‹ Guide pratique des malades aux eaux de Vichy [electronic resource]Chapitre 18 sur 39 · HYGIÈNE DES GOUTTEUX · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES GOUTTEUX

Les conseils hygiéniques indiqués plus loin aux personnes qui doivent faire usage des eaux de Vichy pourraient convenir également aux goutteux ; cependant, comme cette question fait partie intégrante du traitement de la goutte, j'ai cru utile de tracer ici quelques règles générales, que ces malades feront bien de suivre après avoir quitté Vichy,

Aliments. — La seule recommandation à faire aux goutteux, sous le rapport du régime, doit être formulée ainsi : Point de privations excessives, mais aussi point d'excès. C'est là, disonsle tout d'abord, la partie du traitement la plus essentielle, puisque tous ceux qui ont eu le courage de se soumettre à un régime sévère ont été, par ce seul fait, soulagés, et même, dit-on, guéris.

C'est pourquoi celui qui aura fait un usage quotidien de liqueurs alcooliques, même en petite quantité, ou de viandes trop succulentes, devra s'en abstenir; car l'influence d'une semblable alimentation est d'autant plus nuisible, que les urines des goutteux déposent toujours, ou tout au moins pendant l'accès, de l'acide urique ; ce qui prouve que cette alimentation est réellement nuisible, c'est que ce dépôt d'acide urique a lieu également chez les personnes

qui ne sont pas goutteuses, toutes les fois que, la veille, elles ont fait un dîner copieux en substances animales, pris des boissons alcooliques ou du vin de Champagne, toutes choses qui diminuent proportionnellement l'alcalinité du sang.

Cependant, bien que le régime animal ne convienne point en principe, il ne faudrait pas se renfermer dans une nourriture exclusivement végétale; un régime mixte, avec prédominance d'aliments de nature végétale, est celui que le goutteux doit adopter de préférence. En substituant le régime végétal au régime animal, on change évidemment aussi la nature du sang, et par suite la constitution individuelle.

Les œufs, le chocolat et le laitage sont des substances qui sont parfaitement convenables aux goutteux. Le poisson seulement doit être pris avec modération; tous les végétaux cuits, excepté ceux qui sont acides, sont utiles, surtout lorsqu'ils sont frais.

Il n'est pas nécessaire de se priver de vin : le vin de Bordeaux me paraît Je plus convenable de tous. Le thé et le café légers peuvent être permis, si le système nerveux n'en est pas trop excité.

La bière et le cidre doivent être rejetés, parce qu'il est reconnu qu'ils favorisent l'embonpoint, auquel les goutteux ne sont déjà que trop disposés.

Les acides sous toutes les formes sont particulièrement défendus; ils l'étaient scrupuleusement déjà, ainsi que le vin, par l'école de Boerhaavo. Il faut, à tout prix, que les goutteux empêchent la formation de l'acide urique, Un des signes les plus saillants de l'altération de leurs humeurs. Il faudra qu'ils évitent avec le même soin les écarts de régime, car il est rare qu'ils ne provoquent pas, immédiatement après, le retour des accès ; et cela est si vrai, qu'on a vu la goutte revenir sous l'influence d'un repas trop succulent ou d'une boisson acide, comme la limonade, le vin, ou même les fruits.

Exercice. — « Goutte bien tracassée est à moitié pansée, » a dit La Fontaine. Ce moyen de diminuer la goutte est reconnu aujourd'hui par tout le monde ; il a cet avantage que, par l'exercice, on favorise le jeu des articulations, la circulation, la transpiration et la respiration ; l'activité de cette dernière fonction a cela d'avantageux que la combustion des aliments est plus parfaite ; c'est pourquoi l'alimentation doit être diminuée, toutes les fois que l'exercice est moins actif. Mais, pour qu'il soit salutaire, il faut deux conditions : 1° qu'il n'aille pas jusqu'à fatiguer, ni jusqu'à réveiller des douleurs dans les parties affectées ; 2° qu'il soit fait tous les jours avec régularité, à pied, ou bien, s'il y a impossibilité absolue de marcher, à cheval ou en voiture. La chasse, exercice familier aux

goutteux, a aussi ses inconvénients lorsqu'on la pousse jusqu'à la fatigue et qu'on s'expose au froid et à l'humidité. En agissant d'après ces sages conseils, on aura déjà, sans aucun doute, singulièrement modifié et atténué les accès de goutte.

Vêtements. — Il faudra que les goutteux portent de la flanelle sur la peau ; ce moyen a pour but d'absorber la transpiration plus facilement que les autres tissus, de mettre les malades à l'abri des refroidissements, et d'exciter la peau d'une manière douce et continue, ce qui ne doit pas empêcher de pratiquer, de temps en temps, des frictions sèches sur toutes les parties du corps avec les mains ou une brosse douce. Le massage appliqué d'une manière intelligente est encore préférable.

Veilles et passions. — Les veilles, énervant le corps, amènent des palpitations nerveuses, et provoquent une excitation maladive ; il en est de même des émotions morales, qui ont pour résultat de jeter le trouble dans les fonctions digestives. Il faudra, par conséquent, les éviter autant que possible.

Mais hâtons-nous de dire que ce sont là de ces recommandations que les goutteux précisément n'observent guère, bien qu'ils soient prévenus que tout ce qui tend à augmenter la prédominance du système nerveux a une influence marquée sur le retour des accès. L'iinprcssionnabi-

lité des malades dans cette affection est si facile à mettre en jeu, que Guy-Patin disait, en parlant des goutteux : « Quand ils ont la goutte, ils sont à plaindre ; quant ils ne l'ont pas, ils sont à craindre. »

Bains. — Les bains, généralement, conviennent peu aux goutteux, parce qu'ils rendent le corps très-impressionnable aux influences atmosphériques. Certains malades à Vichy prennent les bains avec modération ; ce mode de traitement me paraît cependant indispensable, si ce n'est lorsque les parties où siège la goutte se trouvent enflammées ; dans ces cas seulement, il faudra en suspendre l'usage.

Habitation. — Les goutteux auront soin de choisir un climat chaud et doux, afin de favoriser le plus possible la transpiration cutanée. Cette fonction delà peau est souvent si puissante, qu'on a vu des accès avorter sous l'influence d'une abondante transpiration.

Maintenant, que faudra-t-il faire pour annuler la cause prédisposante de la goutte et empêcher la cause déterminante de se produire? La réponse est facile, tout le monde la conçoit d'avance ; mais il faut, pour réussir, que ceux qui se trouvent dans une situation maladive aussi fâcheuse aient le courage, s'ils veulent guérir, de s'imposer des privations, en renonçant à leurs jouissances. C'est la première condition à laquelle ils doivent se soumettre, s'ils veulent.

que le médecin et le remède leur rendent la santé. Alors, mais alors seulement, les eaili minérales de Viclry pourront être utilement appliquées, non-seulement pour détruire le mal déjà existant, mais encore pour placer l'individu dans une situation de santé durable, en traitant un état humoral particulier par un altérant spécifique, qui est la soude pour la goutte, comme le soufre l'est pour l'affection dartreuse, l'iode et le mercure pour d'autres affections.

Mais avant de commencer le traitement, les malades devront se présenter préalablement à leur médecin, afin que celui-ci puisse s'assurer de l'état réel de l'estomac et des organes internes, et savoir de lui s'il n'y a pas contreindication à prendre des bains et à boire les eaux, à quelle dose et à quelle source ils doivent le faire, s'il y a lieu, ou bien encore s'il ne faudrait pas les modifier en les mélangeant avec d'autres boissons. Toutes ces précautions, ignorées des malades, sont de la plus grande utilité pour éviter que la goutte articulaire, toujours bénigne, ne se transforme par imprudence en goutte interne ou viscérale, plus dangereuse que la première, et très-souvent mortelle. C'est sans doute pour avoir oublié cette règle si importante de conduite , que quelques malades ont éprouvé parfois des effets plus nuisibles qu'utiles, attribués à l'action des eaux, alors qu'ils n'auraient dû accuser de cet insuccès que

la disposition de leur estomac ou des autres organes de l'économie. Ce qu'il y a de certain, c'est que, contrairement, à ce qu'on a avancé, aucun exemple de déplacement du principe goutteux, par l'usage des eaux de Vichy, prises convenablement, n'est jamais venu à ma connaissance. Mes observations, sous ce rapport, donnent un démenti formel à tous les médecins opposants, endurcis ou systématiques. Il n'y a pas, il faut le dire, de médication contre la goutte qui n'oiFre ses dangers ou ses inconvénients. L'eau de Vichy, sous ce rapport, est celle qui en présente le moins, je dirai plus, elle n'en présente aucun ; car, en supposant qu'il y ait excès d'alcalinité, la nature a grand soin de protéger les malades contre cet excès, en l'éliminant par les urines et la sueur, dans les mêmes proportions que les quantités ingérées : ce qui explique les doses élevées et longtemps soutenues que peuvent prendre sans inconvénient les goutteux, les graveleux et les diabétiques.

Faut-il chercher à guérir la goutte? Oui, comme on doit chercher à se débarrasser de toute infirmité dangereuse, — bien que quelques médecins aient soutenu qu'il valait mieux la respecter, — attendu qu'on ne nuit jamais lorsqu'on surveille l'action d'un médicament, pas plus qu'on ne peut donner une diathèse alcaline en forçant la médicalion des eaux de

Vichy, ainsi que quelques personnes ont voulu le faire croire.

Le relevé statistique de mes observations, dont les effets ont été constatés l'année ou les années qui ont suivi la cure, démontre que sur un nombre proportionnel de cent malades, cinquante-sept voient disparaître complètement les accès, qui, depuis plusieurs années, leur venaient une ou plusieurs fois par an ; trente-quatre obtiennent un soulagement tellement notable, que quelques malades l'ont accepté et considéré comme un résultat de guérison, et neuf n'éprouvent de la part des eaux ni bien ni mal ; mais jamais, je dois le répéter, aucun effet fâcheux n'a été signalé dans mes observations, soit comme transport du principe goutteux sur le cœur, le cerveau ou autres organes internes, soit aussi comme agent de dissolution du sang, encore bien que quelques malades aient abusé parfois de ce moyen de guérison.

Rhumatisme.

La ressemblance qui existe entre les symptômes du rhumatisme et ceux de la goutte, deux affections qui se trouvent souvent réunies chez le même individu, et les résultats favorables que j'ai observes, concernant le rhumatisme musculaire, sciatique ou articulaire, sur des malades venus à Vichy pour toute autre affec-

tion, me permettent d'exprimer aujourd'hui, d'après les relevés que j'en ai faits, que les rhumatisants trouveront dans les sources de Vichy, soit en hains, soit en boisson, un puissant moyen de guérison, dont les effets peuvent être rapportés non-seulement à la thermalité, qui, dans la plupart des établissements thermaux, constitue le fond de la médication et la seule vertu curative des eaux> mais encore à leurs propriétés sur les urines et à leur excitation sur la peau, ainsi qu'à la nature particulière des éléments minéralisateurs qu'elles renferment, avec d'autant plus de raison, que le bicarbonate de soude est généralement employé aujourd'hui à cet effet, par la plupart des médecins.

Il est à noter également que dans cette maladie, comme dans la goutte et les grandes inflammations, l'état des urines constate une acidité humorale considérable et le sari g une plus grande plasticité, phénomènes morbides qui indiquent le bon emploi de la soude, auxiliaire puissant de la thermalité des eaux dans le traitement du rhumatisme.

Cxravelle urique.

La gravelle est une maladie cai'actérisée par la présence de petits graviers, ordinairement rougeàtres, rendus avec les urines, ou se dépo-

sant bientôt après leur émission, tantôt sous forme pulvérulente (sables), tantôt sous forme cristalline, de volume, de couleur et de densité variables (graviers ou calculs).

Les sels contenus dans l'urine sont des produits du sang sécrétés par les reins ; et ce qui prouve qu'ils font partie du liquide sanguin, c'est que si l'on compare les substances minérales de l'urine avec celles du sang, on trouve à peine une différence entre les deux liquides, de telle sorte qu'on peut connaître la composition du sang en analysant la composition de l'urine. Or, lorsqu'on trouve de l'acide urique se déposant dans les urines à l'état cristallin, ce phénomène indique une diathèse ou constitution urique.

Causes. — Les causes de la gravelle, disonsle tout d'abord, ont la plus grande analogie avec celles de la goutte ; et ce qui le prouve, c'est qu'elle est de même toujours provoquée par un régime succulent, azoté, ou par des aliments trop échauffants, des vins généreux, des liqueurs spiritueuses ; par un défaut d'exercice et de transpiration, des habitudes trop sédentaires, une difficulté d'oxygénation pulmonaire, l'irrégularité dans les heures des repas, les digestions mauvaises, les aliments ou les boissons acides, les vins, le vinaigre, la bière, les fruits et l'oseille. Toutes ces choses, d'ailleurs, sont si contraires aux personnes disposées à la gravelle, que M. Magendie, qui a étudié particulièrement

l'influence du régime sur la production des calculs urinaires, a démontré que chez l'homme ou les animaux qui se nourrissent d'aliments azotés, tels que la chair, le poisson et les œufs, l'urine est rare et renferme toujours une quantité considérahle d'acide urique, tandis que si la nourriture est purement végétale et modérée, ce liquide est ahondant et sans traces d'acide. Cette disposition à l'acide urique disparaît dans la chlorose, l'anémie et le diabète, maladies dans lesquelles les urines sont, en outre, très-peu colorées.

Ce n'est pas tant la nourriture animale, dit Prout, qui donne la gravelle urique, mais bien plutôt les efforts de l'esprit après les repas, les acidités gastriques, les affections déprimantes, à cause du désordre qu'elles apportent dans les digestions; ce qui lui a fait dire qu'un traitement propre à rétablir les fonctions digestives est le meilleur moyen de combattre cette affection.

C'est dans les conditions de l'alimentation et de l'assimilation qu'il faudra chercher, de préférence les causes de la gravelle, et non dans les reins ; car on a la preuve que l'acide urique prédomine dans l'urine, par le régime animal, de même que par quelques végétaux, tels que les haricots, les pois et les lentilles ; et que l'alcalinité, au contraire, se manifeste chez les animaux par le régime purement végétal : les navets, les pommes de terre, les carottes, etc.

On a placé eu seconde ligne, mais seulement comme causes indirectes, les émotions vives, la colère, la fatigue, la gêne habituelle de la respiration, les maladies du foie, le rhumatisme, la goutte, les maladies du cœur, les privations, ou bien encore une trop petite quantité de boisson, laquelle serait insuffisante pour dissoudre l'acide urique formé naturellement par les reins. A toutes ces causes on peut ajouter celles qui sont de nature à diminuer la quantité d'urine, telles que des sueurs abondantes, les chaleurs de l'été qui, par la transpiration, augmentent la densité des sels dans les humeurs ; les veilles nocturnes, une diarrhée considérable, un obstacle à l'émission de l'urine, ou l'abus d'aliments trop salés, qui, d'après les expériences de M. Barrai, favorisent le développement de l'acide urique. Disons aussi que la gravelle est souvent le résultat de causes que nous ne pouvons apprécier; car il est beaucoup de personnes chez lesquelles l'organisme seul produit ou favorise le retour des graviers dans certaines conditions passagères ou permanentes de la vie, par suite d'une disposition ou constitution que l'on peut appeler lithique.-

Relativement aux symptômes qui caractérisent cette affection, les malades connaissent trop les douleurs déchirantes de la gravelle, connues sous le nom de coliques néphrétiques, pour qu'il soit utile d'en parler ici.

Quant au mode d'action des eaux, il est évident aujourd'hui, pour tous les hommes de bonne foi, que la disparition des graviers est due à l'action chimique du bicarbonate de soude, qui, introduit dans le corps et charrié par le sang, se combine avec l'acide urique partout où il le rencentre, pour former un urate de soude plus soluble que lui, qui s'échappe au dehors par les émonctoires naturels, l'urine et ia sueur. Ce qui prouve que c'est bien là la cause de cette dissolution, c'est que les remèdes de Mlle Stephen, de Mascagni, de Saunders, de Juriue, et de Whyt qui, depuis plus d'un siècle, ont joui d'une réputation méritée, ne sont autre chose que des solutions alcalines de sous-carbonate de soude, dépotasse ou de chaux. Mais la meilleure preuve que la dissolution de cet acide ne tient qu'à l'alcalinité des eaux de Vichy, c'est qu'aussitôt que la prédominance alcaline a lieu, ou seulement que l'acidité des urines diminue (car il n'est pas toujours nécessaire qu'elles arrivent jusqu'à l'alcalinité pour empêcher l'acide urique de se précipiter), on voit immédiatement les sables et même les petits calculs disparaître entièrement. Il ne faudrait pas croire cependant que dans cette action tout se borne à une opénition purement chimique directe : il y a aussi des phénomènes de nature organique et vitale ; car beaucoup de personnes, après avoir cessé l'usage des eaux, restent plusieurs mois, et même des

années, sans rendre de nouveaux graviers ni des urines briquetées. Gela prouve que le remède a modifié la nature du sang, la substance des reins, et l'économie tout entière, puisque les urines ont pu reprendre leur état normal, sans laisser déposer, comme auparavant, de l'acide urique. 11 ne faut pas oublier non plus que cette maladie tend toujours à reparaître, de même que la goutte, et que son traitement doit être prolongé. A cet effet, il faut que les malades fassent un usage presque habituel des eaux de Vichy, en se reposant de temps en temps, sans avoir à craindre que cet usage, prolongé avec modération, puisse jamais être nuisible à la santé. Et cela est si vrai, que, « dans les fabriques, dit Darcet, où l'on extrait du sel de soude de la soucie brute, il y a des ouvriers qui passent leur vie à piler, tamiser, et embariller le sel de soude, de telle sorte que les parois des murs et les vêtements des ouvriers en sont tout couverts. Ces ouvriers passent dix heures par jour dans ces ateliers, sans prendre aucune précaution ; ils doivent, par conséquent, y respirer et avaler une grande quantité de sel de soude; or, ceux qui y travaillent depuis six ou sept ans, ayant été interrogés, ont déclaré qu'ils n'y éprouvaient aucune incommodité ; qu'ils y avaient seulement plus tôt faim, et plus grand'faim que dans les autres ateliers de la fabrique ; qu'ils étaient, en général, plutôt constipés que relâchés. J'ai,

en outre, dit également Darcet, constaté que l'urine de ces ouvriers était rarement acide, et presque toujours fortement alcaline. »

Il ne suffit pas, malgré tout cela, de faire seulement usage des eaux de Yichy pour se croire à l'abri de la gravelle urique ; il y a encore d'autres précautions à prendre : il faudra nécessairement diminuer la formation de l'acide urique par l'abstinence, ou ,tout au moins par la diminution des aliments trop animalisés, se priver de boissons acides ou spiritueuscs , et se contenter d'une alimentation pour ainsi dire végétale, ainsi que de l'usage habituel d'une grande quantité de boissons aqueuses.

Si maintenant nous voulions examiner ici les conditions qui président à la formation de la gravelle, il nous serait impossible, après avoir compulsé tous les auteurs, de trouver d'autres causes, d'autres motifs à cette maladie, que ceux que nous avons exposés au sujet de la goutte : il n'y aurait sous ce rapport rien à ajouter ni à retrancher ; ce qui démontre de la manière la plus évidente que le traitement de cette affection doit être aussi celui de la goutte, puisque les causes prédisposantes et déterminantes sont absolument les mêmes, qu'elles se transmettent par l'hérédité, et marchent toujours ensemble, comme un seul et même état morbide, et cela est si vrai, que la goutte précède quelquefois la gravelle, que d'autres fois, c'est la gravelle

qui commence, et qu'enfin les concrétions engendrées par la néphrite ou la diathèse goutteuse ont une composition chimique identique.

Or, comme il a été démontré dans tous les temps, physiologiquement et chimiquement, de la manière, par conséquent, la plus positive, que les eaux alcalines de Vichy agissaient avec la plus grande efficacité contre la gravelle, nous sommes fondé à admettre que cette vertu sera tout aussi puissante pour la goutte. Les faits que j'ai observés confirment d'ailleurs pleinement cette assertion.

Je dois dire ici, dans l'intérêt des malades, comme aussi dans l'intérêt des eaux de Vichy, en m'appuyant d'ailleurs sur des faits démontrés par la science, que les diverses eaux minérales possèdent des propriétés curatives bien différentes, suivant qu'elles sont neutres, acides ou alcalines. Les eaux neutres, comme celles de Contrexeville et tant d'autres, réputées pour la guérison de la gravelle et de la pierre, n'agissent que par la quantité d'eau que les malades boivent; elles entraînent les graviers bien plus qu'elles ne les fondent, comme pourraient le faire d'ailleurs les premières eaux venues, si on les prenait dans les mêmes proportions ; tandis que les sources alcalines, comme celles de Vichy, ou acides, comme celles de Seltz, agissent par leur nature chimique spéciale, c'est-à-dire en dissolvant et en entraînant tout à la fois, ce

qui leur donne une puissance double et une vertu réellement curative ; et si les graviers rendus par les malades sont moins nombreux à Vichy, c'est qu'ils sortent en état de dissolution invisible dans les urines.

La gravelle urique, bien entendu, n'aurait peut-être jamais lieu, si l'on pouvait, sans inconvénient pour la santé, entretenir nos humeurs dans un état permanent d'alcalinité.

Je dois également prévenir les malades que les eaux à base alcaline seraient plus nuisibles qu'utiles ; qu'au lieu de diminuer la maladie, elles ne pourraient, au contraire, que l'aggraver, si, avant d'en commencer l'emploi, ils ne faisaient analyser par leur médecin les divers produits expulsés par les urines, afin que celui-ci puisse s'assurer de la nature des dépôts graveleux. De cette manière, ils pourront attendre sans crainte et sans danger le résultat salutaire de la puissance médicale des eaux.

Les individus qui ont été opérés de la pierre et qui viennent à Vichy pour consolider leur guérison ou rétablir les fonctions de la vessie, altérées par le séjour de la pierre ou par les fatigues de l'opération, doivent apporter aussi des fragments de leurs calculs pour les soumettre à l'analyse.

11 serait facile de trouver à l'appui de cette sage recommandation un grand nombre d'observations ; une seule suffira pour démontrer,

je pense, toute la gravité de la question. M. R*** rendait tous les jours, par suite de l'usage des eaux de Vichy, des quantités plus ou moins considérables d'un sédiment blanc, granuleux, d'autant plus abondant qu'il buvait davantage . Après avoir fait l'analyse de ce dépôt, je reconnus qu'il était formé de chaux. Ce malade, avant d'entrer à l'hôpital, avait déjà fait un traitement d'un mois à Vichy. Ce phénomène, tout à fait surprenant pour lui, qui voyait les produits des autres se dissoudre par l'eau alcaline, frappa son attention. Le médecin qu'il avait consulté avant d'entrer à l'hôpital l'avait rassuré, en lui disant que pareille chose se présentait souvent à Vichy, et que, d'ailleurs, c'était un bon signe, puisque ces eaux avaient la propriété d'expulser les graviers des reins et de la vessie. Ce résultat, loin d'être salutaire, était, au contraire, trèsfâcheux, vu que les alcalis, en saturant les acides, ont tous la propriété de précipiter ce sel terreux, qui n'existe en dissolution dans les urines qu'à la faveur des acides libres qu'elles renferment naturellement. D'ailleurs, la preuve que le précipité était bien le résultat de l'action alcaline, c'est qu'il cessait de paraître dès que M. R*** suspendait son traitement. Il me fut aisé, en outre, de reproduire plusieurs fois ce précipité, en versant directement de l'eau minérale de Vichy dans les urines du malade, lorsque la veille il avait cessé de faire usage d'eau

alcaline. Cette personne, comme on le pense bien, suspendit immédiatement le traitement, les eaux ne pouvant que lui être funestes et donner lieu peut-être avec le temps à un calcul vésical de nature phosphatique.

De pareils exemples sont fréquents à Vichy; il me suffira de les avoir signalés pour éveiller l'attention des malades.

Dans une notice sur les eaux de Vichy, sans nom d'auteur, on a avancé que ces eaux ne pouvaient avoir aucun effet contraire dans le cas de gravelle blanche, assertion que je ne puis laisser passer sous silence, car elle est en opposition avec toutes les lois chimiques et tendrait à détruire ce que j'ai avancé. Il est vrai de dire aussi que l'auteur nie l'existence de la gravelle blanche, prenant sa source dans les reins comme la gravelle rouge.

Or, comme le catarrhe vésical, avec ses produits muqueux, boueux et calcaires, présente aussi des traces de gravelle blanche, c'est précisément cette dernière maladie que l'auteur a admis comme constituant tout simplement la gravelle blanche ou phosphatique à base de chaux. C'est ainsi qu'en décrivant les dépôts phosphatiques, il dit : « On est convenu d'appeler gravelle blanche phosphatique les maladies des voies urinaires dans lesquelles les urines boueuses, fétides, décolorées, laissent déposer une plus ou moins grande quantité de phosphate

de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien, sous forme de gravier et de consistance variable. »

Personne ne conteste que ces produits ne résultent évidemment d'une vessie malade d'une affection catarrhale. Sous ce rapport, nous sommes tous d'accord sur l'efficacité des eaux de Vichy, ainsi que nous allons le voir dans le catarrhe vésical.

Mais, puisque l'auteur de cette notice nie (p. 49) que la gravelle phosphatique soit une gravelle, par cela seul qu'elle ne dépend pas, comme la gravelle urique, d'une disposition générale venant des reins, mais bien de la vessie proprement dite, notre opinion sur les eaux de Vichy, à l'égard de la gravelle blanche, conserve toute sa valeur, et l'auteur, nous en sommes certain, serait de notre avis sur la réaction fâcheuse que nous attribuons aux eaux alcalines dans la gravelle blanche, si, comme nous l'avons démontré plus haut par l'observation de M. R***3 à laquelle nous pourrions ajouter une foule d'autres, cet auteur, dis-je, voulait bien reconnaître l'existence de la gravelle blanche dépendante d'une disposition phosphatique provenant des reins, et ne pas se borner à admettre, comme source de cette nature de gravelle, le catarrhe vésical seul, ce qui constitue deux maladies essentiellement différentes.

A ce propos, nous ajouterons qu'avec la gra-

velle blanche, affection que l'on rencontre de préférence chez les personnes qui font usage de farineux, on trouve souvent de l'acide urique dans le même dépôt : dans ce cas, il faudra que le malade prenne pendant plusieurs jours les eaux de Vichy, et consacre le reste de la saison à l'usage des eaux acides. On emploie avec avantage, dans cette espèce de gravelle, l'acide nitrique ou chlorhydrique, sous forme de limonade, en se privant de certains légumes qui renferment beaucoup de phosphates calcaires, tels que la pomme de terre et les navets. J'ai pensé qu'il était utile de donner ici la composition des divers sédiments ou dépôts qui sont rendus avec les urines. Le rang qu'ils occupent sur la liste indiquera aussi leur fréquence dans la nature.

1° Acide urique.

2° Urate d'ammoniaque.

3° Phosphate de chaux.

4° Phosphate de magnésie.

5° Phosphate ammoniaco-magnésien.

6° Oxalate de chaux.

7° Oxyde cyslique ou cysline.

La proportion dans la nature des produits graveleux est de 95 sur 100, pour l'acide urique pur ou uni à une petite quantité de chaux ou d'ammoniaque, ce qui est rare. D'après le tableau qui précède, nous voyons que l'eau de Yichy doit être favorable aux deux premiers et

au dernier de ces produits ; mais que, pour les autres, il y aurait danger à en conseiller l'usage, parce que les phosphates ou oxalates de chaux, solubles dans un liquide acide, comme l'urine normale, sont insolubles et se précipitent dans un liquide alcalin à hase de soude comme les eaux de Vichy, tandis que c'est le contraire pour l'acide urique, l'urate d'ammoniaque et l'oxyde cystique, produits qui sont tous solubles dans un milieu alcalin. La réaction alcaline doit exister dans l'urine des graveleux durant la cure, car l'acide urique et les urates sont d'autant plus solubles, qu'ils se trouvent en présence d'un excès de soude, qui les entraîne au dehors en dissolution dans les urines et la transpiration.

Quelques personnes m'ont souvent demandé l'explication d'une pellicule reflétant les couleurs de l'iris, qui se forme à la surface de l'urine pendant qu'on fait usage des eaux alcalines. Cette pellicule, dont on se préoccupe quelquefois, est produite par du phosphate ammoniacomagnésien, qui n'étant soluble qu'à la faveur, comme je le disais plus haut, des acides libres de l'urine, se forme dès que cette sécrétion commence à devenir alcalescentc et se précipite plus tard au fond du vase, sous forme d'un dépôt blanc jaunâtre. Il est convenable de prendre, à l'égard de la gravellc, les mêmes soins hygiéniques que pour la goutte, à cause de l'affinité réelle qui existe dans les causes et la nature des

deux aflections. C'était aussi l'opinion de Scudamaure, qui dit que les goutteux, sans exception, sont, à une époque quelconque, atteints de la gravelle. Cette proportion est, en effet, de 99 sur 100.

Le résultat numérique de mes observations, relativement à cette affection, démontre que sur cent malades, cinquante-cinq sont guéris, quarante améliorés, et cinq seulement restent sans résultat appréciable.

Calculs urinaîres.

Tout ce qui vient d'être dit au sujet de la gravelle, sous le rapport des causes, du traitement ou des soins hygiéniques à prendre, pendant comme après la cure, s'applique également aux affections calculeuses ; mais avec cette différence, toutefois, que la gravelle, qui est un produit solide plus ou moins divisé, doit être plus facile à dissoudre que les calculs urinaires, dont les molécules sont plus nombreuses et fortement soudées entre elles par une matière animale ou mucus.

L'analyse chimique doit également indiquer aux malades s'ils peuvent ou non faire usage avec fruit des eaux minérales de Vichy. A cela je dois cependant ajouter que, quelle que soit la nature des calculs, s'ils sont volumineux, on ne doit espérer ni dissolution, ni désagrégation ra-

dicale, et qu'il faudra, sans plus tarder, avoir recours à l'opération de la taille ou de la lithotritie, comme le moyen le plus sûr de guérison, et ne pas attendre des résultats qui ne pourraient être que chimériques. Toutefois, la théorie, ainsi que les expériences que j'ai faites, me permettent de conclure que si, comme dans la gravclle, des calculs d'un très-petit volume et de nature urique existaient dans la vessie, il y aurait peut-être possibilité d'obtenir par les eaux alcalines une dissolution ou une désagrégation entière, après avoir fluidifié préalablement le mucus qui sert de lien aux molécules salines ; car les urines dans la vessie doivent être considérées comme étrangères, pour ainsi dire, à l'organe qui les contient, ou comme un liquide qui viendrait du dehors.

Voici, dans tous les cas, les conclusions de deux rapports faits à l'Académie de médecine sur cette question, par M. Bérard, d'après l'invitation du ministre du commerce, à la date du 9 avril 1839, t. III du Bulletin de l'Académie.

Dans ces conclusions générales, il est dit : « Des faits, des expériences, des raisonnements exposés dans ce rapport, nous tirons les conclusions suivantes :

« 1° Les concrétions urinaires sont attaquées par l'urine, lorsque celle-ci est devenue alcaline par suite de l'usage des eaux thermales de Vichy, prises en bains et en boisson.

« 2° Il n'est pas prouvé que des concrétions urinaires d'un volume assez considérable pour constituer de véritables calculs aient été entièrement guéries par ces eaux.

« 3° Cette guérison n'est nullement impossible, elle offre même de grandes probabilités.

« 4° La question ne peut être jugée que par expérimentation.

& 5° L'expérimentation ne paraît pas offrir de dangers. s>

M. 0. Henry, chargé ensuite d'analyser les calculs pour éclairer la Commission, ajoute :

« 1° Que l'eau minérale naturelle de Vichy, ainsi, probablement, que toutes les eaux alcalines gazeuses, agit d'une manière non douteuse sur les calculs des voies urinaires.

« 2° Que les effets de l'eau minérale sur ces calculs consistent, non-seulement dans la dissolution de plusieurs principes de ces concrétions, mais encore dans la désagrégation de leurs ingrédients : d'où résulte, d'une part, la diminution du volume de ces calculs, diminution qui peut amener leur expulsion naturelle hors de la vessie par les urines ; de l'autre, leur division naturelle, qui conduit aux mêmes résultats ; ou enfin leur plus grande friabilité, qui favorise singulièrement les efforts mécaniques de la lithotritie pour les réduire en poudre.

« 3° Que les calculs mis directement en contact avec l'eau de Vichy, et les fragments rendus

naturellement par des calculeux soumis à une certaine médication par cette eau minérale, offrent des traces évidentes de l'action dissolvante ou désagrégeante de ce liquide, soit dans leur diminution en poids, soit dans les nouvelles formes qu'ils présentent. »

Mais il est, ce me semble, une remarque fort importante à faire au sujet de ces deux rapports : c'est qu'on n'a pas spécifié par l'analyse la nature chimique des calculs mis en expérimentation, ce qui était cependant indispensable, attendu que pour les uns on aurait pu apprécier la propriété dissolvante des eaux, et pour les autres, les phosphates ou oxalates, leurs forces désagrégeantes, puisque la dissolution de ces derniers produits est impossible avec des eaux alcalines. Quoi qu'il en soit de celte omission, le lecteur comprendra, d'après ce que j'ai dit plus haut, que s'il y a des avantages à obtenir par la simple action désagrégeante des eaux alcalines, à l'égard des produits salins insolubles, il y a aussi de graves inconvénients à redouter, à cause de la précipitation des phosphates par la saturation des acides naturels des urines par les eaux de Vichy ; ce à quoi la Commission de l'Académie n'a pas fait attention en expérimentant en dehors du liquide urinaire, comme elle l'a fait, ce qui n'est pas la même chose que d'expérimenter directement dans l'eau des sources ; avec d'autant plus de raison

que les urines des personnes calculeuses indiquent déjà qu'elles tiennent en dissolution les éléments salins du genre des calculs, et que, s'ils sont de nature phosphatique, un précipité de ce genre doit se former en môme temps que la désagrégation des pierres. Cet inconvénient, il est vrai, ne serait pas à craindre si le calcul était d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque. Ces réflexions se rattachent naturellement à ce que je disais, au commencement de ce chapitre, sur l'action peu favorable des eaux alcalines à l'égard des calculs urinaires dénature phosphatique ou oxalique, lesquels ont presque toujours pour origine centrale un calcul d'acide urique.

Les calculs vésicaux que l'on trouve chez l'homme se présentent dans l'ordre suivant. Le lecteur jugera, s'il est malade, se rapportant à ce que j'ai dit au sujet de la gravelle, dans quelle catégorie il doit être placé, et, par conséquent, quels sont les résultats qu'il doit attendre des eaux alcalines.

Sur deux cent cinq calculs que M. Chevalier a analysés, il en a trouvé :

173 d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque; 14 de phosphate de chaux; 11 de phosphate ammoniaco-magnésien; 3 d'oxalale de chaux ; 3 d'acide urique et de phosphate; 1 d'acide urique, de phosphate et d'oxalale de chaux.

Le docteur Leroy d'Etfoles rapporte égale-

ment que sur deux cent cinquante-deux grosses pierres, qui composent la collection laissée par son père et la sienne, cent cinquante-six sont composées en totalité ou en partie d'acide urique, et sur deux cent trente-huit cas de gravelle ou pierre, deux cent un présentent le même acide.

Il faudra, règle générale, et quelle que soit la nature des produits vésicaux, éviter que l'urine ne séjourne longtemps dans la vessie, par cette raison que plus un liquide sécrété demeure dans un organe, et plus sa densité augmente, attendu que les parties aqueuses y sont résorbées ou volatilisées, et que les parties salines étant plus rapprochées se précipitent rapidement. Les rapports numériques concernant l'affection calculeuso chez l'homme et la femme sont pour cette dernière dans les proportions de 1 à 24.

Catarrhe vésical.

Le catarrhe vésical, ou cystite muqueuse, est ordinairement le résultat d'une inflammation aiguë de la membrane muqueuse de la vessie, passée à l'état chronique. Cette maladie est caractérisée par la présence dans les urines d'un mucus plus ou moins épais, boueux, fétide, collant au fond du vase, renfermant des sels phosphatiques à base de chaux et d'ammoniaque, donnant à l'urine une réaction alcaline. D'autres fois, ce mucus se présente sans indication pré-

cise d'aucun phénomène inflammatoire, déterminé seulement par un trouble ou une modification vitale des glandes muqueuses de la vessie.

Causes. — Les causes qui peuvent donner lieu au catarrhe vésical sont très-nombreuses : les unes sont appréciables, et les autres ne le sont pas. Dans la première catégorie on doit placer, en première ligne, la présence dans la vessie d'un corps étranger, d'une pierre ou d'une sonde restée trop longtemps à demeure ; tout calcul, de quelque nature qu'il soit, détermine par sa présence dans la vessie l'inflammation de cet organe et une sécrétion consécutive de muco-pus, qui décompose promptement l'urée et donne à l'urine une odeur ammoniacale et un trouble crayeux, formé par la précipitation des phosphates calcaires, qui se déposent par couches et augmentent d'une manière permanente le volume du calcul . L'inflammation aiguë des reins, de la vessie, de la prostate ou du canal de l'urètre ; des injections plus ou moins irritantes ; l'atonie ou la paralysie complète ou incomplète de la vessie ; les obstacles ou rétrécissements du canal, l'engorgement de la prostate ou du col de la vessie, le séjour trop prolongé de l'urine, sont autant de causes qui peuvent consécutivement donner lieu au catarrhe vésical. Il en existe d'autres qui se rattachent à la profession, celles, par exemple, qui exigent une attitude assise prolongée.

Cette maladie peut également se déclarer par suite du déplacement d'une affection dartreuse, goutteuse ou rhumatismale ; d'une nourriture composée exclusivement de substances animales ou de liqueurs fortes ; sous l'influence d'un séjour prolongé dans des lieux froids et humides, comme l'Angleterre et la Hollande. Il est d'observation que l'on rencontre plus de maladies des organes urinaires dans les contrées froides et humides, et plus de maladies cutanées dans les régions tropicales. La suppression d'un exutoire, de la transpiration habituelle, celle des pieds en particulier, de même qu'une boisson glacée, prise au moment où le corps est en sueur ; l'abus des diurétiques, les excès dans les rapports sexuels, favorisent également le catarrhe vésical.

Cette maladie paraît susceptible de se développer également sous l'influence d'un état nerveux du canal, du col, de la vessie, ou des tuniques de cet organe. Choppart et Dupuytren ont remarqué que si un malade, guéri, par exemple, d'un catarrhe vésical, vient à être affecté d'une angine, d'une bronchite ou d'une pneumonie, il ne se passe rien du côté de la vessie, disent ces auteurs, tant que l'inflammation accidentelle de ces parties éloignées parcourt ses périodes ; mais lorsque cette maladie tend à se terminer, la sécrétion muqueuse de la vessie devient plus abondante. On l'a vue sur-

venir aussi après un rhume, sans préexistence d'affection vésicale.

Tous les âges peuvent être affectés de cette maladie, mais elle se développe plus particulièrement chez les vieillards ; c'est une des infirmités qui viennent affliger très-souvent les dernières années de leur existence. Les hommes y sont plus sujets que lés femmes ; chez celles-ci, les accouchements laborieux, lespertes blanches, où l'époque critique, sont ordinairement les causes déterminantes de cette affection.

Lorsque le catarrhe a duré plusieurs années, on trouve ordinairement la vessie rétractée sur elle-même, d'une capacité moindre, et sa membrane muqueuse considérablement épaissie et ridée. Dans l'intervalle des replis, on trouve des cellules plus ou moins profondes, logeant parfois des dépôts calcaires. Si l'on exprime ces brides muqueuses, on en retire un mucus semblable à celui qui se trouve dans les urines. C'est là, dit Choppart, un engorgement des tuniques de ce viscère.

Dans cette affection, la prostate est souvent le siège d'un engorgement plus ou moins considérable , accompagné parfois d'abcès consécutifs.

L'état catarrhal des urines varie depuis le trouble lactescent ou nuageux, jusqu'à l'état glaireux, épais et collant. Cette matière, par le refroidissement, tombe au fond du vase pour

s'y attacher, tandis que la partie liquide, ordinairement décolorée, vient à la surface.

Traitement. — Avant de parler du traitement par les eaux de Vichy, il est utile, je pense, de jeter un coup d'œil sur les moyens généralement employés pour combattre cette affection. Un grand nombre de remèdes ont été préconisés ;la plupart sont abandonnés aujourd'hui: les seuls, jusqu'à présent, qui aient conservé quelque crédit, sont : les résineux, la térébenthine, le baume decopahu, les bourgeons de peuplier et l'acide benzoïque. Sans doute les résineux, qui ont la propriété de modifier l'urine, de ralentir sa décomposition, et de lui communiquer une odeur alcoolique agréable, ont rendu quelques services, mais il faut dire aussi que leur emploi n'a pas toujours été sans inconvénient, et que beaucoup de malades, en outre, ne peuvent pas les supporter. Après les résineux, les caustiques ont été mis en usage par le professeur Lallemand, à l'aide du nitrate d'argent en dissolution, comme cautérisants directs. Mais M. Civiale ajoute qu'il faut être très-réservé dans l'emploi des injections de ce genre, dans le cas où il existe des cellules vésicales , ou bien encore dans le cas où, le catarrhe n'étant que partiel, la partie malade n'occupe pas le bas-fond. Dans le premier cas, dit cet auteur, les injections pourraient être très-nuisibles, et, dans le second, leur effet serait à peu près nul.

D'après cet exposé, nous voyons que des accidents graves peuvent résulter des meilleures méthodes de traitement ; ce qui indique que ce n'est qu'avec la plus grande réserve qu'il faut en faire usage. Mais comme tous ces inconvénients n'existent pas dans le traitement par les eaux de Vichy, cette médication, qui offre de nombreux exemples de guérison, doit naturellement trouver sa place ici.

Dans la plupart des maladies, l'état des urines servant de moyen d'appréciation pour doser les quantités d'eaux minérales nécessaires à chaque malade, et leur alcalinité étant la limite à laquelle on doit s'arrêter, nous devons dire ici que le catarrhe vésical ne se prête pas à ce mode d'appréciation, attendu que chez ces malades les urines sont généralement alcalines; plusieurs causes provoquent, du reste, cette réaction : ce sont celles que nous avons indiquées comme donnant lieu au catarrhe vésical. Dans toutes ces circonstances, avons-nous dit aussi, l'urine se décompose et donne naissance à du carbonate d'ammoniaque^ qui communique à ce liquide une réaction alcaline.

Mode d'action. — Les eaux de Vichy, dont l'action thérapeutique à cet égard a été à peine mentionnée par les auteurs qui ont le plus écrit sur ces thermes, méritent cependant de fixer l'attention des médecins, et exigent par conséquent des développements plus étendus que

ceux dans lesquels nous sommes entré pour la plupart des maladies précédentes. Cette opinion est basée ici sur la guérison de cas nombreux, qui avaient résisté jusque-là à la plupart des remèdes préconisés dans cette affection. On peut employer ces eaux sous toutes les formes : en bains, en boisson, en lavements et en injections. Quant à ce dernier mode, on doit y recourir avec circonspection.

Relativement à leur mode d'agir, il est incontestable qu'elles jouissent de la propriété de modifier l'état organique et vital de la vessie, ainsi que je l'ai dit à l'occasion de leurs effets sur les organes membraneux ; de faire disparaître ou de diminuer l'abondance et la consistance de la matière glaireuse et visqueuse vésicale en la fluidifiant, comme aussi d'augmenter et de changer la nature des urines, circonstances qui viennent s'ajouter à l'effet direct de l'eau minérale sur cet organe pour combattre avec plus d'efficacité encore l'état catarrhal, car il ne faut pas perdre de vue que la vessie est soumise à Faction de l'urine, comme si c'était un liquide venu du dehors.

Les eaux rendent en même temps de grands services à ces malades, en rétablissant les fonctions digestives et les forces physiques, généralement affaiblies dans le catarrhe vésical, par suite de la tristesse morale qu'inspire en particulier cette affection, et des souffrances orga-

niques que la vessie fait éprouver sympathiquement aux autres parties du corps.

Mais avant de commencer le traitement, la première condition à remplir, c'est de détruire la cause ouïes causes qui ont pu donner lieu au catarrhe. Il faudra, par conséquent, expulser les calculs, détruire les obstacles du canal, rappeler les dartres, la goutte ou le rhumatisme, sur les points où la maladie siégeait précédemment.

D'autre part, il est à considérer que les dispositions anatomiques de la prostate, son engorgement fréquent, ainsi que l'état névralgique du col de la vessie, sont autant de causes qui rendent difficile la guérison du catarrhe, et souvent même s'y opposent, soit par une action mécanique, soit par suite de l'extrême irritabilité nerveuse du col, dont la dilatation, toujours difficile en pareil cas, ne se trouve plus en rapport d'action avec les mouvements expulsifs de la vessie : de telle sorte que les efforts de cet organe se trouvent alors constamment paralysés par la résistance douloureuse du sphincter de cet organe, connue sous le nom de spasme ou de ténesme vésical.

D'après ces considérations, il est évident que toutes les cystites muqueuses ne pourront pas être guéries par les eaux de Yichy. J'en ai vu plusieurs dans ce cas ; mais je dois ajouter, avec la même sincérité, que les affections catarrhalos de la vessie éprouvent, en général, de grandes

améliorations sous l'influence de ce traitement. On compte même des guérisons vraiment remarquables, dont je crois utile de donner ici un aperçu, bien que ce livre ne soit pas destiné à former un recueil d'observations. A cet égard, je citerai d'abord, comme le fait le plus remarquable de guérison, l'bistoire de M. A***, atteint d'un catarrhe muco-purulent depuis quatre ans, à la suite d'un coup reçu sur la région du bas-ventre. Au bout de huit jours de traitement, pendant la deuxième saison de 1847, le malade vit ses urines revenir à leur état normal, après avoir essayé inutilement, pendant trois ans et demi, tous les moyens employés en pareil cas, tels que : injections de toute nature, même avec le nitrate d'argent, à l'hôpital de Montpellier, sous la direction du docteur Serre. Ce catarrhe avait résisté aussi à l'action des eaux thermales de Baréges et de Bourbon-l'Archambault, prises sur les lieux en 1846 et 1847.

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