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BOISSONS ALIMENTAIRES

L'eau pure est certainement la plus saine comme la plus salutaire de toutes les boissons ; c'est le meilleur et le plus actif de tous les dissolvants connus ; aucune boisson ne facilite autant les digestions, ne donne au chyme et au chyle la consistance, la douceur et la légèreté qui conviennent à leur absorption dans les vaisseaux chylifères. Elle remplace, en outre, avec le plus grand avantage, la partie séreuse du sang qui s'échappe continuellement par les nombreux pores de la peau, surtout pendant l'été. L'homme, d'ailleurs, qui ne boit que de l'eau, a

toujours le teint frais, l'haleine douce, l'esprit plus libre, le caractère plus facile, plus égal et la santé mieux affermie. On voit par là qu'aucune boisson ne peut remplacer l'eau et venir aussi bien qu'elle au secours de nos organes et de nos fonctions.

L'eau douce que l'on trouve dans les puits de Vichy possède, outre les sels ordinaires des eaux potables, des propriétés alcalines plus ou moins prononcées, que les pluies augmentent par le lessivage des terres environnantes. Cette propriété n'est nullement malfaisante, elle soutient au contraire l'action plus sérieuse des sources minérales. Une eau douce d'excellente qualité, celle de l'Allier, va être mise à la disposition des habitants, grâce à la munificence impériale.

L'eau de la source des Célestins convient trèsbien aux malades qui désirent faire usage d'eau minérale à leurs repas ; il faut seulement qu'elle soit prise pure ou coupée avec l'eau douce, si l'on a l'intention de continuer ainsi le traitement curatif général, mais jamais avec du vin; car. dans ce cas, l'eau minérale ne pourra agir qu'en favorisant uniquement les digestions, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Une simple énumération des éléments que le vin renferme fera mieux ressortir, je pense, la justesse de cette observation.

Le vin se compose d'alcool, de sucre, d'acide

acétique ou de vinaigre et de plusieurs sels, tels que les tartrates acides de potasse et de chaux, ainsi que d'une matière colorante.

On voit évidemment, d'après l'énumérationde tous ces principes constituants du vin, que ce mélange ne peut qu'être nuisible à l'action médicinale des sources, avec prédominance alcaline, et par conséquent au bienfait de la cure. Toutes les boissons fermentées en général, mélangées avant ou pendant qu'elles sont dans l'estomac et qu'elles cheminent à travers la circulation veineuse, pour aller jusqu'au foie, se combinent, décomposent et neutralisent le principe alcalin des eaux, et forment avec lui des sels neutres, d'où découlent des propriétés étrangères, et enfin des résultats nuls ou différents de ceux qu'on espérait obtenir. Quelques chimistes ont écrit que tous les acides organiques était détruits ou brûlés par l' oxygénaton pulmonaire et transformés en carbonates, ce qui a fait dire à quelques médecins qu'on pouvait, par conséquent, et sans inconvénient, prendre des acides en buvant les eaux alcalines. Sans vouloir contester ici cette combustion, on ne peut cependant se refuser à admettre, ainsi que nous l'avons vu en parlant des maladies du foie, que cette décomposition neutralisante, par le mélange hétérogène des acides avec les alcalis, détruit l'efficacité spéciale des eaux de Vichy, à l'égard d'une grande partie de nos or-

ganes, durant le long trajet qu'elle a à parcourir, à l'abri de toute décomposition étrangère à l'organisme, avant d'arriver jusqu'aux poumons, région enfin où ces acides, combinés avec la soude des eaux, doivent, dit-on, passer de nouveau à l'état de carbonates alcalins; mais alors pourquoi détruire volontairement ceux qui se trouvent tout naturellement et très-utilement placés dans les eaux?

Ces phénomènes de décomposition sont d'ailleurs si rapides et si évidents pour tout le monde, que les malades les voient tous les jours s'opérer sous leurs yeux, toutes les fois qu'ils mélangent les eaux de Vichy avec du vin ou d'autres boissons acides, car les carbonates de soude se laissent décomposer par des acides très-faibles partout où ces agents se rencontrent, et ce qui prouve que ces acides ne sont pas dénaturés dans l'économie et qu'ils peuvent retenir fâcheusement dans cet état les sels de Yichy, jusqu'à ce qu'ils soient éliminés du corps, comme le sont toutes les substances non assimilables, le bicarbonate lui-même, c'est que les chimistes Reil et Woehler, Chevreul et Morichini, dans leurs expériences sur les urines, ont parfaitement retrouvé les acides oxalique, citrique, gallique, tartrique et autres acides végétaux, les plus combustibles de tout les acides organiques, sans altération aucune dans les urines, et sous la même forme qu'avant leur en-

trée dans l'économie. D'après les expériences récentes faites par M. le professeur Burhheim de Dorpat, insérées dans l'Union médicale du 14 octobre 1858, ce chimiste nous dit que nonseulement on retrouve tous ces acides dans l'urine lorsqu'ils ont été introduits dans l'estomac à l'état de liberté, mais encore lorsqu'ils sont combinés à la soude ou à la potasse.

Or, vouloir admettre, malgré la preuve matérielle des faits, qu'un semblable mélange ne puisse être nuisible à la nature spéciale des eaux, il faut vraiment toute la mauvaise volonté d'une opposition systématique pour ne pas accepter ces distinctions ; c'est vouloir, en un mot, se tromper soi-même et nier l'évidence. Mais il y a des gens, il faut le dire, qui éprouvent un plaisir tout particulier à nier et à combattre par obstination ce que le sens commun admet, et dont l'aveu est pour eux chose impossible.

Si les malades, soit par habitude, soit par raison de santé, sont dans l'usage de boire du vin aux repas, cette boisson sera continuée pendant la cure, afin de ne rien déranger aux convenances habituelles de leurs digestions. Les vins de Bourgogne, et surtout de Bordeaux, doivent être préférés, comme étant plus légers et moins acides que les vins ordinaires du pays. Je recommande en particulier le vin de Bordeaux, comme étant très-utile aux malades atteints d'affections gastriques ou intestinales et le plus cou-

venablo, en outre, pour seconder l'action des organes digestifs.

Après avoir passé en revue, ainsi que nous venons de le faire, les qualités utiles ou nuisibles des aliments et des boissons, il est encore une autre recommandation relative à la connaissance des substances qui, indépendamment de leur nature, conviennent plus particulièrement à chaque individu. L'expérience sous ce rapport peut mieux faire connaître aux personnes la règle d'après laquelle elles doivent se guider.

L'alimentation la plus convenable, du reste, est celle qui se compose d'une partie de principes azotés, viandes, et de trois de substances végétales. Il faut ainsi, comme règle générale d'hygiène, prendre pour nourriture l'aliment qui se digère le plus vite et le plus complètement, sans s'inquiéter de sa nature. Les aliments viandes sont ceux qui donnent la force, et les végétaux ce qui donnent la chaleur. La sobriété, toutes choses égales d'ailleurs, est la condition indispensable pour rendre les eaux efficaces; mais comme la quantité d'aliments est relative à chaque personne, il est impossible de poser d'avance des règles précises à cet égard ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'en général les malades mangent beaucoup trop, et qu'ils ébranlent chaque fois, par leurs excès, les ressorts de leur constitution et détruisent immédiatement les effets des eaux, ce qui fait qu'un grand nombre

retombent, ou restent constamment malades, ou bien ne retire qu'un faible avantage du traitement. Il n'en serait pas ainsi, j'en suis certain, si chaque malade savait s'arrêter lorsque l'appétit ne se fait plus sentir. Deux repas suffisent, et encore faut-il qu'ils soient légers. L'estomac, d'ailleurs, ne peut être livré à l'action de deux causes de nature aie fatiguer ; cet organe ayant besoin de toutes ces forces pour soutenir l' effet des eaux et permettre leur passage dans le sang. Il est à remarquer également que lorsqu'une personne, dans l'état de santé, prend une quantité d'aliments plus forte que celle qui lui est nécessaire pour vivre, l'excédant de cette nourriture se dépose d'une manière nuisible dans toutes les parties du corps, sous forme de chair et de graisse.

Il ne faut, dans aucun cas, user d'une trop grande variété de mets à chaque repas ; on ne doit faire usage que des plus simples : soutenir doucement l'organisme sans le surexciter, et réparer seulement les parties évacuées par les excrétions ; c'est là d'ailleurs une des conditions les plus favorables à la santé.

ce Lorsque je vois, disait Adisson, ces tables modernes couvertes de toutes les richesses des quatre parties du monde, je m'imagine voir la goutte, l'hydropisic, la fièvre, la léthargie et la plupart des autres maladies cachées en embuscade sous chaque plat. »

En résumé, nous devons prévenir les personnes que toute maladie exige un régime particulier, fondé sur la nature du mal et le degré de l'affection, soit aiguë, soit chronique ; à plus forte raison quand on doit appliquer à l'organisme l'action d'un remède aussi puissant et aussi énergique que l'eau minérale de Vichy. Ce régime, il faut le dire, est ici plus utile que partout ailleurs, à cause- de la nature parti culière du remède, qui ne permet pas de faire usage de toute sorte d'aliments.

Toutes ces recommandations , qui ont pour but de conserver précieusement l'alcalinité naturelle des eaux, seraient, sans aucun doute, mieux observées si l'on connaissait toute l'influence qui lui est réservée dans l'accomplissement des fonctions organiques , ainsi que nous l'avons démontré ailleurs, en parlant des propriétés particulières du bicarbonate de soude.

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