‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 101 sur 122 · BE L'ESICAHMIS S£UZE.RH£UX · texte numérisé non relu

BE L'ESICAHMIS S£UZE.RH£UX

L'endurcissement squirrheux de la caroncule est la première forme de malignité qu'acquiert l'hypertrophique. Elle se présente alors sous une forme irrégulière, bosselée, indolente, d'une couleur rouge pâle , et d'une dureté plus ou moins considérable. L'encanthis de cette forme est d'autant plus grave, que pendant long-temps il reste stationnaire , sans occasioner de douleur et sans apporter d'autre inconvénient que l'écoulement des larmes; puis tout à coup il s'ulcère, prend une couleur rouge vineux, et devient le siège de douleurs excessivement vives qui s'irradient au front , dans les joues et les mâchoires. L'ulcère fait des progrès; non seulement il détruit la caroncule, mais encore il pénètre profondément dans les tissus environnans /même dans l'orbite ; de ses bords ren- I. 3J

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Versés il s'échappe une sérosité purulente , sanguinolente , fétide. La maladie envahit le périoste , et il n'est pas rare de voir même l'os profondément affecté.

LE L'ENCANTKÏS FONGUEUX.

L'encanthis fongueux n'est, à dire vrai, qu'une variété des deux qui précèdent; il se présente sous la forme d'une tumeur molle, pulpeuse, friable, ressemblant à du foie de raie ou à un fragment de placenta dégénéré. On pourrait l'appeler serpigineux ; car il jette ça et la de nombreuses racines et envahit promptement les tissus environnans. Au moindre attouchement il saigne, au point qu'on le prendrait pour un fongus hématode.

Cette forme d'encanthis est assez rare chez l'homme , par contre, elle est très-commune chez les chevaux, où je l'ai observée fort souvent, dans les provenances des haras de la Mandria de Civas. Je l'ai cependant observée une fois chez une jeune fille , jouissant du reste d'une bonne santé , sous l'aspect d'une tumeur noirâtre , terne 9 située non seulement sur la caroncule ; mais sur le rebord falciforme de la conjonctive. La tumeur était assez volumineuse, tandis que dans les deux cas observés par le professeur Riberi , il y avait seulement dépôt de matière noire, sans augmentation de volume. Je pense que ce professeur a pris à tort pour une encanthis pierreux , un dépôt de matières en tout semblables à celles décrites par Kersten (1).

Dès que l'encanthis , quelle que soit sa nature , est arrivé à une certaine grosseur, elle empêche l'action des paupières , il s'oppose à ce qu'elles se ferment complètement, il déjelte les points lacrymaux et produit ainsi la chute des larmes sur la joue. Quand i'encanihis revêt

(4) Mémoire cité.

des formes Malignes , il peut occasïoner de graves acJ cidens , puis la mort. Celte terminaison funeste s^ra d'autant plus probable, que la maladie aura 'envahi le tissu voisin et qu'elle aura élé négligée , surtout si elle dépend d'une cause constitutionnelle appréciable.

On ne doit point porter de pronostic défavorable pour Tencanthis hydatideux , squirrheux et fongueux , quand la maladie n'a pas envahi les tissus environnans. Tout le contraire a lieu lorsque la maladie est située si profondément qu'elle a attaqué le globe de l'œil et ses annexes, et que le malade est d'une mauvaise constitution.

Le pronostic sera d'autant plus défavorable que la maladie est en récidive. Le professeur ftiberi a toujours vu récidiver la tumeur de nature mélanique quelque soin qu'il eût prit pour l'extirper. Plus heureux que lui, je rapporterai un cas complet de guérison.

Le traitement d'une inflammation simple de la caroncule lacrymale est analogue à celui de toutes les inflammations de l'œil ; il faut seulement rechercher avec soin s'il n'existe pas de corps étranger qui à lui seul occasione toute la maladie-, ainsi, dans un cas fort rebelle, je découvris entre le rebord de la caroncule et de la conjonctive un fragment d'ongle qui y était niché depuis plusieurs jours ; ainsi dans le cas rapporté par Brousseau (1), on trouva au centre de la tumeur qui faisait déjà hernie à travers les paupières, une énorme chique implanté dont l'extirpation fit disparaître tous les symptômes inflammatoires , enfin le docteur Herbeer découvrît chez son nègre un petit dragonneau qui occasionait tout le mal.

Lorsque l'on ne découvre rien d'analogue , il faut tenter quelques remèdes légèrement résolutifs, tels que l'infusion légère de sureau, quand la maladie est déjà un peu avancée ; au début, au contraire, les irrigations d'eau froide produisent d'excellens résultats.

(1) Michel , thèse suv l'ophtlialmie , citée.

Lorsque le moyenne réussit pas, on peut placer'quelques sangsues dans la narine correspondante et sur la tempe. M. Gulhrie recommande de les placer au grand angle même; mais j'ai observé en général qu'elles produisent une fluxion érysipélateuse qui est toujours au détriment de la maladie. Lorsque l'évacuation sanguine et les autres moyens n'arrêtent point l'inflammation , la suppuration est imminente ; il faut alors la favoriser en appliquant au grand angle de l'œil un cataplasme émoîlient. Une fois que la suppuration a eu lieu, il faut la diriger convenablement afin de s'opposer à la formation des fongosilés. On doit alors avoir recours à des collyres légèrement astringens , composés avec des préparations convenables de cuivre ou d'argent. Des chirurgiens anglais recommandent l'infusion de sabine. Les Allemands se servent de préférence d'une poudre composée de sucre d'alun et de zinc. Lorsqu'il s'élève des végétations en forme de franges , il faut les réséquer immédiatement avec des ciseaux , puis on cautérise légèrement la partie avec un petit crayon de nitrate d'argent ou de sulfate de cuivre. Lorsque la tumeur ne se dissout point sous l'influence d'un traitement semblable , il faut craindre qu'elle ne suive une des nombreuses marches dégénérescentes que nous avons décrites plus haut.

Autant que possible, il faut la faire complète ; car, en ne l'enlevant que partiellement, on court la chance de voir la maladie se reproduire. Quelques praticiens méticuleux avaient conseillé l'extirpation partielle dans la crainte que la disparition totale de la caroncule ne produisît l'écoulement des larmes sur la joue. J'ai eu plusieurs fois recours à cette opération sans avoir jamais rencontré ce résultat. Le professeur Riberi , qui a pratiqué un si grand nombre d'opérations de cette nature , n'a jamais non plus éprouvé cet inconvénient.

Procédé opératoire pour l'extirpation de Vencanthis, Il

faut faire asseoir le malade sur une chaise dont la hauteur corresponde à sa stature et réciproquement à celle du chirurgien. Pour les malades indociles ou méticuleux , il faut les coucher sur un lit ayant un oreiller solide. Quand le malade est assis , un aide se place derrière lui et fixe la tête contre la poitrine, en passant une main sous le menton, et l'autre sur le front, en relevant en même temps la paupière. Un autre abaisse l'inférieure. L'opérateur saisira la tumeur avec les pincettes à dents de rat de Maunoir, et la tirant en haut et en avant , il la tranchera d'un Coup de ciseaux , et avec elle le rebord semi-lunaire de la conjonctive.

Lorsque la maladie envoie des racines dans les paupières, l'aide doit les renverser, afin de favoriser la dissection de la tumeur. Pour y parvenir avec avantage, il faut commencer par disséquer les radicules et passer ensuite à la tumeur.

Lorsque la dégénérescence de la caroncule est pédiculée, on peut la détruire en l'étranglant avec une ligature, et Pirmann dit en avoir enlevé par ce moyen une grosse comme le poing, dont il détruisit ensuite la racine pnr des caustiques. Quelque simple que paraisse cette opération > elle est souvent cependant suivie d'hémorrhagie imminente, ainsi que le rapporte Pellier, quand l'encauthis a une base excessivement large, et que les racines s'étendent fort loin ; voici comme Scarpa conseille de s'y prendre pour l'enlever plus facilement : Le malade étant assis sur une chaise et maintenu par un aide, l'on amène la tumeur avec un petit scalpel convexe ; puis lorsqu'elle sera isolée dans tout point, on la soulèvera avec des pinces, et on enlèvera tout ce qu'on pourra, car il n'est pas toujours possible de tout enlever. Il faut de même cerner tout le mal quand on a enlevé une tumeur profondément ulcérée et qui a attaqué le périoste : si celui-ci est malade, il faut le ruginer et même porter le cautère actuel sur les points compromis»

Dans toute opération, l'opérateur doit avoir soin d'épargner les points lacrymaux ; aussitôt que l'opération est laite, l'on absterge la plaie avec de l'eau froide et Ton panse convenablement.

Il est inutile de rapporter des cas d'inflammation simple de la caroncule ; nous nous bornerons à parler des cas dits jnalins.

1" OBSERVATION

Encanthis fongueux \ extirpation ; application d'un bouton de feu ;

guérison.

M. de F***, ancien major au 41e cuirassier, âgé de soixante ans, portait à l'œil droit un encanthis très-voîumineux qui datait d'une inflammation chronique, produite pendant qu'il commandait à Yelletri, par une piqûre de taon. Quoique celte affection durât depuis 15 ans environ , elle n'avait occasionée ni gêne ni douleurs, lorsque tout à coup (1831) elle grossit, devint douloureuse , écarta les paupières et gêna leur mouvement. Trop raisonnable pour ne pas sentir les conséquences de cette augmentation de volume de la tumeur , dont M. Demours l'avait au reste prévenu , il se décida à la faire enlever , ce que je fis en suivant en tout point les préceptes indiqués par Scarpa. Comme il y avait une petite racine qui s'étendait profondément, je crus prudent de la toucher avec un fer rougi à blanc \ la guérison fut parfaite et s'est soutenue depuis.

2e OBSERVATION.

Encanthis mélanique; extirpation; cautérisation avec la potasse caustique ; guérison.

Madame *** me fut adressée par le comte de la Madeleine 5 elle portait un encanthis mélanique développé

spontanément ; quoique cette tumeur n'occasionât aucune chaleur , comme elle avait une marche essentiellement envahissante , je conseillai l'extirpation ; je la pratiquai en 1828, à Turin ; elle fut très-facile, mais la tumeur envoyait deux prolongerons en forme de queue d'hirondelle, de chaque côté des points lacrymaux qu'il fallait ménager. Comme la maladie ne s'élevait que fort peu au dessus du niveau des tissus, je pensai qu'il était convenable de l'attaquer avec de la potasse caustique, placée avec une allumette. Ce traitement fit disparaître toute la maladie, et la guérison a été complète.

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