LA VANDOISE OU DARD. — LE VAIRON
La Vandoite ou Dard.
La vandoise est connue aussi sous le nom de dard; la rapidité avec laquelle elle nage fait croire quelle s'élance comme un dard, de là son surnom. Sa couleur générale est d'un blanc argenté; les nageoires sont blanc mat, le dos est brun et la queue fourchue. Elle acquiert communément de 22 à 25 centimètres de longueur. Sa chair est blanche et légère, de facile digestion, mais remplie d'arêtos.
La vandoise est un poisson excessivement commun dans nos eaux; il se plaît dans les courants les plus rapides et vit toujours en société de ses semblables. Il est destiné plutôt à servir de pâture aux poissons carnivores qu'à la nourriture de l'homme, et comme sa fécondité est très-grande (30,000 à 40,000 œufs), il est d'une très-grande ressource pour le pisciculteur.
C'est un poisson de premier printemps, c'est à-dire qu'aussitôt que le soleil commence à frapper avec bénéfice de chaleur la surface des eaux, vers le mois de mars, la vandoise fait son apparition.
C'est pendant la première quinzaine de ce môme mois que les vandoises déposent leurs œufs sur les graviers, à une faible profondeur et dans les endroits où le courant est le plus rapide. De même que chez les chevannes la ponte a lieu à la tombée de la nuit. Des groupes de cent, et plus, mâles et femelles, se réunissent, et dans leurs mouvements font souvent entendre un bruit de frôlement, soit que les individus se frottent fortement les uns contre les autres ou sur les graviers, qu'ils déplacent par le choc de leur queue. Les œufs sont aussi petits que la téte d'une épingle ; entraînés par le courant, ils vont se loger entre les petites pierres, dans de petits trous, à l'abri de la voracité des petits poissons, et éclosent presque tous.
A peine les autres espèces commencent-elles à frayer, que déjà des milliers de petites vandoises nagent en troupes serrées le long des berges, attirées par l'abondance de nourriture qu'elles y trouvent, insectes naissants, moucherons microscopiques, etc. Elles fuient au bruit et à l'approche de l'homme, mais reviennent immédiatement si l'on garde l'immobilité. Les sujets de cette provenance conviennent parfaitement pour la première alimentation do la truite. Il est très-facile de s'en emparer et de les féconder par les moyens artificiels. A l'aide d'un épervier, il faut prendre sur les frayères mêmes une cinquantaine de vandoises ; si les œufs des femelles ne sont pas encore à l'état de maturité, on parque les sujets dans des réserves pour attendre, et dans des réserves un peu grandes > sinon les
182 GUIDE PRATIQUE DU PISC1CULTEUK.
mâles y laissent immédiatement tomber leur laite. Au moment opportun, on fait couler les œufs et les laites par la pression des doîgls (comme il a été déjà indiqué plusieurs fois), dans un tamis de crin tenu immergé par son propre poids à la surface de la rivière ; en abaissant et relevant successivement le tamis, par les mailles du tissu passent des petits couranls qui aident au mélange des œufs avec la laite fécondante. Deux ou trois minutes après l'opération, on verse le contenu du tamis dans un vase de terre verni, unsaladier par exemple, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait mis en approvisionnement toute la quantité voulue de cette graine vivante.
Les œufs ainsi récoltés et fécondés sont jetés à la volée dans les eaux courantes à peupler de vandoises ; huit à dix jours après, les petits poissons sont nés et cherchent leur nourriture.
Nous avons essayé les tamis doubles pour l'incubation des œufs dont il s'agit ; ces œufs sont morts et se sont décomposés assez promptement, tandis que cette année nous les avons placés dans une auge en terre cuite alimentée par un petit filet d'eau, et tout est venu à souhait pour nourrir copieusement les ombres chevaliers que nous élevons.
La vandoise, étant le poisson blanc qui fraye le premier de l'année, est d'une grande ressource pour l'élei vage des salmonés ; les saumons et les truites commen-
cent à manger précisément à l'époque où les œufs des vandoises éclosent.
Le Vairon.
La longueur du vairon n'excède pas 10 centimètres ; son corps, allongé et légèrement visqueux, ressemble assez à celui du goujon pour qu'il y ait méprise de la part de l'acheteur, mais non du vendeur; il diffère du goujon par l'absence de barbillons.
Le vairon est un poisson d'eau vive, qui se plaît dans toutes les rivières à fond sablonneux. A l'époque des amours, il se revêt de couleurs variées ; colles du mâle sont plus belles et plus vives que celles de la femelle. Sa fécondité est très-grande.
Les causes de mortalité sont proportionnellement peu nombreuses; par suite, dans certaines eaux, il est si abondant, que les fonds en sont litéralement couverts; sa chair, légèrement amère, est presque dédaignée pour la table et ne sert, pour ainsi dire, qu'à nourrir les poissons voraces, tels que la truite, la perche, le brochet. Ces redoutables dévoreurs finissent par détruire entièrement le vairon dans les eaux où ils sont élevés en grand nombre.
C'est dans les mois de mai et de juin qu'il dépose ses œufs, et préférablement dans les petites rivières courantes d'une faible profondeur.
Nous avons surpris un grand rassemblement de vai-
rons, en travail de reproduction, près dune tannerie, dans un petit ruisseau qui traverse le village de Toissey, département de l'Ain ; ils s'ébattaient sur le gravier avec tant de précipitation et d'ardeur, qu'ils troublaient l'eau courante en cét endroit. Généralement ils déposent leur ponte à une faible profondeur, quelques centimètres d'eau à peine la recouvre; leurs petits œufs, libres et isolés, sont entraînés par le courant et vont se loger entre le menu gravier qui les abrite : nul poisson, sauf le chabot, n'ose se risquer dans les endroits où l'eau ne le recouvrirait pas, et ainsi les oeufs de vairon échappent à la plus grande cause de destruction.
La fécondation artificielle du vairon présente des difficultés en raison du petit volume du sujet ; d'ailleurs on ne la pratiquerait avec quelque profit que pour l'alimentation des grandes espècesde poisson, et il est préférable, dans ce cas, d'introduire dans les eaux qu'habitent ces derniers quelques centaines de vairons prêts à effectuer leur ponte.