TROISIÈME TRAVÉE DE LA GRANDE GALERIE. - ÉCOLE FLAMANDE
.Nous entrons dans la partie du musée consacrée aux peintures des artistes flamands, hollandais et allemands, que nous classerons sous le nom d^École flamande.
Les tableaux placés dans Tespace étroit formé par les colonnades appartiennent aux maîtres primitifs 'de cette école.
Regardons d'abord à gauche — n® ftSH — une Salutation angéliqtie, composition charmante de naïveté et dans laquelle l'auteur inconnu nous donne, par le soin avec lequel il a traité les détails, l'idée exacte d'un intérieur flamand au quinzième siècle.
Vient ensuite du infime cdté, — n** tli^ — un tableau
célèbre de Quentin Matsys, qui vivait à la fin du quinzième siècle.
Cette composition désignée sons le nom de Un Banquier et sa (emme^ ou plus généralement peut*étre sous celui des Peseurs d*or, est remarquable par l'énergique expression des têtes et Texécution parfaite des détails. Sous ce dernier rapport, je signale les pièces d'or, le missel et la petite glace ronde dans laquelle se reflète le paysage.
Après cette peinture sont placés — n®'*IMIà*i8 — des Portraits — d'HoLBEiN — vivants comme celui d'Erasme, qui a excité notre admiration dans le grand salon carré. Le portrait — n® tio — de Thomas Morus — me paraît surtout admirable par la puissance avec laquelle Holbein a imprimé la vie sur cette rude tête de vieillard.
Sur la paroi opposée, donnons un moment d'attention au Nain de Charles-Quint, — n® 9418 — beau portrait par Antonis de mor -^ (1525-1 581) — et à une petite peinture — n" 98— de Cranach —(1472-1663).— D'après
le livret, cette dernière peinture représente Vénus. Mais il ne paraît pas douteux que cette femme, nue et coiffée d'un chapeau de cardinal, soit une allusion h l'Église ro« maine. Ce qui justifie surtout cette hypothèse, c'est que Cranach, qui vivait au temps de la Réforme, fut Tami de Luther. ' ^
Passons maintenant au delà des colonnes ou nous attendent des chefs-d'œuvre de l'École fiçunande.
yGdogle
Sur la paroi de droite, nous rencontrons en premier lieu— n° i05— L^ Départ pour lapromenade — et n** ilM — la Promenade — d'ALBERrCuYP— (1605-467^).— Une large et belle exécution, une couleur juste et harmonieuse, distinguent ces peintures traitées avec un sentiment vrai de la nature. De gais paysages baignés dans une atmosj^hère chaude et lumineuse encadrent ces deux scènes.
Au-dessus, sont placés trois beaux Portraits — n<>» t»i, i*« ^t #58 — de Van^Dyck.
Celui qui porte le n" tftV est le propre portrait du peintre. 11 orna longtemps la chambre à coucher du roi Louis XIV, à Versailles.
En nous retournant du côté du mur opposé, nous aurons devant les yeux d'abord dans la partie la plus élevée de la galerie, trois compositions de Jordaens — (iS93- 1678) — qui a été, après VanBycky le meilleur élève de Rubens. "
La première de ces peintures — n* •511 — représente Un Comert de famille. Toute une famille, hommes et femmes, enfants et vieillards, chantent à tue-tête, en faisant les grimaces les plus burlesques. Le grand-père, armé d'une bouilloire, bat la mesure avec le couvercle.
Le Roi boit — n® «55 — est une scène du même genre. Une famille flamande célèbre la fête des Rois. Au
moment ou le père, ayant snr la tête nne couronne, porte son verre à la bouche, toute l'assemblée pousse avec énergie le célèbre cri : le Roi boit.
Ces deux scènes sont traitées avec une verve, une gaieté et un entrain sans pareils. Les personnages, grassemefit peints, sont exubérants de vie. Sous ce rapport, remarquons surtout dans le Roi boit la splendide jeune femme vue de dos.
Au-dessous est exposée — n" & — une magnifique marine : — la Flotte Hollandaise— de Backuisen — (1631- 1709) — un des meilleurs peintres de marines qui aient existé. Ce beau tableau avait été commandé à Backuisen par les bourgmestres d[ Amsterdam. Il fut ensuite envoyé f en présent à Louis XIV.
A hauteur d'appui, sont placés deux chefs-d'œuvre, un Portrait de Rembrandt peint par lui-même — n** 41S — et un paysage portant — le n** ÛKS — de Ruysdael -(1630-1681).
Examinons d'abord la peinture de Rembrandt. Cette
tête est vraie et vivante, comme la vie elle-même. C'est
! la nature reproduite avec un art infini qui ne se fait pas
sentir. Peut-on imaginer une* exécution plus puissante,
plus large, et une harmonie de couleur plus prestigieuse !
Rembrandt, dont nous avons déjà admiré deux chefsd'œuvre dans le grand salon carré, est classé parmi les plus grands peintres de Tart moderne. Malgré le nombre '
considérable de tableaux qu'il produisit et le prix élevé qu'il en recevait, ce maître termina ses jours dans la plus grande misère. Il avait pour les objets d'art une passion qui. amena sa ruine. A plusieurs reprises ses créanciers firent saisir et vendre les précieuses collections qu'il formait avec tant d'ardeur. Enfin, dénué de toutes ressources, il se l'etira dans un des plus pauvres quartiers d'Amsterdam, où il mourut dans l'obs^curité. Telle fut 1* fin de cet artiste de génie, li qui son pays élève aujourd'hui des statues.
Passons au merveilleux paysage — n® 41S — deRuTs^ DAEL, — placé à côté du portrait de Rembrandt.
Un rayon du pâle soleil du Nord traverse les nuages et vient éclairer quelques parties d'un vaste paysage dont les détails sont scrupuleusement rendus avec une justesse de ton admirable. Cette composition, d'une poésie saisissante, est une des -plus belles qu'ait produites Ruysdaël, qui passe, à juste titre, pour un des plus grands paysagistes connus.
Le — n° 414 — qui vient ensuite est encore une magnifique peinture, dans laquelle Rembrandt s'est représenté lui-même sous un nouvel aspect.
Immédiatement à côté se trouve le Moulin — d'HoB- BEMA — un des meilleurs paysagistes de l'École flamajide. Sous des arbres autour desquels circule une atmosphère transparente, une petite rivière aux eaux claires fait tourner les roues de plusieurs moulins.^
yGoOglp
Regardons ensuite '— n^ 4ta — une Tête de vieillard toute ridée et à la barbe grisonnante. C'est la nature elle* même interprétée par Rembrandt d'une manière magistrale, et avec une puissance qui excite l'admiration.
Retournons-nous du côté de la paroi opposée. Nous trouverons en face de nous — n<» 80 — un Portrait de Philippe de CMmpaigne par lui-même. Cet artiste, que l'on^a l'habitude de classer dans l'École flamande, parce qu'il est né à Bruxelles, a étudié la peinture en France, où il passa la plus grande partie de sa vie. Nous pourrions donc jusqu'à un ceilain point le revendiquer comme étant un des nôtres. Nous avons vu de lui, dans le grand salon carré, un portrait du cardinaf de Richelieu d'un grand caractère. Le portrait placé sous nos yeux est moins remarquable, mais il aura pour nous de l'intérêt parce qu'il représente les traits de Philippe de Champaigne, dont nous verrons d'ailleurs des œuvres d'un plus grand mérite. - ' *
A ^ié de cette toile, regardons — n® 45© — un Portrait d'Elisabeth de France, fille d'Henri IV, qui épousa Philippe IV, ce roi d'Espagne dont nous avons vu le portrait peint par Velasjiuez.
Sans nous arrêter à' cette belle peinture de Rubens, dont nous allons admirer dans quelques instants une série de chefs-d'œuvre, passons au
N^ 4tS — un Portrait dé Rembrandt âgé^ dans le-
quel se retrouvent toutes les fortes qualités de ce mdtre, puis nous arrivons à un
Paysage de Ruysdael, ta Forêt — ii" 41f# — qui donne au spectateur Timpression de grandeur que Ton ressent dans les grands bois.
Auprès de ce paysage, est exposé — n* 4#1 — une ' œuvre de Rembrandt, les Pèlerins d'Emmaûs^ digne de toute notre attention. .
Assis à table, le Christ rompt le pain quMl vient de bénir, et se fait reconnaître par ses disciples. Cette scène, d'une grande simplicité de composition, est empreinte du sentiment religieux le plus élevé. La tête du Christ, calme et sereine, est traitée avec une poésie et une grandeur saisissantes. L'attitude d'étonnement et de respeet des disciples vient compléter l'efPet de cette composition, qui produit une impression profonde.
En face des. Pèlerins d'EmmaûSy sur la paroi opposée, regardons à la hauteur de la barre d'appui un petit tableau — n° tt9 — d'un genre tout différent, ejt dans lequel PiETER DE HoocH a représenté un Effet de lumière avec tmucoup de, puissance.
A côté de ce tableau se trouve — n* •!• — une peinture de Téniers le Jeune, désignée sous le nom de VEnfant prodigm. à $able avec des courtisanes. Cetleaompo-
vGooqIp
sition décèle une grande habileté de main. Remarquons la mine burlesque des deux musiciens.
Le Buisson — ri° A»? — deRuYSDAEL — est un des plus célèbres paysages qu'ait produits TÉcole flamande. Par une -chaude soirée d'été, des nuages menaçants envahissent le ciel ; le vent qui s'élève tord les arbres et lés buissons. Une lumière sinistre se répand sur une partie du paysage, tandis que l'autre est déjà plongée dans une ombre épaisse. L'orage va bienlôt éclater. Un paysan, suiv^i de ses chiens, se hâte de regagner sa maison, dont on aperçoit le toit à l'extrémité du chemin.
Ce paysage, d'une vérité saisissante, est empreint de la poésie particulière aux grands spectacles de la nature.
Le temps que nous devons consacrer à notre promenade ne nous permet pas de nous arrêter devant les nombreux petits tableaux de genre placés à hauteur de l'œil dans la partie de la galerie qui nous reste à visiter. Cependant, tout en passant en revue la merveilleuse série des tableaux de Rubens exposés au-dessus, j'appellerai , l'attention sur quelques-unes des peintures de petite dimension qui présenteront un intérêt particulier.
Dans la belle collection que nous allons examiner, Rubens, ce grand peintre, si célèbre par la fougue et la puissance de son exécution, par la richesse de sa couleur, va nous raconter, à Taide de son pinceau, la vie de Marie de Médicis.
D'après Tordre dan$ lequel ces tableaux sont disposés.
ii faut couimencer par ceax placés sur la paroi de gauch de la galerie.
Le -* n* 4IS4 — qui ouvre la série représenté Lés trois ■ Parques flkmt la destinée de Maiie de Méditis, sous les auspices de Jupiter et de Junon, placés dans la partie pérîeure du tableau.
— N^ 4l»& — Naissance de Marie de Médicis. — La déesse qui préside aux naissances remet la princesse enfant à la ville de Florence.
— N** 4S« — Éducation de Marie de Médicis. — Les dieux président à Téducation de la jeune princesse que Minerve fait écrire sur ses genoux. Les trois Grâces lui offrent leurs dons.
— N» 4a 1 — Henri IV reçoit le portrait de Marie de Médicis qui lui est présenté par TAmour et THymen. La « France,- placée près de lui, l'engage à épouser cette princesse.
— N® 4S8 — Mariage de Marie de Médicis avec Henri IV. — Le grand duc de Toscane épouse sa nièce, par procuration, au nom du Roi.
— N** 4a0 — Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, le 3 novembre 1600.
Cette composition est une des plus belles de la série.
-SS- II faut surtout admirer les corps des sirènes qui s*ébattent dans des eaux miroitantes sous Teffet de la plus splendide lumière. Les épaules, les hanches, les poitrines palpitantes de ces sirènes aux yeux ardents, révèlent une puissance de vie et de jeunesse admirable. Jamais la peinture n'a mieux exprimé la chair frémissante. Dans cette scène comme dans les précédentes, la présence d^s figures mythologiques au milieu de personnages de la vie réelle, choquera peut-être au premier abord; mais le genre allégorie choisi par Rubens, autorise cette licence. Rappelons-nous d'ailleurs, que Tartiste a le droit de se livrer à toutes les fantaisies de son imagination, pourvu qu'ilcrée de belles choses; or Rubens n'a jamais rien fait de plus puissant que les corps des êtres surnaturels qu'il a placés dans cette composition .
Nous ne pouvons nous dispenser d'interrompre notre examen de la Galerie de Hédicis, pour donner un moment d'attention à une peinture d*un des plus grands maîtres flamands, placée au-dessous du tableau que nous venons de voir.
Cette peinture— n' lOO— <leVAN derHelst-^(1604- 1670) — représente plusieurs personnages réunis pour Juger le prix de l'arc. Par la beauté de Texéculion c'est une œuvre très-remarquable. Cependant, faite dans de petites dimensions, elle ne nous donne qu'une idée incomplète de la valeur de Van der Helst, dont la Paix de Munster, placée à Amsterdam en face ia Ronde de nuit, de Rem-
brandty se soutient fièrement à côté de cette composition célèbre.
Revenons à la vie de Marie de Médicis : — "n° 440 — Mariage d'Henri IV avec Marie de Médicis, à Lyon.
La Ville de Lyon assise. dans un char traîné par deux lions va au-devant des deux nouveaux époux que Ton voit sous les, traits de Jupiter et de Jundn. On doit bien reconnaître que cette allégorie n'est pas d'un choix heureux. La Ville de Lyon se rendant dans un char au-devant de Jupiter et de Junon, cela peut choquer notre goût; mais Jupiter a un air si iniposant, Junon a tant de grâce et la Ville de Lyon a une tête d'une si belle expression, qu'en présence des beautés de l'exécution on oublie h bizarrerie du sujet.
— N^ 441 — Naissance de Louis XIII. — La reine, appuyée sur la Fortune, regarde avec une joie attendrie le dauphin qui vient de naître.
— N® 449 —• Henri IV, partant pour h guerre d" Allemagne, confie à la Reine le gouvernement du royaume- —Entre le roi et la reine se tient le dauphin qui fut depuis Louis XIIL
Cette compositiT)n est d'une grande beauté, la couleur en est splendide ; il y a surtcfut à droite une femme d'une magnifique allure.
— N° 44» — Couronnement de Marie de Médicis à
Sainl-Denis. — Le cardinal de Joyeuse, assisté de deux autres cardinaux, MM. de Gondy et de Sourdis, pose la coaronne royale sur la tête de la reine agenouillée devant lai. A côté âe Marie de Médicis se tiennent le dauphin, sa soîur Henriette de France et Marguerite de Valois, première femme d'Henri IV, qui dut assister à la cérémonie. Au fond, à droite, on aperçoit le roi dans une tribune.
Cette vaste toije est sans contredit la plus belle de la série. L'ordonnance pompeuse de la composition et la • fit rté d'allure des personnages donnent à cette scène uii caractère de grandeur qui frappe l'imagination. Rubens se montre ici sans rival pour- la représentation des magnificences royales. ' '
* — N^ éi^A — Apothéose d'Henri IF, Régence de Marie de Uédicis. — Henri IV est enlevé dans TOlympe où Jupiter vient le recevoir. La reine, les yeux en larmes, riîçoit de la France un globe, emblème de la puissance riïyale.
Après ce tableau, la série de la collection de Médicis
I et momentanément interrompue. Jusqu'à la fin de la ga-*
I l rie nous rencontrons des Portraits peints par Van Dyck,
I remarquables par l'élégance de l'exécution, et parmi les-
! quels figure — n® t5t — un portrait de cet artiste, très-
I cimau par les reproductions qui en ont été faites.
I Les tableaux de Van Dyck dont nous venons de parler,
|. < Uourent un magiAfique pavsage
— N* 4a — de Jan Both dit Both d'Italie^ parce qu'il séjourna longtemps dans ce pays.
Par une belle soirée d'été, un cavalier et une dame montée sur un mulet, débouchent d'un passage sombre et mystérieux dans une splendide vallée chaudement éclairée. Cette peinture n'est pas en entier de Jean Both. Les personnages et les animaux sont de la main de son frère Andriès pour lequel il avait la plus vive affection. Andriès s'étant noyé dans un canal à Venise, Jan ne put se consoler de cette perte et mourut la même année.
Sur la paroi qui termine la grande galerie est exposée — n® Aet — la - célèbre Kermesse de Rubens. Celte scène joyeuse est enlevée avec une fougue sans pareille; tous les groupes expriment Tivresse et laTage du plaisir. On peut dire que jamais la joie populaire n'a été représentée avec plus d'entrain et de verve.
A la place où nous sommes en ce mqment, il y avait autrefois une communication avec les appartements des Tuileries. Le roi Louis XVIII, grand amateur de peinture, se faisait voiturer par ce passage dans le musée, sur une ehaise à roulettes.
En suivant maintenant la paroi de droite, nous rencontrons encore plusieurs beaux PortraitSy de Van Dtck. L'un de ces portraits, celui de la femme de Rubens — n® t^9 — est d'une grâce et d'une mélancolie touchantesl J'ai connu un jeune homme qui dans ses promenades au Louvre, ne
manquait jamais de visiter cette jeune dame pour laquelle H éprouvait une vive affection.
Un peu plus loin, la Tempête — n® Alfl — ou V Estocade; nom qu'on donne aussi à cette peinture de Rutsdàel, est, à mon avis, la représentation la plus vraie et la plus saisissante qu*on ait jamais faite de la nature inanimée. Ce ciel sinistre, cette mer irritée composent une scène grandiose (|ui inspire l'anxiété et l'effroi. Prodigieuse d'exécution et de poésie, cette œuvre me paraît pouvoir être classée parmiles plus belles qu'ait créées Tart humain.
A quelques pas de là sont exposés — n°' 9SO et tSS — des F/e^Mrs et des Fruits que Van Huysum — (1682-1749) —a peints avec le soin le plus minutieux jusque dans les moindres détails.
Entre ces deux tableaux, on admire — n® 400 — la
Prairie, une célèbre peinture de Paul Potter — (1625-
; 1684). — Des bœufs dans une prairie annoncent par leurs
; mugissements l'arrivée de l'orage. Cette peinture est une
I des plus parfaites de Paul Potter ; elle a été achetée au siècle
I dernier 22,000 francs, somme considérable pour l'époque.
l Les tableaux de Paul Potter jouissent d'ailleurs d'une
; vogue poussée peut-être à l'excès. Cet artiste, qui était déjà
I célèbre à l'âge de quatorze ans, est mort à peine âgé de
vingt-neuf ans, après avoir produit un assez grand nombre
d'œuvres qu'on se dispute à prix d'or, lorsqu'elles appa-
: raissent dans les ventes publiques.
Nous continuons ensuite l'examen des tableaux de Rubens représentant les principaux événements de la vie de . Marie de Médicis..
Dans le preiùier de ces tableaux — n*^ 44* — les Dieux réunis dans l'Olympe président au gouvernement de la reine. Un globe, emblème de la France, est traîné par des colombes sous la conduite de l'Amour. Apollon, Minerve et Mars chassent la Discorde, la Haine et l'Envie.
— N** 44« — Voyage de ia reine au Pont-de-Cé, — Marie de Médicis vient de réduire la ville de Pont-de-Cé où avait éclaté une révolte. La Victoire et la Renommée l'accompagnent.
— N*> 44» — L'Échange des princesses. — Elisabeth, fille d'Henri IV, devant épouser l'infant d'Espagne (plus tard Philippe IV), et Anne d'Autriche étant fiancée à Louis XIII, la France et l'Espagne échangent les deux princesses sur la limite des deux pays.
— N® 448 — Les Félicités de la régence.— Lsivelûc, entourée de la Sagesse et de lAmour, tient les insignes du pouvoir et de la justice. Le Bonheur et rAbondance décernent des récompenses aux beauj:-arts, sous les pieds desquels sont l'Iguorance et les Mauvaises Passions.
— N° 440 — Majorité de Louis XIIL — La reine donne à son fils Louis XIII le gouvernement du royaume
rei»résenté par un vaisseau que protègent des génies. La France se tient debout près du mât.
— N^ 4ftO -^ La Reine s^enfuit du château de Blois. — La reine qui vient de s'échapper du château dé Blois, où elle avait été reléguée par Louis XIII, est accompagnée pai' les grands seigneurs qui doivent la protéger dans sa fuite. La Nuit étend ses voiles et TAurore se prépare à la remplacer.
Au-dessus de la porte que nous rencontrons ici, est exposé le chef d'œuvre de Philippe de Champaigne. — Cette peinture — n® 8S — représente ies Portraits de la mère Agnès Arnauld du couvent de Port-Royal, et de sœur Catherine, fille de l'auteur du tableau. Sœur Catherine, atleinte d'une maladie grave, avait été abandonnée par les mt'decins, qui déclaraient ne pouvoir la sauver. La mère A{;nès, religieuse célèbre par sa piété, fit une neuvaine au boat de laquelle la malade fut entièrement guérie. Phi- ; lii'pe de Champaigne voulut perpétuer par la peinture le i souvenir de cet événement miraculeux. Rempli de joie et de reconnaissance, inspiré par la tendre affection qu'il I portait à sa fille, cet artiste donna à sa composition un ; cai'actère admirable de ferveur religieuse. I Sans franchir la porte devant laquelle nous nous trou- ! vous en ce moment, continuons notre promenade dans la I gj-iinde galerie où il ne nous reste plus à voir que quelques tableaux.
A cAté de la porte, à droite, voici d'abord, de Rembrat^dt, un Veau décharné qui paraît, tant rexécution est parfaite, avoir été enlevé de l'étal d'un boucher.
De ce sujet peu attrayant, nous passons aux dernières compositions se rapportant à la vie de Marie de Médicis.
— N* 43S — Entrevue de Marie de Médicis et de son fUs IjOms XIIL — La reine mère et le roi, placés dans le ciel, se témoignent un attachement et une union sincères.
— iV 4A4 — Le Triomphe de la vérité. — A l'aspect de la Vérité que le Temps porte vers eux, Marie de Médicis et son fils se réconcilient.
Ces deux derniers tableauxjtenninent l'œuvre spjendide . de Rubens, qui est complété par le
Portrait de la Reine en Bellone — n*» 451f . — La belle collection que nous venons de passer en revue était placée autrefois dans une galerie attenante à lappartement que Marié de Médicis occupait dans le palais du Luxenibourg construit pour elle par Tarchitecte Jacques Debrosse. D'après les ordres de cette reine, Rubens devait aussi reproduire les principaux événements de la vie d'Henri IV. Cet artiste avait déjà mis la main à l œuvre, mais le départ de Marie de Médicis pour l'exil ne permit pas de donner suite à ce projet.
Notre promenade dans la grande galerie est terminée. Après avoir examiné les œuvres si remarquables, à dif-
férents titres, des grandes écoles italienne, espagnole et flamande, nous allons entrer dans les salles de Técole française. Les œuvres de nos peintres auront bien de la peine à se maintenir à la hauteur des chefs-d œuvre qui viennent de nous passer sous les yeux; cependant nous rencontréroi)s bon nombre de tableaux qui soutiennent avantageusement la comparaison avec les plus belles peintures étrangères, et qui prouvent que notre école a dignement tenu sa place dans Tart.
Passons donc par la petite porte que nous avons vue il y a un instant, elle va nous donner accès dans la :