II. — Examen bactériologique du sang
154. En dehors des autopsies, l'examen bactériologique du sang se fait rarement, par la raison que, même dans les septicémies les plus graves, le nombre des bactéries qui circulent dans les veines et les capillaires est beaucoup trop petit pour qu’on puisse les rechercher avec fruit. Ceci s’applique même aux ensemencements : on se rappellera qu’il faut ensemencer une quantité de sang relativement considérable pour obtenir une culture donnant des résultats positifs. Les ponctions exploratrices (de la rate, etc.), ne sont pas encore du domaine de la pratique courante.
On ne peut donc s’attendre à voir des bactéries dans le sang obtenu par une piqûre du doigt ou même parcelle d’une veine, pas plus que dans le sang d’une hémorragie accidentelle (épistaxis, hémalémèse, etc . Même chez les individus atteints de pustule maligne, \eJiacillus an hracis ne se montre dans le sang que quelques heures
SANG
avant la mort. Dans la Fièvre récurrente , les spirilles d’Obenneyer se montrent abondants dans le sang- au moment des accès et disparaissent dans l’intervalle.
Cependant Canon a examiné systématiquement le sang obtenu par piqûre du doigt, en semant le liquide ainsi obtenu sur gélose glycérinèe , dans un grand nombre de maladies. Dans les septicémies, il a obtenu des cultures de staphylocoques, de streptocoques, du pneumocoque, du coli-bacille, du pneumobacille de Friedlaender. J.c résultat fut négatif dans la fièvre typhoïde, la scarlatine, la rougeole, la pneumonie, la diphtérie et le choléra.
On s’est encore servi de ce mode d’examen pour savoir s’il y avait lieu de pratiquer l’amputation d’un membre atteint de phlegmon étendu, la présence des microbes du pus dans la grande circulation étant l’indice d’une septicémie généralisée (Pour les différents microbes des septicémies, voyez ce que nous en avons dit en traitant du Pus : 152).
155. Actuellement, l’examen du sang par piqûre de la pulpe du doigt, se fait surtout dans les cas de Malaria Fièvres intermittentes, Fièvres de marais), pour déceler la présence de l’hématozoaire découvert par Laverai) et considéré comme la cause de ces maladies.
Cet organisme n’est pas une Bactérie ni même un Schizomycète, mais bien un Protozoaire du groupe des sporozoaires, l’ Hémamihe de la Malaria [ Hœniamœba malariæ , Grassi et Feletti).
Bien que ce parasite soit beaucoup plus difficile à voir dans le sang qu’on ne se le figure généralement et que sa
TECHNIQUE SPÉCIALE
recherche soit longue et difficile, nous donnerons les méthodes qui permettent de le déceler avec certitude.
Nous indiquerons celte technique surtout pour les médecins qui habitent les régions marécageuses de la France et l’Algérie et qui pourraient être tentés de faire de nouvelles recherches sur cet organisme encore si mal connu.
Les procédés de préparation qui sont indiqués ici pourraient d’ailleurs servir également pour la recherche des bactéries dans le sang, avec quelques modifications de détail (colorations, etc.), que nous signalerons.
156. Renseignements préliminaires sur V hématozoaire de la Malaria. — Cet organisme se présente sous quatre formes différentes : 1°) Corps sphériques ; 2°) Corps à flagelles ; 3°) Corps en croissant ; 4°) Corps en rosaces.
Les Corps sphérique?, atteignent au plus le volume des hématies ; ils commencent par être plus petits et adhèrent alors aux globules rouges qui pâlissent à mesure que grandit le parasite ; ils renferment des grains de pigment noir et présentent quelquefois desmouvements amiboïdes.
Les Corps à flagelles ( Polymilus de Laveran), sont les corps précédents sur les bords desquels se sont développés des flagelles en nombre variable, animés de mouvements très vifs. Les flagelles finissent par se détacher, flottent quelque temps et disparaissent au milieu des globules.
Les Corps en croissant , sont la forme la mieux caractérisée et la plus facile à voir: ils sont cylindriques, atténués aux extrémités et recourbés en croissant. Vers la
SANG
partie moyenne ils portent un petit amas de pigment. Quelquefois ils prennent la forme ovalaire ou sphérique mais ne présentent jamais de mouvements.
Les Corps en rosace affectent la disposition d une corolle de Rosacées avec un amas de pigment au centre ;
Fig. 27. — Hématozoaire do la Malaria :
Les différentes formes du protozoaire dans le sang (on a oublié les lettres, qui sont do gauche à droite ) : a, />, c, corps sphériques llxées aux hématies ; d, e, les mêmes libres ;
2« rangée : corps avec flagelles et flagelle libre; — 3® rangée ; corps en croissant :
4e ranger : corps en rosace et ( dernière figure) leucocyte métlanifère (X 15500) .
les segments de la rosace se détachent au bout d’un certain temps et deviennent libres. Cette forme constitue probablement le stade de multiplication de l’organisme.
On trouve en outre beaucoup de leucocytes remplis de granulations noires : ce sont des cellules phagocytes qui s’emparent des parasites quand ils commencent à perdre de leur vitalité (d’où la mélanémie fréquente dans les accès pernicieux).
TECHNIQUE SPECIALE
La forme a flagelle ne peut se voir cjue dans le sang encore vivant, recouvert, seulement d’une lamelle, à froid, sans autre préparation.
Les autres formes peuvent se voir dans les préparations : les corps en croissant sont ceux qu’il est le plus lacile de rechercher, leur forme allongée, surtout lorsqu ils sont colorés, les faisant distinguer à première vue des hématies arrondies.
Pour trouver ce parasite, il faut le chercher immédiatement avant 1 accès ou au moment de l'accès hyperthermique; immédiatement après il disparaît. Le malade ne devra pas avoir pris de quinine depuis plusieurs jours , puisque ce médicament tue les parasites.
157. Examen du sang dans la Malaria. — Le sang doit être porté immédiatement sur la lamelle toutes les fois que la chose est possible. On fera la préparation au lit du malade. Après avoir lavé avec soin le pulpe du doigt choisi, on l’essuie, on pique avec une aiguille flambée et l’on fait sortir une goutte de sang qui suffit largement pour charger plusieurs lamelles. L’une d'elles sera examinée immédiatememt, sans autre préparation, pourla recherche des corps à flagelles qui ne se voient que vivants.
Pour bien étaler le sang, on trempe le fil de platine dans la goutte de liquide et l’on fait sur les lamelles des stries allant de la périphérie vers le centre, pour éviter que les globules ne s’amassent en ce point ; on forme ainsi des rangées d’hématies espacées comme les rayons d’une roue et qui doivenL se déposer bien à plat; il importe d’empêcher ces globules de sécher en piles, ce qui gênerait
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pourvoir les parasites qui peuvent se trouver adhérents aux globules ou interposés entre eux. La couche doit être le plus mince possible. On laisse sécher puis on lixe en passant trois fois dans la flamme.
158. Coloration. — On peut colorer par une solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène ou la solution hvdro-alcoolique de violet de gentiane. Si l'on veut une double coloration, on emploiera d’abord une solution aqueuse d’éosine qui colore en rose ; on lavera pour enlever l’excès d’éosine puis on colorera au bleu de méthylène : les globules sanguins apparaîtront en rose vif, les parasites et les leucocytes en bleu. On peut renverser l’ordre de ce manuel opératoire, c’est-à-dire employer d’abord le bleu de méthylène puis l'éosine.
Vincent a indiqué récemment le procédé suivant. La lamelle une fois sèche, on la plonge (une demie à 2 minutes) dans la solution (filtrée) suivante :
Solution de phénol à 5 p. 100 0Sr,6
Solution saturée de chlorure de sodium. 30 grammes. Glycérine 30 —
Dans ce liquide l’hémoglobine est dissoute sans que les globules se déforment. On lave, puis on colore parle bleu de méthylène phéniqué ou une solution de violet de méthyle à 1/2 p. 100. Cette coloration réussit bien pour tous les parasites du sang (bactéries et hématozoaires).
On ne voit généralement que de rares hématozoaires (souvent un ou deux) dans une même préparation. On n’a pas encore réussi à cultiver le parasite de la Malaria, cl on ne l'a jamais vu en dehors du sang de l'homme. Des
organismes très semblables existent dans le sang des Oiseaux et des Tortues sans produire de maladie apparente.
159. Examen du sang dans la fièvre récurrente. — Cette maladie presqu’inconnue en France, est plus fréquente
en Allemagne, en Russie, en Irlande et dans l'Inde (, typhus à rechutes , fièvre des jungles). Elle est produite par une bactérie du genre Spirille (le Spirillum Chermeyeri), en forme de tire-bouchon très allongé, que l'on voit se mouvoir en serpentant rapidement au milieu des globules, sur une préparation faite à froid.
On procédera comme pour la Malaria. Le sang doit être recueilli pendant l’accès, car les spirilles disparaissent après.
— Spirilles de la fièvre récurrente (dans le sang) (X 1000).
Fig. 28.
URINE
160. Coloration. — La lamelle étant sèche, on l’expose aux vapeurs d’ammoniaque et on colore par la solution d'Erlich (44) au violet de gentiane. On lave et on monte. Les spirilles apparaissent en violet et les hématies incolores. On peut les colorer par l’éosine.
RÉSUMÉ
161. En résumé, qu’il s’agisse de Bactéries ou de Protozoaires, l’examen microscopique du sang obtenu par piqûre des capillaires ou même d’une veine, ne montrera que de très rares organismes. Exception doit être faite pour le sang de la fièvre récurrente. Les ensemensements eux-mêmes ne donneront de résultat que si l’on dispose d’une quantité de sang notable, et seulement s’il s’agit de bactéries.