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épidémique. Les premiers indices sont clairement perceptibles : le corps se couvre de plusieurs taches grisâtres, sous lesquelles les écailles se détachent peu de jours après pour faire place à une végétation mousseuse, qui gagne petit à petit la partie extérieure du poisson et finit par le faire périr. L'agglomération d'un très-grand nombre de sujets dans le même bassin, leur séjour trop prolongé dans une eau stagnante où croupissent des matières végétales, sont les causes reconnues de l'affection dont il s'agit. La source du mal indique tout naturellement le remède : transporter les carpes dans une eau propre et un peu vive, séparer celles qui sont atteintes de celles qui ne le sont pas.

Parmi les nombreuses variétés de carpes, on distingue principalement la carpe franche (c'est celle dont nous avons parlé jusqu'à présent), la carpe carassinou carpe de Hollande, et la carpe miroir.

La carpe carassin convient particulièrement pour l'élevage dans les pays froids ; elle vit et prospère parfaitement, durant des mois entiers, sous la glace, alors môme que le fond des étangs gelés est formé de hautes couches de limon, de vases ou de matières végétales en décomposition. Elle diffère d'aspect de la carpe franche en ce qu'elle est beaucoup plus courte, que sa tête est plus grosse et dépourvue de barbillons.

La carpe miroir se distingue par le petit nombre et la grande largeur de ses écailles, espacées assez grandement les unes des autres. Sa chair est réputée de

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meilleur goût que celle de la carpe franche; ce n'est probablement là qu'une idée, qu'explique la rareté exclusive de ce poisson ; ou bien, si la différence existe réellement, il faut l'attribuer à l'influence des eaux où elle a été élevée, car les carpes miroirs qui ont vécu dans les mômes étangs que les carpes franches n'ont rien, comme goût, de plus particulier que ces derniiVes.

La cause de mortalité en masse la plus à redouter pour les carpes est la gelée des eaux. Dans notre climat, cette cause est d'autant plus à craindre que les carpes y sont moins habituées, les hivers rigoureux n'étant pas annuels. En prenant les précautions que nous allons indiquer, on évitera le danger, même dans les conditions de température les plus funestes.

1.° Profondeur des eaux du bassin, de 80 centimètres au moins, afin de ne pas craindre qu'une grande épaisseur de glace emprisonne trop à l'étroit les poissons, déjà contrariés par le froid.

2° Nettoyage en gros des fonds des bassins au commencement du mois de novembre ; en retirer à l'aide d'un râteau les feuilles d'arbres, les végétaux morts, etc., qui croupissent et se décomposent, en donnant naissance à des gaz qui s'échappent de l'eau quand elle est à 1 état liquide, mais qui restent en dissolution dans la masse liquide lorsque la glace fait un obstacle solide.

3° Pas d'ouvertures à faire sur la glace, sous prétexte d'aérer l'eau du dessous aGn de diminuer la gône de

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respiration qu'éprouve le poisson. A ces ouvertures se précipitent les carpes, lg besoin de se trouver dans un milieu plus aéré les pousse à fleur d'eau , l'air glacé gèle alors dans leurs ouïes l'eau qui s'y trouve, et le poisson meurt.

On a conseillé de placer verticalement des bottes do paille, de distance en distance, le long des rives, et de manière à ce que, n'étant immergées qu'à moitié, l'ensemble de chaque faisceau forme une infinité de petits conduits d'air, ne serait ce que par la capillarité de chaque tube de paille. Nous croyons à l'efficacité de ce moyen, mais nous préférons l'application du suivant, qui est le nôtre.

Les réservoirs ou les bassins d'élevage des carpes sont généralement munis d'une bonde, ou bien ils sont creusés de manière à se trouver un peu plus hauts que le terrain extérieur situé à l'un de leurs côtés. On peut donc, dans le premier cas, enlever une certaine quantité d'eau des bassins par la bonde, et, dans le second cas, l'enlever à l'aide d'un gros siphon. Nous pratiquons cette opération dès que, par son épaisseur, la croûte de glace peut se maintenir par les bords adhérents au terrain ou aux murailles, sans appuyer sur l'eau liquide du dessous ; le niveau de celle-ci baisse alors et laisse un vide entre lui et le dessous de la couche de glace, vide que nous arrêtons à 12 ou 15 centimètres. Voilà donc un espace dans lequel nous faisons pénétrer l'air à volonté, en pratiquant quelques trous dans le couvercle de glace, et en les fermant

après coup avec des bouchons do paille pour empêcher qu'il n'y ait congélation au-dessous. Par ces mêmes trous s'échapperont à l'occasion les gaz malfaisante qui peuvent se produire dans l'eau, et, somme toute, l'aération, la désinfection et le maintien d'une température supportable sont donnés par la mise en pratique de ce moyen.

N omettons pas de conseiller de n'ouvrir les trous fermés par les bouchons de paille que pendant une heure ou deux par jour, et vers le milieu de la journée, quand la température est le moins bas.

La chevanne.

La chevanne, généralement surnommée cbevannemeunier, parce qu'elle fréquente de préférence les endroits des rivières voisins des turbines et des moulins à eau, est connue à Paris sous le nom de juène ou de vilain. Ce poisson est un des plus gros poissons blancs qui vivent dans les eaux de nos climats ; il mesure 55 centimètres de long et 10 centimètres de haut; la tête est grosse et légèrement noirâtre ; le museau est arrondi. Le ventre et les côtés sont d'un brillant d'argent et prennent une légère teinle jaunâtre quand le sujet a atteint à peu près sa grosseur normale. Les nageoires sont légèrement rouges.

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La croissance de la chevanr>o est très-rapide. Ordinairement elle atteint à un poids de 3 kilogrammes ; par exception, on en prend qui pèsent jusqu'à 8 et 9 kilogrammes. Elle vient dans presque toutes les eaux courantes à fond de gravier. Pendant le jour, elle se tient cachée sous les bateaux ou entre les rochers ; le matin et le soir, elle monte à la surface des eaux et fait la chasse aux mouches, aux hannetons, aux chenilles, aux sauterelles que les vents poussent là. Les fruits, tels que les raisins, les cerises, servent également à leur nourriture ; avec ces dernières, les pêcheurs de chevanne amorcent leurs hameçons. Elle se nourrit, à l'occasion, de petits poissons, de vers, en un mot, toute nourriture végétale et animale lui convient et lui profite.

L'époque de la fraie des chevannes arrive vers la première quinzaine du mois de mai Elles se réunissent par bandes dans les courants les plus rapides et peu profonds, et elles déposent leurs œufs sur les pierres, les graviers ou le sable du fond. Le travail de la ponte paraît être complètement achevé en quelques heures pour toute la bande réunie, et toujours à l'entrée de la nuit.

Nous avons assisté, cette année, à Pun des spectacles les plus intéressants qui se présentent à l'observation des curieux et des pisciculteurs sur les habitudes des poissons à l'époque de la ponte. Nous fûmes prévenu qu'un très-grand nombre de poissons blancs, de forte taille, était arrêté à l'angle de la Cité, à la hau-

teur du square du pont Neuf. C'était aux premiers jours de mai, à l'heure du soleil couchant. Nous arrivâmes sur les lieux dans un petit bateau, et avant la nuit close, nous avions vu se passer sous nos yeux toutes les phases du travail de la ponte et de la fécondation d'une quantité innombrable de chevannes. I/agitation, le mouvement le plus animé, presque un désordre furieux, régnait dans celte agglomération d'individus réunis pour obéir à un besoin ou plutôt à la loi de la reproduction de leur espèce; se frotter avec force les uns contre les autres, se presser en tas, par des bonds saccadés sauter à la surface de l'eau, et quelquefois sur le rivage, telles étaient les manœuvres de cette réunion nombreuse, qui durèrent environ deux heures. Le lendemain, pas une seule chevanne n'était restée dans cet endroit, la veille si peuplé, ce qui nous permet de conclure que ces poissons accomplissent en un seul jour et tous ensemble le travail do la ponte.

C'est ici le cas de faire remarquer combien les lois sur la pêche sont, dans certains cas, protectrices des intérêts des pêcheurs, car, si elles ne défendaient pas de pêcher au filet aux époques de la ponte ou de l'éclosion des œufs, un seul coup de cet engin destructeur détruirait des milliers de poissons à venir, eti vue du bénéfice momentané de quelques centaines de francs. On dirait que la nature a voulu aider à l'exécution des mesures de prévoyance prises par les intéressés pour conserver la multiplication abondante de la chevanne. En effet, par instinct, ce poisson se réunit pour frayer

aux heures où le jour est encore assez haut pour mettre les pêcheurs braconniers en crainte d'être dénoncés ou pris en flagrant délit par les passants ou par l'autorité compétente.

La température de l'eau de la Seine, mesurée par nous, au moment où se passait le spectacle curieux dont nous venons do parler, marquait de 12 à 13 degrés; c'est donc à cette température qu'il faudra prendre Peau pour la fécondation artificielle.

La fécondation artificielle do la chevanne est trèsfacile pour les pisciculteurs qui ont le droit de pêche dans les rivières non navigables, et par cela même soustraites aux prescriptions de la loi sur les pêches : un seul coup d'épervier au milieu du groupe réuni pour frayer leur fournira assez de sujets des deux sexes pour telle quantité d'alevins qu'ils désireront cultiver.

Nous devons appeler ici l'attention des pisciculteurs sur un fait très-important, que l'expérience nous a démontré sans qu'il y ait réplique. Ayant parqué dans des espaces relativement étroits, dans des étuis ou boutiques flottantes, des poissons blancs destinés à donner leur contingent pour la fécondation artificielle, deux ou trois jours après leur séquestration par suite de la non complète maturité des œufs, nous avons constaté qu'en se frottant contre les parois de leur prison, les mâles laissaient couler leur laite, très-fluide en ce moment, et quand les œufs que nous expulsions do la femelle étaient aptes à être fécondés, la matière fécondante du mâle nous faisait défaut. Nous avons égale-

ment observé cet autre fait important, que, pris sur les frayères immergées dans les cours d'eau, presque au moment même de la ponte, et transportés dans un baquet, les mâles laissent couler leur laite immédiatement, tandis que les femelles meurent sans se débarrasser de leurs œufs.

Ces deux faits sont trop importants pour ne pas les signaler avec persistance aux personnes qui veulent s'occuper de la fécondation artificielle des poissons blancs.

Le chevannes, à peine écloses, se dirigent immédiatement vers les berges, où elles séjournent pendant la plus grande partie de l'été, n'ayant pa3 assez de force pour résister à la vitesse des grands courants, ou craignant de devenir la proie des espèces carnivores. A Tâge d'un an , elles ont déjà une longueur de 8 à 10 centimètres, et sont aptes à la reproduction vers la troisième ou quatrième année de leur âge. Leur chair est bonne pour l'alimentation, mais elle est remplie d'arêtes qui la rendent suspecte aux consommateurs ; par suite, la vente de ce poisson n'est pas très- productive.

lie Chabot.

Le chabot est un petit poisson qui se trouve dans toutes nos rivières : sa longueur n'excède jamais

12 centimètres. Sa tête est très-grosse et aplatie horizontalement; son corps visqueux est varié de brun et de noir. Il affectionne plus particulièrement les eaux limpides, coulant sur un fond sablonneux, et il dépose ses œufs, au mois d'avril de chaque année, dans de petits trous qu'il creuse à cet effet. Sa nourriture se compose de vers, d'insectes aquatiques, d'œufs et de frai.

Ce poisson s'élève plus difficilement que les autres à la surface de l'eau, parce qu'il est dépourvu de vessie natatoire. Quand il veut se lancer dans une direction verticale, il enfle sa téte, la dilate, et son déplacement total augmentant, il peut s'élever à l'aide de ses nageoires, qui sont très-développées ; il se dirige avec une grande vitesse dans la direction horizontale; néanmoins il ne peut franchir d'un seul trait qu'une distance de quelques mètres. Pendant la plus grande partie du jour, il se tient caché sous les pierres, d'où on le déloge difficilement.

Plusieurs fois, nous avons essayé, et toujours sans succès, de conserver le chabot dans des aquariums transparents, afin de pouvoir étudier à l'aise ses mœurs et ses habitudes. Il lui faut une eau toujours courante et d'une faible profondeur. Si, dans les appareils où l'on veut le conserver vivant, il n'y a pas un plan incliné qui lui permette de s'élever à volonté à une certaine hauteur, et de s'y maintenir plus ou moins longtemps sans fatigue, il meurt au bout de peu de jours

de séquestration. Sa chair est très-recherchée par les

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truites, les brochets et les perches. La conformation de sa tôte, analogue à celle du crapaud, cause une certaine répulsion à ceux qui ont, à première vue, l'intention de le préparer pour la table. Il est raisonnable de surmonter cette impression, car la partie inférieure de son corps a une chair très-délicate.

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