‹ Guide pratique du parfumeurChapitre 49 sur 159 · ENCENS · texte numérisé non relu

ENCENS

notable de petits cristaux, de carbonate de chaux. — L’encens de l’Inde est presque entièrement formé de larmes jaunes demi-translucides, arrondies, d’un volume en général plus considérable que celles de l’encens d’Afrique ; leur odeur et leur saveur sont plus fortes et plus analogues à celles de la résine tacamaque qu’à celle de la résine du pin. Cet encens est d’une pureté remarquable; les plus grosses larmes offrent à peine une nuance rouge. Il se trouve maintenant en abondance dans le commerce. Celui que l’on consommait autrefois était fort âcre ; on en séparait par le triage les plus belles larmes que l’on vendait sous lesnoms d’encens en larmes ou encens mâle, et l’on nommait encens en sorte ou encens femelle les parties colorées et impures.

L’encens ne se dissout que partiellement dans l’alcool et l’eau; il se fond difficilement par la chaleur, brûle avec une belle flamme blanche et répand une fumée blanchâtre, abondante et fuligineuse dont l’odeur est agréable, pénétrante et fort diffusible.

Une analyse de l’encens, faite sur 100 parties, a fourni, résine, 56; huile volatile de couleur jaune ayant l’odeur de citron, 5 ; gomme, 30 ; sa cendre contient du carbonate, du sulfate de potasse, du chlorure de potassium, du carbonate et du phosphate de chaux.

L’usage de l’encens est connu de temps immémorial ; il a été très-célèbre et très-fréquent dans les sacrifices, car autrefois on les faisait avec do Y encens, et l’on s’en servait, comme à présent, pour parfumer les temples. Cette coutume a presque passé parmi toutes les nations, dans toutes les religions et dans tous les lieux.

On voit, dit Aubry, par les ordres romains, que Y encens a d’abord été introduit dans les églises chrétiennes comme un parfum pour purifier l’air et les personnes. On a commencé à s’en servir dans les temps où. les fidèles, obligés de se cacher, s’assemblaient en secret dans des

souterrains humides et malsains. Lorsque le Christianisme fut établi sur les ruines du paganisme, l’usage de l’encens continua dans les temples. Ce ne fut plus alors par le besoin absolu de la purification des lieux, moins encore pour honorer les hommes ; ce fu t pour imiter l’exemple des Mages, qui présentèrent de l’or et de l’encens au fondateur de notre religion, pour lui marquer leur soumission et leur respect. L’on se servait aussi de ce moyen pour inviter les chrétiens à détacher leurs pensées de la terre et à les porter au ciel avec la fumée de l’encens. Mais ce qui n’était qu’un type dans la religion, et qu’une oblation d’hommages à la divinité, devint une offrande honorifique aux princes de la terre et aux ministres des autels.

Encens d’église (Composition de 1’).

Olibau. 250 grammes.

Benjoin.125 —

Storax. 00 —

Sucre. 50 —

Mitre-......... 75 —

Cascarille ....... 30 —

Mêlez avec soin.

ÉPONGE. — Production marine sur la nature de laquelle les naturalistes n’ont pas toujours été d’accord; les uns, avec Aristote, Pline, Mon, C. Gesner, Spallanzani, Ellis, J. Strange, Cuvier, Duméril, Lamark, la regar dant comme appartenant à la classe des animaux; les autres, avec Tournefort, la rangeant parmi les végétaux ; et quelques-uns, d’après Peyssonnel, en faisant une espèce de polypier ou de ruche fabriquée par des zoophytes.

L’éponge est en effet un genre de Zoophytes de la classe des Spongiaires, qui se présente sous la forme d’un amas de tissus fibreux plus ou moins denses et flexibles, plus ou moins élastiques, susceptibles de s’imbiber, et enduits, dans l’état vivant, d’une substance gélatineuse, à demi fluide, irritable, très-fugace.

C’est de la mer Méditerranée, et surtout de l’Archipel de la Grèce, que nous 'viennent en général les éponges. Leur pêche fait le principal commerce des habitants de quelques îles grecques, qui vont à des profondeurs considérables les chercher, ou plutôt les arracher, de la surface des corps sous-marins auxquels elles sont toujours adhérentes.

D’après les recherches analytiques que M. Grookewit publia dans les Annales der Chemie und Pharmacie (année 1844), les éponges épuisées par l’éther, l’alcool et l’acide chlorhydrique, renferment :

Carbone. . ..47,16

Hydrogène .. 6731

Azote.16,15

Oxygène.26,90

Iode. .. 1,07

Soufre.■ • 0,09

Phosphore .......... 1,90

Delanoye, dans son Traité des productions naturelles, décrit ainsi les principales espèces de ce polypier.

1° Éponge fine-doüce, de syrie. Celle-ci, qui se pêche le long des côtes de Syrie, où elle est mélangée avec plus ou moins d’éponges fines, dures, du genre des précédentes, est, au sortir de la mer, blonde, serrée, pesante, et semble tout d’une pièce.

A la préparation, elle devient d’un jaune tirant sur le fauve, légère, couique, hémisphérique, se creuse en dedans, et prend la forme d’une coupe ou d’une calotte dont les bords sont quelquefois amincis et quelquefois arrondis. La partie extérieure est fine, veloutée, chargée d’une multitude de poils qui semblent coupés très près, percée d’une quantité de petits trous ; la partie concave est perforée de trous beaucoup plus grands, qui se rapprochent de sa surface extérieure. Le sommet du cône est presque toujours percé, et laisse passer la lumière par un ou plusieurs trous. Cette éponge, qui acquiert

quelquefois un volume considérable, est très-recherchée pour sa légèreté et la beauté de ses formes. — Elle est particulièrement employée pour la toilette.

2° Éponge fine-douce de l’Archipel. Cette éponge, avant d’être purgée de ses impuretés, a beaucoup de rappor t avec celle de Syrie, de même nom. Comme celle-ci, elle est blonde, serrée, pesante, et tout d’une pièce. Elle offre une texture moins fine que celle de Syrie, est percée de trous .nombreux et un peu plus grands ; on remarque à la partie supérieure de larges cavités descendant jusqu’à la racine, des cavités moins grandes, et descendant moins bas; les unes et les autres offrant dans leurintérieur des trous profonds et plus ou moins grands. La racine est ordinairement moins large que celle de l’éponge de Syrie, et moins chargée des débris du rocher. — Elle sert aussi à la toilette ; on l’emploie dans les manufactures de porcelaine, la corroierie et la lithographie.

3° ÉPONGE FINE-DURE, DITE GRECQUE. — Cette éponge, brute est une masse irrégulière, dure, d’un tissu serré, percée de petits trous, et de couleur fauve. Elle se développe à la préparation, devient d’un blond plus pâle, se ramollit, offre un tissu un peu plus lâche, mais qui reste toujours serré, et offre un grain dur. La partie qui adhère au sol est tout d’une pièce; la surface latérale est perforée d’un grand nombre de petits trous ; la partie supérieure, légèrement concave, est percée de grands trous qui se perdent dans le corps de l’éponge et ne le traversent pas. — Elle est employée à divers usages domestiques, et sert à quelques fabrications.

4° Éponge blonde de Syrie, dite de Venise. — Avant la préparation, cette éponge forme une masse de couleur blonde, plus foncée du côté de la racine, d’une texture fine, nerveuse, serrée, et ressemblant à un morceau d’agaric; débarrassée de ses impuretés, elle devient légère, prend la forme arrondie d’un champignon, con-

serve sa couleur blonde, qui devient plus paie, et offre alors une texture moins fine. Elle est percée de plusieurs grands trous, hérissés à leur orifice de poils rudes et piquants ; ces trous, très-apparents à la partie supérieure de l’éponge, la traversent tout entière, et sont, du côté de la racine, obstrués par des fibres croisées, entrelacées, formant une texture plus grossière et plus épaisse. Cette éponge, qui prend naissance sur un fond rocailleux, est très-estimée à cause de sa légéreté, la régularité de ses formes et la solidité de sa texture. — Elle sert à plusieurs usages domestiques.

5° Éponge blonde de l’Archipel, due de Venise. Cette éponge, avant la préparation, est chargée de sable, ce qui la rend très-lourde, et cause un très-grand déchet au lavage. Elle offre moins de formes que l’éponge blonde de Syrie. Comme elle prend naissance sur un fond d’argile, elle a une couleur agréable. Quand elle a été lavée et battue, assez communément elle s’allonge, s’aplatit, s’arrondit dans la partie supérieure. Elle offre alors une masse vermiculée, percée de haut en bas de trous plus ou moins grands, dont quelques-uns s’arrêtent, tandis que d’autres la traversent tout entière. Sa couleur devient d’un blond fauve, plus foncé que dans l’éponge de Syrie ; sa texture est compacte, et au toucher, elle sèmble savonneuse. — Elle sert au même emploi que l’éponge blonde de Syrie.

6° Éponge gèline. Celte éponge, qui vient des côtes de Barbarie, est une masse droite, cylindrique, de peu de hauteur, tenace, d’une texture fine, poreuse, d'un extérieur de couleur fauve, rougeâtre du côté de la racine. La partie supérieure de cette éponge est percée de plusieurs grands trous dont l’orifice est, comme dans l’éponge blonde de Syrie, hérissée de poils rudes et piquants. Le principal de ces trous traverse l’éponge tout entière, et les autres ne vont que jusqu’à moitié envi-

ron. I/éponge dite gèline sert à la toilette. Elle est très-rare à Paris, et pour cela n’y fait guère un objet de commerce.

7“ ÉPONGE BRUNE DE BARBARIE, DITE DE MARSEILLE. Telle qu’on la pôclie, cette éponge offre une masse allongée, aplatie, arrondie, serrée, dure, pesante, d’un tissu grossier, de couleur d’amadou dans les parties où ce tissu est à découvert, chargée d’une boue noirâtre et gélatineuse. Préparée à l’eau simple, elle se transforme en une masse arrondie, allongée en forme de poire, d’un brun rougeâtre, perforée d’un grand nombre de trous, pesante, et composée, du côté de la racine, d’un tissu rougeâtre formé de libres irrégulièrement entrelacées avec des interstices assez grands. Cette éponge est très-estimée dans le commerce pour l’usage des lessivages à l’eau seconde, et pour l’écurie et les usages domestiques.

8° Éponge de Salonique. Cette éponge est de forme aplatie et épaisse de 20 millimètres environ; son tissu est fin, serré, et manque d’élasticité. Elle est unie, grisâtre, percée de plusieurs petits trous qui ne la traversent pas, et comme déchirée en plusieurs endroits. La racine se compose de fibres nerveuses, entrelacées, d'une couleur rouge de sang, et qui couvrent près de moitié de la surface inférieure. L’éponge de Salonique est ordinairement très-chargée de sable.

9° Éponge dé Bahama. Les Anglais ont répandu, il. y a quelques années, dans le commerce du continent, une éponge d’un fort mauvais usage, péchée dans le détroit de Bahama et sur les côtes des îles de ce nom. Nous croyons devoir la signaler ici pour prévenir les erreurs que pourraient commettre les négociants. L’éponge de Bahama a la couleur de l’éponge grecque. Sa surface est parfaitement rase, son tissu fin, mais moins mou et cassant. Elle affecte deux formes différentes et

faciles à reconnaître : la première est celle d’une masse arrondie, surmontée de plusieurs mamelons de longueurs inégales et semblables au pis d’une vache ; la racine est rougeâtre, et occupe un grand espace; l’autre forme est encore celle d’une masse arrondie; qui va en s’aplatissant dans sa partie supérieure, et finit comme un coin dont le tranchant se terminerait par une demi-circonférence. Le tissu de cette éponge est aussi très-fin, et la surface très-unie. Sa partie arrondie est percée d’une multitude de trous qui se perdent dans la masse. La racine est rougeâtre, comme dans la précédente. Comme on l’a déjà dit, cette éponge est d’un fort mauvais usage et doit être repoussée du commerce.

Blanchiment des Éponges. Avant d’être employées aux usages de la toilette, et même à certains usages domestiques, les éponges, telles qu’elles sont retirées de la mer, ont besoin des préparations suivantes :

1° Les faire tremper pendant cinq ou six jours dans l’eau froide, en ayant soin de changer l’eau plusieurs fois par jour, et, chaque fois, de presser les éponges entre les mains ;

2° Les débarrasser des petites pierres qu’elles peuvent contenir en les laissant tremper pendant vingt-quatre heures dans le mélange suivant :

Acide clilorydrique.1 partie.

Eau simple.20 parties.

3° Les laver ensuite à plusieurs reprises dans l’eau pure, et les plonger dans l’acide sulfureux ;

4° Répéter cette immersion pendant quelques jours, en ayant soin de les soumettre de temps en temps à la presse ;

5° Enfin les laisser exposées pendant un jour à l’action d’une eau courante, et les faire sécher ensuite à l’air et à l’ombre.

ÉPURATION. — Ce mot a doux significations; il s’entend d’abord de l’action d 'épurer, de rendre pure une , substance; ensuite cle la clarification qui s’opère spontaémenl dans les sucs aqueux, acides ou huileux, lorsque, ' après les avoir exprimés des végétaux, on les laisse reposer ou éprouver un léger mouvement de fermentation.

Fn .parfumerie, on épure les corps de pommades, c’està-dire on les obtient d’une grande blancheur en ajoutant par kilogramme un peu d’acide tartrique (1 gramme environ). —On bat ensuite la graisse avec un fouet d’osier.

ESSENCES. — Huiles essentielles ou volatiles, substances organiques, liquides et quelquefois solides, douées d’odeur, pouvant se distiller sans décomposition, non miscibles à l’eau, solubles dans l’alcool et l’éther. Le docteur Ferdinand Hœfer indique ainsi les propriétés générales des essences :

L’odeur aromatique d’un végétal ou de tout autre matière organique est en général dueà uue essence ou huile essentielle. Beaucoup d’essences se trouvent toutes formées dans les plantes ; le zeste du citron ou de l’orange fournit, par la pression, l’essence de citron. D’autres essences sont des produits de secrétion de certains arbres; elles sont mélangées avec des résines dont on les sépare par la distillation, et portent le nom de baumes. Il existe une classe d’essences qui se forment au contact de l’eau, et sous l'influence d’une sorte de fermentalion et de putréfaction. À celte classe appartient l’essence d’amandes amères. Enfin, d’autres essences peuvent être produites par l’oxygénation de certains principes immédiats, tels que la salicine, qui peut donner lieu à la formation de l’essence des fleurs de la reine des prés (Spiræa ulmaria ).

Les essences qui existent toutes formées dans les plantes peuvent s’extraire au moyen de l’éther ou d’une huile grasse, qui se charge des principes odorants. Quant à leur densité, les huiles essentielles peuvent être dis-

tinguées en huiles plus pesantes que l'eau, et en huiles plus légères que l’eau. Quant à leur composition, elles peuvent être classées eu huiles non oxygénées et en huiles oxygénées. Les huiles non oxygénées sont des carbures d’hydrogène. Les huiles oxygénées sont le plus souvent des mélanges de plusieurs huiles, sur lesquelles l’analyse ne répand aucune lumière. Elles sont en général plus solubles dans l’alcool que les huiles non oxygénées.

Les essences sont très-peu solubles dans l’eau, à laquelle elles communiquent cependant leur odeur ( eaux distillées des pharmacopées). L’odeur des essences parait être en relation intime avec le degré d’oxydation que ces substances volatiles éprouvent à l’air. Ainsi, les essences de citron et de térébenthine, distillées sur de la chaux calcinée, dans le vide ou dans un courant d’acide carbonique, sont parfaitement inodores ; mais elles reprennent leur odeur au contact de l’air. Par une conservation prolongée, les huiles essentielles s’épaississent et deviennent résinoïdes, en prenant une couleur foncée. Plusieurs huiles s’acidifient à l’air, par suite de l’absorption de l’oxygène ; les huiles de cannelle, d’amandes amères et de cumin sont dans ce cas. Cette modification est d’ordinaire accompagnée d’un dégagement d’acide carbonique. Le chlore et l’iode décomposent les essences avec une sorte d’explosion : elles perdent une certaine quantité d’hydrogène, laquelle est remplacée par une quantité équivalente de chlore ou d’iode. L’acide nitrique exerce également une action très-vive sur les essences, en les transformant en des matières résinoïdes, qui ont été jusqu’ici peu examinées. Beaucoup d’huiles essentielles sont des mélanges très-complexes : elles contiennent un produit solide, cristallin, connu sous le nom de stéaroptène. Ce produit est du camphre pur pour les huiles de lavande et de valériane. Quelques autres huiles renferment un

acide oléagineux et volatil, une huile indifférente et même des composés azotés, tels que l’ammoniaque et i’acide prussique. Ces huiles ressemblent beaucoup à certaines huiles pyrogénèes ou empyreumatiques, obtenues par la distillation sèche des matières organiques.

Les principales essences employées en Parfumerie sont celles de rose, de nèroli, de citron, de Santal-citrin, de Rhodes, d ’anis, de Thym, tins Nèroli, de girofle, de bergamotte, de citron, de cédrat, de Portugal, de lavande, de romarin, de macis, de carvi, de fenouil, de menthe, N ambre, de musc, de vanille, de mirbane, d 'amandes amères, de canelle, de myrte, de limette, de serpolet, d’ armoise , de coriande, de Mélisse, etc.

Falsification des essences

On falsifie les essences avec de l’alcool, des résines, des huiles grasses et des essences de qualités inférieures.

La présence et la proportion d’alcool mêlé aux essences se reconnaît à la diminution de volume qu’éprouve une quantité donnée d’éssence, lorsqu’on l’agite avec une mesure d’eau dans un tube gradué : l’eau s’empare de l’alcool, forme une couche de liquide blanchâtre, et l’essence perd une partie de son volume IHureaux)- Le mélange des huiles grasses rend les essences moins fluides : du reste, il suffit de se rappeler que l’alcool doi* dissoudre complètement les essences pures. « On reconnaît les huiles grasses et les résines mêlées aux essences au moyen du papier Joseph, sur lequel on verse de l’essence suspecte; on sèche le papier au feu, l’essence s’évapore, l’huile et les résines restent. » L’habitude seule permet de distinguer les mélanges d’essences inférieures aux qualités fines.

Voici d’après Payen, Hoefer; Merat et De Lens, la description de quelques-unes des huiles essentielles em ployées en Parfumerie.

Essence d'amandes am'eres Cette huile essentielle est obtenue des amandes amères {Amygdalus commuais). On la trouve encore dans les produits distillés des graines émulsives de la section des drupacées, famille des rosacées. Son odeur particulière et très-pénétrante est due en partie à l’acide cyanhydrique. Elle est plus pesante que l’eau; sa saveur est très-âcre, amère, elle forme un poison très-actif lorsqu’elle est concentrée. Par le repos, elle laisse déposer des cristaux rhombo'idaux aplatis, transparens, un peu âcres, fusibles et volatiles à une haute température, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, l’éther, et dans les solutions de potasse et de soude. L’huile d’amandes amères est vénéneuse môme à une dose peu considérable.

Essence d’anis

On l’obtient par la distillation des fruits de l’anis (Pimpinella anisum .) Elle est incolore ou d’une nuance citrine, cristallisable à la température ordinaire, fusible au-dessus de 17°. Lorsqu’on l’a soumise à la presse par une température très-basse, entre des feuilles de papier non collé, elle laisse écouler environ 25 centièmes d’une huile liquide, et donne pour résidu l’huile volatile, concrète, dure, grenue, pulvérulente et plus pesante que l’eau, fusible à 16°, bouillant à 220° et volatile sans décomposition.

Essence d’armoise

Cette essence, retirée des feuilles et des sommités de l’armoise ( artemisia vulgaris), est d’un jaune verdâtre, et d’une saveur d’abord brûlante, puis fraîche; elle se dissout dans l’alcool et l’éther. Les alcalis ne la dissolvent pas.

Essence de badiane ou d’anis étoilé Elle se retire des fruits d’une magnoliacée, Villicium anisalum. Elle est d’un jaune clair, et a la même saveur etlamême odeur que l’essencè d’anis.

Essence de Bergamotte

Contenue dans la pulpe de la bergamotte (fruit du citrus jwranlium ) ; on l’en extrait par expression ou par distillation. Celle que l’on obtient par la distillation est plus limpide et moins altérable, mais son odeur est moins suave. L’buile de bergamotte est colorée, jaune pâle; son odeur particulière est fort agréable ; c’est une des substances aromatiques dont les confiseurs et les parfumeurs font fréquemment usage. Elle se prépare dans les contrées voisines de la Méditerranée.

Essence de bois de Rhodes

On obtient du bois de Rhodes ( convolvulus scoparius j une huile essentielle avec laquelle on falsifie souvent l’essence de roses. Liquide, jaunâtre, elle rougit avec le temps ; elle possède une odeur de rose et une saveur amère et aromatique.

Essence de canelle

Celle connue sous le nom d 'essence de Ceylan est retirée du laurus cinnamonum. Une autre, appelée essence de Chine, essence de cassia, s’extrait du Laurus cassia. Ces deux essences sont d’une couleur jaune clair, et ont une saveur agréable, douceâtre et fort aromatique.

Essence de cédrat

Obtenue par distillation ou par expression des zestes du cédrat ( citrus medica vulgaris , Risso et Poiteau), cette huile est d’une odeur agréable, très-analogue à celles de bergamotte et de citron dont elle a les propriétés.

Essence de citron

On l’extrait par expression ou par distillation des zestes de citron ( Citrus medica, L.). Elle est ordinairement jaune, mais on peut la décolorer en la distillant et recueillant à part les trois cinquièmes du produit. Cette huile volatile est employée comme moyen d’aromatiser diverses préparations alimentaires, pharmaceutiques ou

cosmétiques. Gomme elle est ordinairement assez pure, l’une odeur agréable et d’un prix peu élevé, on s’en sert pour enlever les taches grasses. Elle nous vient surtout de l’Italie et des provinces méridionales de la France.

L’essence commune de citron pèse environ 850 gram. le litre, tandis que récemment épurée elle ne pèse plus que 847 gram. à 22° au-dessus de zéro. Cette essence est alors soluble en toutes proportions dans l’alcool pur ; elle mouille rapidement le papier et les étoffes, mais s’en sépare spontanément en vapeur sans laisser de traces.

Essence de coriandre

Cette essence, incolore, fluide, d’une odeur et d’une saveur aromatiques, est extraite du coriandre (coriandrium sativum).

Essence de fleurs d’oranger, nèroli

Cette huile, obtenue par la distillation des fleurs fraîches du citrus aurantium de L., nous vient ordinairement de Provence. Sa couleur varie depuis le jaune rougeâtre jusqu’au rouge foncé; elle est très-fluide et d’une odeur suave agréable. Le néroli est quelquefois mélangé dans le commerce avec de l’alcool ou de l’huile volatile d’orangettes.

. Essence de girofle

Elle s’obtient en soumettant des clous de girofles (fleurs non développées du giroflier des îles Moluques, Bourbon et de Cayenne) à la distillation. Elle est plus pesante que l’eau, d’une couleur blanche, légèrement citrine lorsqu’elle est récente, se colorant facilement par le temps et le contact de la lumière ; d’une odeur trèspénétrante, d’une saveur âcre et chaude.

Celle du commerce, qui nous vient de Hollande, est presque toujours d’une couleur jaune brunâtre. Souvent elle est mélangée d’huile fixe ou de teinture alcoolique de girofle.

Essence de Jasmin

C’est un mélange d’alcool et d’essence,obtenu par la distillation de l’alcool mis en contact avec de l’huile de ben imprégnée de l’arome fugace du jasmin ( jasminum officinale).

On obtient de même les essences fines de lys, de violette, de tubéreuses, que l’on désignerait plus convenablement sous la dénomination d’esprits aromatiques. On les emploie comme cosmétiques chez les parfumeurs. Essence de Lavande

Les sommités fleuries de la lavande (Lavandula spica, L., lavandula vera, D. C.), sont imprégnées de cette huile volatile qui s’obtient par la distillation. Elle est jaune, plus légère que l’eau, et d’une odeur fort agréable. Sa densité, lorsqu’elle eSt pure, est de 0,877 â 20°. Selon Vauquelin, elle peut dissoudre une grande quantité d’acide acétique concentré qui se sépare de l’huile lorsque l’on ajoute de l’eau à la dissolution.

Essence de mélisse

Elle est tirée du melissa officinalis. Elle est d’un jaune pâle et d’une odeur citronnée. Sa densité est 6,975.

Essence de menthe poivrée

Contenue en abondance dans les feuilles et surtout dans les somnités fleuries de la menthe poivrée ( Mentha piperita, L.), on l’en extrait par distillation. Elle est jaune, plus légère que l’eau ; son odeur est très-pénétrante, elle laisse dans la bouche un sentiment de fraîcheur agréable. AO° elle laisse déposer des cristaux abondants. Cette essence contient donc deux huiles volatiles, l’une concrète, l’autre liquide à0°. On estimait beaucoup autrefois celle qui venait d’Angleterre, non pas parce que la plante cultivée dans ce pays fournisssait une huile volatile de meilleure qualité, mais sans doute parce qu’on y apportait plus de soins dans sa préparation. Celle que

l’on tire maintenant d’Italie, des autres contrées méridionales dé. l’Europe et de l’Amérique, ne le cède pas en qualité à l’huile de menthe poivrée d’Angleterre. Sa principale consommation est pour préparer les pastilles de menthe poivrée.

Les huiles volatiles que l’on retire des autres espèces de menthes, telles que les menthes crispa,, gentilis, etc., ne se distinguent de l’huile volatile de menthe poivrée, que par de légères différences dans l’odeur et la saveur. On les confond dans l’usage qu’on en fait.

Essence de Mirbane

On la prépare par le procédé suivant : prenez :

Essence de houille bien purifiée

et bouillant à 86°. I kilogr

Acide azotique mono-hydraté. . I —

Acide sulfurique du commerce. . 500 gram.

« On mêle l’acide azotique et l’acide sulfurique dans un ballon de 6 litres de capacité ; on adapte à ce ballon un bouchon percé de deux trous. Par l’un de ces trous passera un tube de 1 mètre au moins de longueur, pour le dégagement des gaz, et par l’autre un tube terminé d’un bout en entonnoir et de l’autre par un bout effilé qui plongera dans le mélange des acides à quelques lignes du fond du ballon.

« On verse l’essence par très-petites parties à la fois, par le tube à entonnoir, et à mesure que l’opération avance on en met de plus grandes quantités. Chaque foi qu’on met l’essence, on agite légèrement le ballon ; la température s’élève et la nitro-benzine se forme.

L’essencedoit avoir une couleur jaune d’or. Par une température de 15° 4 heures suffisent pour ob tenir ce résultat. »

Le liquide décanté, lavé à plusieurs eaux pures et filtré, estpropro àla fabrication des savons aux amandes amères.

Essence d’oranges

Extraite par expression ou par distillation des zestes

de l’orange ( cürus aurantiwn, L.), elle a les mêmes qualités et propriétés que l’huile volatile de citron, dont elle ne diffère que par une odeur spéciale.

Essence de romarin

On l’obtient par la distillation des feuilles et des fleurs de romarin (romaritms officinalis, L.). Elle est limpide, blanche ou jaunâtre,d’une odeurforteetsemblable à celle de la plante. Comme cette odeur a quelque chose de térébenthacê, la falsification de cette huile volatile par une certaine quantité d’essence de térébenthine n’est pas facile à distinguer. L’huile volatile de romarin entre dans la composition de quelques alcoolats aromatiques. Elle est plus légère que l’eau ; son poids est de 0,91 et seulement. 0,89 lorsqu’elle vient d’être soigneusement rectifiée.

Essence de roses -

L’huile volatile de roses que l’on retire par la distillation des pétales de la rose muscate ( rosa simper virens) et qui nous est apportée du Levant, en flacons trèspetits de verre blanc ornés de dorures, est d’une couleur légèrement citrine, d’une odeur suave ; plus légère que l’eau ; solide à la température de 10 à 12° et se liquéfiant au-dessus et se cristallisant quelque fois en larmes. D’après les expériences de Saussure, elle est formée de deux huiles, l’une concrète et l’autre fluide, que l’on peut séparer l’une de l’autre en les traitant avec l’alcool rectifié, qui, à la température de zéro dissout à peine des traces de l’huile concrète.

Cette huile, dans le commerce, est toujours d’un prix très-élevé, et par conséquent fort sujette à être falsifiée. Mais l’alcool- et les huiles fixes, que les fraudeurs emploient souvent pour allonger les huiles volatiles, ne peuvent être ici d’un grand secours ; car comme ils empêchent l’huile de roses de cristalliser à la température de 10°; on est porté à croire impure celle qui ne possède pas cette propriété.

Essence de reine des près.

Cette essence a été retirée par M. Pagenstecher des fleurs de la reine des prés ( spirœa ulmaria) , et décrite par M. Lœwig sous le nom d’acide spiroïlbydrique. Elle possède au plus haut degré l’odeur des fleurs de cette plante.

Essence de sauge

Extraite des feuilles et des fleurs delà plante de ce nom (salvia officinalis, L.). Elle est jaunâtre, d’une saveur amère et d’une odeur pénétrante de sauge. Elle a plusieurs des propriétés communes aux huiles volatiles extraites des labiées.

Essence de thym

On l’obtient par la distillation des somnités fleuries du thym vulgaire ( thymus vulgaris , L.). Elle est d’un jaune clair, très odorante, chaude et âcre. Elle laisse déposer par. le repos des cristaux cubiques, doués de l’odeur du thym, non solubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, et qui ont été comparés, quant à leur nature chimique, au camphre ; cependant ils en diffèrent à certains égards, et ils semblent tenir davantage de la nature des résines. L’huile volatile de thym est employée comme parfum dans quelques liqueurs et préparations cosmétiques. — Voir le mot Parfumerie

FARDS. — Composition en forme de pâte blanche ou rouge, que l’on s'applique sur le visage pour en imiter les couleurs naturelles. L’usage du fard remonte à la plus haute antiquité, et il parait s’étre transmis d’âge en âge, car nous voyons dans les auteurs « qu’une jeune » fille noble, n’eut-elle que quinze printemps, ne pou- » vait sous peine de déroger, se dispenser de s’appliquer

FARDS

» une couche épaisse d’un grossier vermillon sur les joues, » comme si les roses naturelles de son teint n’étaient pas » plus que suffisantes pour l’embellir à cet âge.

appréciation. Cadet de Gassicourt, étudie de la manière suivante l’action des différents cosmétiques connus anciennement sous le nom de fards.

Soit sous le rapport de leur ancienneté, soit sous celui de leur importance dans la toilette, les fards sont, sans contredit, les premiers de tous les cosmétiques. Ce sont des compositions spécialement destinées à relever l’éclat du teint, et à faire valoir les agréments de la figure par d’habiles distributions de couleurs sur la peau de cette partie du corps, de manière à pouvoir en imposer sur son âge, en cachant, s’il se peut, les rides de la vieillesse, et en simulant la fraîcheur de l’adolescence. Avec de telles ressources, en effet, ne peut-on pas prétendre à une éternelle jeunesse?... Mais ô sort déplorable! cruel retour ! tant de soins demeurent impuissants, tant de précautions et d’efforts restent stériles :

« Et les fards ne peuvent faire » Que l’on échappe au temps cet insigne larron •

» Les ruines d’une maison » Se peuvent réparer; que n’est cet avantage » Pour les ruines du visage ! »

a dit notre bon Lafontaine. Loin de procurer le moindre avantage durable, les fards nuisent souvent à l’éclat du teint des personnes qui en font usage.

« Cette peau, qui devait être douce, souple, élastique, unie, devient sèche, rude et terreuse ; les lis et les roses font place à un teint plombé ; les rides se creusent, une couleur livide succède au brillant carmin des lèvres, et toutes les peines qu’on s’est données pour rétrograder dans la vie n’ont servi qu’à faire avancer à grands pas vers une vieillesse anticipée !

» Nous avons dit que l’art de se farderétait très ancien»

FARDS

nous pourrions ajouter qu’il se perd dans la nuit des temps ; et en effet, il nous serait à peu près impossible d’assigner l’époque à laquelle les femmes ont commencé à adopter cette coutume. « Si l’on en croit le prophète Enoc, ce fut l’ange Azariel qui apprit cet art aux femmes avant le déluge. Ghez les Hébreux, le fard le plus usité était le sulfure d’antimoine. Job, Isaïe, l’auteur du livre des Rois, Ezéchiel, Jérémie, en parlent en plusieurs endroits, et nous apprennent que ce minéral servait à peindre les sourcils et à tirer une ligne de noir au coin de l’œil, pour le faire paraître plus fendu. Job appelle une de ses filles vase d’antimoine, parce qu’elle était coquette. Samuel, en parlant de Jézabel, qui séparé pour aller au devant de Jéhu, dit : Depinxit oculos suos stibio. C’est ce verset que rappellent ces vers de Racine : « Même elle avait encor cet éclat emprunté » Dont elle eût soin de peindre et d’orner son visage » Pour réparer des ans l’irréparable outrage. »

Jérémie, en prédisant la ruine de Jérusalem, dit aux filles de Sion (cbap. iv, verset 30) ; « Que ferez-vous dans ce pillage ? Quand vous vous pareriez d’or et que vous vous peindriez le visage avec de l’antimoine, les vainqueurs ne chercherofit que votre mort. »

« Ezéchiel, en décrivant les mœurs dépravées des Juives qui envoient chercher au loin des diamants, dit : Itaque ecce venerunt quibus te lavasti et circumlinisti stibio oculos tuos ( chap. xxm, verset 40).

» Les Syriennes, les Babyloniennes et les Arabes suivirent cet usage, qui se propagea dans l’Eglise naissante ; car saint Gyprien, gourmandant la coquetterie des jeunes chrétiennes, leur dit : Ce n’est pas avec l’antimoine du diable qu’il faut farder vos yeux ; c’est avec le collyre du Christ. Saint Gyprien ne dit pas ce qu’il entend par ce divin collyre.

» Ce sont les femmes grecques qui inventèrent le fard

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