DE LA GASTRALGIE
La gastralgie, ou névralgie douloureuse de l'estomac, présente les caractères spéciaux suivants : douleurs ou coliques de l'estomac, se renouvelant quelquefois tous les deux ou trois jours ; d'autres fois, se présentant à chaque heure de la journée, alternant avec une douleur du côté, de la tête ou de la poitrine, qui se manifeste le plus ordinairement deux ou trois heures après l'ingestion des aliments, avec un grand développement de gaz qui provoque de l'étouffement, de lafaihlesse et du délahrement. Ces douleurs, en général, se traduisent par un poids, avec des tiraillements qui simulent la faim, et par des crampes atroces pouvant durer plusieurs heures; d'autres fois, elles sont accompagnées de vomissements prompts, suivis le plus ordinairement d'un abaissement du pouls, avec chaleur brûlante à la région de l'estomac ; ou bien encore par des bâillements avec oppression et un besoin réel d'élargir les vêtements qui compriment l'épigastre. L'appétit néanmoins se soutient; il est même parfois pressant, imprévu, et se renouvelle souvent dans la journée ; le malade n'est pas altéré ; la langue n'est pas rouge ; la fièvre n'existe pas, mais il y a tendance à la mélancolie et à l'irascibilité.
Les douleurs de la gastralgie se montrent
surtout à jeun, avec des alternatives de constipation ou de diarrhée ; elles sont plutôt soulagées que réveillées par l'introduction des aliments, ce qui est le contraire de la dyspepsie. Cette douleur, chez les personnes chlorotiques, s'étend de l'estomac au sternum ; il y a alors gêne de la respiration. Il arrive souvent qu'on voit la gastralgie et la dyspepsie exister chez le même individu, avec prédominance de l'une ou de l'autre de ces deux maladies, comme aussi elles peuvent se succéder réciproquement. Lorsqu'il y a souffrance de l'estomac, les eaux sont moins bien supportées que dans l'état de calme : il faut, dans ce cas, suspendre le traitement pour le reprendre ensuite ; il en sera de même si les vomissements persistent après les repas ; il faudra dès lors changer le mode d'administration des eaux et ne les prendre qu'en bains, en lavements ou en douches.
Causes. — Les causes de la gastralgie sont le plus ordinairement dénature stimulante locale: tels sont, par exemple, des repas trop copieux, un régime trop succulent, l'abus du vin ou des liqueurs fortes, les acides, la moutarde, les aliments trop salés, fumés ou épicés. D'autres fois ces causes sont purement nerveuses ou éloignées : ainsi les tempéraments nerveux, le sexe féminin, une vie sédentaire, des travaux intellectuels, des affections morales cpnccnjrées, l'état de grossesse, les maladies de la matrice.
les pertes blanches ou la chlorose. Quelquefois aussi la gastralgie a pour cause le déplacement de la goutte, du rhumatisme ou d'une névralgie errante. Toutes ces causes peuvent donner lieu tantôt à la gastralgie , tantôt à la dyspepsie, comme aussi ces deux affections peuvent succéder à la gastrite aiguë ou chronique, ou bien encore à une sécrétion vicieuse des sucs gastriques acides qui sont contenus dans l'estomac ou qui s'y forment.
A tous ces caractères il est impossible de ne pas reconnaître une maladie purement nerveuse^ avec d'autant plus de raison, que l'entéralgiej ou colique nerveuse d'entrailles, ressemble beaucoup à la gastralgie, avec cette seule différence, ainsi que nous allons le voir, que les douleurs passagères qui lui sont propres se font sentir sur divers points du ventre.
Les coliques intestinales ou entéralgies sont produites, la plupart du temps, par des émotions morales vives, par des travaux intellectuels trop prolongés ; d'autres fois elles se déclarent après une impression de froid, ou coïncident avec l'interruption d'une évacuation habituelle, ou enfin succèdent soit à la goutte, soit au rhumatisme. Les personnes hystériques en sont souvent atteintes ; les tempéraments nerveux y sont prédisposés ; mais les causes qui paraissent développer plus particulièrement cette affection sont l'abus des sucs végétaux, des fruits acides, des
boissons aqueuses ; l'époque de la menstruation et de la grossesse, ainsi que les affections morales tristes et concentrées. L'observation suivante indiquera mieux encore les signes caractéristiques de la gastralgie, ainsi que les effets salutaires des eaux à cet égard.
Observation. — M. Th***, âgé de trentesix ans, d'un tempérament nerveux, éprouva en 1834 les premières douleurs gastralgiques. Ces douleurs, qui arrivaient aussitôt après les repas, étaient accompagnées de vomissements continuels. Il avait suivi un traitement par les émollients et les sangsues, lequel lui avait procuré un peu de soulagement; mais, dix-huit mois après, les douleurs de l'estomac ayant reparu avec plus d'intensité qu'auparavant, ce malade n'avait cessé, depuis cette époque, d'éprouver des alternatives de calme et de souffrance. Cependant comme, depuis quelques années , les symptômes gastriques devenaient plus fréquents, que les digestions se faisaient mal, que l'amaigrissement faisait tous les jours de nouveaux progrès, son médecin lui conseilla de prendre les eaux de Vichy. C'est en 1846 que M. Th*** en fit usage pour la première fois. Cette saison lui ayant fait le plus grand bien, il crut pouvoir se dispenser de revenir l'année suivante ; mais la maladie ayant reparu, son médecin l'envoya de nouveau à Vichy, où il arriva en 1848, vers le milieu de juillet. A cette époque,
les vomissements étaient fort rares, mais les nausées reparaissaient fréquemment après les repas, de telle sorte que la gastralgie semblait vouloir revenir avec tous ses symptômes primitifs, car il y avait déjà plénitude de l'estomac, douleurs épigastriques, diarrhée ou constipation alternatives, ballonnement, gêne de la respiration, expulsion plus ou moins difficile des gaz, et maux de tête continuels. Ce malade, à son arrivée, est mis avec modération à l'usage de l'eau de l'Hôpital ; il prend un bain tous les jours, et, un mois après, il quitte Vichy dans un état complet de guérison.
En 1849, dans le rapport qui m'est adressé, tous les ans, sur les effets consécutifs des eaux, il est dit que M. Th*** avait obtenu une grande amélioration ; et que si son état s'était aggravé en 1847, il fallait l'attribuer à ce qu'il avait cessé trop tôt l'emploi de ce puissant remède. J'ai revu, en effet, ce malade ; sa guérison était complète ; son embonpoint et ses digestions ne laissaient plus rien à désirer.
Il résulte des observations de ce genre, confirmées par le temps, que sur cent malades cinquante-deux ont été guéris, quarante-trois ont été améliorés, et cinq seulement n'ont obtenu aucun résultat.