« siècle, Pocssin, Claude le Lorrain, etc.). .

Regardons d'abord, à gauche en entrant — ti''* SMI et

3f • — deux beaux portraits en pied. Le premier est un Portrait de Mtgf nard— (1610-1693) — peint par lui-même. Dans le second, Largiluère — (1656^1746) — a reproduit les traits de Lebruriy premier peintre du roiLouisXI V. Cette remarquable ioile est la seule teuvre que nous ayons au Louvre d'un des plus grands portraitistes français. Largillière la fit pour sa réception à TAcadémie (1).

Un peu plus loin, du même côté, est exposée -— n* 4lt# — une Descente de croix — de Lesueur. Celte belle composition est empreinte du sentiment religieux que Lesueur, . plus qu'aucun autre peintre de son époque, sut exprimer dans ses oeuvres. Elle était placée autrefois sur un autel de l'église Sàint-Gervais.

Au-dessus des peintures que nous venons d'examiner, dans la partie la plus élevée du salon, regardons L^sFeniturs chassés du temple — n® tSH — de Joovenet — (1644-1717). — Le Christ descend avec rapidité les degrés du temple, chassant devant lui les vendeurs qui s'enfuient après avoir ramassé leur argent. Cette scène est traitée avec verve et entrain. Elle est conçue avec beaucoup d'imagination et avec la grandeur qui convient au sujet. Remarquons la figure du Christ qui est admirable d'indignation.

(1) Autrefois, les artistes ne pouvaient. être admis à rAcadémie de peinture qu'après avoir présenté un ouvrage qui servait à Juger leur talent.. Cette condition n'est plus imposée aujourd'hui.

En nous retournant du côté de la paroi opposée, nous trouverons — n^ ft^S —un tableau de Valentin —, (1600- 1634)- représentant 17nnocenc^(feSttMnn^ reconnue.— Daniel assis sur un trône donne Tordre à un soldat de s'emparer d'un des vieillards qui ont accusé Suzanne.

La couleur sombre de cette peinture pourra nous choquer au premier abord; mais après quelques moments d'attention, nous aurons bientôt reconnu que la scène placée devant nos yeux est ppinle avec une. énergie et une puissance remarquables qui ont fait à Valentin une place à part dans l'École française.

Au-dessous de ce tableau, le — n* 4tt — est une cow* position dans laquelle le Poussin a reproduit d'ime manière saisissante, la terreur et la désolation d*une Population frappée de la peste. Cette œuvre remarquable que Poussin fit à Rome pour 60 écu$^ était placée autrefois dan$ l'appartement du roi homk XIV k Versailtes.

En continuant notre marche en avant, arrêton§-i;ouç devant le Triomphe de Flore — n** AAS — exposé s^r le mur à droite. Cette composition qui a malheureusement beaucoup souffert, possède un charme pénétranjt. A. mon avis, aucun artiste moderne n*a, représenté des sçènçs m,ythologiques avec autant de poésie que notre grand Poijs§|N, l'auteur de ce tableau.

A- côté du Triomphe de Flore, se trouve — n<* #«• -^ une autre œuvre du mème^ maître ; les IsraéUtes recmSr

lani la manne dans le désert, — Poussin va nous donner lui-même une expKcation de ce beau tableau. Voici comment il s'exprime à ce sujet dans une lettre qu'il écrit d'Italie en France : t J'ai trouvé une certaine distribution pour ce € tableau, et certaines attitudes naturelles , qui font voir, « dans le peuple juif, la misère et la faim où il était réduit € et aussi la joie et l'allégresse où il se trouve, Fadmira- • lion dont il est touché; le respect et la révérence qu'il a t pour son législateur, avec un mélange de femmes, « d'enfants et d'hommes, d'âges et de tempéraments dif- € férents; choses, comme je crois, qui ne déplairont pas « à ceux qui les sauront bien lire. »

Cette explication dispense de toute autre, et nous pouvoas, en regardant la composition de Poussin, nous assurçr qu'il a complètement atteint le but qu'il s'était proposé.

Au-dessus de ce tableau est exposé — n® 41441 — un Portrait de Louis XltL -r- Les deux figures symboliques placées aux pieds du roi sont la France et la Navarre. Ce portr^V d'une belle allure et. d'un effet pittoresque, e^tde Sinon YoçET -- (1 590-1^9) — quia eu de sOn temps une réputatiou imoiensa, et doi\t Iqs c&uvrea QQt exeroé uaa grande influence sur les principaux peintres du siède d^ Louis XIV.

Viennent ensuite, du même côté, des tableaux remarquables eu Poussin , mais commie nous avons déjà regardé phiiièurs œuvres de ce maître et (fxQ nous devons nous

arrêter encore devant quelques autres, bornon»-nous à jeter un rapide coup d*œil sur les tableaux :

— N« ASft — VEnlèvement des Sabines et

— N" 4&t — Orphée et Eurydice — splendide paysage représentant le château Saint-Ange à Rome.

Au-dessus de ces peintures, est exposée — n** une grande et magnifique toile de Jouve^jét, la Résurrectwn de Lazare. — Nous retrouvons dans cette œuvre les qualités que nous avons admirées dans les Vendeurs chassés du temple. C'est la même abondance dMdées, la même entente de la composition. Le Lazare cadavéreux, se levant de son linceuil^ remplit les assistants d'une stupéfaction et d'un effroi que l'on ressent soi-même en contemplant cette œuvre magistrale.

Avant d'aller plus loin, retournons -nous du côté de la paroi opposée.

, Nous trouvons djabord devant nos yeux — n*» 4t5 — un Portrait de Louis XIV, par Rigaud. Cette belle peinture était autrefois placée à Versailles^ dans la salle du Trône.

A côté, est exposée — n? Mé9 — une <BUvre de Mi- GNARD, très-connue sous le nom de la Vierge au Raisin. Malgré l'afféterie et la mignardise de cette composition,

00 doit jf reconnaître des qualités d'exéculien qui en font, en somme, une œuvre remarquable.

Au-dessous de cette vierge, est placé un célèbre tableau du Poussin — n®'44& — les Bergers d'Arcadie.

L*un d'eux, plus âgé que les autres, et que Poussin a représenté sous l'apparence d'une nature rude et grossière, lit avec curiosité, mais sans aucune émotion, Tinscription tracée sur la pierre ; Et in Arcadia ego (Moi aussi j'étais berger d*Ârcadie). Le jeune bomme placé à droite est plein de jeunesse et de santé : Nous mourrons donc aussi, notre bonheur peut donc cesser^ semble-t-il dire à la jeune fille qui s'appuie sur lui. Le berger quQ Ton voit à gauche porte la chevelure d'uu efféminé. Sa maigreur et son attitude maladive indiquent qu'il ne lui sera pas accordé de vivre longtemps. Il réfléchit profondément et parait considérer avec tristesse le moment prochain où il ira rejoindre le berger sur le tombeau du- (piel il s!appuie. Cette scène, d'une poésie pénétrante, est placée au milieu d'un admirable paysage aux lignes sévères, parfaitement en harmonie avec le sujet.

Nous sommes en ce moment au milieu des chefsû œuvre de l'École française. A côte des Bergers d'Arcadie, une marine splendide — n*» «tu — appelle notre admiration. Claude le Lorrain y a représenté avec un ^lent prodigieux un effet de spteil voilé par la brume^.

Dans une marine — n"* ••• —=• du même peintre, pla-

cée uii peu phis loin du même cdté, un soleil éclatant brille à Thorizon et se reflète sur les vagues. Cette peinture est d'un effet encore plus admirable que la précédente. Une lumière splendide y est répandue avec profusion, un air frais circule dans toute cette nature et agite légèrement la mer, dont les flots sont d'une transparence merveilleuse. On peut dire que jamais aucun peintre ne s'est élevé aussi haut dans le genre choisi par le maître français.

Sur la paroi opposée, sont également des œuvres trèsremarquables.

La Prédication de saint Paul à Éphèse — n***«4 — de Lesueur, — attire d'abord notre attention.

Après une barangue de saint Paul, les habitants d*Éphèse brûlent sur une place les livres traitant de ma^e. Cette peinture, d'un grand caractère et d'une belle exécution, a eu longtemps les honneurs du grand salon carré. Elle faisait partie des Mais offerts autrefois le 1**^ mai de chaque année, à l'église de Notre-Dame, par la corporaftion des orfèvres de Paris,

Au-dessus de ce tableau est exposée — n^ HÉ —^ la tente de Darius^ uoe des compositiops les plus populaires de Lebrun.

Alexandre, après avoir vaincu les Perses à Issus, se rend avec Éphestion dan& la tente de Darius, où se trouve la famille de ce roi qui a été faite prisonnière. La reine

— effilai présente ses enfants. Sysigambis, mère de Darius, trompée par la richesse de Tarmure et da casque d'É* pbestion , prend ce dernier pour Alexandre. Cette peintare est très^remarquable par l'entente de la composition et par la vérité avec laquelle sont exprimés les sentiments âe crainte, d'espérance et d.'admiratiqn dont sont agités tes personnages.

Lebrun peignit la Tente de Darius au palais de Versailles. D'après Floirent-Lecomte, Louis XIV, qui venait souvent visiter l'artiste dans son atelier, lui demanda un jour s'il pourrait peindre d'un seul coup la tête d'un des personnages de ce tableau. Lebrun fit sur le champ la tête de Parysatis, ce dont le roi fut fort émerveillé.

Regardons à côté de ce tableau la Pêche miraculeuse — n® 991f — une des plus belles œuvres de Jouvenet.

Cette peinture^ ainsi que trois autres de même dimension, avalent été répétées par Jouvenet pour être exécutée"" eii tapisserie à la manufacture des Gobelins. Les tapisse* ries qu'on fit d'après Toeuvre de Jouvenet ayant été ad- ; mirées par le czar Pierre le Grand qui visitait cet établis sèment, le roi les lui offrit.

Au-dessous de cette grande toile est placée — n** *#• I — le Concert y belle et puissante, peinture de Valkntin, \ dont nous avons d^à vu une composition.

ftiis, à hauteur de la barre d'appui, nous retrouvons

, Claude lé Lorrain et son talent magiqae dans deux magnifiques peintures portant les — n'** •IM ef %W^,

Passant aux tableaux placés sur la paroi oppoéée, regardons un excellent Portrait du roi d'Espagne PhilippeY, par RiGAUD.

Jusqu*à présent, nous n'avons guère rencontré dans les salles de TÉcole française que de grandes peintures religieuses, des compositions historiques et des portraits de grands personnages. Tout^ ces œuvres laissent voir pins ou moins Tinâuence italienne, et nos peintres ont cherché à leur donner un caractère de grandeur et de pompe qui est le trait caractéristique des productions artistiques du siècle de Louis XIV.

Voici maintenant — n® S9ft — • une scène popidaire ti'ailée simplement, qui fait avec ce qui l'entoure un contraste frappant.

Le Maréchal dmis sa forge, des frères Lenain (milieu , du dix-septième siècle), ne relève d'aucune école étran- 1 gère.' C'est une œuvre dans laquelle lu nature est inteF j prélée avec franchise et avec un accent de poésie remâ^ quable. Ces pa^'sans ont Taspect humble et méianeoliqne. Ce sont bien là les sujets taillables et corvéables à merci de ce dix-septième siècle, pendant lequel la misère des habitants des campagnes fut affreuse.

• A côté du tableau des frères Lenain, se trouve une œuvre de la vieillesse du Poussin — le Déluge --n^âW

— est une composition qui impressionne vivement. Toutefois, cette peinture laisse à désirer sous le rapport de l'exécution, et il semble que la grande réputation dont elie jouit estun peu exagérée.

En nous tournant de nouveau du côté de la paroi de droite, nous voyons :

N° 4îf0 — un remarquable Portrait du sculpteur Desjardins, par RiGAUD, puis un peu plus loin

N° 40G — une élégante Suzanne au bain^ de Santerre

— (16S0-1717) — qui a été bien souvent reproduite par la gravure.

A quelques pas de là est placé — n® 4«» — le Jugement de Salomon\ célèbre peinture de notre grand Poussin. La dureté de la mauvaise mère et la terreur qui saisit la mère véritable lorsqu'elle voit qu'on se dispose à partager le corps de son enfant en deux parties, sont rendues avec une grande puissance.

Après avoir -jeté un coup d'oeil sur une magnifique Manne — n" »«&— de Claude le Lorrain, — revenons aux peintures . exposées en face de celles que nous venons d'examiner.

Regardons d'abord — n«> 433 — le Ravissement de saint Paul et — n** 4t6 — Jésus guérissant les aveu^ jles, deux belles compositions du Poussin, dans les-

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quelles nous retronvons toutes les qualités de ce niaître. ,

Puis nous terminerons notre visite dans ce salon, en nous arrêtant quelques instants devant trois petits tableaux dans lesquels le Bourguignon a représenté — n" 184 — 185 et 18S — des Scènes de batailles, avec une fougue et une énergie rares.

Les œuvres que nous venons de passer en revue, appartiennent à la plus belle époque de Fart français. Elles sont surtout remarquables par Télévation du style» l'entente de la composition, et la beauté de l'expression.

Celles qui sont exposées dans le deuxième grand salon, que nous allons visiter maintenant , ne possèdent pas au même degré ces, qualités ; toutefois ces tableaax^ qui appartiennent en grande partie à la peintare dite de genre, introduite en France au commencement du dixhuitième siècle^ nous intéresseront vivement par l'esprit et le pittoresque qui les distinguent.

Avant d'y arriver, nous traversons d'abord une vaste pièce destinée probablement à servir de vestibule à la salle des Ëtats. Cette pièce à laquelle on a donné le nom de salon Denon, a été splendidement ornée. On y a peint dans les voussures quatre sujets se rapportant à des époques différentes de l'art français. Ces peintures représentent saint Louis, François !•', Louis XIV et Napoléon I" encourageant les arts. Plus bas, on a placé les belles bU' tailles d'Alexandre, par Lebrun. Malheureusement, ces

magnifi(|aes compositions sont placées trop haut, et ne sont pas suffisamment éclairées pour qu'on puisse les examiner avec tout le soin qu'elles méritent. Après avoir traversé cette pièce^ nous entrons dans le

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