‹ Guide pratique du pisciculteurChapitre 12 sur 31 · LA BRÈME. — LE BROCHET · texte numérisé non relu

LA BRÈME. — LE BROCHET

!■• Brème.

La brème est un poisson dont la croissance est presque aussi active que celle de la carpe. Sa longueur moyenne est -de 32 centimètres. Son corps est large et comprimé latéralement. Il est acclimaté dans presque toutes les eaux douces de l'Europe, mais il affectionne plus particulièrement les endroits profonds à fond vaseux, comme il s'en trouve aux confluents des ruisseaux et des rivières à faible courant. Il se tient toujours à quelques mètres des berges ; c'est donc inutilement que les pêcheurs novices cherchent a ie pêcher en plein courant.

La fécondation artificielle de la brème a lieu comme celle de la carpe ; elles frayent par bande, vers la deuxième quinzaine de mai de chaque année, sur les herbages qui bordent les rives, et préférablement dans les endroits où il existe un peu de courant. Si l'on ne peut pratiquer la fécondation artiûcielle pour multiplier ce poisson, par suite de l'impossibilité de se pro-

curer des mâles, qui sont beaucoup moins nombreux que les femelles, ou qui sont très-difficiles à prendre pendant la saison de la fraie , on se borne à récolter les herbages où les œufs se sont fixés, et à les transporter dans les eaux à empoissonner. On les place dans des endroits où l'eau est un peu courante, et surtout à l'abri des épinoches et des goujons. Les corbeilles en osier que nous avons décrites page 61, et que nous donnons ci-dessous, figure I, peuvent ôtre em-

Kig. I.

ployées avec avantage pour cet objet. On peut également se servir, pour l'incubation des œufs, de l'appareil à ruisseaux factices de M. Coste (voir page 44), en ayant soin d'y entretenir un faible courant et une température de 13 à 16 degrés. Après onze ou douze jours d'incubation, les petites brèmes brisent leur enveloppe et se promènent immédiatement dans toutes les directions. On chercherait iuutilemont à les conserver plus

longtemps dans des réservoirs d'une aussi faible étendue. D'ailleurs, le courant qu'il faut y entretenir les entraîne constamment aussi vers les grilles des trop-plein ou déversoirs, dont les mailles les plus fines ne les arrêtent pas toujours. Les chutes d'eau formées par les petits filets d'écoulement dans les appareils les blessent en tombant sur elles. Ce dernier inconvénient existe pour les alevins de la plupart de nos poissons blancs, élevés dans de petits appareils. Lorsque faire se peut, on doit donc préférer l'élevage dans de grands bassins. Souvent on donne le nom de henriot à la petite brème âgée de un an. C'est à tort que beaucoup de pécheurs font de Thenriot une nouvelle espèce do brème* La brème ne commence à frayer que vers la troisième année de son âge. Elle se nourrit de vers , de petits poissons, mais elle paraît préférer une nourriture végétale; si elle la trouve en abondance, elle ne chasse pas les proies vivantes. On peut donc l'élever sans danger dans la plupart des lacs où des rivières limoneuses ; mais comme dans ces endroits sa chair est susceptible de prendre un goût de vase désagréable, il est presque impossible de la manger sans la soumettre préalablement à l'action d'un courant d'eau très- vif. On a conseillé, pour lui faire perdre ce mauvais goût, de même qu'à plusieurs poissons d'étangs, de leur faire avaler un verre de fort vinaigre, avant de les préparer pour la cuisson.

Le Brochet,

Lo brochet est le plus vorace de nos poissons, aussi l'a-t-on surnommé, avec raison, le requin d'eau douce; sa grandeur moyenne est de 70 à 80 centimètres, la forme de son corps est allongée; sa partie buccale, garnie de nombreuses dents est fendue jusque sous les yeux, ce qui lui permet d'avaler des poissons presque aussi gros que lui.

Dans les étangs, il règne en despote bourreau ; s'il ne craint point de se heurter contre un obstacle, il s'élance et franchit d'un seul bond plusieurs mètres de distance pour atteindre sa proie. En un mot, c'est le fléau de nos eaux douces.

Après la truite et la lote, c'est le poisson qui, chaque année, éprouve le plus tôt le besoin de frayer. Cette époque varie du 15 février au 15 mars de chaque année. Les brochets quittent alors les fleuves et les rivières pour rentrer dans les lacs ou dans les fossés peu profonds ; là ils frayent par couple ; ils sont tellement absorbés par tout ce qui satisfait leur besoin de reproduction, qu'il n'est pas rare en ces moments de les prendre à la main ; ils recherchent pour la ponte les endroits calmes et isolés de tout bruit ; pour se débarrasser de leur fardeau ils se frottent le ventre sur

DEUXIEME PAUTIE

les herbes, sur la vase et même quelquefois sur le gravier. La plus grande partie de leur ponte, qui est très-abondante (cent mille œufs, et môme davantage), devient la proie des congénères ou des autres habitants du lieu. Ce qui en reste est encore assez considérable pour donner naissance à de nombreux ravageurs des eaux qu'ils habitent. Quand les brochets sont cantonnés dans un étang ou dans un cours d'eau, c'est avec les plus grandes peines que l'on parvient à les détruire ; aussi ce n'est qu'avec une intention bien raisonnée qu'il faut aider à la multiplication de l'espèce dans un lieu déterminé.

La fécondation artificielle du brochet se pratique comme celle de la truite. Le produit de la ponte d'une seule femelle peut suffire grandement au besoin que Pon peut avoir de ce poisson. Dans la crainte de ne pas avoir de sujets à sa disposition au moment des pontes, on parque à l'avance quelques couples dans des barques criblées ou dans les bras détournés de quelques canaux à portée, de manière à les avoir sous la main à l'époque voulue. L'opération de leur fécondation artificielle nécessite l'action de trois opérateurs, attendu que, doués d'une grande force, les brochets sont très-difficiles à maîtriser dans leurs mouvements. Il faut même se garer de leurs morsures ; on peut avoir un doigt brisé ou coupé par une seule étreinte des mâchoires.

La température de l'eau dans laquelle la fécondation est pratiquée doit marquer de 8 à 9 degrés, et l'on

doit employer préférablement l'eau de pluie. La ponte d'une seule femelle peut donner un litre d'oeufs de la grosseur à peine d'un grain de mil ; afin de ne pas les écraser sous des couches successives, il convient d'employer des tamis doubles, ou des caisses garnies de toile métallique à mailles très-fines. A travers des mailles un peu grandes, une assez grande quantité d'oeufs peut passer et tomber dans l'eau de l'étang oîi l'on opère, et le peupler de destructeurs plus abondamment qu'on ne le voudrait. Les appareils à ruisseaux factices, et les baquets d'une superficie de 25 à 30 centimètres peuvent servir à l'incubation. Les baquets devront être alimentés de temps en temps par un mince filet d'eau, afin d'éviter la décomposition des œufs par la présence continue de quelque matière fermentescible.

Sous une température constante de 8 à 12 degrés, les œufs de brochet éclosent vers le quinzième jour de rincubation. La résorption de la vésicule a lieu dans le môme laps de temps, et après cette époque les alevins doivent être mis dans les eaux libres. Vouloir continuer à les élever en captivité serait aussi dispendieux que difficile. En effet, leur appétit déréglé, leur voracité se font sentir de bonne heure ; ils dédaignent toute nourriture végétale et finissent par se manger entre eux, s'ils n'ont pas d'autres poissons à dévorer.

Il n'est pas impossible de leur procurer des proies vivantes, mais encore faut-il qu'elles soient de gros-

seur voulue , c'est-à-dire très-petites pour les premiers mois de l'élevage. Le moyen le moins difficultueux serait de féconder quelques milliers d'œufs de vandoise, poisson qui fraye dans la saison opportune, et de donner les alevins qui en proviendraient à dévorer aux petits brochets. Au demeurant, les sacrifices ne seraient pas compensés par les bénéfices d'une pareille opération.

Signalons encore une précaution à prendre contre leur voracité : après la résorption de la vésicule, il faut les placer, avons-nous dit, dans les eaux libres où ils doivent prospérer; mais il faut les parquer entre des cloisons bien étanches, pour les isoler des autres jeunes poissons, dont ils ne manqueraient pas do faire leur proie.

De tous nos poissons d'eau douce, le brochet est celui dont la croissance est le plus active; il est vrai qu'elle coûte le plus aux propriétaires des étangs qu'il habite. A l'âge de deux ans il atteint à une longueur de 65 centimètres et à un poids de 5 ou 6 kilogrammes. Il lui faut alors, pour la nourriture d'une semaine, trois ou quatre carpes de 500 grammes chaque. Les pêcheurs ne l'introduisent en plein liberté dans les étangs qu'après deux années de l'empoissonnement des eaux, et lorsqu'il n'a encore qu'une longueur de 15 à 20 centimètres; on le nomme alors brochet lanceron ou brochet poignard, Commettl ne peut s'attaquer aux carpes, qui sont, à cette époque, plus fortes que lui, il se rabat sur la blanchaille, sur le poisson

parasite, et travaille ainsi à en purger les étangs. On prétend, et ceci nous paraît un peu forcé, que la carpe, chagrinée, poursuivie par le brochet, ne fraye pas, devient plus forte, et que, par la suite, sa chair devient meilleure. Quoiqu'il en soit, notre opinion est pour la destruction complète de cet insatiable dévoreur de toutes les bonnes espèces do poisson. Nous avons calculé qu'un brochet qui pèse 10 kilogrammes a dû dévorer 100 kilogrammes d'autres poissons de table, qui auraient pu servir à l'alimentation de deux cents personnes pendant une journée. Sur les marchés de Paris, le prix du brochet est au maximum de 2 francs le kilogramme ; donc, celui qui pèse 10 kilogrammes rapporte 20 francs, mais il a mangé pendant sa vie pour au moins 100 francs de poisson blanc : total, 80 francs de perte pour le propriétaire de l'étang.

On a dit, à tort, que le brochet se tenait toujours éloigné de l'embouchure des fleuves ; quand, après la fraie, il survient des pluies d'orage, il descend avec le courant, et il n'est pas rare d'en pêcher dans les eaux saumâtres.

Nous avons assisté cette année, à l'embouchure do l'Orne, à la pêche de plusieurs brochets qui ne paraissaient nullement se ressentir du milieu salé où ils se trouvaient. Les pêcheurs nous ont affirmé qu'ils en prenaient en abondance tous les ans à la même époque, et que la finesse de leur goût ne laissait rien à désirer.

On a parlé très-souvent de brochets âgés de plus

d'un siècle et mesurant de très-grandes dimensions ; c'est là une grave erreur : à l'âge de sept ou huit ans, ce poisson est arrivé au lerme de sa croissance ; trèssouvent, après sa sixième année, il ne proGte plus, et il meurt vers la dixième année de son âge.

Plusieurs propriétaires qui font pêcher leurs étangs régulièrement tous les quatre ou cinq ans nous ont dit avoir vu périr ou disparaître de leurs eaux, avant la deuxième pêche, des brochets qu'ils y avaient conservés tant à cause de leurs dimensions extraordinaires, que dans le but de voir plus tard à quel développement ils pouvaient atteindre.

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