‹ Guide pratique du pisciculteurChapitre 8 sur 31 · ŒUFS COLLANTS · texte numérisé non relu

ŒUFS COLLANTS

Frayères naturelles et artificielles.

Il résulte des explications données dans le chapitre précédent qu'au point de vue de leur provenance, les poissons peuvent être divisés en deux grandes catégories. La première, comprenant ceux dont les œufs sont libres, c'est-à-dire se déposent, immédiatement après la ponte, sur le sable ou sur le gravier du fond, soit isolément, soit réunis, mais sans jamais s'attacher; la seconde, comprenant ceux dont les œufs se fixent sur les corps qu'ils rencontrent à leur sortie de l'ovaire, et qui ne peuvent en être détachés sans que la mort de l'embryon s'ensuive.

La connaissance de ces faits a conduit à imaginer l'emploi des frayères naturelles et artificielles, tant pour favoriser la multiplication de certaines espèces dans les milieux où elles vivent, que pour préparer la récolte des œufs fécondés destinés à être transportés

dans les anciens cours d'eau à repeupler ou dans les nouveaux cours à fertiliser.

L'usage des frayeras artificielles, bien que tout nouveau en Europe, est pratiqué en Chine depuis plusieurs siècles, dit-on. On lit à ce sujet, dans une notice publiée dans le Bulletin de la Société d'acclimatation, novembre 1 862, sur l'histoire do la pisciculture, par M. Gillet de Grandmont, habile pisciculteur, le passage suivant, extrait de la Description de l'empire chinois et de la Tartarie chinoise, par le P. Du Halde :

« Les lacs, les étangs, et môme les ruisseaux, dont la Chino est arrosée, sont remplis d'une variété infinie do poissons. On en rencontre un très-grand nombre, mftme dans les fossés que les Chinois ont soin de pratiquer à travers la campagne, pour y conserver l'eau, si nécessaire à la culture du riz. Vers le mois de mai, les

habitants de ce pays barrent les cours d'eau en diffé-

rents endroits avec des claies et des nattes, sur un parcours de plusieurs lieues, en laissant tout juste assez

d'espace pour permettre aux barques de passer. La semence s'arrête à ces claies ; on la récolte, et on la livro à des marchands qui la transportent à des distances considérables. Elle se vend pour rempoissonneraient à

tous ceux qui ont des rivières et des étangs. »

Malgré la connaissance que possèdent les Chinois sur la ponte des œufs de poisson et sur les lieux où elle se fait annuellement, malgré tous les avantages qu'ils savent en retirer, nous ne sachions pas qu'ils aient jusqu'à ce jour pratiqué la fécondation artificielle. Néan-

moins, il faut reconnaître leur intelligence pratique, se traduisant par des procédés ingénieux pour accroître les ressources alimentaires d'un pays si vaste et si peuplé. L'appât qu'ofîront de grands bénéfices est le plus souvent le mobile des premiers inventeurs des procédés vulgaires, comme il est celui de leurs continuateurs. A ce titre, le mérite de l'individualité est moindre en Chine que partout ailleurs, et particulièrement en pisciculture, les niandafins ayant seuls le privilège de la culture et de la récolte des poissons.

En France, Pusage des frayères artificielles a été la conséquence forcée et immédiate de la mise en pratitiqùe des procédés de fécondation. La découverte de ces procédés ayant provoqué l'attention publique, beaucoup de personnes, à l'exemple de Jacobi et do Remi, ont cherché à s'assurer de visu de ce qui se passait dans le fond des eaux, espérant découvrir quelques nouveaux faits ; c'est ainsi que Ton a pu reconnaître que telles ou telles espèces de poissons affectionnaient plus particulièrement certains points des régions aqueuses qu'ils habitaient, que certaines conditions aidaient puissamment à la fertilisation des œufs fécondés.

tour les poissons dont les œufs restent libres, comme ceux de la truite, du saumon, etc., on se borne, le plus souvent, à couvrir une partie du fond dos eaux où ils habitent d une faible couche de petites pierres ou de gravier. La grosseur du gravier doit varier entre celle d'une noix et celle d'un œuf de poule \ la couche doit former au réservoir ou au cours d'eau un fond à peu près uni,

sur une longueur de trois mètres. Les parties coupantes et pointues des graviers mal choisis peuvent blesser les sujets qui, pour se débarrasser de leur faix à l'époque critique, viennent s'y frotter. L'attention du pisciculteur ne doit pas être indifférente à ce détail.

Autant que faire se peut, on prend les dispositions indiquées ci-dessus dans des endroits où Peau, sans être trop courante, se renouvelle cependant d'une manière continue. Il est également prudent d'établir ces frayères près de quelques grosses racines d'arbre ou de tout autre objet fixe pouvant offrir des abris aux poissons reproducteurs ; il arrive souvent que le poisson, ne trouvant point à sa convenance les endroits qu'on lui a préparés sans tenir compte de toutes les circonstances, va plus loin et trouve lui-môme ce qui est mieux approprié à ses besoins momentanés.

Dans les étangs, quelques brouettées de gravier suffisent pour former une frayère convenable, surtout quand le fond est généralement tourbeux ou limoneux. Dans tous les cas, la couche de gravier ne doit être recouverte que de 25 à 40 centimètres d'eau. Il est urgent que le travail soit fini quelques semaines avant l'époque présumée des pontes, afin que les poissons soient pour ainsi dire prévenus, c'est-à-dire qu'ils n'aillent pas plus loin pour trouver ce qu'ils cherchent. Les frayères bien établies les engagent à stationner dans les parages choisis avec intelligence par le pisciculteur.

Les truites et les saumons creusent dans le gravier des sillons transversaux pour empêcher leurs œufs

d'être entraînés par le courant, et dès que la ponte est finie, ils la recouvrent par le mémo moyen. C'est inutilement que l'on chercherait à récolter les œufs ainsi abrités; il faut laisser à la nature le soin d'achever son œuvre. On peut cependant, à l'aide de dispositions particulières, empêcher qu'ils ne soient mangés par les espèces affamées qui en sont friandes.

Pour les œufs qui se fixent contre les corps flottants, on se borne, le plus souvent, à faucher la majeure partie des joncs ou des autres plantes qui bordent les rivières ou les étangs, laissant çà et là quelques bouquots de gazon, où les poissons ne manqueront point de déposer leurs œufs quand les besoins impérieux de la ponte se feront sentir.

D'autres fois encore, et ce sont les moyens le plus généralement employés, on forme avec des branchages réunis ensemble des espèces de fascines qui, immergées dans l'eau, sont très-recherchées par les poissons; ils viennent y habiter en attendant le moment climatérique propre tant au succès de leur ponte qu'au facile développement des embryons.

Est-ce à dire qu'il faut pour ces œufs, comme pour ceux de la truite et du saumon, laisser à la nature seule le soin de mener h bonne fin l'éclosion de l'alevin ? Non, trop de causes peuvent agir pour en détruire le plus grand nombre ; à l'exemple des Chinois, il faut enlever les corps flottants chargés d'œufs, les placer dans les mêmes conditions de température où ils

étaient précédemment, en un mot écarter toutes

les causes de mortalité permanentes ou accidentelles.

La construction et l'emploi intelligent des frayères artificielles peuvent rendre de si grands services, que nous croyons devoir en donner ici une description aussi exacte que complète. Nous prendrons pour exemple la frayère représentée figure C, que nous avons expérimentée nous- mômes avec sucçès dans la rivière anglaise qui traverse la grande serre du Jardin zoologique d'accli-

Fig.

matation. La serre était remplie de cyprins dorés de la Chine, que nous y avions mis quelque temps auparavant. La rivière étant cimentée dans toutes ses parties, les poissons n'y trouvaient point d'endroits propres à recevoir leurs œufs. Après avoir obtenu le consentemont du savant directeur de cet établissement remar-

quablo, nous procédâmes de la manière suivante: Plusieurs morceaux dé balai de bruyère furent fixés sur quatre lattes de bois mince, longues de 1 mètre, et réunies ensemble par quatre bouts de fil de fer ; à l'aide de traverses de même bois, les lattes chargées de balais furent fixées à côté les unes des autres de façon à former un massif chevelu assez résistant ; deux grosses pierres lestaient la frayère ainsi construite," de manière qu'étant immergée presque verticalement, un de ses côtés était solidement retenu sur la berge. La figure D fera comprendre cette disposition.

Les poissons ne manquèrent point d'y venir frayers, et si au bout de quelques jours un oiseau d'eau, un grèbe, ne s'était introduit accidentellement dans celte petite rivière et n'avait détruit la plus grande partie des myriades de petits poissons qui nageaient à la surface do l'eau, la récolte en aurait été magnifique. Une pareille installation fut établie par nous dans la propriété de M. le baron Rothschild, à Boulogne, et dans un bassin où la carpe n'avait jamais frayé; les résultats

dépassèrent toute espérance. Nous ne saurions donc trop recommander l'emploi de frayères construites de cette façon pour toutes les espèces de poissons dont les œufs se collent contre des corps flottants. Après la ponte, les œufs se trouvent à la disposition de l'opérateur sans qu'il ait recours à la fécondation artificielle. Celle-ci ne doit être que supplémentaire, quand on a à sa disposition des moyens plus directement naturels.

Quelquefois on donne aux frayères artificielles la forme cylindrique, en fixant sur deux ou troix cercles de tonneaux, réunis par des traverses, divers branchages propres à recevoir les œufs. La frayère cylindrique est lestée par des pierres à l'une des bases du cylindre, tandis qu'à l'autre base on attacho plusieurs cordages, qui permettent de la conduire à une certaine distance des bords de la rivière, et de l'en retirer sans être obligé de se mettre à l'eau.

D'autres fois, et cela a lieu quand il n'existe pas de végétation dans les eaux à exploiter, on se contente de disposer de distance en distance, sur les bords de la rivière, des mottes de gazon; les poissons viennent y déposer leur ponte. Des vases en terre commune, remplis de terre et couverts de plantes chevelues, remplacent avantageusement les mottes de gazon.

L'orientation des frayères immergées n'est pas non plus indifférente. Les œufs collants sont toujours déposés par les femelles le long des rives, à une faible profondeur, et le plus souvent à l'exposition du midi. C'est

donc dans des conditions analogues qu'il faut imposer les frayères, et choisir des endroits tranquilles et peu fréquentés, les poissons étant méfiants, craintifs et n'aimant pas à être troublés ni dans leurs ébats, ni dans leur travail.

La ponte étant terminée, ce dont on est assuré parla couleur perlée des frayères, il faut, si Ton a à craindre que les œufs ne soient dévorés par les poissons, par les oiseaux d'eau ou par les rats, réunir ensemble tous les branchages de la frayère et les recouvrir d'un linge mouillé pour éviter un trop grand dessèchement, en attendant leur mise en incubation. Si on avait à les transporter à de certaines distances, il serait urgent de le faire immédiatement, les œufs de cette catégorie de poissons étant éclos peu de jours après la fécondation.

Incubation des œufs libres. — Appareils à éolosîon.

La mise en incubation des œufs de poissons nécessite une foule de petites précautions dont il faut tenir compte, au risque de perdre entièrement la peine qu'auraient coûtée précédemment la fécondation artiûcielle et rétablissement des frayères. Les deux premières conditions essentielles à remplir, nous pourrions dire les plus indispensables, sont la qualité de Veau dans laquelle l'opération aura lieu, et la tempé-

rature, qui doivent être les mêmes que celles où les poissons devront vivre. Les œufs de truites, d'ombres, de saumons, se développeront bien dans une eau vive et courante, au dessous de 10 degrés do température, tandis que les œufs de carpes, de tanches, de gardons, auront besoin, pour venir à bien, d'une eau dormante marquant de 18 à 22 degrés.

Les premiers de ces poissons se plaisent et se reproduisent parfaitement dans les eaux calcaires. Les seconds prospèrent et se multiplient dans les eaux thermales. Les eaux minérales paraissent même leur convenir, car dans les eaux ferrugineuses du lac d'Enghien, où les salmonidés ne peuvent vivre, la carpe, le brochet, le gardon se multiplient considérablement, et les embryons s'y développent parfaitement.

La deuxième partie de ce livre pratique est consacrée à la description des habitudes de chaque espèce de poisson dont les cours d'eau de nos climats sont peuplés ; nous y renvoyons le lecteur pour tout ce qui concerne l'incubation et Pélevage de chacune d'elles.

Pour la mise en incubation des œufs de truite ou de saumon, on a imaginé plusieurs sortes d'appareils se rapprochant plus ou moins de la manière dont sont disposées les installations naturelles. Nous avons vu avec quelle exactitude Jacobi, en construisant sa boîle, avait suivi les indications de la nature. Avec la boîte de Jacobi on obtient de bons résultats, mais l'application en est gênante, difficile : outre qu'on n'a pas toujours une chute d'eau à sa disposition, l'inconvénient

est encore de ne pas pouvoir suivre les progrès du développement des embryons ni extraire ceux d'entre eux qui, étant morts depuis quelques jours, sont susceptibles de causer la destruction des autres. Néanmoins, quand oû disposera d'eaux vives et courantes , cette boîte pourra être utilisée avec avantage. Si la fécondation a été bien pratiquée, les deux tiers au moins des œufs que Ton y aura confinés parviendront à Téclosion .

Remi et Gehin se contentèrent de placer les œufs dans des boîtes de fer- blanc percées de nombreux petits trous , garnies à l'intérieur d'une couche de gravier de 3 à 4 centimètres, et munies d'un couvercle de môme métal. Elles étaient placées dans les courants et à une faible profondeur d'eau, ce qui rendait les visites faciles en enlevant les couvercles, et permettait de donner aux embryons tous les soins qu'ils réclamaient avant de les mettre en liberté dans les eaux.

Les résultats qu'obtenaient ces deux pisciculteurs émérites étaient très-bons, mais à la condition expresse de pratiquer dans les eaux où les truites vivent naturellement, c'est-à-dire dans des eaux excessivement pures. On a employé quelquefois des tamis doubles rendus inoxydables par un zingage bien exécuté ; on a également employé des corbeilles en osier de diverses formes, mais ces appareils, qui peuvent donner de bons résultats en certains endroits, présentent de grands inconvénients dans les eaux à fond vaseux ; les mailles fines ne tardent point à ôtre obstruées, l'eau ne se

renouvelle plus assez abondamment, celle qui reste pour ainsi dire stagnante/ne tarde pas à se corrompre. En outre, la nécessité de se mouiller, dans les saisons froides, pour aller visiter les appareils ainsi construits, n'a pas peu contribué à les faire rejeter de la pratique.

M. Coste, dont nous ne saurions (rop citer les travaux et les opinions en matière de pisciculture, frappé des inconvénients que présentaient les appareils à éclosion dont on se servait, imagina, il y a quelques années , une installation aussi remarquable par sa simplicité que merveilleuse dans ses résultats. En remployant on peut faire do la grande pisciculture dans les laboratoires, dans les caves, dans les habitations, faire naître des millers de truites, de saumons et de tous autres poissons, comme si on opérait dans un fleuve. Il est incontestable, c'est notre conviction, que, grâce aux manipulations do l'incubation, rendues plus faciles par l'invention de M. Coste, la pisciculture se vulgarise et devient sérieusement utile. L'appareil nous permet non-seulement de manier facilement tout ce qu'il contient, mais encore il présente l'attrait de nous faire assister au spectacle charmant de voir naître des quantités innombrables de petits êtres qui doivent l'existence à nos soins.

L'appareil dont il s'agit est à ruisseaux factices et à courants continus (voir ci-contre figure E). Il est composé d'une ou de plusieurs séries d'auges superposées en forme de gradins, de manière que la décharge ou le trop plein dfc l'une se déverse dans celle qui lui est

inférieure, et ainsi de suite. Les déversoirs par où le

trop plein coule d'une auge à l'autre sont contrariés, de manière que l'eau arrive par le côté opposé à celui par lequel elle s'en va; de cette manière le courant s'établit dans toute la nappe d'eau, qui, petit à petit, est entièrement renouvelée. Les auges sont en bois, en métal ou en poterie. Le plus souvent leurs dimensions sont de 50 centimètres de longueur, 10 de hauteur et 15 de largeur; à l'intérieur de chacune d'elles, et vers le milieu de leur hauteur, il existe quatre petites consoles qui supportent un petit châssis en bois mince, portant des dentelures sur deux do ses côtés opposés, où viennent s'ajuster de petites baguettes de verre; celles-ci sont maintenues à poste fixe par une mince lame de plomb. Une traverse du môme bois que le châssis, placée dans le milieu de la claie en verre, contribue à consolider l'ensemble. Deux anneaux en fil de fer galvanisé sont fixés à chaque extrémité des châssis, afin de pouvoir facilement déplacer et replacer ces derniers 1 .

La claie de chaque auge est immergée de 4 à 6 centimètres; elle peut recevoir sur un seul plan environ mille œufs de saumon et un plus grand nombre d'oeufs de truite. Les œufs ont ordinairement la grosseur d'un petit pois, mais comme il s'en trouve dans la quantité qui ont un plus faible diamètro, il faut faire en sorte, en construisant la grille, que les intervalles entre chaque baguette n'aient pas plus de 2 ou 3 mil-

1 On trouve dans notre magasin, quai de l'Ecole, 20, tous les appareils à l'usage des pisciculteurs, pour les échhions artificielles.

Itmètres; sans cette précaution les petits *ufs tombent au fond de l'auge, les dépôts qui se forment là peuvent les altérer, et ainsi le succès de l'opération peut être amoindri ou manqué.

L'alimentation des auges, nous pourrions dire des rigoles, peut se faire de plusieurs manières : quand on n'a pas de courant naturel à sa disposition, on se contente le plus généralement de remplir d'eau un tonneau ou un réservoir, et préférablement une de ces fontaines à filtre en usage dans presque tous les ménages; celte dernière est indispensable si les eaux que Ton est dans la nécessité d'employer sont de mauvaise qualité. A défaut, on peut construire facilement un filtre de la manière suivante:

On prend un de ces grands pots de grès connus sous le nom de pots à beurre, on y perce un trou auquel on ajoute une cannelle de bois ; dans son intérieur, à la prise d'eau delà cannelle, on place de petits galets ou du gros gravier, de manière à ne pas obstruer l'oriGce ; par-dessus le gravier on étend une couche de charbon de bois menu, de 10 centimètres de hauteur, et préférablement de braise de boulanger, plus poreuse que le charbon ordinaire, et comme la braise, plus légère que l'eau, s'élèverait à sa surface, on la recouvre de sablo lin ; par-dessus le tout on place un disque en terre cuite, percé do petits trous, semblable à ceux qui servent de couverture aux casseroles en terre, afin qu'en versant avec précipitation l'eau dans le filtre, afr>si que cela arrive le plus souvent, les matières rangées

par ordre dans le fond ne se mêlent pas entre elles. Un filtre installé de cette façon et contenant de 18 à 20 litres d'eau, peut fonctionner pendant trois ou quatre semaines sans inconvénient. Après ce temps il est nécessaire de le nettoyer à l'aide d un bon lavage, pour en expulser le dépôt ou le limon que «Teau chargée n'aura pas manqué d y déposer. Le robinet doit être ouvert de telle sorte que les 20 litres d'eau ne mettent pas plus de douze heures à s'écouler du filtre dans les auges. Le renouvellement doit en être fait immédiatement.

Si Ton pouvait disposer, pour alimenter le filtre, de la même eau que celle où les poissons seront parqués après l'éclosion des œufs, on éviterait bien des mécomptes, en ce sens que l'alimentation dans les eaux différentes n'a jamais lieu impunément, un certain nombre de sujets périssent auparavant. Par la même raison l'incubation et l'éclosion préparées et obtenues non loin des cours d'eau à empoissonner éviteraient des transbordements souvent funestes aux embryons.

Contrairement aux œufs de carpe, de tanche, etc., les œufs de truite et de saumon craignent une trop vive lumière; il est donc urgent de disposer des appareils à éclosion dans un lieu qui, sans être trop sombre, reçoive peu de clarté.

L'appareil de M. Costo a ceci d'avantageux, il permet d'opérer aussi bien sur une petite que sur une grande quantité, en ajoutant ou en supprimant un certain nombre d'auges. Malgré ses dimensions restreintes,

il peut être utilisé au réempoissonnement de nos plus grandes rivières, de nos plus grands fleuves, et dans la piscifacture de Huningue il est aujourd'hui exclusivement en usage. Au bois de Boulogne, au bois de Vincennes,au parc du Vésinet, nous avons fournis de semblables appareils, en y ajoutant, quand ils étaient en métal, un vernis blanc cuit au four, appliqué à l'intérieur. La propreté était par cela plus facile à faire et à maintenir.

Comme nous l'avons déjà dit, les œufs de truites, de saumons, de féras, etc., mettent do trente à quarante jours pour éclore, sous une température do 6 à 8 degrés, qui est la plus favorable au développement do l'embryon. Si l'eau que l'on emploie ne marquait quo 2 ou 3 degrés, la période d'incubation en serait retardée do dix et même de quinze jours, de môme qu'une température constante de 10 degrés l'activerait sensiblement. Est-ce à dire que Ton pourrait sans inconvénient avancer le terme de Téclosion en élevant au-dessus de 10 degrés la température du milieu où elle doit se produire? Non, car de même que l'œuf de poule, l'œuf de poisson qui se trouve porté à une température plus élevée que celle qui est nécessaire à la production naturelle du phénomène périt immédiatement. Plus le moment de Téclosion approche, plus cette manœuvre est mortelle; les parties de l'embryon étant moins dilatables vers l'époque de Péclosion, moins il peut supporter de variations brusques de chaleur ou de froid.

Il se peut que les œufs de ces poissons se dévelop-

pent parfaitement dans une eau marquant de 15 à 20 degrés, mais à la condition expresse de les placer dans de grandes profondeurs, afin que l'augmentation de la pression du liquide vienne neutraliser en partie l'expansion des matières dont l'œuf do poisson est composé, expansion provoquée par une chaleur anomale. Nous n'avons jamais tenté pareille expérience; si elle réussissait, comme nous penchons à le croire, il serait possiblo d'introduire ces poissons dans des cours d'eau où ils n'existent pas actuellement.

Dans les conditions naturelles, les poissons déposent leur frai dans une saison où la température de l'air ambiant est, à quelques degrés près, en rapport avec celle que les œufs demandent pour leur développement. On n'a donc pas à redouter dans la miso en incubation artificielle de ne pouvoir maintenir l'eau que l'on emploie au degré de chaleur voulue, puisque ce degré est toujours approchant de la température de l'atmosphère.

Parmi les nombreuses personnes qui viennent journellement visiter notre établissement, plusieurs pisciculteurs m'ont dit avoir remarqué que des œufs de môme fécondation, soumis h un courant plus actif, éclosaient trois ou quatre jours avant ceux qui restaient dans un courant moins actif, bien que la température fût la môme dans les deux courants. Des expériences dans ce sons n'ont point, pour nous, confirmé ces faits ; il est vrai que nous n'avions expérimenté que sur des œufs de barbillon provenant do nos procédés de féconda-

tion, aOn d'être certain que les œufs étaient fécondés en même temps et provenaient du même sujet.

Il arrive souvent que, bien qu'ils soient dans Peau à l'état de suspension pendant l'incubation, les œufs se trouvent recouverts, enveloppés par des dépôts qui peuvent nuire au développement de l'embryon. On a conseillé à ce sujet de les nettoyer en promenant légèrement à leur surface les fines barbes d'une plume, ou bien mieux celles d'un pinceau en blaireau. Dans la pratique de nos procédés d'incubation, nous nous bornons à agir ainsi : en saisissant des deux mains la grille qui supporte les œufs, nous la relevons et l'abaissons cinq à six fois consécutivement et pas trop fort, pour ne pas lancer les œufs hors du châssis ou du cadre qui l'entoure. Les courants momentanés et en sens contraire qui passent ainsi sur toutes les parties des œufs les lavent et les dépouillent du limon qui commence à s'y former. Pareille manœuvre répétée chaque jour nous dispense de les débarbouiller les uns après les autres, comme il a été dit.

On ne doit cependant pratiquer ces lavages, lors du commencement de la mise en incubation des œufs, qu'avec la plus grande réserve. « Il faut, dit M. Coste (Instructions pratiques, p. 72), durant la première période, les laisser dans l'immobilité, et ne leur faire subir d'autres déplacements que ceux que Ton ne peut éviter en enlevant les œufs morts, qui se reconnaissent à leur couleur blanc opaque. Ce n'est que quand ils sont embryonnés, c'est-à-dire quand les yeux appa-

raissent, que Ton peut effectuer toutes ces manipulations sans danger. »

Si l'embryon vient à périr pendant l'incubation, peu de temps après il entre en décomposition ; il faut donc s'empresser de l'enlever à l'aide de petites pinces disposées comme l'indique la figure ci-dessous. Sans cette

Ftg. F.

précaution, il se développerait au bout de peu de temps une sorte de mousse ou de tissu qui envahirait les œufs sains et les altérerait.

Un certain nombre d'insectes à l'état de larves s'attachent parfois aux œufs pendant l'incubation et peuvent les faire périr ; d'autres fois, ce sont de petits champignons formés d'une substance cotonneuse et très-blanche .qui s'y développent. Il ne faut pas attendre pour arrêter le mal, et pour cela il faut enlever les œufs qui ont un aspect douteux et les soumettre à l'action d'un courant plus fort, qui les débarrassera des larves ou des végétations. Une bonne précaution à prendre consiste à soustraire les appareils d'éclosion à une trop vive lumière, l'obscurité empêchant le développement des végétations microscopiques qui tuent les œufs de poisson.

Avant de briser la membrane qui l'entoure, l'em-

bryon peut être très-bien vu à Pœil nu à travers sa coque transparente : quand l'incubation est arrivée vers le milieu de sa période, on distingue deux petits points noirs, qui sont les germes des yeux; plus tard, les parties de latôte sont formées et bien, perceptibles , une raie d'une teinte sombre, courbée en demi-cercle ; indique la colonne vertébrale, et dès que plusieurs vaisseaux sanguins sont visibles, le poisson existe ; parfois il se meut et change de position. Le moment le plus intéressant pour l'observateur arrive au bout d'un mois ou de six semaines : l'attention, la persévérance, tous les soins, tous les efforts dépensés par le pisciculteur sont alors couronnés de succès, Téclosion en masse a lieu, les petits poissons naissent par mille à la fois. D'un côté, c'est un petit être invisible faisant des efforts incessants pour se dégager de la membrane qui l'emprisonne ; d'un autre côté, ce sont d'autres petits sujets qui, ayant passé la tôte ou la queue hors do leur étroite prison, s'arrêtent et attendent d'avoir rétabli leurs forces épuisées pour tenter un nouvel effort qui puisse leur donner la liberté. Plus loin, des embryons éclos s'élancent d'une extrémité de l'auge à l'autre et sont entraînés au fond par le poids de la vésicule ombilicale, qui les y maintient courbés sur un côté, comme s'ils étaient écrasés ou tués par la chute. Cette vésicule, plus lourde que l'œuf naissant, est composée du jaune de l'œuf, ce qui lui a fait donner le nom de vésicule viteliine. Elle sert à l'alimentation do l'embryon pendant son jeune âge, de même que le

poulet se nourrit du jaune de son œuf avant son complet développement.

La résorption de la vésicule ombilicale ne s'opère pas dans un môme laps de temps chez toutes les espèces de poissons : pour les uns, comme la truite, le saumon, l'ombre, elle suit, à quelques jours près, la môme loi de durée que Péclosion des œufs ; pour la corégone féra, elle est dissoute entièrement vers le douzième jour après la naissance; mais pour la majeure partie de nos poissons blancs, comme la carpe, le gardon, la chevanne, elle disparaît peu de jours et même quelques heures après que le sujet est né.

Proportionnellement à la longueur de chaque poisson, cette vésicule n'a pas non plus les mêmes dimensions ni le même poids : la féra et nos poissons blancs voguent constamment à la surface de l'eau, tandis que les embryons de truite ou de saumon, chargés lourdement, ne peuvent nager qu'à l'aide de grands efforts. A l'âge de vingt ou de vingt-cinq jours, et pas avant, ils ont la force de se diriger où leur instinct commande.

A l'état libre, les espèces de poissons faibles, délicates, dirons-nous, qui peuplent nos cours d'eau, sont exposées, pendant la période de complète formation, à des causes de destruction plus nombreuses que les œufs eux-mêmes ne s'y sont trouvés exposés ; c'est alors que les moyens artificiels sont pour ainsi dire le .plus efficacement conservateurs.

Pour le pisciculteur ou pour celui qui a, préparé

l'incubation artificielle, c'est donc le moment de redoubler de surveillance ; s'il a obtenu 90 pour 100 sur l'éclosion sans se donner beaucoup de mal, il n'en sera pas de môme après ; il faut qu'il redouble de soins et d'attention, attendu que les jeunes embryons, se déplaçant à chaque instant et stationnant continuellement au fond de l'eau, sont exposés à avoir leurs branchies engorgées, soit par les saletés que l'eau tient d'abord en suspension et qui, petit à petit, s'accumulent dans les régions inférieures, soit par les corpuscules flottants dans l'air, qui se déposent d'abord à la surface du liquide et finissent par former des flocons spongieux. Ceux-ci, introduits par la respiration dans l'appareil respiratoire des jeunes poissons, les asphyxient promptement.

Avec toute l'autorité que donne une longue pratique, nous répéterons au pisciculteur que pendant l'éducation des jeunes poissons, la poussière est l'ennemi le plus à redouter que Ton ait à combattre.

Quand nous nous apercevons que les embryons commencent à éclore, nous nous empressons, si toutefois nous n'avons pas une auge libre à notre disposition, d'en disposer une nouvelle sur l'un des échelons du gradin ; elle est préalablement bien nettoyée et ensuite remplie d'eau. Tous les embryons qui se trouvent à la surface du clayonnage sont aspirés, ramassés à l'aide d'une pipette de forme convenable (figure G, d'autre part), pour être versés dans l'auge libre, au déversoir de laquelle est un morceau de zinc perforé de petits

trous pour cmpôcher les embryons déplacés de tomber dans l'auge inférieure.

Comme en enlevant les embryons de dessus la grille par l'aspiration, on aspire en môme temps une certaine quantité de membranes qui leur servaient d'enveloppe, nous prenons la précaution d'extraire ces derniers corps, inutiles sinon dangereux, de la nouvelle auge.

Fip. G.

Il arrive souvent qu'une certaine quantité d'emoryons, passant à travers la grille, tombent et restent au-dessous; ils y périraient, si nous n'avions pris la précaution, quelques jours avant Téclosion, d'enlever le limon ou les immondices qui s'accumulent là, alors môme que l'eau dont on se sert est très- pure. Ce travail se fait en

enlevant la grille, que Ton superpose momentanément au-dessus d'une autre grille dans la rigole et dans l'auge voisine de celle qui est en nettoyage.

On ne saurait ajouter trop d'importance à cette dernière précaution, qui, du reste, est des plus facile à prendre, et pour l'oubli de laquelle il n'y a pas, comme jadis, l'excuse de ne pas voir ce qui se passe au fond. Les ruisseaux factices de l'appareil de M. Coste peuvent être surveillés et entretenus avec la plus grande facilité.

M. l'ingénieur en chef de l'établissement de Huningue, avait eu l'obligeance de nous envoyer cette année un grand nombre d'œufs de poisson de différentes espèces. Les pertes que nous avons éprouvées pendant la résorption de la vésicule ont été insignifiantes. Pour les truites communes, les truites de lac et les ombres chevaliers, la mortalité due à cette cause n'a pas été au delà de 5 pour 100 ; elle a été nulle sur un millier de féras. Il est vrai que l'embryon de ce dernier poisson descend rarement au fond de l'eau et se trouve ainsi bien moins exposé aux accidents dont nous venons de parler.

Pendant la résorption de la vésicule, tout aussi bien que pendant l'éclosion, la température de l'eau n'est pas à négliger. En dehors de sa membrane, l'embryon peut supporter deux ou trois degrés de chaleur en plus. A la fin de l'hiver, il arrive souvent des journées de chaleur relative, sans qu'on y soit préparé par des gradations sensibles ; la mortalité qui peut en résulter pour les embryons est évitée si l'opération se fait et se con-

fl8 GUÏDE PRATIQUE DU PISCICULTEUR.

tinue dans un endroit habituellement frais, dans un cellier par exemple. Avoir de Feau toujours à discrétion est dans cette circonstance une bonne précaution, parce qu'elle permet de ne pas arrêter le courant dans les auges, ce qui favoriserait l'action de l'élévation momentanée de la température.

La pratique de la mise en incubation et de la séquestration des embryons pratiquée dans les villes, présente quelques inconvénients qu'il n'est pas inutile de signaler ici.

Indépendamment de la poussière continuelle dont l'atmosphère est chargée et qui se dépose à la surface des eaux, celles-ci peuvent varier de qualité, sans quo l'amateur et le pisciculteur en soient prévenus autrement que par le mal qui en est résulté.

Les eaux dont on peut disposer à Paris sont de trois provenances : la Seine, les sources d'Arcueil, le canal de FOureq. L'eau d'Arcueil est la plus favorable au développement des œufs détruite et de saumon, puisque c'est une eau de source. Si, ayant commencé les travaux de pisciculture avec cette eau, il arrive qu'une réparation à faire dans les conduits qui la distribuent en ville, une crevasse dans un égout, etc., nécessitent un embranchement momentané sur le conduit voisin, d'une autre provenance, l'eau de source remplacée par l'eau boueuse du canal de l'Olircq ou par l'eau non filtrée de la Seine portera la mortalité parmi les embryons, si sensibles à toute perturbation de ce genre.

A Paris, nous avons pu nous en assurer, il existe en

certains endroits des robinets qui permettent aux compagnies concessionnaires d'envoyer à domicile la qualité d'eau qu'il leur plaît d'envoyer. Notons encore qu'à la suite de certains travaux dans les luyautages, les eaux distribuées sont chargées d'huile de goudron au point de ne pouvoir être bues, et que souvent leur séjour plus ou moins prolongé dans des tuyaux de plomb ou de fonte en altère le goût très-désagréablement.

Ce sont là, il n'y a pas à en douter, les causes des nombreux insuccès dont se plaignent les pisciculteurs qui sont forcés de travailler avec les ressources que présentent les grandes villes à leur industrie ou à leur distraction.

Chaque année, un grand nombre de personnes viennent nous consulter sur l'insuccès de leur travail : bien qu'elles aient pris toutes les précautions recommandées, les embryons qu'elles avaient obtenus sont morts le plus souvent en masse, sans cause apparente.

En rassemblant tous les faits qui nous ont été racontés et en nous aidant de ceux que nous avons observés nous-même, nous avons acquis la preuve certaine que les eaux étaient Tunique cause de la mortalité, et qu'elles provenaient des mêmes sources.

De ce côté, le mal étant instantané, il est sans remède. Restent donc les précautions préventives, mais elles entraînent à des embarras tellement nombreux et à un travail tellement continu, que le mieux est de ne pratiquer l'cclosion que là où les conduits d'eau sont naturels. La pisciculture dans une grande ville ne

doit être qu'un pis aller, une obligation de ne pouvoir rétablir ailleurs.

Incubation des œuft collautt.

Les œufs de poisson qui se fixent sur les corps solides qu'ils rencontrent, immédiatement après qu'ils sont pondus, sont si nombreux pour un seul sujet, qu'on se borne le plus souvent à favoriser la ponte, laissant ensuite à la nature le soin de protéger l'éclosion, assuré que Ton est d'avance qu'il en sortira plus tard une assez bonne récolte de poissons. Cependant la nature del'eau, les changements de température, la voracité de quelques espèces de poissons etd oiseaux aquatiques, en détruisent une si grande quantité, qu'il est à regretter de ne pas empêcher ce mal relatif par les moyens faciles que nous possédons. Sans doute les poissons qui viennent des œufs collants ne sont pas recherchés pour le goût et la finesse de leur chair, mais s'ils étaient très-abondants, ils créeraient une source d'alimentation saine et à bon marché pour les travailleurs peu rétribués, si nombreux et si peu favorisés par l'état actuel des choses.

Il n'est pas inutile, à ce point de vue, d'indiquer les moyens d'aider la nature dans la multiplication de ces espèces. Si les eaux où la ponte a eu lieu ne sont pas favorables à l'incubation, il faut transporter les

corps où les œufs se sont attachés dans un milieu mieux disposé pour le succès. La plupart des poissons à œufs collants effectuent leur ponte dans des eaux calmes et tranquilles, c'est donc dans des conditions pareilles qu'il faut mettre les œufs que l'on déplace. Il faut, en outre, que le niveau du liquide soit constamment le même, afin que les œufs ne soient jamais exposés à l'air qui les tue en les desséchant.

La température de l'eau doit être appropriée aux espèces de poisson dont elles ont fourni les œufs. Nous donnons cette indication dans la deuxième partie de l'ouvrage.

On a conseillé un moyen excellent, celui de placer touteslesfascines dejoncsoud'herbageschargéesd'œufs dans des corbeilles en osier recouvertes du môme bois, et maintenues à la surface de l'eau par des morceaux de liège. A défaut de liège, nous conseillons, par expérience, l'emploi de bouteilles vides et bien bouchées.

Dans les corbeilles, les œufs sont à l'abri de la voracité des oiseaux d'eau, des rats, et même des brochets, des perches et des autres poissons qui en sont friands. A mesure que les embryons éclosent, ils passent à travers lès mailles de leur prison momentanée et se disséminent naturellement dans les eaux, sans qu'il soit nécessaire de les transborder et de les transporter d'un endroit dans un autre, manœuvre toujours délicate, en raison de la vie si fragile des jeunes alevins.

Cependant, comme il arrive souvent que les eaux • que l'on veut empoissonner ne sont pas celles où Ton

esl dans l'obligation de faire éclore les œufs, nous allons indiquer les moyens de faire le transbordement sans beaucoup de risques.

Après avoir disposé sur les bords du cours d'eau qui doit recevoir les jeunes poissons plusieurs baquets ou tonneaux défoncés d'une assez grande surface, on les remplit en partie, de manière que les bouquets chargés d œufs, que Ton y place ensuite, soient entièrement immergés. L'eau contenue dans ces grossiers récipients n'est pas renouvelée ; au bout de peu de temps, elle perd sa crudité sous l'influence de l'air, dont elle prend la température. Or nous savons que cette dernière est favorable à Péclosion des œufs. Mais, pour éviter les inconvénients des variations de chaleur par suite de l'exposition aux rayons du soleil, il est nécessaire dabritcr les réservoirs sous une couche de paille. Il est bon de se rappeler, à cette occasion, qu'un excès de chaleur peut faire tout périr.

Si Ton pouvait, à l'aide de plantes aquatiques, entretenir dans les récipients une certaine végétation, elle

maintiendrait la pureté de l'eau, et l'incubation des

œufs s'opérerait dans de meilleures conditions. Néanmoins, comme les œufs collants éclosent en peu do jours, l'on se borne à mettre dans les réservoirs quelques litres d'eau pour y remplacer celle que l 'évapora tion a fait disparaître.

C'est à l aide de ces procédés que M. Lamy, docteur à Maintenon, est parvenu, dès 1855, à faire de l'alevin do carpe à plein seau. M. Lamy se contentait de placer

les oeufs collants dans des baignoires, des vases, des tonneaux sciés en deux, etc. On peut, au besoin, se servir de tamis doubles garnis de toile métallique, ou bien encore de l'appareil de M. Coste. L'eau n'ayant pas besoin d'être renouvelée, mais seulement remplacée suivant la quantité qui s'en est perdue, toute espèce de vase convient au succès de l'opération, pourvu qu'il soit propre et qu'il ne communique ni goût ni odeur au liquide qu'il contient.

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