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CHANTRE

TRANSPORT DES ŒUFS FECONDES. — NOURRITURE DES EMBRYONS. TRANSPORT DES POISSONS VIVANTS.

Transport des œufs fécondés.

Un fait qui ne manque pas d'intérêt, parce qu'il démontre parfaitement que les œufs de poisson peuvent être transportés vivants, sans eau, d'un lieu dans un autre, c'est la présence dans des étangs, dans des mares, qui n'ont ni communication apparente ni communication souterraine avec d'autres grands réservoirs d'eau, de certaines espèces de poissons que Ton n'y a jamais vus ni introduits, que l'on a môme toujours cherché à éloigner, en raison de leur voracité; la perche et le brochet sont dans ce cas.

On serait embarrassé de trouver une explication satisfaisante en dehors de celle-ci : les oiseaux d'eau emportent avec leurs pattes les œufs de poisson d'une localité dans une autre, et pourvoient ainsi accidentellement à l'empoissonnement varié des eaux qu'ils fréquentent.

Nous avons vu dans un chapitre précédent comment les Chinois transportent les œufs destinés à empoissonner les rivières ; par des moyens analogues, les Romains parvinrent à acclimater dans les eaux douces des poissons de mer dont ils avaient récolté les œufs sur les rivages des eaux salées.

Parmi les divers moyens mis en usage dans ces dernières années, c est-à-dire depuis que le goût de la pisciculture ou de la culture du poisson s'est répandu, on a conseillé, pour faire voyager les œufs de poisson, de les mettre dans de l'eau ou dans des matières humides. Remy et Gehin les plaçaient entre des couches de gravier dont ils garnissaient les boîtes à éclosion, prenant le soin, après avoir superposé plusieurs couches de gravier et d'œufs, d'immerger le tout pendant quelques instants, afin de conserver de l'humidité. Dans cet état, les œufs pouvaient voyager plusieurs jours sans s'altérer, mais à la condition d'être préservés du froid et d'une trop grande chaleur. Aujourd'hui, ce mode de transport est complètement abandonne ; le déballage et le triage des œufs rendus à destination faisaient perdre beaucoup de temps On a pratiqué, non sans succès, le transport lointain dans des linges humides; mais quand les œufs sont en assez grande quantité, ils se tassent, et s'ils restent longtemps dans cet état, un certain nombre d'entre eux périssent.

Aujourd'hui, l'établissement de Huningue semble s'être arrêté à expédier les œufs fécondés dans des boîtes minces de sapin, garnies au centre de mousse

humide où les œufs sont déposés. Quaud le lieu où ils doivent arriver est très-éloigné et qu'il y a à craindre pendant la durée du voyage soit une gelée, soit une trop grande élévation de température, la première boite est contenue dans une seconde, et l'intervalle entre les deux est rempli de mousse ; ainsi, les œufs sont suffisamment isolés des influences atmosphériques.

Ces moyens bien simples réuuissent tous les avantages possibles; par leur mise en pratique, on évite lo tassement, la gelée, la chaleur, le dessèchement. Le déballage se fait simplement et sansrisques, en ouvrant les boîtes et en enlevant les œufs avec une cuiller à soupe. Pour certaines espèces de poisson, telles que les truiles, les ombres-chevaliers, les saumons, on * remarqué que le nombre des œufs altérés à l'arrivée était beaucoup plus grand quand les expéditions avaient lieu aussitôt après la fécondation que quand l'embryon commençait à paraître. D'après cela, rétablissement d'Huningue n'expédie les œufe à destination qu'après qu'ils ont subi une incubation de quinze jours ou de trois semaines, c'est-à-dire quand les yeux do l'embryon commencent à être visibles à l'œil nu ; on dit alors que l'œuf est embryonné. A ce degré de développement, le transport dans les boîtes leur est si peu contraire, qu'il est bien rare que la mortalité s'élève à plus de 5 pour 100, quand le séjour dans les boîtes n'excède pas plus de quatre fois vingt-quatre heures. Cependant, pour la féra, dont l'incubation artificielle laisse encore beaucoup à désirer, rétablissement d'Hu-

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ningue expédie les œufs immédiatement après la fécondation. Si à la réception oh n'avait pas des appareils préparés à les recevoir, il serait prudent de ne procéder au déballage que plus tard, lorsque cette précaution aurait été prise ; en attendant, les boîtes seront placées dans un endroit frais. Un trop grand abaissement de température pendant le voyage ou à l'arrivée peut avoir des conséquences fâcheuses au moment du déballage ; il faut alors immerger les boîtes pendant quelques heures dans une eau portée à 2 ou 3 degrés de température, afin que le dégel se fasse insensiblement. Pour transporter les œufs collants, on se contente le plus généralement d'envelopper les corps auxquels ils sont attachés avec des linges humides qui empêchent leur dessèchement; on les place ensuite dans des corbeilles garnies intérieurement de paille imbibée d'eau.

Ainsi disposés, les œufs peuvent être transportés d'un point extrême de la France avec la vitesse des chemins de fer. Cependant les embryons qui viennent des œufs collants se' développant très-vite, il serait urgent, s'ils devaient rester emballés plus de vingt-quatre heures, de les mouiller de temps en temps.

Nourriture dci embryoni.

Ce n'est qu'après que les éléments nutritifs contenus dans la vésicule ont été absorbés, c'est-à-dire quand elle est entièrement dissoute, que la faim se fait sentir chez les jeunes poissons ; donc avant cette époque il ne faut pas placer de nourriture à leur portée, dans la crainte que la très-grande partie qui ne serait pas consommée ne se corrompe en séjournant dans l'eau, et ne devienne une cause très-active de mortalité.

D'après l'observation ci-dessus, l'époque où les embryons ont besoin de trouver une nourriture à leur disposition est sûrement indiquée. Avant comme après la résorption de cette vésicule, les poissons commencent à naviguer en tous sens : on les voit, tantôt tournés du côté du courant, comme pour s'emparer des corps organisés qu'il entraîne dans l'eau, tantôt s'élever à la surface de l'eau et s'y jouer. Comme il est presque impossible de leur procurer des proies vivantes assez petites pour passer par leur appareil buccal, on a conseillé de les nourrir de matières animales cuites ou crues très-divisées. Le foie, le cœur de bœuf, et particulièrement le sang cuit desséché et réduit en poudre impalpable, sont la nourriture qu'ils

préfèrent. Ils la saisissent lorsqu'elle est encore à la surface de Teau; rarement ils vont la chercher au fond. Après quelques jours de ce régime, ils préfèrent la chair crue. La chair de poisson broyée et passée par la compression à travers une toile fine paraît être leur nourriture favorite. Au bout de quelque temps, on peut leur donner des vers de vase très-petits. Depuis deux ans environ les pêcheurs à l'hameçon emploient ces vers comme amorce, au grand proGt de leur pêche. Les marchands d'ustensiles de pêche ont dû se pourvoir, pour la vente, de ce nouvel appât.

Les larves, les œufs, le petit frai des poissons blancs qui éclosent au printemps, paraissent être, dans les cours d'eau, la seule nourriture des petites truites ou des saumoneaux de Tannée; on devra leur en procurer, dans Tintérêt d'une parfaite réussite.

A Champigny, Tannée dernière, nous avons nourri, pendant quelques mois de Tété, la plupart des petites truites que nous élevions avec une farine de hannetons séchée au soleil. Dès que nous avions lancé cette farine dans une rigole d'eau vive et courante, nous voyions tous les jeunes alevins sortir de dessous les tuiles creuses que nous avions placées pour leur faire des abris, se précipiter avec avidité sur les parties entraînées, et disparaître instantanément sous leurs petite grottes improvisées.

Si Ton n'avait pas à redouter les nombreux accidents auxquels les jeunes poissons sont exposés dans les conditions de Télevage naturel, on pourrait avec

avantage les mettre en liberté dans des réservoirs ou dans des rigoles fermées aux extrémités par des grillages h mailles fines. Ils trouveraient parmi les nombreuses larves qui s'y développent des proies vivantes de leur choix, et ils s'accommoderaient d'autant tnieux de ce régime, que ces endroits se rapprocheraient davantage des conditions dans lesquelles ils doivent se développer et vivre plus tard. Non-seulement ils pourraient ainsi choisir leurs aliments, mais encore fréquenter le fond ou la surface de l'eau, selon leurs besoins ou les habitudes de leur espèce. Au bout d'un séjour de quelques mois dans ces petits parcs, quand les poissons reclus auraient pris assez de force pour échapper à la poursuite des espèces qui les mangent, il suffirait d'ouvrir des vannes ou des barrages faisant communiquer les grands cours d'eau avec les parcs, et les laisser se disséminer à leur gré.

Dans notre opinion, ces petits bassins d'alevinage donneraient les meilleurs et les plus grands résultats.

Nous risquons de ne pas être de l'avis de tout le monde en affirmant que c'est un peu par la faute des savants, si les immenses résultats que donne la culture des poissons dans des parcs adjacents aux grands cours d eau sont ignorés ou sont volontairement négligés pour suivre ce qu'une première habitude a introduit dans la pratique. Qu'il nous soit permis d'expliquer une opinion si marquée : supposons qu'au lieu de recommander la pisciculture d'appartement autant qu'ils l'ont fait, les hommes de la science, conseillers écoulés

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d'un public disposé à les croire, aient dit souvent et en toute occasion que ce n'était là qu'un moyen do distraction pour l'amateur ou le curieux, que la pisciculture productive n'était possible qu'en procédant par rélevage des alevins dans des parcs attenants aux grands courants ou autres grands réservoirs naturels; nul doute, que leurs conseils miraient été suivis tout d'abord, et qu'en présence de ce qu'on en aurait obtenu dans la miso en pratiquo, les pisciculteurs sérieux auraient renoncé à ce qui se fait aujourd'hui si petitement: le nombre des œufs venus à bien serait au moins deux fois plus grand, les poissons que les moyens artificiels font venir dans les rivières, seraient doux fois plus nombreux.

Nous n'ignorons pas que pour prouver une première fois la vérité des assertions, il faut frapper les yeux autant que l'esprit. Les poissons nés, élevés et vivants dans quelques décimètres cubes d'eau, y atteignant un développement normal, tels que les sujets élevés par le savant professeur d'embryogénie au collège de France, qui sont âgés de trois ou quatre ans et qui mesurent quarante ou cinquante centimètres de longueur ; ces poissons sont des spécimens devant lesquels l'incrédulité s'incline. Mais combien d'œufs perdus ou sacrifiés pour en arriver là? Le public l'ignore, et prenant pour un résultat constant et facile ce qui n'est obtenu qu'exceptionnellement et à grand' peine, il fait fausse route, en compagnie d'un enthousiasme qui le laisse bientôt avec des déceptions.

Loin de nous la pensée de condamner comme principe ce qui a été fait par le savant M. Coste. Sans l'exhibition publique des résultats qu'il avait obtenus dans son laboratoire, l'incrédulité aurait arrêté à ses premiers pas Tune des plus utiles et des plus intéressantes découvertes de la science moderne, des plus utiles sans aucun doute, puisqu'elle tend à augmenter les ressources alimentaires de tous les pays traversés par des fleuves ou par des rivières, ou fertilisés par des lacs. On ne saurait trop le répéter, la pisciculture de laboratoire a fait comprendre, a fait aimer par avance la grande pisciculture ; honneur à ceux qui l'ont créée 1 mais elle a nui au progrès rapide de la pratique, dont elle ne devait poser que les premiers principes. De tout temps, le mieux est l'ennemi du bien, et c'est ce dernier qui a toujours été le plus difficile à trouver. Espérons donc que l'impulsion partie du laboratoire du collège de France donnera à la pisciculture les grands développements dont elle est susceptible.

Dans les fleuves, dans les rivières, dans les mers, les poissons peuvent se mouvoir dans une immense étendue; leur constitution, les variations de la température, quelles qu'en soient les causes, leur commandent des migrations accidentelles ou périodiques qui, si elles sont empêchées, peuvent être une cause de mortalité. Parfois aussi, obéissant à un instinct conservateur provoqué par une cause momentanée qui nous échappe, ils montent à la surface de l'eau ou s'enfoncent dans les profondeurs comme pour se soustraire à

une vive lumière. Ce n'est que dans les grandes masses d'eau que ces conditions de liberté se rencontrent toutes; là seulement on peut donc espérer d'obtenir tous les résultats préparés par l'éclosion artificielle. Au résumé, plus les parcs à élevage sont petits, plus la mortalité y est grande.

On peut objecter qu'habitués dès leur naissance à une séquestration serrée, les poissons changent ou modifient leurs mœurs : soit ; mais on accordera bien qu'aux espèces à respiration très-active, telles que les salmonidés, il faut deux ou trois générations d'esclavage avant que leur nature se modifie et s'accommode de toutes les gênes d'un parcage étroit. Il est d'ailleurs prouvé par l'expérience que plus l'étendue des eaux est petite, plus les poissons qui les habitent diminuent de grosseur totale, bien que la quantité de nourriture qu'ils s'assimilent soit la môme. Tel est notre cyprin doré, qui, parqué dans des bassins étroits depuis des siècles, devient d'espèce plus petite d'année en année.

Transport dei poiisoni vivants.

Le mode de transport des poissons vivants comporte quelques variations suivant les espèces, l'âge et les dimensions des individus à transporter. Néanmoins

on peut les classer en deux catégories distinctes, relativement à la manière de les transporter : 1° la première comprenant les poissons qui ont la respiration lente, les carpes, les tanches les poissons dorés de la Chine, etc. ; 2° les saumons, les truites, les brochets, les barbillons et tous ceux qui ont la respiration active. Si la première catégorie, celle à respiration lento, peut vivre et voyager plusieurs jours dans la même eau, il n'en saurait être de même de la seconde, celle à respiration active. Pour les poissons, non-seulement il faiit que l'eau soit renouvelée chaque jour, mais encore qu'elle soit sans cesse agitée : ils absorbent en peu de temps tout l'oxygène de l'eau, et c'est par un mouvement continuel [qu'on peut, dans les circonstances du transbordement, renouveler ce gaz dans le liquide.

Le transport des poissons à respiration lente est si facile et peut être effectué do tant de manières, que nous sommes dispensé de nous y arrêter. Il suffit de les placer dans un vase de forme quelconque, rempli d'eau au deux tiers de sa contenance, en ayant soin de ne pas y mettre un trop grand nombre do sujets.

Quand on a de grands étangs à empoissonner, on place dans les tonnes destinées au transport, de soixante à soixante-dix livres de poisson par deux cents litres d'eau ; un tampon de paille sert à boucher la bonde, qui doit avoir de quinze à vingt centimètres carrés do surface. Ces dispositions étant prises, le poisson peut

voyager douze et même quinze heures; après quinze heures, on se borne à renouveler l'eau.

La saison froide est la mieux accommodée au transport du poisson vivant. La température entre 4 et 6 degrés convient le mieux, et si Ton est libre de choisir l'époque, il faut la prendre dans l'un de ces quatre mois : octobre, novembre, février et mars, les plus favorables à cette opération. Dans les mois de décembre et de janvier, si Ton n'a point à redouter de trop fortes gelées, bien des journées pourront être utilisées au transport. Les orages, l'électricité répandue dans l'air, les grandes variations barométriques sont très-funestes aux jeunes poissons dans les viviers, à plus forte raison à ceux qui sont emprisonnés à l'étroit. Ces déplacements ne doivent donc être entrepris que lorsque ces phénomènes atmosphériques no sont plus à redouter.

Depuis un temps immémorial, on fait voyager le grand poisson vivant, destiné à la consommation immédiate, dans des barques criblées de petits trous, afin que l'eau s'y renouvelle. Ce mode primitif est pratiqué journellement pour la carpe, la tanche et le brochet; il n'est plus possible quand, des étangs, on ne peut pas passer tout de suite dans des eaux navigables. Dans ce cas, la carpe et la tanche, mais seulement ces deux espèces sont transportées à d'assez grandes distances à sec, c'est-à-dire sans qu'elles soient immergées. C'est un fait bien curieux que certains poissons puissent vivre plusieurs heures dans notre atmosphère. Pour le

transport à sec, on range les individus les uns à côté des autres, dans des corbeilles en osier préalablement garnies de paille humide ; on les recouvre de la même matière avant de fixer le couvercle à la boîte, de manière à ne pas les laisser directement exposés à l'air sec, et à les maintenir dans un degré d'humidité constante. Quelquefois, et dans la crainte que leurs ouïes, en se collant, n'occasionnent leur mort, on y introduit deux petites tranches minces de pomme, qui maintiennent l'organe respiratoire frais et laissent un libre passage à l'air.

Quand la température de l'air est seulement de 2 ou 3 degrés au-dessus de zéro, et si le poisson est d'assez forte dimension, il peut voyager ainsi de huit à dix heures. En prenant ces simples précautions, nous avons conduit de Champigny à Port-Marly, dans la propriété de M. Sourdis, trois cent cinquante poissons adultes, qui sont restés pendant sept heures et demie dans les corbeilles, sans qu'il en soit mort un seul. Pour un voyage lointain, il faudrait remettre ces poissons dans une eau courante, pendant une heure environ, et toutes les six heures les ranger de nouveau dans les mêmes corbeilles.

Nous ne saurions conseiller ce mode do transport pour les alevins, bien qu'il soit pratiqué sans inconvénient pour le poisson adulte.

Le tissu extérieur des jeunes poissons n'est pas encore garni d'écaillés résistantes ; il est si mince qu'il ne pourrait résister au frottement produit par les corps

solides. Il y a donc nécessité à ne faire voyager que dans de l'eau les poissons destinés au repeuplement.

L'alevin destiné à être transporté, doit être péché bien délicatement, de manière à ne point lui faire de blessure, car les parties meurtries ou entamées ne se

Fig. n.

guérissent jamais complètement; encore faut-il, pour en obtenir la cicatrisation, placer les blessés dans une eau très-vive et très-courante. Nous nous servons habituellement pour cette manœuvre d'une pipette en verre de la forme indiquée sur la figure H ci-dessus. L'alevin est placé provisoirement dans quelquesjéser-

voira, avant de l'être dans les étroites prisons destinées au transport. Les boîtes ne reçoivent leur contenu qu'au moment du départ.

Une mesure bonne à prendre, et que nous appliquons actuellement au transport des poissons, même aux espèces à respiration active, c'est, avant de les expédier, de leur faire subir une acclimatation préliminaire et graduée, c'est-à-dire de les habituer à vivre dans divers récipients. De prime abord, ce moyen paraît être entouré de bien desdifficultés, quand il s'agit surtout de certaines espèces qui habitent nos fleuves . ou nos rivières ; rien n'est cependant plus facile, deux ou trois jours au plus nous suffisent pour réussir. Voici comment nous procédons.

Les sujets à transporter doivent avoir de 3 à 4 centimètres de longueur. Aussitôt après qu'ils sont sortis du vivier, ils sont placés provisoirement dans une eau courante ou assez souvent renouvelée, dont l'action favorise la digestion des aliments qu'ils ont pris auparavant. L'eau des différents récipients doit être filtrée ou parfaitement pure, afin que le poisson n'y trouve pas de nourriture.

L'appareil à ruisseau factice de M. Coste permet d'opérer avec succès, en ayant la précaution de recouvrir chaque auge d'un morceau de canevas ou de toile métallique, qui empêche les poissons de sortir de l'appareil à la suite des sauts et des mouvements désordonnés qu'ils font à chaque nouveau transbordement.

Toute espèce do poisson, du moins toutes celles qui vivent dans nos eaux, est parfaitement préparée à voyager dans une eau dormante, après qu'elle a été soumise pendant deux ou trois jours à cette acclimatation préparatoire. Il va sans dire que l'influence des causes extérieures reste encore en entier, et qu'on n'est pas dispensé de se prémunir contre les effets mortels d'un temps orageux, d'un changement brusque do température, etc. Ces faits ont été de notre part le sujet d'une note communiquée à la Société d'acclimatation, séance de mars 1862. Ils ne seront pas sans importance pour ceux qui s'occupent des moyens d'amener et d'acclimater dans nos eaux les poissons qui habitent des régions lointaines.

Le séjour préalable du poisson dans l'eau peu courante, avant le transport à destination, l'habitue petit à petit à vivre dans une eau moins oxygénée; il en souffre d'autant moins que, par la privation momentanée do nourriture, il est soustrait au travail de la digestion ; de plus, comme il y a, par la suppression de la nourriture, suppression des déjections, il n'y a plus dans Peau où il séjourne cette dernière cause de formation de l'acide carbonique à la suite de la fermentation des matières agglomérées dans un petit espace. La découverte et l'étude de ces faits nouç ont permis d'envoyer des poissons vivants dans la plupart des contrées de l'Europe, et presque toujours ils y sont arrivés en parfait état.

Une autre précaution dont il est bon de tenir compto

quand on expédie à de grandes distances des poissons pour repeupler, c'est de no mettre dans les tonneaux ou dans les vases de transport pas plus d'un sujet de 4 à 5 centimètres de longueur, pour chaque décimètre d'eau. Mieux vaut augmenter la capacité totale du contenant que de s'exposer à perdre le contenu en cherchant à économiser l'espace et les frais de transport.

La nature du vase, tout aussi bien que sa forme, est presque indifférente; plus la matière dont il est fait conserve la fraîcheur de Peau, mieux elle est appropriée à la circonstance. Bien que le bois et la terre cuite soient de mauvais conducteurs de la chaleur, les récipients qui en sont faits sont, pour l'emploi dont il s'agit, très-lourds et peu maniables. Nous faisons toujours voyager le poisson dans des boîtes en métal, et nous n'avons pas lieu de nous en plaindre.

On a conseillé d'injecter de l'air dans Feau de transbordement, pour y renouveler l'oxygène absorbé par les poissons ; un soufflet à main ou mû mécaniquement suffirait à cette opération. Ce moyen, conseillé par la théorie et tant prôné par M. Millet, ne nous paraît pas d'une application facile et surtout continue. Condamner un ou plusieurs hommes, pendant toute la durée d'une longue traversée , à manœuvrer une machine soufflante , n'est pas une chose impossible , mais elle est au moins ridicule et très-coûteuse h faire exécuter.

Dans une réunion récente de la Société d'acclimata-

tion (section des poissons), M. Millet a annoncé que, grâce à ses conseils et à remploi du petit soufflet, on allait amener le gorani de l'île de la Réunion en France. Ce sont sans doute les condamnés aux travaux forcés qui manœuvreront l'injecteur d'air dans le liquide.

M.Milletnous objectera que, parcemoyen,M.Vançon et un aide ont amené des Vosges au parc du Vésinet, près Paris, quelques centaines de truites. M. Vauçon nous a donné à ce sujet des détails verbaux sur la traversée : durant cinq fois vingt -quatre heures, tourner sans cesse la roue d'une turbine à vent (c'était le système d'injecteur dont ils se servaient) était, au dire de M. Vançon, un supplice de nature à épuiser les forces des plus robustes et des plus enthousiastes. Les sacrifices pécuniaires ajoutés aux fatigues que nécessite un pareil mode de transport autorisent à dire qu'il n'est pas praticable. A la place do MM. Pallu et C u , propriétaires du parc du Vésinet, nous aurions préféré faire vwL\r,sansconducteurs, de jeunes truites, qui se seraient certainement acclimatées dans les eaux des viviers, . tandis que les truites adultes ont dû être accompagnées à grands frais, et résisteront plus difficilement à un changement d'eau et de climat.

On peut encore, par des plantes aquatiques, entretenir dans les récipients une certaine végétation qui s'emparera de l'acide carbonique et fournira à l'eau une certaine quantité d'oxygène.

Nous terminerons ce paragraphe par un dernier con-

seil à ceux de nos lecteurs qui auraient à faire des expériences. Il faut, durant le transport, ne changer Feau des récipients que par moitié à chaque fois, afin de ne pas exposer les poissons à de trop grandes variations de température ; ne jamais respirer à la surface de Peau, et surtout s'abstenir d'y fumer.

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