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LA CARPE. — LA CBEVANNB. — LE CHABOT

La Carpe,

La carpe est le poisson le plus répandu dans toutes les eaux de l'Europe. Son corps est long de 30 à 35 centimètres, haut de 8 à 10 centimètres. La tête est forte et très-peu pointue à l'extrémité ; la queue est fourchue. La couleur générale, d'un bleu verdâtre, est coupée sur les côtés de jaune terreux; les écailles sont grandes et plates.

Ce poisson paraît être originaire des climats tempérés, du Midi môme, car il s'y plaît et y prospère bien mieux que dans le Nord ; plus on remonte vers les latitudes froides, plus l'espèce baisse en grosseur. Il recherche les eaux dormantes et profondes ; cependant on en trouve en grand nombre et d'excellente qualité de chair dans le Rhin et dans le Rhône. L'Allemagne et la Hollande en fournissent chaque année de grandes quantités à la Suède ; les hivers rigoureux de ce pays les font périr en masse très-souvent.

La carpe, que l'on surnomme avec raison la reine

des étangs, est le seul poisson qui, jusqu'à ce jour, ait été l'objet d'une culture suivie et générale. Cette préférence s'explique par la croissance rapide des sujets et leur grande rusticité, et par les qualités de leur chair. Elle fraye par bande, du 15 mai au 15 juin, à la superficie des eaux garnies de végétaux, de plantes aquatiques, et qui sont exposées au soleil. C'est sur ces végétaux, les gazons, les joncs, etc., qu'elle dépose ses œufs.

On a révoqué en doute que les carpes, ou du moins un très-grand nombre, sinon toutes, faisaient deux pontes par année; pour nous, c'est un fait acquis: dans les bassins d'alevinage que nous avons fait construire à Champigny, nous avons récolté, Tannée dernière, et à deux reprises différentes, en juin et en septembre, de petits alevins de carpe qui n'étaient pas âgés de plus d'un mois. La dernière ponte ne doit échapper que rarement à la rigueur de la température, au commencement de l'hiver. Les pisciculteurs n'acordent pas de valeur, avec quelque raison, au fretin éclos à l'arrière-saison ; mais, si l'hiver n'est pas rigoureux, ce qui arrive quelquefois, ce fretin peut prospérer et être utilisé Tannée d'après pour l'empoissonnement, faute de mieux.

Tout ce que nous avons dit dans la première partie de ce Guide pratique du pisciculteur, au sujet de la fécondation artificielle et de Télevage, se rapporte particulièrement à la carpe. Nous nous dispenserons de le

répéter ici. Nous ajouterons seulement quelques don-

nées relalives à l'élevage en grand. En suivant nos indications, on peut facilement, avec trois ou quatre couples de carpe ot quelques frayères artificielles, réempoissonner de très-grands cours d'eau.

Afin de retirer des étangs ou des lacs tout le produit qu'ils peuvent donner, il faut avoir à sa disposition trois sortes de réservoirs : le premier, pour le frai et la fécondation ; le deuxième, pour l'élevage et la première croissance, et le troisième, pour l'engraissement.

L'étang ou réservoir pour le frai doit être disposé de telle sorte que les bords soient en pente très-peu prononcée et abondamment garnis de végétaux. Il ne doit pas avoir une grande étendue, et surtout être peu profond. Les individus destinés à la reproduction doivent être jeunes et forts ; on prétend, et nous partageons cette opinion, que les carpes de trois ou quatre ans sont celles qui fournissent le plus d'alevins. Il faut encore subordonner le nombre de poissons reproducteurs à rétendue de l'eau dont on dispose ; une trop grande quantité de carpes dans un étang nuit au frayage; une pièce d'oau de 300 à 400 mètres superficiels ne doit pas recevoir plus de sept h huit sujets, trois mâles et quatre femelles Quelques personnes croient que la carpe ne se nourrit que de matières végétales ; nous avons acquis la certitude qu'elle avale le petit frai et qu'un mois après la ponte, si on la laisse dans les bassins d'alevinage, elle a déjà mangé la moitié des jeunes éclos. Ce n'est pas là un grand mal, en raison do la grande fécondité de ce poisson, car, sans les causes

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naturelles de mortalité, il deviendrait si abondant que les ressources naturelles do son alimentation seraient insuffisantes. Si Ton voulait produire une grande quantité d'alevins, il deviendrait indispensable d'éloigner les sujets reproducteurs dès qu'ils auraient effectué leur .ponte.

C'est ainsi que nous agissons pour le cyprin doré de la Chine.

Dans les grandes exploitations où Ton élève la carpe pour la vente, on a l'habitude de laisser les jeunes oclos pendant un an environ dans les bassins d'alevinage ; on les fait passer ensuite dans les eaux où. ils doivent se développer sans obstacle, et on les y laisse pendant deux ans : enfia on les séquestre dans les bassins où on doit les engraisser, vers la quatrième

année de leur âge. Indépendamment de la nourriture qu'ils trouvent dans les étangs d'engraissement, on y ajoute de la fiente de vache, des débris de cuisine, du pain moisi ou des pohimes de terre altérées ; tout leur est bon et profitable. En agissant ainsi , la carpe prend en une seule saison un volume et un degré d'engraissement qui permettent de la vendre avantageusement.

La croissance de la carpe est assez active pour atteindre en cinq ou six ans un poids de 3 à 4 kilogrammes ; après le même temps, quelques-unes pèsent même 8 kilogrammes.

De huit à douze ans, la croissance est de plus en plus faible; une carpe qui pèse de 10 à 12 kilogram-

mes n'est pas rare; mais celle de 15 kilogrammes est une exception.

Les carpes vivent très-longtemps; quelques personnes prétendent en avoir vues âgées de plus d'un siècle. Le fait est que dans les bassins de Fontainebleau il en existe qui y ont été mises en 1816, et que le plus grand nombre ne paraît pas affecté des infirmités de la vieillesse dont aucun être vivant n'est exempt. Quelques-unes cependant portent sur elles le cachet très-apparent de la caducité : les écailles blanches , les yeux ternes et vitreux, la lenteur mesurée des mouvements, etc.

Dans les bassins alimentés par la fonte des neiges, les carpes deviennent aveugles ; elles courent le môme danger dans les eaux très-vwes.

Nous avons dit plus haut que la couleur des écailles de ce poisson était généralement d'un bleu verdâtre. H faut ajouter que, comme celles de toute autre espèce de poisson, elle finit par prendre une teinte plus ou moins rapprochée de celle du milieu qu'elle habite. Ainsi, dans les étangs bourbeux alimentés par les eaux de pluie, la couleur de l'ensemble de la carpe est d'un bleu vert foncé, tandis que dans les rivières à eaux courantes, elle est beaucoup plus claire. La coloration de leur chair subit la môme influence ; le goût n'en est pas exempté, et, dans certains fleuves, on a pôché des carpes qui, à ces deux points de vue, ont beaucoup d'analogie avec le saumon.

On donne le nom de mousse à la maladie qui affecte les carpes et qui a tous les caractères d'une maladie

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