CAILLOT DE SANG
(100 grammes).
Dans cette expérience, l'eau ordinaire a été renouvelée tous les jours pemlanl quinze jours.
Il a perdu 60 grammes de son poids ; il s'est rapetissé; sa consistance est devenue plus ferme ; il était entouré d'une pellicule blanchâtre hbrineuse assez épaisse.
Je dois ajouter que l'effet des eaux doit être, à circonstances égales, plus prononcé sur les parties mortes que sur les parties vivantes, à cause de la résistance qu'oppose la force vitale à l'action des agents extérieurs ; en faisant remarquer qu'elles n'opèrent pas seulement comme le ferait un neutralisant chimique, mais bien comme un modificateur des tissus organiques.
Propriétés médicales des éléments des eaux de Vichy eu particulier.
D'après l'analyse chimique rapportée plus haut, il nous sera facile de nous rendre compte
des vertus médicales que possèdent les sources en général, en passant en revue les propriétés chimiques, physiologiques et thérapeutiques des -substances qui entrent, en particulier, dans leur composition.
Mais avant d'aller plus loin, il est indispensable de faire remarquer que, lorsqu'un principe prédomine d'une manière frappante, comme cela a lieu pour le bicarbonate de soude dans les eaux de Vichy, ce principe doit imprimer non-seulement un caractère distinctif à cette source, mais encore donner à l'eau une action particulière et plus importante que les autres principes minéralisateurs qu'elle renferme. C'est pourquoi nous croyons pouvoir établir les règles suivantes, en disant.
1° Le bicarbonate de soude donne aux eaux de Vichy la propriété de modifier dans leur nature chimique, comme s'il était libre de toute association, les fluides du corps en les alcalisant, d'augmenter les sécrétions, de diminuer la plasticité morbide du sang et d'empêcher, d'après les expéiiences de M. Baron, par une action locale directe ou prises en boisson, la formation des pseudo-membranes dans la diphthérite et l'angine couenneuse ; de se combiner avec l'albumine, le mucus et la matière biliaire, de manière à les empêcher d'être coagulés par les acides qui existent dans l'estomac ou qui se produisent dans le sang; de favoriser le ramol-
lissenient et la transformation en fibrine de l'élément albumineux de certains aliments, dans l'acte de la digestion, et de rendre, par conséquent, cette fonction plus facile. Le bicarbonate de soude, en contact avec la membrane de l'estomac, paraît augmenter la quantité de suc gastrique; il saponifie, par une action chimique, les matières grasses ; il aide les sucs gastriques, hépatiques et pancréatiques, à transformer les aliments, de manière à rendre leur assimilation plus facile.
Le bicarbonate de soude possède également des propriétés altérantes des vices, cachexie ou âcretés du sang, ainsi qu'une action fondante à l'égard des engorgements ou obstructions du foie, de la rate, des ganglions mésentériques, de la matrice et des reins ; en faisant disparaître peu à peu les matériaux épanchés et en ramenant leur tissu à l'état normal, résultats démontrés d'ailleurs par de nombreuses observations cliniques.
Sous le rapport physiologique, on a reconnu, en outre, que la soude était indispensable à notre existence et à notre santé, puisque les aliments qui n'en renferment pas ne peuvent servir à entretenir la vie, ce qui a été reconnu toutes les fois qu'on a voulu nourrir des animaux avec des aliments qui étaient privés de ce sel ; et la preuve qu'il en est ainsi, c'est que la soude, combinée avec divers acides, fait partie inté-
grante de tous nos organes et que, sans la présence de cette substance, il ne pourrait se former ni sang, ni fibrine musculaire, ni os, ni lait, etc. C'est pourquoi aussi les matières nutritives, pour constituer de bons aliments, doivent contenir des sels alcalins dans les proportions convenables pour satisfaire à la reproduction normale du sang, et cela est si vrai, que les aliments végétaux, tels que les navets, les pommes de ter*re et la plupart des substances alimentaires dont nous faisons habituellement usage, renferment précisément, dans les mêmes proportions, les mêmes éléments incombustibles que le sang des animaux.
Les alcalis, outre leur utilité comme agents de nutrition, sont également indispensables dans l'acte de la respiration; car il est bien reconnu aujourd'hui que l'alcalinité du sang est une des premières conditions de la combustion pulmonaire, et consécutivement aussi de la chaleur animale, de la transmutation et de la reconstruction de nos organes. C'estainsi que beaucoup d'agents de respiration, tels que l'amidon, le sucre ou la gomme, ne brûlent pas, dit M. Chevreul, s'ils ne se trouvent au contract d'un alcali libre ou d'un carbonate alcalin; l'incombustion, dans ces cas, ajoute ce célèbre chimiste, tient au manque d'alcalinité, laquelle est l'intermédiaire indispensable de l'oxygène de l'air, dans la combustion pulmonaire.
Le bicarbonate de soude existe dans les sources de Vichy dans une proportion si considérable, qu'il est impossible de ne pas lui attribuer la plus large part dans la vertu des eaux. Ce sont les seules, en Europe, qui renferment 5 grammes par litre de ce sel ; celles d'Ems, qu'on met en parallèle, en Allemagne, avec celles de Vichy, n'en contiennent pas la moitié.
2° L'acide carbonique, de son côté, agit dans l'état de liberté sur la peau, la membrane muqueuse gastro-intestinale ou vésicale, en déterminant une excitation vive, locale, analogue à celle que tous les acides produisent, quand ils reviennent de l'estomac par éructation, sur les poumons, sur les yeux ou le nez.
En ce qui concerne ses effets thérapeutiques, l'acide carbonique, employé comme médicament, possède des propriétés rafraîchissantes ; on l'administre avec succès dans toutes les maladies inflammatoires. Tout le monde connaît d'ailleurs l'effet favorable de ce gaz sur l'estomac, à la suite d'une alimentation trop copieuse. Il produit alors une excitation prompte mais passagère sur le système nerveux et sur les organes de sécrétion ; il agit comme les spiritueux, en produisant un trouble léger vers le cerveau, avec cette différence qu'il ne laisse point de traces d'irritation, mais bien des effets sédatifs très-prononcés, que l'on remarque surtout dans les affections hystériques, ou dans les douleurs nerveuses de la
matrice par défaut d'écoulement des règles ; on l'administre dans ce cas, directement, sous la forme de douches. Cet acide, dont les eaux de Vichy renferment une si grande proportion, prend une part notahle dans le résultat de la cure. La compagnie fermière, désirant utiliser sous ce rapport la richesse de ses sources, a établi un cabinet destiné à recevoir les douches et les bains de ce gaz.
3° La quantité d' hydrochlorate et de sulfate de soude qui se trouve dans ces eaux étant trèsfaible, leur action par conséquent doit être peu sensible.
4° Quant au brome et à l'iode, ces deux corps donnés à petite dose, ainsi qu'on les trouve précisément dans les sources de Vichy, exercent une action fondante sur le système ganglionnaire.
L'iode modifie aussi nos humeurs viciées. C'est précisément dans un état de combinaison alcaline semblable à celle qui existe dans les eaux de Vichy, que, d'après les expériences de M. Dorvault, cette substance modifie l'albumine et la fibrine. C'est le sédatif des douleurs osseuses, et le fondant par excellence des engorgements glandulaires. M. Gendrin se loue beaucoup de l'emploi de l'iode dans le traitement de la goutte, soit aiguë, soit chronique; ce célèbre médecin dit avoir vu les plus vives attaques disparaître en quelques jours et les nodosités di-
minuer, sous l'inflence de cet agent uni à la soude ou à la potasse.
S0 L'arsenic, donné également à petites doses, ainsi qu'il existe dans ces eaux, a été préconisé par mon collègue Boudin comme un excellent antipériodique dans les névralgies et les fièvres d'accès, et par Fowler comme un moyen puissant de guérison des maladies de la peau, du rhumatisme, de la syphilis, des exanthèmes et des affections cancéreuses.
6° Le fer qu'on y trouve modifie l'état du sang, dont il augmente la matière colorante et la richesse ; il soutient aussi les forces physiques, dans les convalescences des maladies avec débilité ou inertie des organes, de même que dans l'anémie et la chlorose par suite de pertes de sang trop abondantes.
Nous passerons sous silence les autres substances que renferment les eaux de Vichy, les propriétés qu'elles possèdent nous étant peu connues, ainsi que les autres principes que la chimie n'a pu encore y découvrir. Ajoutons cependant, comme fait général d'observation, que les médicaments associés par la nature, tels qu'on les trouve dans les eaux minérales, voient souvent leurs effets se décupler; c'est ainsi qu'il faut de 30 à 40 grammes de sulfate de magnésie pour obtenir un effet purgatif, lorsqu'il est isolé, tandis que 10 à 15 grammes de ce sel , contenu naturellement clans l'eau de
Pulna, suffisent pour arriver au même résultat.
De l'influence des maladies chroniques et diathésiques sur la santé en général.
L'expérience des siècles ayant démontré combien il est difficile de guérir les maladies chroniques, il en était résulté que la plupart des médecins avaient fini par abandonner les malades aux seuls efforts de la nature, les considérant comme tout à fait incurables ; ou bien, si des médicaments étaient administrés, c'était dans l'espoir de rétablir les forces affaiblies, et, dans ce cas, on agissait par des toniques plus ou moins incendiaires et presque toujours funestes. C'est alors que Bordeu, après avoir écrit qu'il ne regardait comme incurables que les maladies chroniques qui avaient résisté aux eaux minérales, conseilla avec juste raison l'emploi de ce moyen à tous les malades qui, avant lui, se trouvaient pour ainsi dire abandonnés à une mort certaine ; et cela est si vrai, que nous ne voyons arriver dans les établissements thermaux que des personnes qui, en général, ont épuisé tous les moyens ordinaires de secours, et renoncé, pour ainsi dire, à tout espoir de guérison par les agents pharmaceutiques, préparés ou associés par la main des hommes.
Lanature des maladies chroniques, alors qu'on n'a pas suivi la maladie dès le début, est toujours difficile à saisir dans son initiation, parce qu'elle emprunte à tous les organes et à leurs fonctions des symptômes et des caractères qui se remplacent continuellement; il faut faire une analyse minutieuse de l'individu pour arriver à dévoiler la nature et trouver les causes qui s'opposent au rétablissement du malade, après qu'il aura franchi Y état aigu de lamaladie . On voit alors les symptômes locaux et généraux diminuer d'intensité, un état morbide, qui n'est ni la santé ni la maladie, s'équilibre dans chaque fonction, mais qui, en se généralisant, vient prendre part à la souffrance vitale de l'organe ou de la fonction primitivement affectés ; cet état, en progressant, arrive à constituer les cachexies ouïes diathèses. morbides, résultat final, il faut le dire, de toutes les longues souffrances, contre lesquelles aussi les divers remèdes ordinaires des pharmaciens ont échoué.
En général, si une maladie est complexe, là doi vent se trouver aussi des agents thérapeutiques nombreux, offrant dans un intérêt commun une unité de composition qui puisse s'adresser à l'état généralmorbide. Sous ce rapport la composition des eaux minérales se présente évidemment en première ligne, et les résultats que l'on obtient tous les jours en sont les preuves les plus évidentes. Ajoutons aussi que cette médica-
tion est surtout souveraine dans les cas où la période d'acuïté est déjà passée à l'état chronique. Il faudrait en outre, pour éviter des déceptions, établir nettement les conditions particulières qui doivent rendre curables les maladies qui se présentent à telle ou telle station thermale. C'est là, il faut le dire, un grand problème à résoudre, qui incombe à la sagacité du médecin des eaux.
Pour démontrer l'utilité incontestable des eaux minérales en général et de celles de Vichy en particulier, nous devons faire remarquer que dans toutes les longues souffrances, soit physiques, soit morales, la constitution s'altère, et qu'au milieu des divers signes morbides qui les caractérisent, on voit presque toujours, comme symptômes prédominants, un trouble général se manifester dans les fonctions digestives et réparatrices, sous forme de gastralgie, de dyspepsie ou de spasmes des viscères abdominaux.
Sous l'influence de toutes ces eauses directes ou indirectes, on voit peu à peu l'équilibre des forces vitales diminuer dans leur ensemble, de telle sorte que la nutrition et l'assimilation s'arrêtent, le sang s'appauvrit ; de là, cet état de langueur et de dépérissement de l'individu.
Mais, au milieu de cet anéantissement de la vie causé par l'anéantissement des forces vitales de l'organisme, il se produit des altérations humorales qu'il est important de faire connaître
aussi, lesquelles donnent aux sécrétions des propriétés ou des réactions acides qu'elles n'avaient pas auparavant, comme cela a lieu, du reste, toutes les fois qu'il existe un état de fièvre ou d'irritation quelconque, dans une des parties du corps.
C'est ainsi, par exemple, que les larmes, naturellement alcalines, deviennent acides à la suite d'une ophthalinie, et que le mucus nasal ou bronchique se présente avec de semblables propriétés dans le coryza et la bronchite inflammatoire. Sous ce rapport, Prout assure également que la sueur, ainsi que les autres fluides sécrétés, contiennent de l'acide acétique dans toutes les maladies chroniques, quel que soit l'organe malade.
MM. Becquerel et Cohen ont démontré de la manière la plus positive, par de nombreuses expériences, que la soude diminue dans le sang, chez tous les sujets affectés de fièvre lente, inflammatoire. Ces auteurs ajoutent également que cette humeur prend dans ces cas une réaction acide, laquelle est icompatible avec les fonctions que le sang remplit dans la nutrition et la respiration, et s'oppose par conséquent à un état de santé convenable. Ajoutons, en outre, que par suite de ce ralentissement des actes de la vie organique, le nombre de globules rouges du sang diminue, tandis que la partie séreuse
t les globules blancs augmentent, et que cette
asthénie générale, ou mieux cette viciation humorale a pour effet de rendre les éléments du sang moins liés, moins fibrineux, et d'entraver consécutivement toutes les fonctions vitales régénératrices.
On a observé, aussi, dans les fièvres lentes hectiques, avec faiblesse générale, qu'une partie de l'oxygène et de l'azote diminuait dans le sang, ce qui rend cette humeur proportionnellement plus riche en carbone. Disons également que tous ces phénomènes, qui signalent une vie qui s'éteint, sont occasionnés, la plupart du temps, par la souffrance d'un seul organe, qui s'irradie et réagit sur tous les autres, par l'enchaînement naturel des fonctions organiques. C'est dans cet état fâcheux que se présentent le plus ordinairement les personnes qui viennent demander aux eaux une entière guérison, ou tout au moins quelque soulagement. Nous devons, eu pareil cas, prévenir celles qui pourraient se décourager au milieu d'un traitement toujours long dans ses résultats, que ce n'est pas seulement pour un organe malade qu'on vient réclamer le bénéfice des eaux, mais aussi pour rétablir dans son ensemble une constitution plus ou moins détériorée. Ajoutons également que, dans toutes ces affections, on doit chercher une guérison prompte, attendu que ce sont presque toujours des organes essentiels à la vie qui souffrent, tels que l'estomac
les intestins, le foie, les reins, la vessie, la matrice ou les poumons, ou bien encore des diathèses à combattre, comme il s'en produit à la suite de fièvre d'accès ou d'intoxications miasmatiques palustres, avec engorgement du foie ou de la rate.
Toutes ces altérations dont nous venons de parler doivent faire comprendre aux malades qu'il faudra apporter dans la cure, non pas une médication superficielle, mais bien imprimer à l'économie tout entière une modification profonde et soutenue, puisqu'il s'agit ici de détruire des accidents morbides, qui s'opposent depuis longtemps déjà au rétablissement de la santé.
L'utilité des eaux alcalines, d'après ce que nous venons de voir, nous paraît suffisamment démontrée, car il est évident que toutes ces maladies dépendent, en dernière analyse, d'un épuisement général par défaul d'assimilation et d'élaboration incomplète des substances alimentaires, dans les divers appareils organiques, avec altération consécutive dans la nature chimique du sang et des humeurs.
Il ne faut pas oublier, non plus, que l'étude des liquides animaux appartient tout entière à l'étude de la nutrition, et que tous les actes de la vie organique se trouvent placés d'une manière absolue sous leur dépendance : ce qui nous fait voir que c'est dans l'altération des humeurs que le médecin doit également cher-
cher les causes de la plupart des maladies chroniques et les moyens, par conséquent, de les combattre. Ce n'est pas, il faut le dire, l'état fébrile seul, qui, dans les maladies chroniques, fait diminuer les sels et la fibrine du sang ; ces mêmes résultats peuvent être produits par d'autres causes, telles que : une diète ou l'abstinence prolongée, un régime trop sévère, les saignées, les purgalions fréquentes ou des sécrétions très-abondantes, lesquelles nous font maigrir, en nous enlevant du corps les produits les plus animalisés ; car les boissons que prennent les malades habituellement ne suffisent pas pour compenser cette déperdition des éléments salins ou fibrineux du sang.
Toutes ces théories chimiques, que nous partageons, basées sur des faits sérieusement observés par des hommes étrangers aux eaux de Vichy et des plus autorisés dans la science, ne seront pas du goût de quelques médecins exerçant à Vichy, qui rejettent loin d'eux de pareilles idées. Ces hommes sont à plaindre, parce qu'en repoussant ces faits, ils font preuve d'ignorance ou de mauvaise foi, voulant sans doute faire de l'opposition quand même, pour se donner une importance qu'ils n'ont pas.
D'après les faits cités plus haut, les maladies chroniques peuvent dépendre tout à la fois, comme nous venons de le voir, de la maladie, du traitement ou du régime diététique auquel
ces malades ont été soumis, s'en rapporter dans cette circonstance au traitement d'un seul organe, ce serait évidemment commettre une grave et préjudiciable erreur, puisque nous avons vu que dans toutes ces maladies, il y avait un état général, une altération profonde de l'organisme à modifier ; et ce qui le prouve, c'est qu'on ne réussit bien, dans ces sortes d'affections, qu'en employant une médication générale qui puisse s'adresser à l'organisme tout entier.
Dans ces divers états morbides, les médicaments toniques ou autres, préparés dans nos pharmacies, étant restés impuissants, et les émissions sanguines, les purgatifs, les vomitifs ou autres moyens de ce genre ne pouvant plus être employés, la médication régénératrice des eaux minérales reste donc la seule qui puisse véritablement être invoquée, et la seule qui puisse produire en effet des résultats réellement efficaces, en introduisant dans le sangles éléments reconstitutifs dont l'état physiologique du malade se trouvait privé depuis longtemps déjà par les souffrances du mal.
Eh bien ! au nombre des eaux minérales dè nature à remédier à un pareil état de souffrances ou mieux à des altérations semblables, il n'en est pas de plus convenables que celles de Vichy, car elles renferment précisément, dans leur composition chimique, un ensemble de substances salines à base de soude, dont les propriétés
curatives, neutralisantes et reconstituantes tout à la fois des forces vitales, conviennent plus parfaitement à la réalisation d'un pareil résultat ; et cela est si vrai, que toutes les maladies chroniques produisent un véritable relâchement de la part des organes ainsi qu'une inertie extraordinaire de l'activité vitale.
Du mode d'action des eaux de Vichy et des considérations générales qui s'y rattachent.
Après avoir examiné, comme nous venons de le faire, les questions physiques, physiologiques et thérapeutiques des eaux alcalines, ainsi que la nature des maladies qu'elles sont appelées à guérir, il est convenable, je pense, de rechercher par quel mode d'action s'opèrent tous ces phénomènes, dont les résultats, en général, se traduisent par la guérison des maladies, c'est-àdire par le rétablissement du rhythme normal des fonctions organiques, en faisant remarquer, toutefois, que les affections qui se présentent à Vichy se caractérisent le plus ordinairement par des lésions d'abord isolées, mais qui plus tard viennent porter un trouble funeste dans tout l'organisme; d'autres fois elles se caractérisent par des perturbations nerveuses dans les phénomènes vitaux.
Les eaux de Vichy, comme toutes les eaux minérales, forment un médicament complexe
dans ses éléments constitutifs : des explications sur leur mode d'action doivent par conséquent être très-difficiles, attendu qu'à côté des propriétés générales il y a une propriété spéciale, Laquelle dépend de la nature des substances qu'elles renferment, ce qui prouve qu'on ne peut les remplacer les unes par les autres, et démontre la difficulté qu'il y a de fixer la part que chacun des éléments de cette association peut prendre à l'effet général. Nous devons également déclarer qu'il est impossible d'admettre que le bicarbonate de soude soit l'agent exclusif ou essentiel des eaux, de même qu'on ne peut affirmer que la strontiane ou lalithine, dont les vertus médicales sont à peu près ignorées, ont un rôle absolument passif ; et, en effet, quel que soit l'agent prédominant d'une eau minérale, cet agent n'agit pas seul ; c'est un tout qui a pris sa force et sa spécialité thérapeutique dans l'association des divers principes minéralisateurs qui le composent; nous savons également que l'association, ou mieux la réaction des substances médicamenteuses entre elles, donne des propriétés différentes, qui n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre de ces substances prises isolément. Quoi qu'il en soit, disons ici que les diverses propriétés des eaux ne doivent pas être étudiées empiriquement, ni d'après des théories transmises et acceptées d'âge en âge, comme celles de l'excitation, de la tonicité ou de la
révulsion; car il est à remarquer que les théories et les système dénaturent souvent les faits pour se les rendre favorables, et peuvent, par conséquent, nous conduire aux plus funestes conséquences. C'est donc dans le sens des lois vitales et physiologiques que j'ai dû diriger mes recherches depuis que je viens à Vichy ; j'en ai puisé les principaux résultats dans la clinique de l'hôpital dont le service m'a été confié pendant seize ans. J'ai dû, ainsi qu'on l'a vu plus haut, examiner l'action des eaux sur diverses personnes bien portantes, afin de suivre avec plus de fruit les effets qu'elles produisent sur les malades. Les observations recueillies de cette manière sont et seront toujours éternellement vraies, attendu que la vertu d'un médicament ne peut être connue que par les résultats obtenus dans les divers actes physiologiques ou pathologiques et non par les expériences sorties du laboratoire des chimistes, dont les théories sur la prétendue liquéfaction du sang, en ce qui concerne du moins les eaux de Vichy, sont loin d'être exactes, ainsi que nous le verrons d'ailleurs lorsqu'il sera question des maladies de la rate avec appauvrissement du sang.
Le mode d'action thérapeutique des eaux minérales, disions-nous, est en général d'une explication difficile ; cependant nous croyons qu'il n'en est pas ainsi à l'égard des eaux minérales de Vichy, à cause de la facilité que donne la
chimie de reconnaître par nos sens et en tous lieux la présence du principal agent qui les minéralisé.
Cette propriété que présente en particulier cette eau minérale par son alcalinité, permet au médecin de graduer à volonté la dose du médicament, comme nous le verrons plus loin, et de donner par là à la science médicale la précision des sciences exactes, moins la connaissance des lois qui gouvernent les forces vitales, lois toutes mystérieuses, et par conséquent cachées à notre intelligence, mais que nous sommes obligés d'admettre, si nous voulons expliquer les divers phénomènes qui président au rétablissement de la santé. Ces phénomènes vitaux, par cela seul qu'ils se passent sous le voile du mystère, ne peuvent nous servir ici d'explication, et cela est si vrai, que les hommes qui se livrent à l'étude des lois vitales sont forcés, pour s'entendre, d'admettre des mots ou des idées de convention. Car il est difficile de démontrer l'existence du principe vital; c'est une hypothèse sans doute. Mais ce qui la distingue des autres, c'est qu'elle est plus satisfaisante pour expliquer et nous faire comprendre les phénomènes de la santé et de la maladie. Personne ne peut avoir, certes, la prétention de savoir de quelle nature ni de quelle forme est le principe qui nous anime. C'est un mystère, avons nous dit, et comme tel il doit rester caché à notre intelligence. Ce n'est
donc pas ainsi que nous pouvons procéder pour convaincre nos lecteurs, et leur démontrer les propriétés curatives des sources alcalines. Ne pouvant insister sur le mode caché d'expliquer l'action thérapeutique des eaux de Vichy, nous devons, par conséquent, porter notre attention sur la partie qui peut, sous ce rapport, frapper nos sens et éclairer notre raison. A cet effet, nous analyserons les modifications qu'éprouvent les sécrétions sous l'influence des eaux employées , ainsi que le conseille d'ailleurs l'Académie de médecine, comme le seul moyen à l'aide duquel on puisse arriver à des résultats réellement utiles à la pratique de la médecine. Cependant, comme quelques médecins ont prétendu que les eaux de Vichy n'agissaient principalement que par une propriété excitante, tonique et révulsive, je crois utile, dans l'intérêt de la vérité et des principes qui m'ont guidé jusqu'à présent dans l'étude de ces eaux, comme aussi pour éclairer l'opinion du lecteur sur toutes ces questions, de les examiner en peu de mots. Mais, avant d'aller plus loin, disons ici combien il est curieux de voir, dans des questions aussi importantes que celles qui concernent les propriétés des eaux minérales, de voir, dis-je, les auteurs de toutes les époques se copier successivement depuis des siècles et se transmettre de confiance, comme une monnaie courante, sans rien vérifier par eux-mêmes, et sans examiner
si toutes ces théories sur l'excitation, la tonicité ou la révulsion n'étaient pas au fond de pures hypothèses.
Prenons d'abord le mot révulsion. Eh bien, la révulsion ne saurait être efficace qu'autant que toutes les maladies reconnaîtraient pour cause un principe mobile, capable d'être déplacé ou éliminé. Mais il est évident qu'elles ne dépendent pas d'un simple mouvement vital, et que vouloir les guérir de cette façon, c'est faire à plaisir de cette thérapeutique de révulsion un système de bascule, une sorte de locomotive invisible, entraînant tout ce qu'on veut d'une région dans une autre ; comme si les maladies qui affectent les organes intérieurs ou la constitution étaient des êtres isolés, susceptibles, par conséquent, d'être attirés au dehors, déplacés ou rendus mobiles par l'influence de tel ou tel agent de révulsion, ce qui n'est pas.
La tonicité, ce mot exprime naturellementune tension, une résistance dans la fibre animale, dans les tissus organiques, ce qui, en bonne logique, devrait s'opposer, ce nous semble, à la fonte des engorgements ou des obstructions ; et, cependant, nous voyons tous les jours des affections de ce genre disparaître sous l'influence des eaux de Vichy. Ce qui prouve évidemment que la tonicité est ici un mot usé et sans valeur. Les résultats cliniques d'ailleurs sont là pour démontrer la fausseté d'une pareille assertion.
Quant à Y excitation, ce mode d'action, mis en scène par la plupart des médecins hydrologues, exprime également le resserrement des pores, des vaisseaux ou des glandes, dont l'effet doit naturellement arrêter toute sécrétion, et amener par conséquent la suppression ou tout au moins la diminution des urines, de la sueur et de la bile. Or, si les partisans de l'excitation n'admettent pas la diminution des urines ni la sécheresse de la peau, ce qu'il est impossible d'admettre, les eaux de Vichy ne sont donc pas excitantes, comme ces médecins le disent. Ou bien, si l'action des eaux alcalines consiste dans ces divers modes d'action, il faut que ces médecins renoncent alors à ces expressions, et rejettent toutes les lois thérapeutiques et physiologiques les mieux établies de nos jours, pour ne faire que de l'empirisme, c'est-à-dire une médecine qui n'a ni méthode ni théorie. Tout cela prouve évidemment que ceux qui ont adopté de pareilles idées sur l'action principale des eaux minérales de Vichy sont dans une erreur fondamentale. Et cette erreur, remarquez-le bien, n'est pas ici une chose indifférente, une affaire de pure théorie, car elle peut conduire à des applications funestes, par cela même que les indications qu'elle renferme ne sont pas exactes ; c'est à quoi n'ont pas réfléchi les médecins qui propagent de semblables chimères, sans s'occuper de mettre à profit les moyens
d'investigation que nous offrent tous les jours les sciences physiques et physiologiques, les seules qui puissent nous conduire à de bons résultats en fait de traitement.
Nous avons suffisamment démontré, je pense, que ce n'est point sur les excitants qu'il faut compter, pour la guérison des maladies organiques ou diathésiques, mais bien sur les éléments matériels constitutifs des eaux. Ceux qui souffrent trouveront des excitants partout , si c'est avec de pareils moyens qu'ils peuvent se guérir; mais quant aux modificateurs des forces vitales, indispensables pour produire une guérison réelle et durable, il faudra, pour les trouver, se rendre aux sources qui renferment les éléments modificateurs spéciaux à la guérison de ces maladies ; car, n'avoir pour action curative, comme on le proclame dans presque tous les écrits sur les eaux minérales, qu'une réaction organique nerveuse, c'est se faire une trèsfausse idée de la maladie et du remède, c'est n'envisager la question que sous un seul de ses côtés et ne satisfaire qu'à la moins importante et à la plus facile des indications thérapeutiques. Aussi, que de cruelles déceptions n'éprouveraiton pas,- si, dans les maladies chroniques, on s'imaginait qu'il ne faut qu'exciter l'organisme pour faire disparaître la maladie ! Si, à côté, on ne trouvait pas un modificateur spécial ou spécifique des forces vitales, mais alors on nuirait
beaucoup plus qu'on ne serait utile ; car, pour guérir une maladie chronique, il faut d'abord détruire la cause morbide qui mine la constitu- / tion ; or personne ne croira que les excitants ou les révulsifs, ce qui revient au même, puissent amener un pareil résultat. Il est également absurde de soutenir que la poussée, par l'irritation qu'elle détermine à la peau, épiphénomène accidentel et momentané, puisse révulser des engorgements intérieurs. Sous ce rapport également, cette action thérapeutique est évidemment nulle, parce qu'il existe des affections organiques, qu'il faut, avant tout, détruire matériellement pour les guérir, ou bien des diathèses ou des constitutions de mauvaise nature qu'il faut corriger, ce qu'on no pourra jamais obtenir avec l'excitation, médication basée sur un effet purement mécanique, et, par conséquent, d'une valeur médicale insignifiante et sans portée, de même qu'on pourrait le faire en pratiquant une friction sèche sur la partie malade, ce qui n'est pas admissible. Laissons donc de côté ces théories empruntées à une vieille routine ; mots sur lesquels s'appuient quelques médecins pour expliquer la principale propriété curative des eaux de Vichy, propriété que les sources minérales de tous les pays pourraient revendiquer au même titre, ce qui est loin d'être exact, et procurer aux malades les mêmes avantages. Heureusement, comme je l'ai démontré
plus haut, il ne faut pas beaucoup de science pour comprendre que c'est là une erreur fondamentale; car, il est incontestable qu'une différence aussi marquée dans la nature et les proportions des principes constituants des eaux minérales doit faire varier considérablement aussi les effets et les résultats dans le traitement des maladies.
Avant d'exposer le mode d'action d'un médicament, il faut demander à l'observation quelles sont les maladies que ce médicament guérit, et examiner la nature de celles qui en réclament l'emploi. Sous ce rapport, voici ce que nous trouvons dans la clinique de Vichy, concernant la nature des maladies qui s'y présentent, des lésions des solides, des liquides, et principalement aussi des lésions des forces ou propriétés vitales. D'après cet exposé, ces divers états morbides constituent évidemment le fond des maladies traitées avec succès à Vichy; notre opinion sur le mode d'agir des eaux de cette localité thermale doit donc se traduire dans ce sens, et nous oblige à dire que cette action consiste d'abord dans des actes dynamiques, lesquels s'adressent au principe vital, dans ses effets médicateurs, c'est-à-dire, qu'elles viennent en aide et secondent par leur présence les forces vitales, impuissantes jusqu'alors à opérer par elles-mêmes le rétablissement physiologique du malade.
D'autres fois aussi;, elles agissent d'une ma-> nière incontestable par une action physico-chimique.
Cette première pensée sur l'action dynamique est basée sur cette donnée, qu'une médication ne peut rétablir les fonctions organiques ni fortifier l'économie, qu'en détruisant par elle-même ou bien en venant seconder les efforts indicateurs des forces vitales, contre la cause morbide qui s'oppose au rétablissement de la santé du malade.
Ce n'est, je dois le dire, qu'après avoir examiné et cherché à approfondir la valeur réelle des diverses théories médicales sur l'action des eaux , et les divers systèmes philosophiques d'induction sur ce quid divinum de leur effet thérapeutique, que j'ai dû modifier certaines idées contenues dans les précédentes éditions de ce guide. Cette interprétation que je viens d'exposer m'a paru plus satisfaisante que les autres, parce qu'elle éclaire davantage notre intelligence, et que ses principes se trouvent renfermés dans la doctrine hippocratique dont on a cherché à s'éloigner, espérant trouver mieux, mais à laquelle on sera forcé de revenir, parce qu'elle repose sur l'observation des phénomènes naturels, et qu'elle est dépouillée, en outre, de toutes les susceptibilités que les différentes sectes ou différents systèmes ont voulu insensiblement y introduire; c'est, il faut le dire,
en s' appuyant sur les faits cliniques que la médecine thermale rendra le plus de services à la science et à l'humanité; on ne doit pas perdre de vue, toutefois, que la plupart des phénomènes vitaux tirent leur origine des mouvements dirigés par le principe vital, dans un hut nécessaire à la conservation de l'individu , et que beaucoup de médecins de nos jours croient devoir attribuer à des actions excitantes de la part des eaux sur la matière organique, médication basée sur un effet mécanique et d'une valeur médicale peu acceptable.
En ce qui concerne la seconde proposition de notre théorie, c'est-à-dire, l'action physico-chimique des eaux, j'ai été conduit également à adopter cette opinion , sur l'effet des eaux alcalines en particulier, parce qu'il m'a été démontré par les nombreuses expériences que jai faites au lit des malades, concernant leur action physiologique, que les maladies aiguës ou chroniques engendraient toutes des acides dans nos humeurs. Ainsi d'ailleurs que cela a été démontré par des chimistes qui font autorité dans la science, et qui sont étrangers aux théories médicales de Yichy, ainsi que nous l'avons vu lorsque nous avons examiné les effets produits sur l'organisme par l'influence des maladies chroniques. Cette acidification organique a lieu soit par suite de douleurs ou de troubles physiques, occasionnés par la maladie sur l'orga-
nisme , soit par suite de souffrances morales que les malades ou les bien portants sont susceptibles d'éprouver dans les diverses situations de la vie. C'est pour cela que les maladies chroniques trouvent à Vichy une indication des plus manifestes par la neutralité qu'elles apportent dans la nature de nos humeurs, comme aussi des plus salutaires lorsqu'elles sont administrées contre les cachexies diathésiques ou les maladies à longues souffrances.
Au nombre des agents les plus importants de l'organisme que la force vitale emploie pour présider à la conservation de la vie de l'individu se trouve le sang, ou chair coulante, suivant l'expression parfaitement juste deBordeu; c'est sur cette humeur que se porte principalement l'action modificatrice des eaux de Vichy. C'est par sa circulation que ce fluide veille à notre caloricité et d'où émanent tous les produits des diverses sécrétions ou excrétions organiques. Cette humeur, par conséquent, se dépose ellemême et chasse pendant son cours, de tous les organes qu'elle pénètre, les matériaux usés et vieillis, qui, par un séjour trop prolongé, deviendraient nuisibles à la santé de l'individu ; et cela est si vrai, que les éléments de mauvaise nature sont rejetés au dehors par les urines, les selles et la transpiration, ou bien régénérés par la combustion pulmonaire.
Si, comme nous l'avons vu plus haut, l'action
des eaux se traduit parfois par une action chimique , ce que nous venons do dire prouve combien cette action des eaux sur le sang des malades qui viennent à Vichy est importante à connaître, encore bien que beaucoup de médecins de nos jours crient à l'anathôme contre les idées chimiques ; sous ce rapport, nous ne pouvons faire mieux que d'invoquer l'opinion du docteur Filhol, qui dit : « Sans prétendre que la chimie puisse à notre époque fournir les moyens de se rendre compte de la manière d'agir des eaux minérales, on est cependant en droit d'affirmer qu'elle conduit souvent, par ses résultats, à des explications plus simples, plus naturelles et plus probables que celles qu'on obtiendrait sans son secours. » Disons aussi que la chimie, au point de vue de l'action des eaux minérales, éclaire la médecine, et que la clinique, qui doit être placée au-dessus, confirme leur action curative spécifique. C'est elle, en définitive, qui nous apprend à connaître la vertu des eaux ; mais vouloir éloigner toute idée chimique des théories médicales, concernant l'effet thérapeutique d'une eau chargée de principes salins comme celle de Vichy, c'est vouloir rester dans l'ignorance ou faire de l'opposition par système, de même que les humoristes, en admettant une matière peccante, un vice dans les humeurs, une altération plus ou moins profonde dans leur état physique et chimique ,
n'avaient pas non plus des idées qu'on doive totalement rejeter.
L'analyse chimique d'une eau minérale doit être, sans aucun doute, le point de départ ou l'indice des conditions de son application thérapeutique ; mais cette connaissance une fois acquise, il faut que le médecin lui donne par ses résultats cliniques le classement et les indications qu'elle pourra remplir dans le traitement des maladies, attendu que la vertu d'une eau minérale ne se déduit pas seulement de la présence du sel dominant qu'elle renferme, mais principalement de la combinaison intime de tous ses éléments constitutifs ; c'est sur l'ensemble de ses éléments de composition qu'on doit établir leurs propriétés spéciales, et qu'on peut les désigner pour être employées dans tel état pathologique ou tel genre de maladie.
Lorsque, dans une source minérale, une ou plusieurs parties intégrantes viennent à prédominer sur toutes les autres, on peut alors indiquer d'avance, jusqu'à un certain point, les conditions dans lesquelles il convient d'en faire usage, et rapporter à leur véritable cause les effets produits sans pouvoir affirmer, toutefois, que les autres éléments, plus faibles en quantité, n'ont produit aucune action dans les résultats de la cure.
Les divers éléments des eaux ont une action moyenne qui est le résultat de plusieurs forces
dépendant de chaque élément de composition, quelque insignifiant d'ailleurs que chacun de ces agents paraisse prendre à cette action.
La vertu des eaux doit être attribuée aussi, dans un grand nombre de stations thermales, non-seulement à l'état inconnu de combinaisons des principes qu'elles renferment, mais encore à leur thermalité prise à la source ; cette dernière circonstance est tellement importante , qu'on voit des effets remarquables de guérison dans des cas où on ne peut admettre ni calculer l'action des eaux par la quantité minime, ou la qualité des substances minérales que l'on y rencontre ; une grande partie de leurs bienfaits, dans ces cas, doit être attribuée à la thermalité, au climat et aux conditions extérieures dans lesquelles les malades se trouvent placés, ce qui en effet doit être pris en sérieuse considération.
L'eau de Yichy étant absorbée, comme nous le disions plus haut, ses éléments agissent par une action mystérieuse sur le principe vital, et ? J schimiquement sur le sang, phénomènes démontrés sous ce rapport par les changements qui s'opèrent bientôt après dans l'organisme, et que nous signalent la nature des sécrétions et des excrétions, lesquelles, douées de réaction acide normalement, deviennent alcalines après l'usage des eaux, et ce qui démontre également qu'elles s'adressent aux forces vitales, c'est l'imprcssionnabilité qu'elles exercent sur l'orga-*
îiisnie, en réveillant l'atonie des organes et l'inertie des fonctions, phénomènes qui se caractérisent par une plus grande vitalité dans l'ensemble de l'organisme. C'est en un mot par cette modification vitale et organique déterminée par la composition des eaux de Vichy, que le malade est mis en voie de guérison, et plus tard en état de santé, alors que les fonctions ^vitales auront été replacées dans leur milieu normal.
L'état de santé n'est possible, remarquons-le bien, qu'autant que le fluide sanguin ne se trouve pas modifié dans ses molécules intimes; car aussitôt qu'un état anomal existe, nous voyons que la force vitale s'affaiblit, que les actes vitaux sont dérangés et que bientôt après la maladie commence, et cela parce que le sang ne possède plus la même composition rigoureuse dans ses rapports moléculaires, ou bien que le liquide nourricier a reçu dans son milieu un levain ou principe morbide de mauvaise nature, qui le met dans l'impossibilité d'entretenir convenablement le mouvement perpétuel de la vie. C'est là ce que nous démontrent tous les jours les maladies chroniques ou diathésiques.
Le sang étant l'élément de la circulation et des sécrétions, on doit comprendre aussi que c'est lui qui fournit tous les matériaux de la nutrition, et que c'est sur l'ensemble et l'harmonie de ces principes constitutifs que la santé
de l'homme doit reposer, et par lesquels aussi tous les phénomènes vitaux physiologiques et pathologiques se développent ; or, si la nutrition cesse, le dépérissement commence et la force vitale conservatrice qui règle tout, n'a alors qu'une durée limitée, après laquelle l'homme décroît et cesse de vivre. D'après ce que nous venons de voir, nous devons ajouter que si le sang est le réservoir de la santé, il est aussi le véhicule d'une foule de principes morbides qui s'opposent àl' équilibre des fonctions vitales et entretiennent les maladies chroniques. Ces causes morbides rencontrent heureusement dans les eaux minérales de puissants moyens de les combattre.
Nous devons, d'après l'examen que nous venons de faire du mode d'action des eaux, poser en principe que celles de Vichy agissent de deux manières, chez tous les malades : d'abord en venant seconder l'action des forces vitales régénératrices, puis ensuite sur le sang qui, soit dit en passant, est par sa nature le tonique par excellence et le meilleur de tous les fortifiants connus, comme étant chargé de fournir les matériaux nécessaires à la construction des solides et à la composition des humeurs. Les sels des eaux sont, il faut bien le dire, éliminés par les sécrétions, mais ce n'est qu'après avoir agi moléculairement par leur présence sur l'ensemble de l'organisme. Un grand nombre de médicaments ne doivent leur efficacité qu'aux modi-
fications qu'ils impriment aux qualités du sang, lequel modifie à son tour, améliore, ralentit ou arrête l'action vicieuse des fonctions organiques et vitales. Sous ce rapport évidemment, les eaux de Vichy occupent le premier rang, et les faits cliniques sont là pour prouver d'ailleurs leur salutaire influence sur les forces vitales motrices, digestives, sécrétoires ou autres.
Voici, dans tous les cas, la marche qu'elles suivent pour opérer leur action thérapeutique ou médicale :
Ces eaux, en pénétrant dans le corps par les voies digestives, sont absorbées par les veines, les vaisseaux chylifères et la surface intestinale ; elles partent de là pour reconstituer, en vertu des principes qu'elles renferment en dissolution, les organes dans leur substance, et les humeurs dans leur nature, ce qui veut dire qu'elles procèdent par une action de présence, action qui est tout à la fois chimique et vitale : chimique, en allant toucher, provoquer*~ou modifier les divers éléments organiques, phénomènes démontrés par le changement immédiat qui se produit dans la nature chimique de nos humeurs; et ce qui prouve, en outre, qu'elles s'adressent en même temps au principe vital, c'est l'impressionnabilité qu'elles exercent sur l'organisme, en réveillant l'atonie des organes et l'inertie des fonctions.
« Dans les maladies chroniques, dit M. Patis-
sier, les eaux minérales agissent surtout en imprimant aux organes un état aigu qui les réveille de leur engourdissement. »
En résumé, la seule théorie admissible aujourd'hui, concernant le mode d'action des eaux de Vichy, est celle qui nous la fait envisager au fond comme une médication altérante, -par laquelle nous sollicitons en agissant sur les forces vitales le remontement de l'organisme, affaibli par une cause morbide. En faisant remarquer toutefois que les altérants, en modifiant, par une action moléculaire, les divers états morbides, changent consécutivement aussi la vitalité dans l'ensemble de l'organisme, ce qui n'a pas lieu avec les excitants, qui n'ont rien de spécifique comme fortifiants s'ils ne sont accompagnés d'analeptiques ou de modificateurs matériels du sang.
Cette analogie des altérants avec les eaux minérales est si évidente, qu'ils doivent être administrés comme elles à petites doses régulièrement et progressivement, et qu'ils agissent de même avec lenteur en s' assimilant à l'organisme. Les effets des eaux, il faut le dire, sont souvent lents à se manifester, parce qu'ils ont un état général morbide tout entier à combattre, qu'il a fallu dégager pour ramener l'individu à l'état de santé.
Maintenant que nous venons d'exposer le mode d'action des eaux, le côté mystérieux et
le côté scientifique, nous devons ajouter que pour rendre les eaux salutaires, il y a certaines conditions importantes à remplir.
Ces conditions sont relatives aux quantités d'eau nécessaires à chaque malade, comme nous le verrons plus loin, selon son âge, sa constitution et le degré de la maladie; mais ce qui est important à dire ici, c'est qu'il faut examiner attentivement la situation du malade avant de commencer l'usage des eaux, et savoir s'il y a indication ou contre-indication à lui appliquer le remède, le régime, ainsi que l'hygiène à suivre pendant le traitement, questions qui, bien qu'en dehors de l'action médicale des eaux, s'y rattachent néanmoins de la manière la plus essentielle ; c'est pourquoi nous avons cru utile de traiter toutes ces questions en particulier, ainsi qu'on le verra plus loin.
Indépendamment de cette action organique et vitale, dont nous venons de parler, il en existe une autre que l'on peut appeler fondante, laquelle s'exerce pour ainsi dire d'une manière élective sur les tissus engorgés. Voici d'ailleurs, d'après l'étude des faits, l'explication la plus rationnelle qu'il soit possible d'admettre sur cette propriété des eaux. Prenons pour point de comparaison un des organes malades pour lesquels on vient le plus ordinairement à Vichy, le foie, par exemple, ou la rate engorgés, qui, soit dit en passant, reçoivent en particulier une très-
grande quantité de sang, nous dirons à cet, égard que le sang, une fois alcalisé et mis en contact avec nos tissus, agit de deux manières : en s'opposant d'abord à l'accroissement de l'engorgement; et puis en éliminant les matières plastiques par les urines, les sueurs ou les autres émonctoircs naturels de l'économie.
Cette propriété des alcalis d'agir sur les dépôts fibrineux n'a pas été seulement remarquée de nos jours ; car Tardy dans sa Dissertation svr les eaux de Vichy, en 1755, dit « que le médecin de Mony, après avoir lavé exactement la couenne d'un sang pleurétique, la fit macérer dans un verre d'eau de la Grande-Grille, et que du soir au lendemain elle fut totalement dissoute, et qu'il n'en restait aucun vestige. »
M. le docteur Baron a publié également des observations fort intéressantes sur le traitement de la diphthérite par l'eau de Vichy et le bicarbonate de soude, lesquelles confirment l'opinion de Tardy, et démontrent leur action curative et préservative contre la formation des dépôts pseudo-membraneux dans l'angine couenneuse et le croup, en agissant sur le sang par un effet antiplastique.
D'après ces faits, comme aussi d'après mes propres expériences, dont j'ai parlé plus haut, il n'est plus permis de révoquer en doute aujourd'hui la propriété antiplastique des eaux alcalines de Vichy contre ces états morbides, et
cette opinion est d'autant plus fondée, qu'elle s'accorde parfaitement aussi avec la théorie, généralement admise, pour expliquer la nature des obstructions, ainsi que le prouvent les expériences microscopiques rapportées par un grand nombre de savants, tels que Thomson, Hastings, Wilson, Kattenbrunner, etc. Ces auteurs, pour démontrer la formation de l'engorgement ou de l'épaississement de nos organes à la suite des maladies, disent que le sang, par suite d'une cause irritante ou inflammatoire quelconque, afflue avec plus d'abondance dans les points irrités ; que, dans cette circonstance, la transformation du sang artériel en sang veineux ne se fait plus aussi complètement; que les globules de sang se trouvent, par conséquent, serrés les uns contre les autres ; qu'ils se collent et forment par leur réunion de petits caillots, dont une partie seulement passe dans les capillaires veineux. Si cet état fluxionnaire continue, il arrive un moment, disent également ces auteurs, où la circulation s'arrête ; les veines alors se dilatent, en laissant perspirer et déposer dans les parties environnantes intrafibrill aires des tissus une matière coagulable, albumineuse et fibrineuse, qui s'épaissit, après s'être extravasée par inflammation ou par hémorrhagie, ce qui donne lieu aux divers engorgements que nous constatons chez les malades.
Cette théorie est d'autant plus admissible, quo
partout où il existe un état inflammatoire, nous voyons la nature développer sur ces points des produits fibrineux ou pseudo-membraneux.
Or, il est bien évident qu'en augmentant les sécrétions, les eaux dégagent et rétablissent la liberté dans les organes sécrétoires et qu'elles doivent s'opposer en même temps à la formation des concrétions sanguines vasculaires nouvelles.
Les eaux de Vichy, d'après nos observations, jouent également dans les maladies diathésiques ou cachectiques un double rôle, celui de rétablir les fonctions vitales lésées, et de neutraliser la cause morbide, goutte, gravelle ou cachexie; c'est là l'action substitutive ou altérante dont nous avons parlé plus haut, à la-r quelle vient s'unir l'action vitale.
L'heureuse influence que les malades atteints de fièvres lentes, irrégulières, avec cachexie paludéenne, obtiennent des eaux de Vichy avait été signalée déjà par Baglivi, qui rapporte que rien n'est plus utile que les substances lixivielles, alcalines, dans les fièvres intermittentes anciennes.
Je dois ajouter ici que tout le secret de l'action des eaux et de leur réussite réside en partie dans la juste proportion des doses à administrer, eu égard à l'intensité de la maladie, à son ancienneté, à sa nature et à la tolérance du malade, ainsi que cela est indiqué au chapitre
qui traite du mode d'administration des baux; car la vcrlu du médicament n'est au fond qu'un phénomène secondaire, dépondant d'une seule et même propriété, selon la dose et les conditions Organiques. L'économie a' des limites pour supporter l'action médicatrice d'un agent thérapeutique, limites que le médecin doit savoir apprécier, mais qu'il ne peut connaître que par le résultat d'un grand nombre d'observations et une longue pratique des eaux. C'est ainsi, par exemple, que l'émétique, dont tout le mondé connaît les effets, produit, à très-faible dose, des évacuations, et, à une dose plus élevée, dos sueurs qui réduisent le malade à un état de faiblesse extrême avec prostration des forces générales. Il en est de même de tous les médicaments actifs, dont l'effet varie suivant leurs proportions.
Guy ton de Morveau a dit avec raison : « Moins d'un millième d'une substance ajoutée ou soustraite dans une composition y produit des changements de propriété notables. »
Ce qui indique que ce n'est pas toujours de la quantité d'un médicament que dépend sa force curative, mais bien de ses divers états de division ou de combinaison.
C'est, en un mot, par des phénomènes analogues, mais qu'on n'a pas étudiés jusqu'à présent, que les eaux de Vichy exercent leurs bonnes ou mauvaises influences; c'est pourquoi j'engage
les malades à ne jamais dépasser la limite de la~ tolérance, ni produire une alcalinité humorale trop prononcée. Ajoutons aussi que, pour faciliter l'action thérapeutique d'un médicament, il faut que la personne se trouve dans des conditions particulières d'état maladif. Ces conditions, rigoureusement indispensables quand il s'agit d'appliquer un traitement quelconque, doivent être particulièrement observées lorsqu'on se propose de faire usage des eaux de Yichy, si l'on veut éviter les effets nuisibles qu'on observe parfois, et qu'on attribue le plus ordinairement à l'acuïté des eaux, quand, pour être dans le vrai, il ne faudrait en accuser que l'inopportunité de la situation du malade, quelquefois son intempérance, et souvent aussi une trop grande quantité d'eau minérale prise dans un trop court espace de temps. C'est ainsi, je dois le dire, qu'à de bonnes choses on fait souvent une mauvaise réputation.
Ce qu'il y a de remarquable, même dans les insuccès de guérison chez les malades qui viennent à Yichy, c'est qu'en général ils éprouvent une influence favorable sur l'ensemble de la santé ; en sorte que, si les forces vitales de la personne ne sont pas trop affaiblies, l'impulsion vers le rétablissement harmonique des fonctions étant donné, la santé peut s'améliorer, ou du moins se soutenir, et permettre d'attendre le secours d'autres moyens plus salutaires.
Nous devons dire aux malades, pour rectifier leurs idées ou détruire leurs préjugés, que l'affaiblissement qui accompagne les maladies en général ne tient pas toujours à la faiblesse du corps, mais bien à la souffrance des organes malades ; et cela est si vrai, que, dans les maladies, excepté celles où il y a délire convulsif, signes d'une affection aiguë du système nerveux cérébro-spinal, on n'est faible que parce qu'on souffre ; faites cesser la souffrance, un mal de tête, par exemple, une douleur dans le genou ou dans le pied, qui vous empêche de vous tenir debout, et à l'instant vous recouvrez vos forces : ce qui veut dire , en un mot, que les forces générales ne reviennent que lorsqu'on a détruit les éléments morbides renfermés dans l'organisme.
En résumé, l'action régénératrice des eaux minérales a rendu et rend tous les ans d'innombrables services aux malades, qu'ils y viennent pour une seule affection ou bien pour le rétablissement d'une santé détériorée, attendu que dans toutes les maladies il y a solidarité d'action, et qu'en guérissant une affection qui n'est que locale, on modifie à l'instant même l'ensemble de l'organisme, de même que dans l'état normal chaque fonction s'enchaîne à toutes les autres ; c'est ainsi que, sans exhalation, point d'absorption; sans digestion, point de nutrition. Notons en passant aussi qu'il n'existe pas de maladie
saus un trouble quelconque dans cette dernière fonction.
Règle générale : comme les maladies qui intéressent la santé tout entière ont besoin de suivre un long traitement, il sera utile, dans ce cas, que les malades reviennent plusieurs années de suite, afin de débarrasser complètement l'organisme de toutes ses dispositions morbides.
Quelques médecins pensent qu'il s'opère des crises chez les divers malades qui viennent à Vichy, c'est-à-dire que la cause morbide est déplacée et entraînée par un mouvement d'excitation causé par les eaux : phénomènes caractérisés, dans les anciennes doctrines médicales, par les sueurs, les urines et les selles, ou bien encore par des éruptions cutanées. Les urines et la transpiration sont augmentées, sans doute, mais leur abondance ne peut constituer une véritable crise. Or j'avoue n'avoir jamais vu aucun de ces phénomènes se produire d'une manière positive. Dans tous les cas , s'ils ont lieu, ils doivent s'opérer bien lentement, car j'ai observé bien des malades qui souffraient beaucoup en arrivant, et qui se rétablissaient en éprouvant simplement une diminution lente et progressive dans les principaux symptômes de leur maladie ; ce qui prouverait, dans tous les cas, qu'un déplacement par des crises ou par des réactions vitales n'est pas indispensable à la guérison. L'organisme, au contraire, accepte les eaux de
Vichy à doses convenables, sans développer des phénomènes d'excitation ni de réaction manifeste. Je n'ai jamais vu non plus, je dois le dire, des congestions cérébrales ni pulmonaires se produire. Ce qui prouve que toutes ces théories par des crises ne peuvent être appliquées aux eaux de Vichy ; elles sont reconstitutives, c'est lace qui ressort, de la manière la plus évidente, des effets thérapeutiques observés chez tous nos malades.
En ce qui concerne l'action des eaux alcalines à l'égard des tempéraments, le tempérament lymphatique, par exemple, l'opinion générale des médecins veut que les eaux alcalines sodiques ne soient pas employées dans les affections qui dépendent de ce tempérament. Ceci pouvant être vrai en principe , il est convenable et utile de préciser les cas dans lesquels cette médication pourra être appliquée, sans aggraver la situation fâcheuse du malade. Or il est évident que si les affections pour lesquelles les malades viennent réclamer l'usage des eaux alcalines, dépendaient directement de la nature lymphatique ou vicieuse du sujet, comme tumeurs blanches, engorgement des glandes cervicales, etc., ces eaux, dans ce cas, ne pourraient évidemment leur être favorables. Mais si ces affections sont la conséquence d'un tempérament lymphatique acquis, soit sous l'influence du genre de vie, des habitudes, du climat, de la
profession, soit par suite de maladies chroniques, avec débilité consécutive dans l'organisme, de fièvres intermittentes rebelles, de cachexie paludéenne, d'engorgement du foie, de la rate ou des ganglions mésentériques, avec épanchement de sérosité, et même avec des signes d'hémorrhagies passives, les eaux alcalines de Vichy, ainsi qu'un grand nombre d'exemples nous permettent de l'affirmer, ce que nous verrons d'ailleurs lorsqu'il sera question des maladies de la rate, seront alors employées avec le plus grand avantage pour la guérison de la maladie et le rétablissement de la constitution ou des forces vitales du malade.
Le traitement par les eaux de Vichy, bien loin, dans cette circonstance, d'augmenter la faiblesse et les hémorrhagies passives, comme on l'a cru à tort jusqu'à présent, relève au contraire les forces, tarit les pertes de sang, en lui donnant de la plasticité, par suite du rétablissement des fonctions digestives et assimilatrices, cjue les eaux tirent de leur engourdissement, comme aussi en diminuant l'acidité des humeurs inhérentes aux affections chroniques, comme cela a été démontré plus haut.
Il faudra seulement modérer ici les doses et administrer les eaux pendant un certain temps avec quelques intervalles de repos. A ce sujet, nous ferons remarquer que les tempéraments sont quelquefois tellement modifiés par la na-
ture des maladies et par la durée des souffrances, qu'on a souvent bien de la peine à reconnaître l'origine de la constitution normale de l'individu, au moment où il arrive pour commencer la cure. Le tempérament nerveux est peut-être celui qui ne disparaît pas aussi complètement que les autres ; lui seul, par conséquent, nous a permis de faire quelques remarques, que l'on trouvera au chapitre des indications.
Il existe à Vichy des sources dont l'analyse chimique n'indique aucune différence de composition, mais qui, néanmoins, ont acquis par l'expérience des temps une spécialité d'action qui fait qu'elles s'appliquent plus particulièrement au traitement de certaines affections organiques, ou à certaines idiosyncrasies ou tempéraments particuliers.
C'est ainsi , par exemple , que les eaux thermales de la source de l'Hôpital paraissent plus spécialement indiquées dans les affections qui ont leur siège dans l'estomac et dans les intestins. Celles de la Grande-Grille, également thermales, sont administrées dans les maladies biliaires du foie, de la rate ou du mésentère. Celles des Célestins, qui sont froides, s'adressent de préférence aux goutteux, aux graveleux, ainsi qu'aux affections de la vessie et aux maladies des reins.
Je dois, en terminant, pour confirmer la bonne direction que j'ai donnée au traitement des ma-
lades par les eaux de Vichy, rapporter ici l'opinion suivant laquelle l'Académie de médecine entend qu'on étudie l'action médicale des eaux minérales en général.
« Pour se livrer à des études sérieuses sur les propriétés médicales des eaux minérales, a dit l'Académie de médecine, il faut mettre à profit tous les moyens d'investigation que possèdent maintenant les sciences physiques et physiologiques; c'est en étudiant par l'analyse chimique les modifications qu'éprouvent les sécrétions, sous l'influence des eaux employées, qu'on peut arriver à des résultats qui pourront réellement devenir utiles à l'enseignement et à la pratique de la médecine, car il y a beaucoup de choses inconnues encore dans l'action des eaux minérales. » (Séance du 22 avril 1850.)
C'est précisément dans ce sens que j'avais dirigé mes recherches en arrivant à Vichy, ainsi qu'on peut le voir d'ailleurs par les observations nombreuses qui m'ont servi à les établir.
En résumé, nous pouvons conclure de tout ce qui précède que la médication thermo-minérale alcaline de Vichy est un ensemble d'éléments médicamenteux, une tisane composée par la nature, dont la valeur, d'après les connaissances que nous possédons, l'étude physiologique et les observations cliniques qu'on lira plus loin, peut être déterminée par l'observation,
comme celle de tout autre médicament. C'est en nous appuyant sur ces données les plus certaines pour arriver à connaître les propriétés médicales des eaux, que nous pouvons préciser aujourd'hui leur action thérapeutique et régler définitivement les cas de leur application, en disant :
1° Qu'elles opèrent par une action régénératrice, que Bordeu appelait remontante, ou tonique de l'économie ;
2° Que cette action s'exerce par le moyen des éléments de l'eau minérale agissant directement en touchant, provoquant ou modifiant les organes et les humeurs du corps ;
3° Qu'elles agissent par un effet métasyncritique, qui change et dissipe l'état morbide en venant au secours et en réveillant l'action des forces vitales, impuissantes jusque-là à opérer le rétablissement du malade ;
4° Qu'en provoquant une augmentation de sécrétion des sucs ou fluides gastriques, biliaires, urinaires ou cutanés, elles rendent la circulation sanguine plus facile, phénomène qui a pour résultat la diminution des obstructions ;
5° Qu'elles corrigent, neutralisent et détruisent, parleur nature chimique spéciale, certains produits acides de l'économie;
6° Qu'elles apaisent ou font cesser les douleurs goutteuses et rhumatismales, par la présence des éléments salins, ainsi que par la ther-
malité que ces eaux impriment à la peau par le mode balnéaire ;
7° Qu'elles agissent par leur action remontante, reconstitutive ou régénératrice dans certaines diathèses ou cachexies, suite de fièvres paludéennes;
8° Qu'elles impriment à la débilité des fonctions digestives dans les longues convalescences, les faiblesses de constitution, les cachexies par défaut d'assimilation , ou atoniques , une modification vitale , un remontement général organique et fonctionnel très-remarquable, en régularisant les actes vitaux et en corrigeant la nature des sécrétions altérées ; ,
9° Qu'elles font cesser les diverses maladies nerveuses de l'appareil digestif et du foie, les gastralgies, les entéralgies et les coliques hépatiques , en les modifiant favorablement , propriété admise aujourd'hui par tous les médecins et tous les malades , sans contestation aucune.
Mais ce qui donne aux eaux de Vichy une si grande valeur médicale, c'est qu'elles s'adressent, quelle que soit l'affection qui les réclame, à la plus importante de toutes nos fonctions , à la digestion ; car si cette fonction est insuffisante , aucun aliment ne peut nourrir le corps ; de là trouble dans l'équilibre et l'exercice harmonique de toutes les opérations physiologiques do la vie : c'est le commencement de la diminution
du sang, dont la cessation de la respiration est la fin.
En résumé nous voyons, d'après ce qui précède , qu'il existe dans toutes les affections chroniques un défaut d'action vitale avec abolition partielle ou incomplète de Ja vie de nutrition, et des forces qui président à l'action spéciale des organes. Or, si les eaux de Vichy rétablissent la santé chez les malades ainsi affectés , il est incontestable et nous sommes forcé d'admettre qu'elles réveillent les forces vitales en ramenant à des conditions meilleures de réparation et d'assimilation l'état organique de l'individu.
Il paraîtrait, d'après des recherches récentes non encore admises dans la science, publiées par M. Scoutetten, que les effets thérapeutiques des eaux minérales tiendraient à deux causes : à leur électricité et à leur action médicamenteuse ; celle-ci n'aurait qu'un effet secondaire, tandis que la première, dit l'auteur, la plus importante, ne se manifeste d'une manière énergique qu'à la source. Loin de leur origine , les sources minérales, ajoute l'auteur, ne fournissent plus qu'un courant aussi faible que ceux des eaux ordinaires de rivière.
Opinion des anciens médecins sur les propriétés attribuées aux sources de Vichy.
Si, après avoir tracé, ainsi que nous venons de le faire, les principaux caractères des éléments et effets des eaux de Vichy, nous ouvrons les livres des auteurs anciens qui ont écrit sur ces eaux, nous trouvons qu'il n'est pas de maladies ni d'infirmités dont elles ne puissent opérer la guérison. Cette opinion d'une vertu curative sans bornes n'est pas plus exacte, disons-le tout d'abord, que celle de leurs propriétés purgatives ; « car, dit Chomel, dans un ouvrage publié en 1734, les eaux de nos fontaines sont apéritives, désopilatives et purgatives, les unes plus, les autres moins. » Cette dernière vertu est si peu vraie, qu'elles produisent ordinairement un effet tout contraire, surtout si, comme le recommande Fouet, on a soin de ne les prendre qu'à très -petites doses. De cette manière aussi elles agissent avec plus de fruit ; car si elles purgent, dit également ce médecin, cela ne peut être dû qu'à leur propre poids, c'est-à-dire que le malade en aura pris une trop grande quantité à la fois. Après ce dérangement, il n'est pas rare de voir une constipation opiniâtre s'établir, et la personne être obligée souvent d'avoir recours ensuite aux lavements purgatifs.
« Les sources de Vichy, continue le même auteur, ont des propriétés si naturelles, qu'elles commencent à agir en arrivant dans la Louche ; elles fortifient les gencives, lavent la langue et le palais, et dégagent par là les organes du goût. Elles donnent issue au suc salivaire, elles guérissent la paralysie de la langue, elles débouchent l'orifice de l'estomac et réveillent l'appétit ; elles agissent sur l'estomac par leur alcali fixe et volatil, qui déterge , divise et emporte les humeurs épaisses qui enduisent les parties, en se chargeant de l'acide étranger qui les a fixées, et en le détruisant. Cet acide étranger abandonne ces voies, et de cette manière les humeurs se précipitent et sont entraînées hors de l'estomac. Elles favorisent aussi les autres parties naturelles ; elles guérissent les coliques venteuses , néphrétiques et bilieuses ; pour les coliques néphrétiques, toutes nos eaux d'ailleurs sont infaillibles. Elles guérissent l'asthme , elles répandent une rosée bienfaisante, particulièrement sur les poumons. Je ne parle pas, dit Chomel, des pulmoniqucs avérés, chez qui l'ulcère est formé. Elles sont bennes pour les hydropisies de poitrine naissantes; elles arrêtent les crachements de sang, ainsi que les autres hémorrhngics et les mois des femmes. Elles ne guérissent pas la phthisie, mais elles en préservent; elles guérissent aussi les migraines, la dépravation de l'odorat: elles
calment les coliques hépatiques ; elles soulagent toujours les personnes atteintes de péritonite chronique, d'aménorrhée, de chlorose, d'hystérie et de leucorrhée. Elles sont évidemment nuisibles aux maladies de l'encéphale, aux personnes menacées d'apoplexie ou de maladie organique du cœur. » En lisant les autres ouvrages publiés anciennement sur Vichy, nous trouvons partout de semblables citations.
Indications dans l'administration des eaux de Vichy.
L'efficacité des eaux est toujours subordonnée à la justesse de leur application; de là nécessité de régler les indications qui doivent se déduire de la nature du médicament, des proportions des matériaux qu'il renferme, du mode de l'administrer, et surtout de l'état du malade. Sans doute toutes les affections dont nous avons parlé plus haut peuvent trouver dans les eaux alcalines un puissant moyen de secours ; mais, pour qu'il en soit ainsi, il faut le concours de certaines conditions que nous allons indiquer. Avant de commencer l'usage des eaux, on devra d'abord rechercher avec soin si les organes destinés à recevoir le médicament peuvent en supporter l'effet; il est important ensuite de mesurer, pour ainsi dire, suivant chaque individualité, le degré d'action de l'eau qu'il
faut atteindre sans le dépasser. Ce sont là des difficultés pratiques qui regardent le médecin des eaux.
Celui-ci ne perdra pas de vue que c'est plutôt l'état de la lésion organique que les tempéraments, qui disparaissent souvent à la suite de longues maladies, qu'il faudra consulter avant d'administrer ce médicament. Il devra régler aussi les doses d'eau et ne les fairo. prendre que selon les conditions morbides, et non suivant la tolérance de l'estomac ; c'est en cela que consiste le secret de la cure et le bon effet des eaux.
Dans tous les cas, il convient de procéder avec prudence et par tâtonnements; car il y a des personnes, rares à la vérité, qui ne peuvent .en supporter la plus petite quantité sans que l'estomac se révolte, ou que les fonctions intestinales ne s'en trouvent profondément dérangées ; ce qui prouve qu'il faut aller avec prudence, sonder la susceptibilité du malade avant de pouvoir régler le traitement et déterminer la dose définitive à prendre. Les petites quantités , en général , sont préférables , toutes choses égales d'ailleurs, parce qu'elles ne chargent pas l'estomac, qu'elles sont mieux absorbées et qu'elles ramènent plus aisément les fonctions à leur état naturel. Cette précaution est surtout utile dans les maladies aiguës du foie, du poumon ou des reins, à cause de la vascularité de ces organes.
Les enfants et les femmes nerveuses ne doivent pas, sous le rapport des doses, être traités comme les hommes, dont la tolérance est toujours beaucoup plus grande. Il en est de même pour les tempéraments nerveux, qui exigent que les eaux soient prises avec ménagement, afin de ne pas surexciter le système nerveux. Il faut, dans ces cas, avoir soin de commencer la cure avec des doses faibles, qu'on élèvera peu à peu; d'autres fois, il sera nécessaire de les couper, soit en boisson, soit en bains, avec de l'eau ordinaire, de l'eau gommée, des infusions de tilleul, de feuilles d'oranger, de camomille, et quelquefois avec du lait.
Il serait avantageux de se reposer de temps à autre pendant le traitement, un jour ou deux, afin de mieux disposer les organes à l'action des eaux et d'éloigner plus sûrement le moment de la satiété, chose qu'il faut autant que possible éviter, parce qu'elle nuit à la cure et fatigue les organes. Il ne faut pas non plus trop prolonger le traitement ni chercher à obtenir une guérison forcée ; de graves inconvénients ou la perte du bienfait de la saison ont été souvent le résultat de pareilles imprudences : il vaut beaucoup mieux revenir une autre année et attendre avec patience l'effet consécutif des eaux ; car, en toutes choses, il faut donner le temps au temps.
La variété des tempéraments et des maladies fait qu'il est des personnes ou très-sensibles ou
très-réfractairos à l'action des eaux. D'après cela, il importe au médecin de bien connaître et la maladie et la constitution du malade ; c'est ainsi qu'il jugera du parti qu'il peut tirer flu remède, et saura en arrêter ou augmenter l'emploi, suivant les indications.
Les eaux de Vichy ne doivent provoquer qu'à un degré très-faible des phénomènes de réaction et des mouvements critiques, à cause de la fièvre qu'il faut éviter, parce qu'elle engendre des acides qui s'opposent naturellement à l'efficacité spéciale des eaux ; il est du reste convenable de les suspendre ou de les mitiger lorsqu'il survient pendant la cure quelques phénomènes fébriles, attendu qu'elles n'agissent convenablement qu'autant que leur administration a lieu avec lenteur, sourdement, et en pénétrant intimement jusqu'à la trame la plus profonde de nos tissus, afin de modifier doucement, par leur contact, la nutrition, les sécrétions et la vitalité organique, sans jamais amener de secousses violentes. En général, l'action lente et modérée guérit; trop forte, elle exaspère ou ramène les inflammations, et hâte parfois les dégénérescences organiques. Il ne faut pas oublier non plus que le calorique des eaux est comme le calorique artificiel , qu'il élève le pouls momentanément, ce qui indique que les eaux froides ou tempérées seront préférables aux malades qui sont sujets aux con-
gestions. C'est dans l'application rigoureuse de tous ces préceptes que l'on trouvera le secret des cures merveilleuses opérées tous les ans aux sources de Vichy.
Les personnes qui ne sont pas malades doivent s'abstenir de boire ces eaux ; beaucoup se sont trouvées fort mal d'avoir voulu satisfaire leur curiosité ou se traiter pour une maladie à venir, car il est à remarquer que la tolérance semble diminuer chez les malades à mesure que l'organisme rentre dans son état normal.
Contre-indications dans l'emploi des eaux de Vichy.
Il est du devoir du médecin de prévenir les malades qui se proposent de faire usage des eaux de Vichy, que ces eaux ne peuvent convenir en boisson à des estomacs frappés d'inflammation vive ; qu'elles n'agissent d'une manière favorable qu'autant qu'on les oppose à des affections qui ne sont ni trop anciennes ni trop aiguës. Dans l'état aigu, ou avec fièvre, elles seront rarement utiles, parce qu'elles déterminent un surcroît d'irritation suivie de fièvre. Dans un état de chronicité trop avancée, il est à craindre aussi qu'elles ne demeurent sans efficacité, la maladie ayant eu le temps de prendre une position pour ainsi dire normale, définitive ou incurable.
Il est à noter , en même temps , que tous les mouvements fébriles, que la diarrhée, une indigestion, la fatigue, une irritation vive et étendue de la peau ou des intestins, un trouble moral quelconque, etc., qui s'opèrent en nous, modifient les propriétés chimiques de nos humeurs, celles de l'urine en particulier, en les faisant passer avec la plus grande promptitude de l'état alcalin à l'état acide ; c'est ce que nous avons observé chez tous nos malades qui, présentant un état alcalin des fluides, venaient à éprouver pendant la cure des préoccupations morales, ou des dérangements physiques ; dans ces cas, on voit bientôt après les acides se mêler au sang et apparaître par toutes les voies d'excrétion. Ce changement chimique se manifeste parfois avec une facilité telle, que le simple malaise fébrile qui se produit ordinairement pendant la digestion stomacale suffit pour l'opérer, ce qui prouve, d'autre part, combien l'acidité augmente toutes les fois qu'une perturbation quelconque a lieu dans la marche régulière de nos fonctions.
Par ces mêmes motifs, la poussée, si utile pour la thérapeutique dans la plupart des établissements thermaux , ne saurait convenir aux malades traités par les eaux de Vichy ; c'est pour cela que les médecins qui , à toutes les époques, ont dirigé le traitement des malades dans cette localité thermale, n'ont jamais re-
cherché, sans trop s'en rendre compte, il est vrai, ce mode d'action thérapeutique halnéaire.
Ces retours à l'acidité peuvent interrompre et empêcher chez certains malades le hienfait de la cure : c'est pour cela aussi que les anciens médecins recommandaient aux personnes de n'arriver à Vichy qu'avec l'esprit tranquille et le corps sans souffrances aiguës. La chimie aujourd'hui rend parfaitement compte, par les remarques qui précèdent, de l'utilité de ces recommandations, qu'une longue pratique et les mauvais résultats obtenus en pareil cas leur avaient appris à connaître.
Toutes ces sages recommandations s'expliquent aujourd'hui et se trouvent démontrées par les observations physiologiques et chimiques qui constatent que l'alcalinité naturelle du sang diminue chez les personnes qui souffrent, et dont le rétablissement ne peut s'opérer qu'autant que cette humeur a repris son état normal d'alcalinité.
Elles sont également contre-indiquées sous forme de bains toutes les fois que la peau est ulcérée, irritée, ou sur le point de s'enflammer.
Quelques médecins ont prétendu que lorsque les eaux alcalines avaient un effet purgatif, elles étaient plus avantageuses pour les malades. Tardy penso qu'à l'égard des eaux de Vichy, cet effet doit être évité ; mais que si, par hasard, on désire l'obtenir, on n'a qu'à boire vite et
beaucoup à la fois. Ces sources, il faut le dire, n'agissent jamais plus efficacement que lorsqu'elles ne causent aucun trouble ni dérangement du côté des voies digestives.
On se plaint souvent que ces eaux portent à la tête ; qu'elles échauffent ou causent de la diarrhée, des pesanteurs d'estomac suivies de crampes; qu'elles affadissent le cœur; qu'elles déterminent des gonflements de ventre, avec irritation de l'estomac et des intestins , accompagnée de chaleur à l'anus, de démangeaisons à la peau. Tout cela n'est dû le plus souvent qu'à la trop grande quantité d'eau prise dans un temps trop court, et dont l'écoulement n'a pu se faire dans les mêmes proportions ni par les urines ni par la transpiration. Il arrive parfois que les malades éprouvent dès les premiers jours de la diarrhée, de l'irritation ou du malaise du côté de l'estomac, avec agitation et lourdeur de la tète, et qu'ils vomissent l'eau minérale qu'ils prennent. Ces symptômes, quand la dose est modérée et que le malade suit un régime convenable , ne sont ordinairement que passagers ; il ne faut pas s'en effrayer, car souvent les eaux ne sont bien supportées qu'après qu'elles ont été prises pendant quelques jours. Mais si les symptômes gastriques persistaient, ce serait un indice certain que l'estomac est très-irrité ou trop susceptible ; il faudrait alors suspendre le traitement pour le reprendre en-
suite à plus petite dose, ou bien couper les eaux avec une boisson douce ; il est permis de supposer aussi que la tolérance n'est pas encore établie, et qu'il y a nécessité de surveiller l'action des eaux.
Cette tolérance de la part de l'estomac et des intestins, sans laquelle le traitement est impossible, a lieu presque toujours dès le début, si on a eu soin d'augmenter insensiblement la dose, ou de mitiger l'eau minérale avec de l'eau douce, ce qui est souvent nécessaire à Vichy, à cause de la richesse des éléments constitutifs des sources. Prises à des doses élevées, elles occasionnent quelquefois un sentiment de pesanteur et de chaleur à l'estomac et même des vomissements ; le pouls devient alors plus fort , plus fréquent ; la fièvre se déclare souvent chez les personnes douées d'un tempérament très-irritable , les selles deviennent plus fréquentes. Les ëaux purgent alors par leur propre poids, comme disait Fouet , c'est-à-dire qu'elles ne sont pas tolérées à cette dose. Dans ce cas, on Voit survenir la soif, la perte de l'appétit et la difficulté de digérer ; il faut aussitôt suspendre les eaux et ne les reprendre qu'avec une grande réserve. La quantité d'eau est toujours relative, car celle qui est forte pour l'un sera peutêtre trop faible pour l'autre; tout cela tient à la constitution, à l'état maladif de la personne ou ai ix brgancs chargés d'en supporter l'action.
Il y a contre-indication relativement aux eaux alcalines dans les maladies organiques du cœur ; dans les anévrysmes, dans les paralysies ou dans les engourdissements des membres qui dépendent d'une apoplexie ou d'une lésion de la moelle épinière, de même que dans les névralgies aiguës liées à l'hystérie ou à l'épilepsie, la chorée, la démence ou les convulsions , comme aussi dans les cas de dégénérescence organique cancéreuse, tumeurs kysto-hydatidiques ou tuberculeuses avec fièvre hectique , dans les hémorrhagies actives ou la fièvre ardente ; on aura d'ailleurs un critérium certain dans les phénomènes que provoquera son emploi. Si, par exemple , les eaux augmentent ou provoquent la diarrhée, il est évident qu'elles sont contreindiquées. Il en est de même dans le scorbut, à moins que cet état, comme nous en avons vu des exemples de guérison, ne soit dû à un vice dans les fonctions digestives, ou à une altération de la constitution par suite d'un état cachectique paludéen, d'une nourriture mauvaise ou insuffisante. Les observations rapportées plus loin offrent, sous ce rapport, de nombreux exemples de guérison, même chez des malades atteints avant ou pendant la cure d'hémorrhagies passives abondantes, sous-cutanées ou autres, ce qui prouve que les hémorrhagies passives ne sont pas toujours une contre-indication à l'usage de ces eaux. Elles sont contrc-indiquées
également dans la phthisie et le catarrhe pulmonaire, dans l'asthme, avec ou sans altération organique du cœur ou des gros vaisseaux, dans les constitutions irritables et disposées aux inflammations, aux congestions sanguines, actives, pulmonaires ou cérébrales. Dans les palpitations nerveuses du cœur, ainsi que dans les hémorrhagies actives, il ne faut pas abuser des eaux alcalines : elles peuvent jeter l'économie dans un état de fatigue considérable, car il est démontré qu'on ne peut maintenir longtemps l'organisme au - dessus du type normal , par quelque cause que ce soit, sans que le ressort des organes ou des fonctions s'en trouve dérangé. Ainsi administrées, c'est alors que les eaux sont prises avec dégoût, qu'elles fatiguent l'estomac et déterminent de la faiblesse musculaire ; il faut, dès que ces symptômes se présentent, en discontinuer l'usage, sans quoi il y aurait du danger pour la cure et pour le malade.
Il existe aussi pour l'affection graveleuse , sables ou calculs , des contre-indications qu'il est important de connaître. C'est pourquoi l'analyse chimique devra indiquer préalablement aux médecins et aux malades s'ils peuvent ou non faire usage avec fruit des eaux minérales alcalines, lesquelles sont salutaires dans la gravelle d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque, et dangereuses lorsque la gravelle est de nature
pbosphatique ou oxalique, ainsi que nous allons le démontrer en parlant de la gravellc.
Affections des organes de la digestion.