‹ Guide pratique du pisciculteurChapitre 5 sur 31 · PREMIERE PARTIE. j · texte numérisé non relu

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région humido. Parfois les mâles sont confondus avec les femelles, tandis que dans certaines espèces ils forment des bandes séparées, comme Ton peut s'en assurer en examinant les individus pêches dans ces moments; leur sexe est très-apparent et très-facile à reconnaître. Nous ajouterons que la plupart de nos poissons d'eau douce se livrent à ce travail depuis l'aube du jour, ou depuis la fin de la journée jusqu'au lendemain matin, et rarement en plein midi.

Fécondité. — Causes de la destruction des œufs

et des alevins.

La nature, prévoyante en toutes choses, a réglé la fécondité des poissons de manière à ce qu'elle soit en rapport avec les innombrables causes de destruction ou d'insuccès auxquelles les œufs sont habituellement exposés. On est réellement frappé d'étonnement quand on pense qu'un poisson de 30 centimètres , une carpe ou une perche, par exemple, porto plus de cent mille

œufs. En songeant que de chaque œuf peut sortir un poisson et qu'une pareille ponte se renouvelle une fois tous les ans, on est réellement surpris que les populations aquatiques do nos cours d'eau et de nos lacs soient si clair-semées. Maintenant, si nous nous reportons aux époques déjà éloignées de nous où les po-

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cheurs prenaient d'un seul coup de filet plusieurs quintaux de poisson, nous serons forcés de reconnaître que les causes de destruction des œufs et des jeunes embryons se sont augmentées progressivement, car les pêches jadis habituelles sont aujourd'hui miraculeuses.

M. Auguste Jourdier nous dit, dans son Traité de pisciculture, qu'en 1750, un coup de filet, en Angleterre, amena trois mille cinq cents saumons, dont plusieurs avaient 2 mètres de longueur.

Une grande quantité d'œufs jetés naturellement çà et là, épars au gré des eaux, ou arrêtés à la surface des corps flottants, échappent à l'action directo du principe fécondant du mâle, c'est-à-dire au contact de la laitance qu'il laisse échapper. Si Ton observe ce qui se passe là même où les poissons viennent de procéder au renouvellement de leur espèce, on n'est pas peu surpris d'apercevoir une foule de sujets d'espèces différentes avides des œufs de ces derniers se mêler à leurs ébats et dans leur voracité engloutir une grande quantité d'œufs, à mesure que la femelle les évacue.

Cette cause de destruction n'est pas la seule. L'embryon contenu dans chaque œuf n'éclot pas avant une semaine ou deux, et pour des espèces comme celles qui effectuent leur ponte pendant l'hiver, l'incubation peut durer quarante et même cinquante jours. Pendant ce temps, à combien d'accidents ne sont-ils pas exposés ? Les oiseaux d'eau et les poissons carnivores s'en repaissent, une grande et subite variation de tempéra-

ture les tue, de même que les eaux devenues troubles ou chargées de limon à la suite de grandes pluies. A ces causes naturelles toujours et presque partout existantes, viennent s'ajouter celles qui ne sont que locales et dont l'origine est dans les applications modernes de la science au progrès industriel et commercial : ainsi, les nombreuses usines établies sur les cours d'eau y font évacuer les détritus des matières acidulées, mortelles pour les œufs ou pour les jeunes poissons.

Les barrages, les endiguements, les talus dont on a besoin pour utiliser les moteurs hydrauliques, en resserrant les lits des rivières en augmentent le courant en de certains endroits, ce qui trouble les habitudes des poissons, emporte les végétaux riverains et finit par combler toutes les petites anses tranquilles tapissées de plantes aquatiques, sortes d'abris mystérieux où les femelles venaient de préférence déposer leur ponte. Dans le fond de gravier ou de sable de ces réservoirs naturels, les jeunes alevins trouvaient sans se déplacer une nourriture appropriée à leurs besoins, et grandissaient rapidement sous l'influence de la chaleur, plus active là que dans les eaux vives et profondes du lit du courant. Les moteurs à vapeur des bateaux, les roues ou l'hélice occasionnent, dans leur mouvement, des vagues clapoteuses ou ondulées qui balayent les rives des fleuves, secouant et emportant les joncs et leslaîches chargés d'œufs; à chaque instant ils détruisent ainsi des millions de germes, dont chacun aurait pu donner un poisson.

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L'imprévoyance do ctfux mêmes que le dépeuplement des eaux atteint le plus directement dans leur industrie et dans leur travail journalier vient augmenter le mal signalé. Les règlements actuels sur la pêche ne sont pas assez protecteurs de l'avenir, et les quelques mesures sages et utiles qu'ils proscrivont sont complètement négligées par les pêcheurs. De ce côté, il reste donc à améliorer et à surveiller sévèrement l'exécution de ce qui est utile à tous et dans l'avenir, bien que l'intérêt individuel et momentané en soit lésé en apparence.

La construction des barrages, des usines, la navigation à vapeur sont, d'après ce qui précède, les causes principales de l'appauvrissement de nos rivières et do nos fleuves. Est-ce à dire qu'il faudrait supprimer toutes ces fécondes créations de l'industrie moderne, dans l'intérêt de l'alimentation publique? Non, sans aucun doute, car le mal forcé qu'elles occasionnent n'est que secondaire en comparaison du bien qu'elles créent, et le génie humain n'est pas impuissant pour réparer par des découvertes nouvelles ce que les découvertes récentes menacent de ruiner. Dans la question qui nous occupe, le progrès dans les sciences naturelles a conduit au remède qui doit guérir le mal amené par le progrès dans les sciences mécaniques. L'intelligente application des procédés indiqués ou trouvés par les Jacobi, par les Remi, par les Coste, etc., permettra de repeupler nos cours d'eau, d'améliorer les espèces qui les fréquentent, d'augmenter, en un mot, et sous tous les

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rapports, les produits alimentaires que Ton en tire

par la pêche almidante.

On s'explique difficilement pourquoi l'art de la multiplication artificielle des poissons, découvert par Jacobi il y a plus d'un siècle, publié depuis par un certain nombro de naturalistes français et étrangers, n'a été vulgarisé que depuis quelques années.

Les causes de ce long retard sont peut-être dues aux erreurs nombreuses propagées par la plupart des auteurs secondaires qui, sans avoir bien compris ot sans avoir expérimenté les procédés à peu près secrets des premiers éleveurs, ont préféré une renommée qui servait leur ambition ou leur intérêt à une abstention sage et prudente pour les autres. Combien de mauvais procédés ne nous sont-ils pas enseignés et recommandés pour multiplier les anguilles. Rondelet, par exemple, ne nous a-t-il pas dit que la truite couvait ses œufs dans sa boucbe ? Spallanzani, lui, qui a tant fait d'expériences sur les fécondations naturelles, n'a-t-il pas nié l'efficacité des procédés Jacobi, vingt-cinq ans après leur publication, alors que des essais couronnés d'un plein succès en consacraient la vérité? A notre avis, si la multiplication artiûciello des poissons et les procédés à l'aide desquels on l'obtient, ont été ensevelis et oubliés pendant longtemps dans les cartons de quelques sociétés savantes, cela tient à ce qu'il a été écrit trop d'erreurs à leur sujet, et qu'après la publication des moyens vraiment efficaces, plusieurs sommités scientifiques ont continué à en nier la valeur,

n'ayant jamais eux-mêmes tenté l'expérience, ou s'en rapportant à un premier insuccès. La pisciculture serait peut-être encore dans l'oubli si deux pêcheurs, curieux d'étudier les phénomènes dont ils étaient souvent témoins, n'avaient pas consacré leur intelligence vivement frappée à éclairer de nouveau une découverte qu'ils ignoraient peut-être. Leurs déclarations furent si formelles que le monde savant s'en émut et revint à une question niée et oubliée depuis longtemps. Ces deux nouveaux initiateurs étaient Remi d'abord, Gehin ensuite. Remi avait-il connaissance des procédés expérimentés par Jacobi et décrits par plusieurs naturalistes ? Ce ne serait pas impossible ; l'homme intelligent est curieux, de plus, il est fier d'apprendre par tous les moyens, livres ou récits, les faits et les changements qui se sont opérés dans la question qui l'occupe. Le savant obéit à la passion de tout connaître, de tout étudier, et souvent de nier ce qu'il ne sait pas vérifier. Le vulgaire est toujours tenté de se rendre compte, même grossièrement, de tout ce qu'il prévoit ou de tout ce qu'on lui dit sur les phénomènes qui le surprennent et qui se produisent dans la sphère de son travail habituel.

Notre intention n'est pas de disputer à Remi l'honneur d'une découverte qu'il affirme avoir faite sans connaître les travaux de ses prédécesseurs. Si les naturalistes du temps, qui connaissaient les travaux de Jacobi, y avaient ajouté un peu plus do confiance et avaient vérifié par des expériences si la fécondation

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