LE GOUJON. — LE GARDON
Le Goujon.
Le goujon a le corps allongé, recouvert de grandes écailles verdâtres pointillées de jaune et de violet ; ses lèvres portent deux barbillons. Sa longueur excède rarement 15 centimètres.
Ce poisson se trouve dans toutes nos eaux douces; il s'y plaît et y multiplie abondamment. Il affectionne plus particulièrement les endroits propres, dont le fond est sablonneux ou graveleux ; il y reste pendant la plus grande partie du jour appuyé sur le sol ; réunis en grand nombre, ils saisissent au passage les nombreux petits vers, les larves, les insectes aquatiques que le courant entraîne. On ne le pêche dans les endroits bourbeux qu'accidentellement. C'est à tort que Ton range le goujon au nombre des poissons de qualité inférieure ; sa chair, très-délicate, fait une friture recherchée, même par les gourmets.
Dans certaines saisons, à Paris, il ne se vend pas moins de 12 ou 15 francs le cent.
Le goujon est d'une fécondité extrême ; du 1 5 avril
au 15 mai, il dépose ses petits œufs bleuâtres sur le sable, les pierres ou les roches ; c'est toujours en troupe qu'il se livre à la reproduction. Six ou huit jours après la ponte les œufs donnent naissance à des embryons excessivement petits, dont on ne distingue que les yeux, pour ainsi dire. Us se cantonnent immédiatement entre les grains de gravier ou de sable, pour se mettre à l'abri des nombreux insectes et des petits poissons, qui les dévoreraient ; malgré cette précaution beaucoup périssent ainsi.
Ce poisson forme, après l'ablette, l'espèce la plus nombreuse de toutes celles qui habitent nos fleuves. Nous avons calculé que trente pêcheurs à Pépervier, dont le travail s'exerce pendant cent jours chaque année dans la Seine, entre les ponts de Bercy et de Passy, s'emparaient annuellement d'un million environ de goujons ; en admettant que les personnes qui pèchent avec des lignes, ver veux ou échiquiers, en prennent autant, on arrive au chiffre énorme de deux millions de goujons, qui, pesant chacun 20 grammes, représentent ensemble un poids de 40,000 kilogrammes. Si Ton songe que les poissons carnivores en dévorent chaque année au moins autant, on aura une idée de la quantité énorme de sujets de cette espèce qui naissent dans le fleuve parisien. Par une sage ordonnance locale, on devrait prohiber pendant quelques années la pôehe avec les éperviers drus, éperviers à petites mailles, qui détruisent également, en les blessant, les petites brômes et les barbillons.
Notre conviction à ce sujet est tellement bien établie, que nous croyons remplir un devoir en appelant l'attention de M. le préfet du département de la Seine sur la pêche désastreuse à l'épervier dru ; si elle n'é* tait permise que tous les trois ou quatre ans, non-seulement il y aurait un très-grand accroissement du nombre des poissons de petite espèce, mais accroissement aussi du nombre des espèces de grande dimension et d un goût recherché.
Jûe Gardon.
Le gardon tient le milieu entre la carpe et la brème. Son corps est large et comprimé, mais un peu moins que ces derniers ; ses nageoires sont d'un beau rouge, le ventre est blanc, le dos est brun bleuâtre.
Ce poisson est herbivore ; il se trouve dans différents lacs de l'Europe et dans plusieurs rivières. Il est un de ceux dont la multiplication est le plus considérable ; il est si abondant dans des certaines localités, qu'on en engraisse la terre ou qu'on le donne à manger aux animaux. Le gardon fraye vers la deuxième quinzaine de mai de chaque année, et dépose ses œufs sur la plupart des végétaux qui garnissent les fonds ou qui flottent à la surface. Les frayères artificielles sont d'un précieux secours pour se le procurer : quand on s'a-
perçoit qu'elles sont chargées d'œufs, on les transporte dans les eaux à empoissonnement.
Le gardon acquiert une longueur de 25 à 30 centimètres, mais comme sa chair est remplie d'arêtes, on ne la recherche pas pour les préparations culinaires; si on l'introduit quelquefois dans les canaux ou dans les étangs, c'est particulièrement pour servir de proie à la perche ou au brochet, qui en sont avides. Il n'est pas besoin de se donner de la peine pour empoissonner les eaux de cette espèce de poisson : les oiseaux d'eau, en emportant les œufs d'un lieu dans un autre, et les communications qu'ont les cours d'eau entre eux, sont des moyens suffisants de propagation. Si dans les eaux où l'on cultive des espèces plus précieuses il n'y en avait pas qui font leur nourriture du gardon, il serait pour tous une cause de famine, en consommant , pour la nourriture du nombre toujours croissant, les ressources que présentent les cours d'eau.