FARD
blanc et le rouge. La belle Europe, dit un'poète, n’avait la peau si blanche que parce qu’une des filles de Junon avait dérobé à cette déesse un petit pot de fard, dont elle fit présent à la fille d’Agénor.
» C’est sans doute le fard des Grecs qui fut adopté par les dames romaines ; mais il faut convenir qu’il était bien grossier. Horace nous dit que c’était de la terre de Ghio ou de Samos, détrempée dans du vinaigre ; il l’appelle craie humide. Pline conseille l’usage de la terre de Sélinuse, qui est d’un blanc de laitet qui se délaie très-bien avec de l’eau. Ovide nous a transmis la recette d’un fard plus compliqué, mais qui ne peut-être considéré que comme une pète propre à nettoyer la peau...
» Les Romains se teignaient les joues en rouge avec le suc d’une racine de Syrie que Théophraste appelle rizion (le mot grec riza signifie racine). Est-ce l’orcanette ou la garance ? On sait que depuis plusieurs siècles on cultive, près de Smyrne et dans l’ile de Chypre, une plante de cette dernière espèce, qui sert à fabriquer le beau rouge d’Andrinople, et que les grecs modernes nomment lizari, chioerboza, azala. Les Romains se coloraient aussi les joues avec le purpurissum, liqueur animale que l’on retirait d’un coquillage qui portait le nom Ae pourpre, et qui, d’après Rondelet et Cuvier, est le rocher brandaire. Celte liqueur se trouve dans un petit réservoir placé au dessus du col, à côté de l’estomac. Quelques naturalistes, ont pensé, mais sans fondement, que les Phéniciens faisaient la pourpre, et que les Romains faisaient le rouge des femmes avec l’orseille, lichen rocella. Cette plante ne peut donner une aussi belle couleur que celle du rocher qui fournit le purpurissum. »
De tous les fards de diverses couleurs, connus par les anciens, on n’a guère conservé aujourd’hui que le blanc et le rouge ; pour se teindre la peau en blanc, on emploie de la cèruse ou blanc d’argent (carbonate de plomb),
FARDS
du blanc de fard (oxyde ou sous nitrate de bismuth), de la dissolution alcoolique de benjoin précipitée dans l’eau (lait virginal ) ; pour le rouge, du vermillon, du minium du rouge d’Espagne (teinture de carthame), de la cochenille, du carmin, de l’orseille ou de l’orcanette dissoutes dans le vinaigre, etc. A la longue, ces préparations flétrissent la peau ; en empêchant la transpiration cutanée, elles peuvent donner lieu à des affections dartreuses, et nous a vons vu l’absorption de quelques-unes (bismuth) produire de véritables empoisonnements, par suite de l’acide arsénieux qu’elles renferment quelquefois.
.11 serait donc à désirer que le parfumeur n’employât que des fards sans substances dangeureuses, ce à quoi ils parviendraient par des mélanges habilement faits de talc de Yenise, de savon blanc d’albumine, de poudre d’albâtre, de fécules cuites, etc.