DEUXIEME PARTI K
long barbillon blanc, ressemblant assez à un ver; au dire des pêcheurs, elle s'en sert avec adresse pour s'emparer des petits poissons dont elle se nourrit : blottie dans un trou ou sous une grosse pierre, elle agite constamment au dehors do sa cachette ce barbillon, qui paraît être une proie aux petits poissons; ils s'en approchent sans défiance et ils sont happés lestement par la lotte.
On trouve la lotie dans plusieurs rivières et plusieurs lacs de l'Europe, et particulièrement dans le Rhin, la Saône et l'Isère. Dans le lac de Genève, on en rencontre de très-grosses, mais leur rivière préférée paraît être le Rhin, où, indépendamment de la délicatesse que leur chair y acquiert, elles se développent jusqu'à atteindre moyennement un mètre de longueur. Il n'est pas rare d'en pêcher dans ce fleuve qui pèsent de 12 à 15 kilogrammes. En 1829, M. Litz, fermier de la pêche du Rhin, en vendit une au prix de 600 francs à la ville de Strasbourg, pour un déjeuner offert à Charles X; elle pesait 21 kilogrammes.
La lotte fraye pendant le mois de janvier dans des
eaux de même nature que celles où la truite fraye; néanmoins elle ne remonte pas aussi haut vers les sources. Elle dépose ses œufs, qui sont petits, sur le sable ou sur le gravier ; sa fécondité est très-grande. Baltemer dit avoir compte jusqu'à vingt-huit mille œufs dans l'ovaire d'une lotte. Sans nul doute, une très-petite partie seulement de ces œufs arrive à produire un sujet, car la lotte est très-rare dans la plupart
des fleuves et des rivières qu'elle habite ; on pourrait cependant l'introduire facilement dans de nouvelles eaux, car on peut la transporter avec succès, à sec ou immergée. L'année dernière, nous avons conservé vivante une lotte prise par hasard dans la Seine ; elle sautait chaque nuit en dehors du vase où elle était placée. Au bout de huit jours, nous l'offrîmes à un savant naturaliste, occupé de l'étude des vessies aériennes de la plupart de nos poissons. Nous aurions pu, croyons-nous, la conserver vivante très-longtemps encore. L'empoissonnement avec la lotte serait donc d'autant plus facile, que sa rusticité lui permet de vivre dans toutes les eaux, et nous ne doutons pas qu'à l'aide des moyens artiûciels on n'y parvienne tôt ou tard. Dans certaines localités, elle est presque aussi estimée que la truite. La chair est blanche et de bon goût; le foie est très- volumineux et recherché dans les pays du nord de l'Europe, où ce poisson est abondant, pour fournir, par une cuisson lente, une huile que Ton emploie aux usages domestiques. Sa vessie, de même que celle de l'esturgeon, sert à préparer la colle de poisson.