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Outre ces produits, M. Henry ajoute qu'il a trouvé l'iode, la lithine et la strontiane ; plus tard, d'autres chimistes, tels que MM. Chevallier, Gobley, Poggiale, Bru et Bouquet, ont signalé la présence de l'arsenic dans toutes les sources de Vichy. Ce dernier a reconnu que l'acide arsénique est d'autant plus abondant, que les eaux sont plus ferrugineuses, et qu'il se concentre en quantité considérable dans les dépôts que l'on remarque autour des sources. La proportion quantitative déterminée par ce chimiste s'élève à 0gr,001 par litre, pour les eaux non ferrugineuses. C'est dans un litre d'eau provenant de la Grande-Grille qu'il a trouvé cette quantité d'arsenic, et 0gr,002 pour celles qui admettent des quantités notables de protoxyde de fer. Ces proportions sont plus considérables dans les dépôts spontanés des sources, ceux qui ont été recueillis aux sources ferrugineuses de Vichy présentent une richesse de 5,08 pour 100 de son poids d'acide arsénique.
M. Grandeau a constaté l'année dernière, à l'aide de l'analyse spectrale, dans les eaux mères très-concentrées de Vichy la présence du cécium et, du rubidium, substances ignorées des médecins et inconnues jusqu'à présent des chimistes.
L'analyse des eaux de Vichy rapportée dans le tableau général prouve qu'elles n'ont pas éprouvé de variation notable depuis un tiers
de siècle, ce qui démontre leur parfaite stabilité de composition chimique.
On a constaté en outre, mais ceci s'applique également à toutes les sources minérales naturelles de Vichy, qu'à l'approche des orages, pendant que l'atmosphère est violemment agitée, les eaux sont plus lourdes, plus pesantes, et plus difficiles à digérer. « Dans les temps d'orage, dit le baron Lucas, il faut les boire avec précaution, car elles sont d'une digestion laborieuse ; elles causent un ballonnementdu ventre, incommode et tellement apparent, qu'on le regarde comme précurseur d'un changement qui doit s'opérer dans l'atmosphère. »
Ce fait, qui a été ohservé dans toutes les eaux gazeuses et dont on n'a pu se rendre jusqu'à présent un compte bien exact, trouve aujourd'hui son explication dans le dégagement plus considérable des gaz et la diminution, par conséquent, de l'air oxygéné et de l'acide carbonique contenus naturellement dans l'eau des sources.
Les expériences récentes de M. Doyère sur la véritable constitution de l'air atmosphérique viennent en outre nous donner la clef de ce changement remarquable dans la digestibilité des eaux. En effet, comme il est prouvé que les sources de Vichy renferment de quarante à cinquante fois leur volume d'air, plus oxygéné que celui de l'atmosphère, et qu'il résulte de ces
mêmes recherches, que plus la pression atmosphérique est grande, plus aussi les proportions d'air dans l'eau sont considérables, je pense, d'après ces faits, que, si les sources de Vichy sont plus agitées à l'approche des orages, cela tient à ce que la pression atmosphérique étant plus faible, ainsi que le démontre le haromètre, une plus grande quantité d'air oxygéné et d'acide carbonique s'échappe dans cet intervalle, ce qui doit nécessairement rendre les eaux plus lourdes et plus difficiles à digérer, en faisant remarquer que les propriétés particulières d'un air plus oxygéné sont de réveiller précisément Faction vitale de nos organes.
• Des propriétés particulières à chaque source.
Certains esprits forts diront, ainsi que je l'ai souvent, entendu répéter : « A quoi bon se donner la peine d'aller boire à une source plutôt qu'à une autre? Toutes n'ont-elles pas les mêmes propriétés? La chimie n'a-t-elle pas reconnu qu'elles renfermaient les mêmes éléments? Sans doute, les chimistes ont bien rencontré quelques petites différences dans les quantités, quelques légères variations dans leur température; mais tout cela est trop minime au fond pour donner lieu à des changements dans leurs propriétés médicinales. » Il est vrai que, si nous ne devions nous en rapporter qu'à l'analyse
chimique, cette opinion pourrait avoir quelque apparence de vérité; mais, malheureusement pour les incrédules, les faits sont là pour démontrer les résultats divers qui, tous les jours, viennent frapper l'attention des malades.
Il est évident que les eaux, chimiquement, n'ont pas entre elles de différences hien tranchées, et cependant nous voyons souvent qu'elles conviennent à telle personne plutôt qu'à telle autre, et qu'il s'étfihlit, sans que nous puissions nous en rendre compte, une sorte d'affinité entre certains tempéraments et certaines sources. Sans doute, personne ne peut nier que, depuis Bayle, l'analyse des eaux minérales n'ait fait d'immenses progrès ; mais il nous est démontré également, par cette même science, qu'on est encore loin de connaître exactement les éléments qui entrent clans la composition des eaux en général. Ainsi, d'une part, les divers modes d'action produits chez les malades ; de l'autre, l'impuissance de la chimie à nous faire connaître la composition exacte des eaux, nous autorisent à penser qu'il existe des variétés d'action qui sont inhérentes à chaque source. Et, sans aller plus loin, nous pourrions nous arrêter à la différence de leur température, qui devrait suffire, ce nous semble, pour nous convaincre de cette vérité ; car de cette modification seule découlent une foule de considérations qu'il est impossible de nier. Ainsi, par exemple,
une température plus élevée indique déjà une profondeur plus grande de la source, par conséquent, des points de contact plus multipliés dans son trajet, des propriétés dissolvantes plus énergiques, et enfin une chaleur qui à elle seule peut déterminer, selon le tempérament, des effets bien différents sur l'appareil digestif.
D'après toutes ces considérations, je pense donc qu'il est utile et sage de s'en tenir à ce que l'expérience nous apprend journellement, et d'écouter la voix de la nature, qui se révèle à nous par les divers effets salutaires ou nuisibles ressentis par les malades eux-mêmes. Voici d'ailleurs quelle était l'opinion des anciens médecins sur les propriétés particulières attribuées aux diverses sources de Vichy ; et cette opinion, que je vais faire connaître en décrivant chaque source, a pour moi, je dois le dire, une grande valeur, attendu qu'elle est basée sur l'observation d'un grand nombre de faits, recueillis, comme le faisaient les anciens, avec la plus minutieuse attention.
Source du grand puits Carré.
Cette source est située au milieu de la galerie nord, à l'extrémité de la grande galerie de communication, à droite en entrant sous le vestibule du grand établissement thermal. C'est elle
qui fournit la plus grande partie de l'eau nécessaire au service des bains.
La source du puits Carré n'est plus fréquentée par les buveurs, à cause de sa disposition peu commode pour y puiser l'eau directement. L'eau de cette source a été employée dans tous les temps contre les maladies des voies digestives, compliquées d'affections pulmonaires; et si la digestion en paraissait quelquefois difficile, on avait soin de la couper avec un tiers de lait. C'est, selon le docteur Desbrest, la plus douce et la moins incendiaire de toutes les fontaines minérales de Vichy.
Les anciens médecins la recommandaient également aux personnes maigres, sèches et nerveuses.
Source du puits Chomel.
Cette fontaine est située vers le milieu de la galerie nord du grand établissement, à droite en arrivant à la porte grillée qui conduit dans la grande galerie de communication, et à 4 mètres environ du puits Carré. Elle est aujourd'hui élevée au niveau du sol à l'aide d'une petite pompe aspirante, dont le mécanisme permet de conserver à l'eau tous ses principes naturels.
Cette source, d'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. François, ingénieur des mines, a une origine commune et se trouve
solidaire avec la source du puits Carré, dont nous venons de parler; c'est pour cela qu'elle est administrée avec un grand succès, en boisson, dans les mêmes affections que la précédente. Je ne puis cependant passer sous silence les propriétés signalées par les anciens médecins, que le temps n'a fait que confirmer. A cet effet, je laisserai parler ici de préférence le médecin dcmt la source porte le nom, à cause de la découverte qui en fut faite en sa présence, pendant que les ouvriers creusaient les fondations du bâtiment neuf, en 1775.
« Je ne rapporterai pas, dit Chomel, les effets merveilleux que les eaux de cette source ont produits ; il suffit de dire que tous ceux qui en ont bu s'en sont bien trouvés, particulièrement ceux qui sont affectés de la poitrine et de l'estomac, et les Anglais qui sont sujets à la maladie de consomption les boivent avec plaisir. Je les ai vus souvent les mélanger avec du lait et^du thé, et s'incliner sur les eaux pour en respirer les parties volatiles. »
Source de la Grande-Grille.
Cette source, ainsi nommée à cause d'une grande grille de fer qui l'entourait encore en 1853, est située à l'extrémité est de la galerie nord du grand établissement, à gauche en en-
trant par l'arcade de la rue Cunin-Gridaine, en face de l'hôtel des bains.
Si nous devons nous en rapporter, ainsi qu'il convient de le faire, aux écrits publiés par les anciens intendants des eaux sur les vertus particulières de cette source, nous dirons qu'elle était réputée alors comme renfermant beaucoup plus de sels que les autres fontaines, et qu'elle possédait à un très-haut degré la propriété de remédier aux vices des premières voies, au dérangement des organes de la digestion, ainsi qu'aux obstructions des viscères abdominaux.
« Cette source, dit le docteur Desbrest, doit être préférée toutes les fois qu'on a besoin d'agir et de remuer plus efficacement la machine, et de mettre ses organes dans le plus grand jeu. »
Elle est employée aujourd'hui avec succès, principalement dans les pesanteurs d'estomac, dans les mauvaises digestions, l'inappétence, les borborygmes ; mais plus particulièrement encore pour cTOsoudre les engorgements du foie et de la rate; dissiper les coliques hépatiques; favoriser l'écoulement de la bile, et faire disparaître par conséquent les traces de la jaunisse.
L'eau de cette fontaine détermine quelquefois de légères purgations. Elle est prise en bains et en boisson, et celle que l'on met en bouteilles peut être transportée dans les diverses contrées
de l'Europe, et se conserver sans altération appréciable.
Source de Mesdames.
Cette source, dont l'écoulement se fait remarquer dans la galerie du grand établissement, à l'extrémité opposée, faisant pendant à la source de la Grande-Grille, présente, d'après l'analyse chimique, une composition analogue à l'eau du puits Lardy; toutes deux sont ferrugineuses, et renferment, d'après M. Bouquet, 12 milligrammes de protoxyde de fer par litre d'eau; son jaillissement a lieu également par suite d'un forage artésien.
Cette eau, d'une température de 16 degrés centigrades et d'un produit de 22,000 litres par jour, a été amenée à Vichy pendant la saison de 1855, au moyen d'un tube en fonte qui protège et conserve dans tout son parcours ses éléments gazeux. Pour obtenir ce résultat, on a placé à l'origine de la source un appareil composé d'une colonne ascensionnelle, terminée par deux cuvettes dont l'ensemble forme, avec la soupape fixée au centre de la vasque qui reçoit l'eau à son jaillissement un joint hydraulique complet, de telle sorte qu'elle est soumise, par ce moyen, à une pression gazeuse constante depuis sa source jusqu'à son arrivée à Vichy, ce qui garantit sa parfaite conservation. Des analyses faites par M. 0. Henry, à l'émergence
de la source et à la buvette de Vichy, prouvent, dit ce chimiste, qu'il y a identité de principes minéralisateurs, et que le dépôt ocracé de la buvette est arsenical comme aux autres sources.
Dans cet état, cette eau possède toutes les propriétés médicales que l'on reconnaît aux sources alcalines ferrugineuses de Vichy, c'està-dire qu'elle est très-utile aux personnes chlorotiques, qu'elle améliore et favorise le retour des règles et remonte l'organisme. La constitution des malades de l'hôpital qui en ont bu était généralement détériorée, avec mollesse et souvent infiltration des tissus, ou bien sous l'influence d'une cachexie paludéenne : c'est, sans aucun doute, à la réunion de l'alcali et du fer que cette eau renferme que nous devons attribuer les résultats favorables que ces malades en ont obtenus.
Source Lucas.
Cette source, située en face de l'hôpital militaire, à 10 mètres de distance, était autrefois celle des Acacias, laquelle, après des travaux de captage exécutés en 1844, par M. François, ingénieur des mines, a été réunie à la source Lucas. Par suite de nouveaux travaux pratiqués en 1854, ces deux fontaines réunies donnent, par vingt-quatre heures, d'après une note qui m'a été remise par M. l'ingénieur François, 105 litres d'eau au lieu de 55 qu'elles fournis-
saicnt auparavant. Il paraît que cette source aurait été occupée autrefois par une piscine romaine. Des restes de constructions , trouvés pendant les travaux de captage, ne laissent aucun doute à cet égard.
Cette eau renferme particulièrement une quantité très-notable d'hydrogène sulfuré. Cet acide n'est appréciable qu'à la source, il disparaît complètement parle transport; car l'analyse qui en a «!té faite à Paris, peu de temps après son puisement, par M. Bussy, en 1850, sur la demande de M. le ministre du commerce, a démontré qu'il n'en existait pas les plus légères traces dans les bouteilles, ce qui prouve que cet acide n'est là qu'accidentellement, et qu'il est dû, sans doute, à la fermentation de quelques substances organiques que les eaux traversent; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y est pas combiné, comme dans les sources véritablement sulfureuses.
Son action est très-énergique ; elle favorise activement toutes les sécrétions, et l'impression qu'elle produit sur l'estomac est tellement vive, que l'appétit, dit Longchamps, se perd bientôt si on la prend en trop grande quantité.
Elle est très-utile dans les maladies de la peau, sans inflammation de la partie malade. Lorsqu'on la prend en boisson, on doit faire en sorte que l'estomac ne soit pas irrité. H faut, dans tous les cas, la boire avec ménagement, la couper
avec du lait ou une infusion de tilleul, ou, mieux encore, avec de l'eau ordinaire gommée. Son efficacité est surtout très-grande lorsque l'affection gastrique succède à une maladie cutanée, dartreuse ou galeuse. Elle sert, en outre à alimenter les bains du grand établissement.
Source de l'Hôpital.
Son voisinage de l'hôpital civil a valu à cette source le nom qu'elle porte; elle est située sur la place appelée Rosalie , ainsi désignée en l'honneur de la duchesse de Mouchy, qui, en 1819, fit exécuter à ses frais, sur cette place, de grands travaux d'assainissement, rendus nécessaires par suite des eaux stagnantes, qui détrempaient les terres et rendaient fangeux les abords de la fontaine. Un large bassin en pierre, élevé de 2 mètres au-dessus du sol, de forme ronde, sert à contenir l'eau de cette source, protégée, en outre, par une grille en fer surmontée d'une élégante coupole du même métal. Cette fontaine va être abaissée et entourée d'un parterre en forme de square; par ce moyen, les pieds et les robes des dames n'auront plus rien à craindre des eaux de la buvette.
Cette source a conservé jusqu'à présent la réputation, méritée d'ailleurs, d'agir principalement dans les affections des voies digestives, en ranimant les forces vitales des organes de la
digestion depuis longtemps affaiblies ; de régulariser les digestions dépravées ; de dissiper les jaunisses anciennes avec dégoût et inappétence. Elle est très-efficace aussi clans la gastralgie et la dyspepsie, autrement dit dans les maladies de l'estomac, caractérisées par un affaiblissement des forces nerveuses de cet organe, ou Lien par une exhalation surabondante de gaz après le repas, sans que les sécrétions gastrique et biliaire paraissent en être altérées.
Le docteur Desbrestnous dit qu'elle était autrefois recommandée également dans les engorgements des ovaires et de la matrice, dans les coliques bilieuses et venteuses, les coliques néphrétiques et les suppressions des urines et des règles. Chomel pensait qu'elle était plus purgative que les autres, et que son action s'exerçait de préférence sur les personnes replètes, remplies d'humeurs, ayant la fibre lâche, molle et inerte ; qu'elle convenait surtout lorsqu'il fallait ébranler les solides, diviser et atténuer les fluides.
Il était d'usage à cette époque de prendre, dans les maladies invétérées, un tiers de cette source et deux tiers de la source de la Grande- Grille. Beaucoup de malades se servent encore, de nos jours, des eaux de ces deux sources simultanément. Sa propriété digestive est en effet très-remarquable, et beaucoup do buveurs, dont l'estomac digère difficilement, viennent chaque
jour, après leur repas, en prendre une petite quantité en guise de café.
Source des t'é les tins.
La fontaine qui porte ce nom est située à l'extrémité de l'ancien Vichy, sur la rive droite de l'Allier. Avant 1844, cette source, qui était renfermée dans un petit pavillon, ne donnait qu'une très-faible quantité d'eau ; depuis cette époque, des travaux exécutés avec soin en jont augmenté le débit. On y a construit un pavillon commode, qui met à l'abri de la pluie et du soleil les malades qui se rendent à la source; on y trouve aussi une salle de billard pour l'agrément des buveurs. Un chemin facile, pratiqué dans le roc, et un autre, longeant le nouveau parc, conduisent à cette fontaine et la placent aujourd'hui dans des conditions qui ne laissent sous ce rapport rien à désirer.
L'eau de la source des Célestins est la plus chargée de toutes en acide carbonique et en substances salines. Avant que l'analyse chimique en eût fait connaître les principes constants, on avait pour habitude d'y envoyer les malades chez lesquels les médecins craignaient d'irriter trop vivement le système nerveux, comme aussi de trop augmenter la circulation du sang. On ne dirigeait sur cette source que les personnes qu'on ne devait remuer que doucement, afin de
tempérer la lymphe, d'enlever les obstructions légères et de préparer les malades à l'administration des eaux chaudes, considérées, à cette époque, comme les plus énergiques de Yichy.
Aujourd'hui, l'analyse chimique et l'expérience ont démontré que de toutes les sources celle des Célestins est la plus énergique, et que, bien loin d'y appeler les personnes faibles et délicates, il faut, au contraire, les en éloigner avec le plus grand soin, ainsi que les personnes nerveuses, irritables, les femmes hystériques, vaporeuses ou trop sensibles.
Le docteur Desbrest avait parfaitement apprécié l'énergie de cette source, car il nous dit qu'elle convient plus particulièrement aux individus lymphatiques, à constitution humide, avec relâchement général des tissus, sur lesquels il est nécessaire d'agir avec force et vigueur, et dont les nerfs ont perdu une partie de leur sensibilité; et son opinion relativement à l'action de cette eau est telle, que « si elle contenait, dit-il, ainsi que celle des autres sources, de l'esprit sulfureux volatil, et qu'elle fût thermale, elle ne serait peut-être d'aucun usage, à cause des dangers que courraient ceux qui voudraient la prendre. » D'après cela, il pensait qu'il ne fallait avoir recours à cette fontaine que lorsque les autres étaient restées sans efficacité.
Aujourd'hui, la source des Célestins n'est fréquentée que par les malades qui sont atteints
d'affection des reins, de la vessie, de la gravelle, de la pierre ou de la goutte. C'est elle qui favorise le plus la sécrétion urinaire. Son efficacité dans les trois premières maladies n'est aujourd'hui contestée par personne ; mais il n'en est pas de même à l'égard des deux dernières ; aussi ai-je pensé, d'après l'importance de ces affections et les diverses opinions médicales qui ont été émises par des hommes aussi recommandables par leur savoir que par leur longue expérience des eaux qu'il était nécessaire d'examiner cette question ; ce que j'ai fait avec le plus grand soin, ainsi qu'on le verra, lorsqu'il sera question de la goutte et de la pierre.
Nouvelle source des Célestins.
La nouvelle source des Célestins est située à gauche de l'ancienne source ; elle a été découverte dans le mois d'avril 1858, par M. Pigeon, ingénieur des mines ; cette fontaine est l'objet d'une sollicitude toute particulière, vu le rendement insuffisant de l'ancienne source, au moment où les malades sont les plus nombreux. L'eau jaillit directement des parois d'une masse de rochers d'arragonite, avec un volume de 7,470 litres par jour; ses abords sont protégés par une grotte d'un effet imposant ; elle est précédée d'une galerie en portique de sept arcades, soutenue par dix colonnes et deux pilastres,
d'après le plan de M. Lefaure, architecte du gouvernement. L'intérieur de ce gracieux édifice sert de salle d'attente, d'abri et de promenoir aux malades : le tout est précédé d'un joli parterre, sillonné par deux avenues, qui permettent aux voitures d'arriver jusqu'à la grotte.
L'analyse chimique a démontré que les eaux de ces deux sources sont identiques.
Source du puits artésien Lardy.
Cette source, qui a 150 mètres de profondeur, est située dans l'enclos des Célestins, à quelques mètres au-dessus de la fontaine qui porte ce nom. Son eau se distingue par sa nature à la fois ferrugineuse, alcaline et gazeuse. L'analyse qui en a été faite par M. Henry, et que l'on trouve au tableau général, fait voir qu'elle renferme tous les éléments des sources naturelles alcalines.
L'expérience nous a prouvé que cette eau jouit en effet des mêmes propriétés, en y ajoutant celles du fer, substance qui est démontrée par le dépôt abondant qu'elle laisse sur son trajet. On reconnaît à l'odorat la présence bien manifeste de l'hydrogène sulfuré ; cette odeur est plus sensible à l'approche des orages.
Les propriétés médicales de cette source sont très-énergiques ; certains tempéraments ne peuvent la supporter; elle agite sensiblement le
système nerveux, cause de l'insomnie et produit chez quelques malades, chez les femmes en particulier, les mêmes phénomènes cérébraux que le vin de Champagne. Elle convient particulièrement aux personnes chlorotiques, aux constitutions molles, lymphatiques, ainsi que dans l'aménorrhée : dans ces sortes d'affections, le principe ferrugineux de l'eau vient augmenter la matière colorante et la richesse du sang, ce dont ces sortes de constitutions ont un grand besoin.
Source du Parc.
11 existe à Vichy, depuis le mois de janvier 1844, une seconde source d'eau minérale jaillissante, connue sous le nom de source Brosson, aujourd'hui du Parc. Elle a une profondeur de 40 mètres et une température de 23 degrés centigrades. Cette source, qui a été achetée par MM. les fermiers, fait partie aujourd'hui des sources de l'Etat. D'après l'analyse qui en a été faite officiellement par M. 0. Henry, et qu'on trouve au tableau général d'analyse, cette eau, étant composée des mêmes éléments minéralisateurs que celles des sources découvertes à Hauterive et à Vichy, doit nécessairement, son origine étant la même, jouir des mêmes propriétés médicales. Ce puits artésien coule aujourd'hui d'une manière intermittente, mais peu régulière. Sur un des côtés du parc, un kiosque de2m,50 dehau-
teur prolégo les abords de la source ; ]!eau qui s'échappe du tube est reçue dans une vasque octogone placée au centre du pavillon.
Source de Hauterive- lès- Vichy.
11 existait jadis à Hauterive, petit village situé à 4 kilomètres de Vichy, sur les bords de l'Allier, deux petites fontaines, qui s'écoulaient lentement au niveau du sol ; elles n'avaient d'autre usage que d'être employées en boisson par les habitants de la localité. Une de ces sources, que l'on croyait perdue dans les sables voisins, ayant cessé de couler, MM. Brosson, qui en étaient propriétaires, se livrèrent à des travaux de sondage qui donnèrent naissance à deux sources jaillissantes que l'on voit aujourd'hui.
Le rendement de la source principale est, dans les vingt-quatre heures, d'environ 86 mètres cubes, et sa température de 14 à 15 degrés centigrades. L'analyse, qui en a été faite par ordre du gouvernement , prouve que sa composition est analogue à celle des sources de Vichy.
Ces deux sources ont été achetées par les fermiers de Vichy pour être réunies à celles de l'Etat.
Source tic Saint-ïore.
On connaît depuis longues annés à Saint-lore, petite commune à 6 kilomètres de Vichy, sur la route de Nîmes, deux sources minérales naturelles, dont l'eau a la plus grande analogie avec celles de Vichy. Ces eaux sont froides, d'une température de 12 degrés, gazeuses et alcalines: elles coulent avec un débit de 10,000 litres par jour : les gens du pays s'en servent depuis longtemps avec succès pour les besoins de la médecine.
Sur la demande de M. Larbaud, l'Académie de médecine a chargé M. 0. Henry d'en faire l'analyse ; et la conclusion de son rapport a été que rien ne s'opposait à ce que l'autorisation d'exploiter les sources de Saint-lore, au point de vue médical, fût accordée au propriétaire, attendu que les produits de ces sources peuvent répondre, dit ce chimiste, à certaines exigences maladives.
Depuis le mois de mai 1857, M. Larbaud, pharmacien à Vichy, propriétaire de ces sources, les exploite avec un très-grand avantage.
Phénomènes physiologiques qu'on observe généralement chez les personnes qui l'ont usage «les eaux, minérales de Vichy en bains et en boisson.
Règle générale : pour bien connaître les effets physiologiques d'un médicament, il faut les ob-
server sur un sujet jouissant d'une parfaite santé, chez lequel l'équilibre des organes et des fonctions ne laissent rien à désirer. C'est pourquoi j'ai cru nécessaire de soumettre à cette épreuve plusieurs personnes bien portantes, qui ont consenti à me prêter leur concours à cet effet ; mais comme il serait trop long de rapporter en détail toutes les observations qui s'y rattachent, j'ai pensé qu'il me suffirait d'indiquer les conclusions que j'ai pu en tirer.
D'après un tableau comparatif renfermant un grand nombre d'expériences que je ne puis rapporter ici, comme trop étendu, mais dont je ferai l'analyse, sur l'action de l'eau minérale pure administrée sous forme de bains de piscine, pendant une heure et demie de durée, il résulte que ces expériences, qui avaient pour but de faire connaître l'influence de l'eau minérale sur la circulation du sang, ont démontré que sur quatre-vingt-dix épreuves, cinquante fois la circulation du pouls a été plus élevée que dans l'état normal, plusieurs heures après le bain ; trente fois elle a été au-dessous ; et neuf fois dans un état complet d'égalité. Sur trente épreuves faites sous l'influence de l'eau minérale refroidie, vingt fois la circulation du pouls a été plus élevée, plusieurs heures après le bain, que dans l'état normal ; huit fois elle a été audessous, et deux fois dans un état complet d'égalité.
Ces expériences ont été entreprises dans le but de connaître l'action de l'eau minérale sur la circulation du sang, action qui, d'après l'opinion qui m'avait été communiquée par plusieurs de mes confrères, devait produire une diminution très-considérable dans les battements du pouls. L'expérience a prouvé qu'il n'en était pas ainsi, de même qu'après les bains de trois et quatre heures de durée.
Nous devons cependant ajouter que, encore bien que la circulation du sang soit augmentée, par suite de l'excitation que l'eau alcaline détermine sur la peau, excitation qui dure encore, vingt-quatre heures après, chez certains malades, ce phénomène n'empêche pas l'action dynamique hyposthénisante de se produire sur le système musculaire, ainsi que le remarquent en général les malades, après quelques jours de traitement.
A l'extérieur, les eaux alcalines de Vichy produisent sur la peau une excitation parfois suivie de rougeur. Cet effet n'a lieu ordinairement que lorsqu'on prend plusieurs bains de suite avec l'eau minérale pure. Ces rougeurs sont suivies de vives démangeaisons et de picotements ; le sommeil est agité, souvent avec un peu de fièvre. Il est prudent, dans ce cas, de suspendre les bains, ou mieux d'y ajouter un tiers ou moitié d'eau douce en commençant. Toutes les constitutions n'éprouvent pas les mêmes phénomènes ;
car on rencontre des personnes qui peuvent prendre un grand nombre de bains d'eau pure sans en être incommodées. Toutefois l'effet le plus remarquable des eaux, sous cette forme, indépendamment de son absorption, est de favoriser la perspiration cutanée, de donner à la peau de la douceur et de l'onctuosité, en dissolvant la matière écailleuse épidermique qui la recouvre.
L'effet salutaire et gradué que font éprouver ces eaux, lorsqu'on les prend intérieurement, à doses modérées, et que leur emploi trouve sa véritable indication, se traduit de la manière suivante : l'estomac est légèrement excité, au bout de peu de jours l'appétit se réveille ; la digestion est plus facile, plus régulière, plus prompte ; toutes les fonctions s'exécutent avec plus de facilité, et le malade éprouve un sentiment de bien-être et d'agilité qu'il ne ressentait pas auparavant : les aigreurs d'estomac disparaissent, la bile devient plus fluide, son écoulement plus facile ; l'assimilation des substances réparatrices ou alimentaires est plus complète ; les selles, par conséquent, sont plus rares et plus consistantes ; la nutrition se fait mieux ; les chairs prennent plus d'embonpoint et de fermeté ; le teint devient plus frais, plus coloré ; le malade est plus dispos ; il s'aperçoit enfin que l'organisme a reçu un grand bienfait, et que les eaux ont rendu aux organes la force fonctionnelle
dont ils étaient privés, et qu'elles ont calmé leur état de souffrance par un effet sédatif général.
Par leur absorption sous les deux formes précédentes, soit en bains, soit en boisson, elles déterminent au bout de quelques minutes, d'autres fois au bout de quelques heures, l'alcalinité des urines, lesquelles deviennent en même temps plus abondantes, claires, limpides ; et le dépôt sédimenteux rouge, qu'on voyait sur les parois du vase, cesse en même temps de se produire.
La sueur devient alcaline, elle augmente ainsi que la salive ; la circulation, la respiration sont plus libres ; les plaies, les dartres vives s'irritent, s'enflamment à leur contact, et les douleurs que les malades en éprouvent les obligent souvent à suspendre l'usage des eaux.
L'action chimique de l'eau est plus sensible, du moins en apparence, sur nos humeurs que sur nos solides ; mais puisque les sécrétions sont modifiées, il faut bien reconnaître aussi que les organes sécréteurs ou autres le sont également.
Les traces de la soude, chez les individus qui ont été alcalisés pendant plusieurs jours de suite, ont une durée variable après la cessation de tout traitement. C'est ainsi que nous avons vu des malades conserver des urines alcalines pendant huit ou dix jours, alors même qu'ils n'avaient pris pour arriver à l'alcalinité que de, très-faibles doses d'eau, deux verres, par exemple, en vingt-.
quatre heures. Pour maintenir l'état alcalin des urines d'une manière durable pendant la cure avec une quantité d'eau minime, il est essentiel alors que les malades éloignent toutes les causes d'irritation physique ou morale, qu'ils s'abstiennent d'acides, et qu'ils observent un régime convenable, tant sous le rapport des quantités qu'à l'égard de la nature des aliments.
Un fait remarquable et digne d'attention, c'est que les urines, alcalines avant les repas, cessent de l'être chez la plupart des malades dès que la digestion commence, à moins que cette fonction ne soit très-facile, pour ne reprendre leur alcalinité qu'après qu'elle est terminée. Cet état dure quelquefois de cinq à six heures, suivant que la digestion est plus ou moins longue à se faire. Ce fait physiologique pourrait servir également à constater la durée du travail digestif chez les divers individus. Ce changement assez curieux ne peut s'expliquer qu'en admettant que l'alcalinité du sang, fournie par les eaux de Vichy, se trouve détruite pendant l'acte de la digestion, durant lequel toutes les matières introduites dans l'estomac passent à l'état acide, ainsi que le prouvent d'ailleurs les belles expériences de Montègre. Le suc gastrique, disent également MM. Tiedmann et Gmelin, est peu acide et en petite quantité avant la digestion ; mais il augmente, sous ce double rapport, après l'ingestion des substances alimentaires ; or, dès que
cette fonction est terminée, le sang ne recevant plus ses principes acides qui détruisaient son alcalinité artificielle, les produits sécrétés reprennent alors leurs propriétés alcalines, momentanément suspendues. Le mouvement fébrile que détermine la digestion, n'est pas étranger non plus à ce changement passager de l'alcalinité des fluides.
Les forces musculaires se trouvent bien plus affaiblies, par suite de l'usage prolongé des bains alcalins, contre l'opinion de Petit, que par leb bains d'eau douce. Des exemples nombreux sont venus confirmer mon opinion à cet égard, car j'ai vu les mêmes faiblesses se produire chez des malades qui n'avaient fait usage des eaux qu'en boisson. On remarque le plus ordinairement, vers le vingtième jour de traitement, un sentiment de lassitude et quelquefois de dégoût pour les eaux, qui indique qu'il faut suspendre le traitement ou l'interrompre tout à fait, suivant l'état du malade ; cette satiété vers le vingtième jour a fait penser aux anciens médecins que la cure était terminée, et que la nature alors avait horreur de l'eau, On a observé généralement aussi qu'aux approches des troubles atmosphériques, ou des orages, les personnes qui font usage d'eau minérale, éprouvent un ballonnement de l'estomac et un anéantissement des forces physiques, qui démontre que les eaux, sous cette influence atmosphérique, ne sont pas aussi bien
digérées et qu'elles sont plus lourdes que pendant les temps de calme.
Sous l'influence des eaux de Vichy, le système nerveux est vivement excité ; chez quelques malades, la tête devient lourde et pesante, avec propension au sommeil ; d'autres fois, c'est une espèce d'ivresse que les malades éprouvent; les femmes surtout sont plus influencées sous ce rapport que les hommes. Quelques-unes comparent cette excitation à l'effet que produit le vin de Champagne sur le cerveau ; ce phénomène est du à la présence de l'acide carhonique, très-abondant dans les eaux de Vichy, prises à la source.
L'appareil génital est modifié chez les femmes par l'exhalation plus considérable et plus précoce de la menstruation ; les eaux calment les douleurs qui la précèdent ou l'accompagnent. C'est probablement aussi à l'excitation exercée tant sur les organes génito-urinaires que sur les nerfs de ces parties, qu'est due l'opinion généralement répandue et très -souvent motivée, qu'elles favorisent la conception.
Elles passent pour être peu favorables ou contraires aux affections pulmonaires. Je dois dire à cet égard que, parmi les nombreux malades que j'ai observés, je n'en ai vu qu'un seul, atteint de bronchite chronique, qui ait ressenti une augmentation dans les symptômes de la maladie ; les autres n'en ont éprouvé aucun résultat fâcheux, et beaucoup ont été soulagés.
Prises en petite quantité, ces eaux paraissent favoriser l'artérialisalion du liquide sanguin, et augmenter par là la vitalité générale et la décarbonisation du sang veineux. En général, c'est par petites doses, longtemps administrées et sans excitation générale sensible qu'il faudra agir, si l'on veut remédier complètement à l'altération d'un organe malade, ou détruire un principe morbide inhérent à la constitution.
Il est inutile d'ajouter, comme observation générale s' adressant à tous les malades, que les influences dont nous venons de parler, apparentes avec des doses élevées, sont à peine sensibles lorsqu'on prend les eaux à des doses modérées, ce qui, dans tous les cas, est préférable, car elles peuvent alors être administrées pendant un temps plus long, et, par conséquent, avec des avantages et des résultats beaucoup plus favorables.
Mes observations démontrent qu'il est convenable de faire cesser tout traitement après quarante jours rigoureusement employés, ou même avant, si L'état de lassitude ou d'hyposthénisation musculaire vient à se manifester plus tôt. Dans tous les cas, quelques jours de repos paraissent nécessaires aux malades, après le vingtième jour de traitement.
Disons enfin qu'il est impossible de faire, usage, avec succès des eaux minérales de Vichy si on les prend à trop haute dose, comme aussi
si on introduit dans l'estomac une grande quantité d'aliments pendant la cure.
Expériences ayant pour but de constater l'action chimique des eaux sur divers tissus animaux.
Dans les expériences comparatives que j'ai faites avec l'eau minérale de la source des Célestins et l'eau ordinaire, sur divers tissus animaux, chaque partie soumise à l'expérience pesait 200 grammes ; l'immersion dans des vases contenant un litre d'eau a duré un mois et demi, et l'eau de chaque côté a été renouvelée trois fois dans cet espace de temps.