‹ Guide pratique des malades aux eaux de Vichy [electronic resource]Chapitre 12 sur 39 · DES COLIQUES HÉPATIQUES · texte numérisé non relu

DES COLIQUES HÉPATIQUES

Cette maladie ne se présente ordinairement que chez les individus prédisposés aux souffrances du foie; elle est caractérisée par des douleurs plus ou moins vives, irrégulières ou périodiques, ayant leur siège dans cet organe. On lés confond souvent, a dit mon honorable collègue, le docteur Beau, dans son remarquable travail Sur P appareil spléno-hépatiqne , avec les coliques calculeuses, qui sont très-rares, relativement aux coliques névralgiques. Dans celles-ci les malades, selon le même auteur, ne rendent des calculs, ni par les garde-robes, ni par les vomissements, et la présence de ces corps étrangers permet seulement de caractériser leur diagnostic différentiel. Dans les cas contraires, les coliques du foie doivent être considérées comme étanl de nature essentiellement nerveuse.

Les douleurs de ce genre arrivent, soit soudainement, soit en s'annonçant sourdement, un ou deux jours à l'avance ; et lorsque la souffrance est arrivée à son apogée, le malade res-

sent comme un point de côté dans la région du foie, accompagné de douleurs phis ou moins violentes, superficielles ou profondes, augmentant par la plus légère pression, pongitives ou lancinantes, avec gêne dans les divers mouvements du corps et de la respiration. Le plus ordinairement, au milieu de la crise, des vomissements de nature bilieuse se déclarent, sans que le pouls indique de la fièvre. Ces coliques peuvent durer plusieurs heures, d'autres fois plusieurs jours, avec dès intervalles dé calme, laissant le plus souvent des traces dè jaunissesous la peau et dans les urines. On petit les confondre avec les coliques intestinales ou néphrétiques , mais la douleur locale venant du foie suffira, avec les symptômes précédents, pour éloigner toute incertitude à cet égard.

Causes. — Il èst évident que l'hépatalgie ou colique nerveuse du foie n'est qu'un symptôme dé l'irritation de cet organe, des réservoirs ou des conduits èxcréteurs de la bile. Cette irritation nerveuse peut être produite par un refroidissement des pieds ou de tout le corps, par de mauvaises digestions, par des aliments dont la nature est réfractaire au foie de certaines personnes. Ces aliments sont particulièrement tous les acides, les fruits verts, cuits ou confits au vinaigre, la moutarde, le vin pur ou même coupé d'eau, les boissons alcooliques, une nourriture trop salée, trop épicée ou poivrée : toutes ces sub-

stances peuvent déterminer, chez les individus prédisposés, des coliques qui très-souvent apparaissent un quart d'heure ou une demi-heure après qu'on les a prises. Les purgatifs peuvent également réveiller ces sortes de douleurs, qui dépendent quelquefois aussi de la goutte ou du rhumatisme déplacé.

Comme traitement, l'opium et les émollients sont les premiers remèdes à employer ; mais si les attaques se renouvellent, le meilleur moyen à leur opposer ensuite est d'avoir recours à l'eau de Yichy, dont les propriétés incontestables sont de diminuer ou de détruire cette fâcheuse susceptibilité du foie. 11 faudra faire usage d'aliments peu graissés, de viandes maigres, de poisson, et particulièrement de substances végétales herbacées ; éloigner celles qui renferment beaucoup de matière féculente et sucrée, lesquelles sont contraires aux maladies du foie, en général. Ce régime sera secondé par l'eau de Vichy, prise à divers intervalles dans le courant de l'année, et par des bains alcalins, en se tenant chaudement. De cette manière, le malade arrivera à faire cesser le retour des coliques hépatiques, ainsi que la formation des calculs.

L'observation suivante démontrera mieux encore l'effet salutaire des eaux sous ce rapport.

Observation. — Mme F. de G***, âgée de trentesix ans, eut, il y a dix ans, pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde, une jaunisse qui,

malgré tous les moyens mis en usage, dura six semaines. Depuis cette époque, cette maladie reparut tous les ans vers le printemps, avec cette différence que depuis quatre ans cette jaunisse se complique chaque fois de quelques coliques hépatiques qui durent plusieurs jours, avec des vomissements de matière bilieuse. Le foie est alors sensiblement engorgé et douloureux à la pression, les fortes inspirations sont gênées, par la douleur hépatique, laquelle simule une ceinture allant du foie à la rate et au rein droit ; les urines sont jaunes, et l'estomac ne peut supporter aucun aliment. Le dernier accès , qui dura vingt-cinq jours, date du mois d'avril! 80 1 .

Cette dame avait employé sans succès les purgatifs, le remède de Durande , les pilules de savon avec fiel de bœuf, la pommade émétisée et les eaux de Vichy transportées! Ces dernières cependant ayant paru lui faire un peu de bien, son médecin l'engagea à se rendre à Vichy, où elle arriva au mois de mai suivant, à la fin d'un accès, présentant une teinte ictérique, avec douleurs sourdes dans la région du foie, qui dépasse de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes : inappétence, digestions lentes, constipation, urines ictériques, matières fécales normales.

La malade boit à la Grande-Grille progressivement jusqu'à cinq verres d'eau par jour et prend un bain ; au bout d'un mois, elle quitte

Vichy en voie de guérison ; la teinte jaune de la peau est bien diminuée, ainsi que la douleur et le volume du foie. Son médecin nous écrit, l'année suivante, que Mme F. de Ç*** a obtenu un entier rétablissement. Elle revint néanmoins à la fin de la saison de 1852, pour consolider sa guérison. Sa santé n'avait plus souffert du côté du foie depuis la première cure faite à Vichy. Cef,te dame, que nous avons revue trois ans après, était toujours dans un état parfait çle santé.

Le résultat statistique de mes observations, concernant les coliques hépatiques, démontre que sur un nombre de cent malades, par exemple, chez lesquels les effets consécutifs des eaux ont été constatés l'année ou les années qui ont suivi la cure, quatre-vint-trois ont été radicalement guéris et dix-sept améliorés.

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