‹ Guide pratique des malades aux eaux de Vichy [electronic resource]Chapitre 8 sur 39 · DE LA GASTRITE · texte numérisé non relu

DE LA GASTRITE

Les maladies qui s'adressent à l'appareil digestif sont très-nombreuses ; elles peuvent être longues, mais elles ne sont pas moins mortelles, et méritent par conséquent la plus sérieuse attention ; leur importance d'ailleurs est si grande, que si la digestion ne se fait pas, la vie cesse ; et si elle se fait mal, la nutrition est incomplète, le sang s'altère comme dans l'inanition, ou bien, par suite d'alimentation insuffisante, l'individu, éprouvant des pertes continuelles sans pouvoir les réparer, tombe nécessairement dans le marasme ; tandis qu'avec de bonnes digestions tout le reste du corps vit, croît et se développe.

La gastrite, en particulier, aiguë ou chronique, amène généralement une altération de la membrane muqueuse, et quelquefois aussi des deux autres tuniques de l'estomac, avec des modifications dans la nature des sucs gastriques. Les eaux de Vichy, dans cette circonstance, atteignent un double but : celui d'agir directement sur la membrane muqueuse de l'estomac, et de diminuer en même temps l'acidité du suc gastrique, acidité d'autant plus grande, que les

affections de cet organe se rapprochent davantage de la chronicité.

Toutes ces explications concernant l'estomac s'appliquent également aux maladies chroniques du reste de l'appareil digestif, des gros et des petits intestins.

Je ne reviendrai pas ici sur les effets physiologiques que produisent les eaux sur ces organes, cette question ayant été suffisamment étudiée dans les conclusions déduites des expériences que j'ai faites à ce sujet; je dirai seulement que les eaux de Yichy administrées à propos, à des doses convenables, suivant l'âge, le sexe, le tempéramrnent, la date de la maladie et l'état des organes malades, jouissent d'une efficacité miraculeuse pour rétablir les organes et les fonctions digestives , en modifiant les sécrétions vicieuses de l'estomac, en favorisant la dissolution des parties albumino-fibrineuses des aliments, matières insolubles par leur nature, ou coagulées par les acides du suc gastrique. La nutrition et l'assimilation des aliments étant plus complète, les forces affaiblies ne tardent pas à se réveiller de leur engourdissement.

Causes. — Les causes directes qui peuvent donner lieu à la gastrite sont très-nombreuses ; il me suffira de citer ici les principales , qui sont : l'usage prolongé d'aliments difficiles à digérer, ceux qui sont trop salés, trop poivrés ou trop épicés; les excès de table, les liqueurs

fortes, les vins acides, les boissons fermentées, surtout pendant qu'on est à jeun ; une vie trop sédentaire, des emportements de colère, des affections morales tristes, les pertes du sang, l'emploi imprudent des vomitifs, des purgatifs, ou d'autres médicaments dont les malades font ordinairement dans cette maladie un usage abusif. En examinant toutes ces causes, chaque mai de pourra mieux apprécier par lui-même celles qui ont produit sa maladie ; il devra, par conséquent , les éviter soigneusement après avoir quitté Yichy, s'il veut que le bienfait des eaux ne soit pas perdu pour l'avenir . Cette recommandation de prendre des habitudes de sobriété est une chose d'autant plus digne d'attention, qu'on doit savoir qu'un organe qui a déjà été malade est toujours très-disposé à s'atfecter de nouveau, plus promptement et plus gravement encore que la première fois.

Il n'est pas rare, dans tous les cas, de voir à Vichy des malades atteints de gastrite être affectés en même temps de diarrhée et de dyssenterie aiguë ou chronique. J'ajouterai à cet égard, d'après les nombreux exemples qui se présentent tous les ans à l'hôpital chez les malades venant d'Afrique ou des colonies, atteints de semblables complications, que l'action des eaux s'exerce d'une manière tout aussi satisfaisante que si la gastrite était la seule affection du malade. J'aurais, à cet égard, un grand nombre

d'observations à citer, dans lesquelles on verrait que des individus arrivés dans un état complet de marasme, no digérant pas ou digérant à peine depuis des mois et mômes des années, tourmentés par un besoin continuel d'aller à la selle, sortirent de l'hôpital, après un traitement de trente ou quarante jours, pleins de force et de santé, en bénissant les eaux de les avoir arrachés en si peu de temps à une mort certaine. Il me paraît utile de rapporter ici une observation de ce genre à l'appui de ce que je viens de dire.

Observation . — M . G***, âgé de quarante-huit ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, malade depuis 1831. A la suite d'un empoisonnement présumé, des douleurs violentes s'étaient déclarées à la région de l'estomac ; depuis lors, troubles considérables dans la digestion, nausées ou vomissements continuels, avec malaise général; d'autres fois, après quelques jours de calme, nouvelles douleurs d'estomac qui nécessitaient ordinairement l'application de sangsues. Malgré cet état de souffrance habituelle, malgré sa faiblesse et son amaigrissement, M. G*** n'abandonnait pas entièrement ses occupations. Il avait, en 1847, fait usage des eaux de Vichy, qui lui avaient procuré un grand soulagement ; mais son état n'était pas encore très-satisfaisant, car à son retour à Vicby, en 1848, vers le milieu de juillet, il ressentait de vagues douleurs au

creux de l'estomac; les digestions étaient laborieuses, il n'éprouvait pas de soif, mais il était très-constipé. Le lendemain de son arrivée, il est mis à l'usage de l'eau de la source de l'Hôpital, il en boit graduellement jusqu'à six verres par jour, et prend un bain. Après un mois de traitement, et un repos dans l'intervalle, ce malade quitta Vichy dans un état parfait de santé ; ses digestions se faisaient librement, quoiqu'il mangeât beaucoup.

L'année suivante, le 12 septembre, je reçus une lettre constatant qu'à cette époque M. G*** était entièrement rétabli.

Le relevé statistique des observations de ce genre, constatées une ou plusieurs années après la cure, démontre que sur cent malades, cinquante et un ont été guéris, trente-six améliorés, et que treize sont restés dans la même situation qu'avant de venir à Vichy.

DE LA PYROSIS.

La pyrosis ou fer chaud est encore une variété de la gastrite aiguë ou chronique ; elle

présente comme caractère spécial un sentiment d'ardeur, de brûlure, de gonflement et de plénitude de l'estomac, avec éructations d'un liquide âcre, acide et brûlant, qui se fait sentir parfois jusque dans l' arrière-gorge.

Il existe quelquefois des régurgitations do sucs acides dans la bouche et des vomissements

d'une saveur aigre, qui surviennent à jeun et agacent les dents. On ne peut, en pareil cas, attribuer ces acides au suc gastrique, mais bien h de mauvaises digestions, à une espèce de fermentation acide, laquelle, passagère d'abord, amène bientôt après la pyrosis, si le malade ne les arrête pas dès le début.

Causes. — D'après ces symptômes, nous n'avons pas besoin de dire que les eaux de Vichy doivent, par leur nature particulière, être favorables à cette maladie, et d'ajouter qu'une guérison complète pourra en être la suite, si après la cure le malade consent à éloigner les causes qui ont pu occasionner la maladie, et, en particulier, les aliments trop gras ou huileux, les fritures, les pâtisseries, les viandes salées ou fumées, les fruits ou boissons acides, ainsi que les liqueurs fortes et les fromages avancés, pour les remplacer par une nourriture moins grasse, lactée, plutôt animale que végétale, en mangeant peu à la fois, en ne faisant usage que de boissons douces ou peu alcoolisées, tel que le vin de Bordeaux coupé.

Une seule observation suffira pnnr démontrer la puissance des eaux dans cette affection.

Observation. — M. P***, Agé de trente-deux ans, d'un tempérament nerveux, après quelques écarts de régime, remarque que ses digestions deviennent difficiles, qu'elles sont suivies de douleurs de tête et qu'il éprouve dans i'esto-

mac, trois ou quatre heures après avoir mangé, un sentiment d'ardeur et de brûlure qui s'accompagne parfois de nausées ou de régurgitation de sucs acides dans l' arrière-gorge, avec sensibilité et ballonnement à la région épigastrique. Ce malade n'est pas altéré, mais il éprouve souvent de Ja constipation. Après avoir fait usage sans succès de la magnésie, du bismuth, du charbon végétal, après avoir appliqué desliniments et des amplâtres de toute espèce et eu recours inutilement à l'homœopathie, il se décide enfin à venir à Vichy, où il arrive avec les symptômes ci-dessus indiqués, sans appétit, et dans un état d'affaiblissement considérable des forces physiques. Pendant un mois, ce malade prend en moyenne de trois à quatre verres d'eau par jour de la source de l'Hôpital et vingt bains. Un mieux considérable existe dans tous les signes morbides à la fin de la cure ; et quand M. P*** quitta Vichy, ses digestions étaient moins laborieuses et son appétit satisfaisant.

Son médecin ordinaire m'écrivit l'année suivante : « La guérison est complète, car M. P***5 depuis son retour de Vichy, est en très-bon état de santé. — Nantes, etc. »

Le résultat de mes observations, confirmé par le temps, donne dans cette maladie une proportion de quatre-vingts guéris sur cent.

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