DE L'HÉPATITE AVEC ENGORGEMENT DU FOIE
Cette maladie n'intéresse pas seulement, comme la précédente, le système nerveux de l'organe, elle occupe ici le tissu propre du foie, qui se trouve affecté le plus ordinairement par suite d'une congestion sanguine fixe, donnant lieu à un engorgement qui peut être simple ou induré, récent ou chronique ; le foie, dans cet état, reste languissant, par suite de l'infiltration fibrinoïde qui s'est déposée dans son réseau
capillaire. Arrivée à la période de chronicité, telle qu'on la voit le plus ordinairement à Yichy, les symptômes qu'éprouvent les malades sont : appétit irrégulier, (digestions lentes, rapports, flatuosités. Le lait est habituellement mal digéré ; une fièvre légère, qui semble augmenter après chaque repas, se déclare : elle est accompagnée de douleurs avec pesanteur, et de gêne dans la région du foie ; la respiration devient courte, le teint basané ; le caractère inquiet, irascible, porté surtout à contredire ; il existe presque toujours aussi un œdème des jambes et de la sérosité dans le ventre, l'appétit se perd avec le sommeil; les fonctions s'affaiblissent, et le malade tombe peu à peu dans la consomption.
Causes. — Cette maladie peut être héréditaire ; toutes les causes qui déterminent des coliques, ainsi qu'on l'a vu plus haut, sont susceptibles aussi de produire l'hépatite. A côté des souffrances physiques, il faut placer, comme devant y prendre une large part, une irritation locale, le défaut d'exercice, les affections morales, les soucis, la jalousie, le découragement, l'hypocondrie, influences nerveuses qui toutes diminuent l'écoulement et favorisent l'épaississement de la bile ; les inflammations des intestins et la dyssentcrie, principalement par suite de la résorption jusqu'au foie de la matière purulente ou putride provenant des diverses mala-
dies intestinales. Toutes ces causes peuvent y donner lieu, de même qu'une grande activité cérébrale et le travail de cabinet après les repas, parce que les occupations intellectuelles dépensent une grande somme d'innervation, au détriment des fonctions digestives.
Dans les pays chauds, où les maladies du foie sont endémiques, l'alimentation doit être trèspeu abondante, sans quoi le foie se remplit faute d'écoulement suffisant par la combustion pulmonaire, ce qui indique que dans les contrées où la température est constamment chaude, comme aussi durant les grandes chaleurs des pays tempérés, les habitants doivent être trèssobres, attendu que, si on consomme une quantité plus forte d'aliments qu'il n'en faut pour entretenir convenablement la nutrition et la respiration, les parties animales fibrinoïdes s'accumulent dans le foie, et les parties végétales féculentes surtout se transforment plus facilement en graisse, nature d'aliments dont les personnes disposées à l'obésité, soit dit en passant, devraient se priver.
Il est d'observation que les climats chauds, pour les habitants des régions tempérées, augmentent sensiblement la sécrétion du. foie, déterminent par là les engorgements de cet organe et les fièvres bilieuses. Il est à remarquer, en outre, que les grandes chaleurs sont moins favorables au traitement des affections hépatiques
qu'une température modérée ; l'état d'innervation que l'on éprouve alors dans les digestions doit suffire pour expliquer ces faits d'observation.
La puissance des eaux de Vichy à favoriser la résolution de l'engorgement du foie et l'écoulement biliaire est tellement démontrée aujourd'hui, que les médecins qui se sont le plus occupés des maladies de cet organe, recommandent tous, sans exception, l'usage spécial des eaux de Vichy, comme le meilleur moyen de guérison dans ces sortes de maladies.
Deux observations suffiront, je pense, pour démontrer la rapidité avec laquelle les engorgements du foie se dissipent, alors que les malades se présentent dans des conditions convenables de guérison.
Engorgement simple du foie.
Première observation. — M. M***, âgé de quarante ans, est atteint, depuis trois mois, d'une jaunisse des plus intenses, accompagnée d'engorgement du foie, que le malade attribue à des chagrins domestiques et à des fatigues intellectuelles. Pour se débarrasser de cette jaunisse, car le malade ne soupçonnait pas l'engorgement du foie, son médecin lui avait fait prendre tous les remèdes usités en pareil cas : les vomitifs, les purgatifs, l'aloès, le calomel, le savon, les
boissons nitrées, etc. ; mais tout cela sans succès aucun. Son médecin, ayant perdu tout espoir de le guérir, lui conseilla de se rendre à Vichy, où il arriva dans le courant du mois de juin 1852. A son arrivée, il fut très-facile de constater un engorgement du foie, cause déterminante de la jaunisse. Cet organe dépassait, par son volume, les fausses côtes de quatre travers de doigts : douleur sourde à la pression, respiration gênée, appétit nul, cogestion depuis longtemps paresseuse, matières fécales cendrées, urines noires, très-chargées de bile, teinte ictérique foncée, picotements à la peau.
M. M***, après vingt-cinq jours de traitement, pendant lesquels il prit de cinq à six verres d'eau de la Grande-Grille par jour, plus un bain minéral d'une heure, quitta Vichy, prenant les eaux avec dégoût depuis deux ou trois jours. Au moment du départ, la coloration de la peau et des urines avait sensiblement diminué ; mais l'engorgement était le même. L'année, suivante, ce malade nous écrit do Boulogne : « Ce n'est qu'un mois après avoir quitté Vichy, que j'ai vu ma santé revenir complètement. Ma tumeur du foie a disparu depuis longtemps, car je ne la retrouve plus ; et grâce à vos eaux, ma santé est aujourd'hui parfaite, et mon teint comme celui des naturels de mon pays. >î
Engorgement du foie avec coliques hépatiques.
Deuxième observation. — M. B***, âgé de quarante-deux ans, d'un tempérament nervososanguiii, d'une constitution affaiblie, est atteint d'hépatite depuis 1831, affection qu'il a contractée en Afrique, par suite de dyssenterie accompagnée de fièvres intermittentes rebelles ; il avait, en outre, un léger épahehement dans le ventre, et les jambes infiltrées. Jusqu'en 1842, les douleurs du côté du foie sont, presque incessantes, c'est-à-dire qu'il y a des alternatives de repos et de souffrance ; mais, à cette époque, il survint une jaunisse fort intense, pour laquelle on conseilla des bains, des boissons alcalines, ainsi que des applications de sangsues sur la région hépatique. Deux mois après l'apparition de la jaunisse, on constata un engorgement considérable du foie, qui jusque-là avait été peu apparent.
Depuis 1842, les attaques ou coliqués hépatiques apparaissent tous les trois ou quatre mois, et durent souvent quinze jours ; elles sont toujours plus violentes à l'époque du printemps. C'est après avoir essayé, en 1847, les eaux de Vichy, et s'en être bien trouvé, que le malade se décide â faire une nouvelle cure à Vichy, où il arrive ati mois de juillet 1848. 11 n'avait pas eu de coliques depuis le 12 Inai, c'est-à-dire
depuis environ deux mois. A son arrivée, le foie dépassait de quatre travers de doigt le bord des fausses côtes; il était très-sensible à la pression, son développement rendait la respiration de ce côté fort gênée, et toute espèce de lien sur cette région lui était insupportable. Le lendemain de son arrivée, M. B*** est mis à l'usage de l'eau delà Grande-Grille, dont il prend, en moyenne, de six à huit verres par jour, ainsi qu'un bain. Après un mois de traitement, il quitte Vichy, la sensibilité du foie ayant complètement cessé, et son volume diminué de moitié ; les forces physiques, au dire du malade, sont revenues à leur état normal, et les digestions sont parfaites.
Un an environ après, le 10 mai, son médecin ordinaire m'écrivit que M. B***, « atteint d'engorgement du foie avec coliques hépatiques, n'avait plus de douleurs, et que l'engorgement était à peu près dissipé. »
Dans les engorgements simples du foie, avec ou sans coliques hépatiques, le relevé numérique de mes observations, confirmé par le temps, indique que sur cent individus, par exemple, quarante-cinq sont guéris, quarante améliorés, et que quinze seulement n'ont obtenu aucune amélioration. Dans cette appréciation, le résultat serait encore plus favorable, si les malades arrivaient à Vichy après les premiers essais infructueux de guérison, et non après avoir perdu leur temps à la recherche
inutile d'une foule de moyens empiriques et trop souvent dangereux.