CHAPITRE XVI
PIGMENTS
Hémoglobine
363. — La matière colorante rouge du sang des vertébrés ou hémoglobine est un protéide ferrugineux, qui se dédouble aisément en une protéine, la globine, et en un groupement prosthétique, l’hématine, contenant la totalité du fer. Pour obtenir ce dédoublement, il suffit de dissoudre quelques gouttes de sang dans 5 centimètres cubes d’eau et d’ajouter un peu d’acide chlorhydrique ; l’hématinc se précipite en flocons bruns.
L’hémoglobine et mieux encore sa combinaison o.xygénée peuvent, dans certains cas, être obtenues à l’état de cristaux; la forme de ceux-ci diffère suivant l’espèce animale dont ils proviennent.
Cristallisation de l’oxyhémoglobine
364. — P our obtenir rapidement des cristaux d’oxyhémoglobine, on emploie de préférence le sang de
CRISTALLISATION DE l’oXYM ÉMOGLOBINE 28o
cobaye ou de rat. Le premier donne des cristaux en
forme de tétraèdres 34); le second des cristaux
Fio. 35. — Oxyhémoglobine de rat.
prismatifjucs très fins réunis en rosaces (/î^r, 33). On
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jDcut aussi uLiliser le sang de cheval, qui fournil des
Fig. 36. — Oxyhémoglobine de cheval.
prismes 1res allongés {fig. 36), ou le sang d’écureuil.
Fig. 37. — Oxyliémoglobiiie d’écureuil, qui donne des lames lic.vagonales régulières [fig. 37).
PRÉPARATION DE l’oXYIIÉMOGLOBINE
Après avoir recueilli le sang de l’animal dans un polit flacon contenant des perles de verre, on agile vivement pendant une dizaine de minutes, de manière à favoriser la formation de la fibrine. Celle-ci reste adhérente au.x perles; on décante, on ajoute pour chaque centimètre cube de sang défibriné 7 à 8 gouttes d’éther saturé d’eau, on agite de façon à saturer le liquide et à provoquer l’hémolyse, c'est-à-dire la dissolution de l’hémoglobine, on bouche et on abandonne à basse température, par exemple à la glacière. Les cristaux se déposent après un temps variable, de quelques minutes à quelques jours.
365. — Si on veut seulement examiner au microscope la forme cristalline de l’oxyhémoglobine, on mélange sur une lame de verre une goutte de sang défibriné avec une goutte d’eau ; on abandonne un instant à la dessiccation, jusqu’à ce que les bords de la goutte commencent à se dessécher, puis on couvre avec une lamelle. Les cristaux apparaissent dans l’intérieur de la préparation, à partir de l’anneau produit par la dessiccation.
Préparation de l’oxyhémoglobine
366. — Lorsque l’on veut préparer une quantité importante d’oxyhémoglobine cristallisée, on s’adresse de préférence au sang de cheval. On centrifuge le sang soit immédiatement après la saignée, soit après l'avoir rendu incoagulable par addition de 1 gramme d’oxalale de sodium pulvérisé par litre. Après décantation du plasma, les globules sont délayés dans l’eau
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salée à 8 grammes de clilorure de sodium par litre ; on centrifuge à nouveau, on décante le liquide surnageant, et on recommence le lavage encore deux fois.
Les globules lavés sont maintenant délayés dans 2 à 3 volumes d’eau tiède (chauffée à 40“ au plus) ; l’hémolyse se produit aussitôt, et les stromas peuvent être séparés par centrifugation. Le liquide rouge foncé limpide est placé dans une éprouvette de verre que l’on refroidit à 0“ dans la glace pilée additionnée d'un peu de sel. Lorsque le refroidissement est complet, on ajoute au liquide, en remuant vivement, 1/4 de son volume d’alcool également refroidi à 0“ et on l’ahandonne dans le mélange réfrigérant. La cristallisation commence presque aussitôt. Après douze heures, on essore les cristaux à la trompe et on les lave avec un peu d’alcool à 25“ refroidi à 0“, puis on les fait sécher à basse température dans le vide, sur l’acide sulfurique.
Recherche du sang par la formation des cristaux de chlorhydrate d’hématine f cristaux de Teichmann).
307. — Déposer sur une lame de verre bien propre une petite goutte de sang défdn-iné et autant d’une solution de chlorure de sodium à 0,1 "/o i puis laisser sécher à la température ordinaire (en tout cas, à une température inférieure à 40“), pour éviter la coagulation des substances protéiques qui, sans cela, gêneraient la réaction. Déposer sur la tache une grosse goutte d’acide acétique cristallisahle, mettre une lame]lp et chauffpr lentement sur une très petite
CARACTÈRES SPECTROSCOPIQUES DE l’hÉMOGLOBINE 289
flamme fon doit atteindre tout au plus le pointd ébulli-
tionde l’acide). Si, pendantcechauffage, on observeavec
soin la préparation, on voit tout à coup la tache louge se dissoudre et faire place à une coloration violacée ou bleuâtre. A ce moment la transformation est accomplie et on peut observer au microscope [fig. 38) (obj. 5
Fig. fiS. — Cristaux de Teichmann. A droite, faible grossissement; à gauche, fort grossissement.
OU 8. ocul. 2). En outre du point où ils se sont produits, on voit souvent apparaître des cristaux dans le reste de la préparation, en particulier sur les bords de la lamelle pendant le refroidissement.
Caractères spectroscopiques de l’hémoglobine
368. — Lorsfpie l’on examine au spectroscope, sous une épaisseur de 1 à 2 centimètres, une solution assez diluée (ü,2 à 0,3 '*/„) d’oxyhémoglobiue, on voit une absorption de l’extrémité violetle du spectre, et ou
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conslale en outre l’existence de deux bandes d’absorption comprises à peu près entre les raies D et E. Celle qui est au voisinage de la raie D est moins large que l’autre, mais elle paraît, en revanche, plus foncée.
Le spectroscope à vision dii-ecte étant réglé, comme il est indiqué au § 239, la raie D coïncide avec la division 590, et la raie E avec la division 530 environ.
369. — On verse dans un tube à essai 10 centimètres cubes d’eau distillée et quelques gouttes de sang défibriné, on agite, et, dès que le liquide est redevenu transparent, on l’examine à travers la fente du spec- Iroscope. On aperçoit les deux bandes caractéristiques de l’oxyhémoglobine, dont les axes correspondent respectivement aux longueurs d’onde 578 et 542 [fig. 39, 1).
370. — Si on ajoute à cette solution d’oxyhémoglobine 5 à 10 gouttes d’un réducteur énei’gique, comme l’hydrosullite de sodium ('), il y a transformation en hémoglobine réduite ; le liquide rose vif se colore en
(1) Pour pi'éparer ia solution d'hydrosulfite de sodium, on opère comme suit : On dilue 40 centimètres cubes de bisulfite de sodium à 36° B. avec 200 centimètres cubes d’eau et on ajoute 3 à 6 grammes de poudre de zinc. Ou refroidit et on agite vivement. Au bout d’une demi-beure de contact, on (illre, on ajoute un lait de chaux fait avec 6 grammes de chaux vive et 30 centimètres cubes d’eau, on filtre au bout de deux minutes et ou vei’se 15 centimètres cubes d’une solution de carbonate de sodium à 10®/o. Le litpiide, filtré encore une fois, est conservé dans de petits flacons pleins et bien bouchés. 11 garde ses propriétés réductrices pendant (luelques jours, surtout si on le conserve à basse température.
Lorsque l’on n’a pas d'hydrosulfite, on peut le remplacer par une solution de sulfure d'ammonium ; la réduction ne se produit alors qu'avec lenteur, au bout do plusieurs minutes.
CARACTÈRES SPECTROSCOPIQUES DE l’hÉMOGLOBINE 291
rouge violacé plus sombre et, si on examine au spec- Iroscope, on voit les deux bandes d’absorplion se rapprocher l’une de l’autre pour n’en former qu’une seule occupant à peu près l’espace libre entre les deux bandes primitives. C’est ce que l’on appelle la bande de Stokes, dont l’axe correspond sensiblement à la longueur
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Fig. 39. — I, spectre de l’oxyhémoglobine ; II, spectre de l’hémoglobine réduite.
d’onde 555 {fig. 39, II). Pour observer le rapprochement des bandes, il est bon d’opérer avec une solution assez concentrée d’oxyhémoglobine (10 gouttes de sang au moins pour 10 centimètres cubes d’eau), la bande de Stokes étant toujours plus pâle que les bandes de l’oxyhémoglobine.
371. — Si an lieu d’un réducteur on ajoute à la solution un oxydant, comme le ferricyanure de potassium (quelques gouttes d’une solution à 10 "/„), il se forme ; de la méthémoglobine et le liquide brunit ; on voit { alors apparaître, en susdes deux bandes de l’oxyhémo- I globine, une troisième bande étroite, située dans le I rouge, à gauche de la raie I),
PIGMENTS
Réaction des pigments biliaires