‹ Guide pratique des malades aux eaux de Vichy [electronic resource]Chapitre 10 sur 39 · DE LA DYSPEPSIE · texte numérisé non relu

DE LA DYSPEPSIE

Cette maladie, vu le nombre considérable de malades qu'elle amène à Vjcby, mérite d'être exposée avec plus de détails que les autres aiTeotions ; nous dirons donc que la dyspepsie, dont le nom signifie trouble ou difficulté dam les digestions, se présente sous la forme d'une névrose non douloureuse de l'estomac : on peut la confondre avec la gastralgie qui a aussi pour cause, lorsqu'elle se déclare directement, une simple lésion des nerfs de cet organe, avec cette différence, toutefois, que dans la dyspepsie il n'y a pas de douleur, et qu'il y en a dans la gastralgie. Les symptômes principaux de l' affection dyspeptique consistent dans de mauvaises digestions, avec cette particularité bizarre que l'estomac digère tantôt le porc, les viandes les plus grossières ou les plus lourdes, d'autres fois et souvent le lendemain, cet organe ne peut supporter les aliments les plus légers, même le lait. Il y a langueur, trouble et perversion dans l'ordre fonctionnel ; c'est, en un mot, ce qu'on appelle vulgairement un estomac capricieux. Dans cette maladie, l'appétit est nul ; il n'y a ni fièvre ni soif, les digestions seulement sont accompagnées d'une grande quantité de gaz ou do flatuosités. Ces gaz compriment le ventre et gênent la respiration ; la constipation est babi-

tuelle, rarement la diarrrhée existe ; mais lorsqu'elle a lieu, c'est subitement et après chaque repas qu'elle se manifeste la plupart du temps. Ce n'est ordinairement que tro^s ou quatre heures, après avoir mangé, d'autres fois c'est en sortant de table que les malades dyspeptiques éprouvent vers l'épigastre du ballonnement, delà pesanteur avec douleur vague, accompagnée quelquefois d'aigreurs , de bâillements , a" éructations , de céphalalgie, et presque toujours de faiblesse générale ou d'accablement, suivis d'un faux besoin de manger ou de sensation de vide dans l'estomac : cela dure ordinairement pendant tout le cours du travail digestif, une ou deux heures et souvent plus, puis le calme renaît lorsque la digestion alimentaire est terminée, pour recommencer de nouveau avec une nouvelle digestion. Ce sont là les phénomènes qui. se rencontrent le plus souvent dans la dyspcpsie ; toutefois, il n'est pas indispensable, pour qu'il y ait dyspepsie, que les signes que nous venons d'énumérer existent, car il arrive souvent que la personne n'éprouve que de la céphalalgie ou de la courbature durant la digestion. Ce qu'il y a de particulier, c'est que, si le malade ne mangeait pas, il n'éprouverait pas de souffrances ; mais si la maladie se prolonge, la nutrition se trouve altérée par le résultat des mauvaises digestions, l'individu s'affaiblit, les for< \-s s'épuisent, le sang s'appauvrit, se décompose,

et de là, les conséquences les plus graves. Il y a une foule de variétés possibles de dyspepsies. C'est pourquoi, pour les guérir, il faudra remonter aux causes, aux symptômes et à leur filiation.

Causes. — Elles sont directes ou indirectes ; au nombre des premières on doit placer les diverses maladies de l'estomac, l'usage habituel d'une nourriture de mauvaise nature, d'une trop grande quantité d'aliments ou de boissons. Sous ce rapport, l'estomac se trouvant trop souvent dilaté, ses membranes s'affaiblissent et perdent de leur force organique. La constipation habituelle peut également donner lieu à la dyspepsie, à cause de la paresse qu'elle détermine dans tout l'appareil digestif. Au nombre des causes indirectes, on doit placer toutes les souffrances des organes renfermés dans le ventre, lesquelles déterminent des dyspepsies spéciales ; le foie, la rate, la matrice, les reins ou la vessie sont dans ce cas. La dyspepsie se présente fréquemment aussi dans les longues convalescences, à la suite d'affections morales tristes, lesquelles dépriment et diminuent les sécrétions de l'estomac. Les personnes molles, faibles, chlorotiques, nerveuses, hypocondriaques ou hystériques y sont très-sujettes, de même que les individus qui ont supporté des jeûnes trop prolongés ou qui ont été soumis à un régime lacté trop rigoureux. L'hypocon-

drie, maladie qui se caractérise surtout par des troubles digestifs, produit particulièrement la dyspepsie flatulente, laquelle s'accompagne de palpitations, d'essoufflement et de perversion dans toutes les fonctions nerveuses. La dyspepsie reconnaît encore pour causes les pertes abondantes de sang, soit naturellement, soit par des saignées trop souvent répétées ; la vie sédentaire, les préoccupations pendant les repas, le travail d'esprit, l'irrégularité dans les heures de manger, une alimentation insuffisante, le séjour prolongé dans les pays chauds, une frayeur ou une émotion vive quelconque ; l'immersion subite dans l'eau froide ou tout saisissement qui viendrait troubler la digestion.

La maladie dont nous venons de tracer succinctement les divers symptômes est originairement de nature nerveuse, ce qui indique que les émollients et les opiacés, que l'on emploie presque toujours dès le début, auraient dû suffire pour la guérir, sans qu'il fût nécessaire de recourir aux eaux de Vichy. Mais il est à remarquer que toutes les névroses entraînent avec elles, à la longue, des désordres physiques et physiologiques dans les organes de la digestion; et, de nerveuses qu'elles étaient d'abord, elles finissent bientôt par déterminer, à cause des souffrances qu'elles impriment aux parties qui en sont le siège, de véritables lésions organiques.

La dyspepsie peut dépendre également d'un principe goutteux, rhumatismal ou dartreux, répercuté sûr l'appareil digestif.

Traitement. — Le régime est ici une des conditions indispensables de la guérison, de même que dans toutes les maladies qui ont pour siège l'estomac; le malade, par conséquent, pourra, dans ce cas, être tout aussi habile que le médecin ; lui seul peut connaître queis sont les aliments qu'il digère le mieux eh état de santé ; ceux-là aussi seront le mieux supportés dans l'état de maladie.

Règle générale, tout aliment qui offre de la répugnance est rarement bien digéré ; ceux qui purgent doivent être rejetés, car ils sont indigestes. Disons, toutefois, que le régime qui convient particulièrement aux dyspeptiques est celui qui consiste dans les potages, maigres ou gras, les viandes blanches rôties, et les légumes farineux, de préférence aux viandes noires et aux légumes herbacés. Comme médicaments, on a recours à une foule de substances, telles que l'opium, le bismuth, la rhubarbe, les vomitifs, les purgatifs, l'éther, la belladone, le charbon de Belloc, etc. Mais il est bien rare qu'après l'emploi dé tous ces ihoyehs le malade ne se trouve pas obligé d'avoir recours aux eaux de Vichy, qui sont incontestablement, de tous ces remèdes, celui qui réussit le mieux, et dont l'effet est le plus durable ; car il ne faut pas s'y tromper et

croire qu'elles n'agissent qu'en saturant les acides de l'estomac ; leur action a pour effet surtout de modifier l'organisme tout entier, en faisant rentrer dans des conditions normales les humeurs viciées par les souffrances de l'organisme.

Comme il existe diverses formes de dyspepsie, c'est aux connaissances pratiques du médecin des eaux que nous devons laisser le soin de les distinguer, et d'indiquer celles qui sont dans les conditions voulues pour recevoir les eaux avec fruit, attendu que toutes les dyspepsies ou gastralgies ne sont pas toutes curables par les eaux dé Yichy ; il y en a qu'il faudra rejeter. Le médecin habitué au traitement thermal pourra seul en faire la distinction.

Comme règle générale dans la dyspepsie, les remèdes doivent être administrés à des doses minimes homœopathiques,pour être augmentés graduellement : il va sans dire que si la dyspepsie a pour cause un principe goutteux, rhumatismal ou dartreux, il faudra, avant tout traitement interne, essayer de rappeler ces principes morbides sur les parties habituellement affectées.

L'observation suivante fera mieux ressortir encore les signes caractéristiques de cette maladie, et l'efficacité si remarquable des eaux de Yichy à son égard.

Observation. — M. R***, âgé de trente-sept

ans , d'un tempérament nerveux , éprouve depuis six ans des digestions lentes, pénibles, qu'il attribue à un travail de cabinet, et surtout à des peines morales ; l'appétit néanmoins est passable, mais les aliments se digèrent difficilement. Il y a constipation habituelle, et, après chaque repas, il éprouve du malaise et de la fatigue. Après avoir employé sans succès, pendant six ans, tous les remèdes en usage dans ces affections, tels que la magnésie, la poudre de Dower, la moutarde blanche, les emplâtres de toute espèce , et de plus l'homœopathie , M. R*** se décide à venir à Vichy, où il arrive dans l'état suivant : constitution très-affaiblie , pesanteur à l'épigastre, digestions laborieuses, appétit capricieux, rapports nidoreux très-fréquents, sans soif ni fièvre sensible, faiblesse musculaire considérable, particulièrement deux ou trois heures après avoir mangé, gêne de la respiration, gonflement de l'estomac, flatuosités difficiles à s'échapper, constipation opiniâtre.

Le lendemain, ce malade est mis à l'usage de l'eau de la source de l'Hôpital, à la dose de quatre verres par jour, par petites doses , qu'il alterne dans le milieu de la cure avec de l'eau de la Grande-Grille ; il prend des bains et quelques douches ascendantes. Il suspend de temps à autre ce traitement. Les eaux ayant parfois de la peine à passer, il en fractionne souvent les doses, et après un séjour d'un mois, M. R***

quitte Vichy beaucoup mieux, mais non guéri.

Son médecin ordinaire nous écrit de Paris, quinze mois après, que la santé de M. R*** s'est complètement modifiée, que ses digestions sont parfaites , mais que néanmoins il lui conseille de revenir à Vichy.

M. R*** revint en effet, et, après une seconde cure, sa maladie, qui avait résisté pendant six ans aux divers traitements connus , disparut entièrement d'une manière soutenue.

Le résultat clinique de mes observations constate que la dyspepsie se guérit plus facilement encore que la gastralgie, affection cependant qui retire des eaux de Vichy des effets si remarquables de guérison*

maladies du foie.

L'efficacité incontestable des eaux de Vichy, dont la réputation est séculaire comme remède contre les diverses maladies qui peuvent intéresser le foie, troubler la sécrétion biliaire, ou porter obstacle à son libre cours , est connue depuis si longtemps déjà, qu'il serait fastidieux, je pense, d'insister sur cette vérité. Je pourrais facilement donner à l'appui de cette opinion un grand nombre d'observations, que je puiserais dans les nombreuses guérisons qui se sont opérées tous les ans dans mon service de l'hôpital, chez des malades qui venaient d'Afrique ou des

colonies, régions du globe où les maladies de ce genre sont toujours graves ; mais je ne dois pas oublier qûe ce livre n'est écrit que pour guider les malades pendant la saison, et leur indiquer, une fois rentrés Chez eux, la conduite qu'ils auront à tenir pour éviter lê retour de leurs maladies.

Cependant, avant d'aller plus loin, il me paraît utile d'indiquer ici la marche que suit l'eau minérale avant de se rendre au foie, et de démontrer à ceux qui nierjt que l'usage des acides, pendant qu'on prend les eaux, n'ont aucun effet nuisible dans lé traitement, que ce médicament, exempt de toute réaction, a pu agir, au moins jusqu'aux poumons, en conservant tous ses éléments naturels ou primitifs de composition.

Cela posé, je dirai donc, avec tous les physiologistes, que l'eau minérale introduite dans les voies digestives arrive à la glande hépatique, comme font tous les liquides médicamenteux, en suivant par absorption les veines de l'estomac et des intestins , qui la charrient à travers la veine porte jusqu'au foie; et qu'après un séjour plus ou moins prolongé dans cet organe, chargé d'une des plus grandes fonctions de notre existence , la sanguification alimentaire, elle se rend au cœur et de là dans les poumons, toujours à l'abri, comme on peut le voir, de toute décomposition et dans son état naturel ; mais si des àcidos ont été introduits

en théine temps dans l'èstomac, l'élément alcalin dé l'eau, par ce fcôntact, a dû disparaître pour former des combinaisons nouvelles.

Ces faits doivent proùver aux malades, contre l'avis des médecins qui leur conseillent l'usage des acides aux repas comme n'étant d'aucune importance dans la cure, qu'il n'est pas indifférent de suivre de semblables conseils , et dé porter dans nos organes un médicament qui se trouve décomposé d'avance, si on a opéré dans l'estomac ce mélange hétérogène et antirationnel d'acides avec un remède alcalin, que tous les acides peuvent décomposer, l'eau minérale dans ces cas se trouvé dans des conditions différentes de combinaison, c'est un remède dont on a changé la nàturé et, par conséquent, les effets. D'après cet exposé, qui est incontestable, il est donc permis d'affirmer que les eaux de Vichy, quand elles n'ont pas été dénaturées par des acides, avant ou pendant les repas, agissent de deux manières à l'égard des affections du foie : d'abord comme résolutives lorsqu'il y a engorgement, puis en modifiant la bile dans sa nature et dans sa consistance ; car, en augmentant l'alcalinité naturelle de cètte humeur, les eaux la rendent moins épaisse, facilitent son écoulement au dehors, et changent le mode de nutrition de l'organe. Elles s'opposent en outre, parleurs propriétés dissolvantes, à là précipitation dé la matière colorante, ce

qui est fort important, attendu que ce dépôt forme précisément le rudiment des calculs biliaires.

Après cet exposé du mode d'action des eaux à l'égard des maladies du foie, il est indispensable, je pense, de donner ici un aperçu des affections diverses qui intéressent cet organe, les plus nombreuses et les plus graves de toutes celles qui viennent à Vichy réclamer tous les ans le secours des eaux.

Au nombre des maladies du foie, il en est quatre qui se présentent plus particulièrement à notre observation : ce sont les engorgements, la jaunisse, la colique hépatique et les calculs.

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