TUMEURS ADIPEUSES, ORBITOCELES GRAISSEUSES
Les tumeurs adipeuses ou orbitocèles graisseuses, prennent origine dans le coussinet graisseux , sur lequel repose le globe ; puis à mesure qu'elles augmentent , elles se font jour à travers les muscles , pour arriver jusque der :
rière les paupières /auxquelles elles apportent les mêmes modifications que les tumeurs cystiques. Ces espèces de lipomes luxent aussi l'œil , et siègent plus ordinairement à l'angle externe ; par là ils ont moins de résistance à vaincre. Ces tumeurs acquièrent souvent un développement notable ; aussi devient-il presque toujours nécessaire, pour les extraire, d'inciser la commissure externe. Les inconvéniens de leur volume sont heureusement compensés par la facilité avec laquelle on les extrait , propriétés qu'elles partagent avec les lipomes non dégénérés des autres parties du corps.
TÏÏMSUHS HYISATIBEUSES.
L'existence de ces tumeurs reste encore en doute pour un grand nombre de personnes , et je suis même porté à croire que le fait rapporté par M. Lawrence doit plutôt être attaché à l'histoire des kystes gélatineux ainsi que celui cité par M. Barne (1).
TUBSEUB.S SANGUINES, ORBITOCEIiES SANGUINES.
Sous le nom d'orbitocèles sanguines , nous entendons les épanchemens sanguins traumatiques qui se forment dans l'intérieur de l'orbite, à la suite de la lésion des vaisseaux sanguins qui y serpentent ; souvent , après une plaie pénétrante simple en apparence ," il se forme tout à coup au fond de l'orbite un épanchement sanguin , d'autant plus facile que le sang s'infiltre sans obstacles à travers les maiiles du tissu cellulaire lâche qui tapisse le fond de l'orbite. L'épanchement produit immédiatement une hernie de l'œil, des phénomènes d'étranglement grave.
J'ai vu un grand nombre d'épanchemens de cette nature , presque tous furent suivis de perte de la vue : dans
(1) Bavne , Meaiço-chiriirgicat Transcict.
quelques uns cette fonction se rétablit après quelques mois. Le l'ait suivant que nous rapporterons est d'un grand intérêt sous plusieurs rapports.
OBSERVATIONS
Plaie pénétrante de l'orbite ; épanchement sanguin fort abondant ; compression et hernie considérable de l'œil ; perte de la vision ; gnérison après quelques mois.
M/Sée, prêtre, en allant à la chasse, reçut à peu de distance un coup de feu , plusieurs plombs de perdrix pénétrèrent dans l'orbite et y provoquèrent un épanchement sanguin assez abondant, pour qu'en moins de deux heures, l'oeil fît une saillie considérable ; la vue fut suspendue immédiatement, le malade n'éprouvait autre chose qu'un sentiment de tension désagréable dans toute la région orbitaire. L'œil ne pouvait être refoulé au fond de l'orbite sans faire surgir dans son pourtour un bourrelet sanguin fort appréciable. Les premiers secours administrés consistèrent dans l'application de compresses glacées que l'on renouvela fort souvent , on pratiqua en même temps une compression modérée , et le malade fut saigné largement. Il ne survint aucun accident. Quarante-huit heures après, il se manisfesta des abcès sanguins dans la partie inférieure de l'orbite, l'ouverture que Ton en Ht, donna issue à une grande quantité de sang déjà décomposé ; pendant quelques jours , il sortit à travers l'ouverture une certaine quantité de liquide sanguinolent , peu à peu l'œil rentra dans l'orbite , mais la vue ne revint que plusieurs mois après.
Souvent, à la suite de fracture au crâne, il se manifeste dans l'orbite des épanchemens sanguins très-considérables, qui produisent les mêmes effets. J'ai vu un grand nombre de faits de ce genre; un d'eux a laissé dans mon souvenir des traces ineffaçables : il eut lieu chez l'infortuné docteur
Eennati, qui succomba à la suite d'une chute sur le pave, Je diagnostiquai à première vue un épanchementdans l'orbite. L'autopsie vint malheureusement prouver la sûreté de mon diagnostic : il existait une fracture de l'orbite près du trou optique , l'artère et la veine ophthalmique avaient été rompues : l'œil était repoussé en devant par un énorme caillot sanguin.
La thérapeutique des épanchemens sanguins dans l'orbite doit avoir pour but principal de borner ces épanchemens, de prévenir les accidens inflammatoires qui en sont la suite, de favoriser la résolution du liquide- épanché , enfin, d'évacuer le sang, lorsqu'il produit de l'étranglement , ou lorsqu'il commence à s'altérer.
On remplira la première indication en couvrant la partie de compresses froides , glacées , trempées au besoin dans un liquide styptique avec la précaution d'exercer en même temps une légère compression ; celle-ci est moins destinée à arrêter le sang qu'à diminuer l'espace du fond de l'orbite, afin qu'il s'y forme plutôt un caillot sanguin dont la présence oblitérera le vaisseau qui donne du sang.
La seconde indication consiste à pratiquer des saignées suffisantes pour prévenir les accidens inflammatoires , et les fâcheuses conséquences qui en sont la suite. Elles auront même pour but d'accélérer le travail d'absorption, ainsi que le prouvent les belles expériences de M. Magendie. Ces saignées doivent être proportionnées à la vigueur du malade , et surtout à la nature présumée des lésions de l'orbite.
Lorsque l'hémorrhagie est arrêtée , que Ton n'a plus à craindre des phénomènes de réaction locale ou encéphalique , il faut alors chercher à faire résoudre le liquide épanché.
On pratiquera donc sur les paupières et les pourtours de l'orbite , des frictions avec de l'eau vulnéraire , ou celle de la reine de Hongrie , de la teinture d'Arnica montana.
Les anciens médecins ont trop recommandé l'usage in* terne de cette plante pour qu'elle n'ait pas une action marquée dans les affections traumatiques; on augmente l'activité du système absorbant en faisant prendre au malade des diurétiques , parmi lesquels il faut placer en première ligne le nitre à haute dose. Lorsque le sang ne se résorbe point , il s'altère et se convertit en une bouillie noirâtre analogue à celle que l'on rencontre dans les bosses sanguines sous-cutanées, dans lesquelles il existe déjà un travail suppuratif.
La présence de ce liquide ne pourrait que produire des accidens graves ; il est beaucoup plus sûr et plus convenable, en pratiquant dans l'endroit où la tumeur est plus évidente , une incision assez large pour évacuer toute la matière. Avec de l'eau tiède miellée on pratique quelques injections, et on entraîne au dehors les fragmensde fibrine qui existent toujours , en plus ou moins grande quantité, dans la poche que l'on vient d'ouvrir.
Les épanchemens sanguins constituent une ''maladie grave en ce que l'on ne peut point calculer d'avance ses résultats , et que , d'un autre côté , le malade est souvent en proie à des accidens consécutifs très-fâcheux, et qui ne sont point en rapport avec des lésions assez simples en apparence. Si le malade ne succombe point, il perd presque toujours la faculté de voir. Cette terminaison est inévitable toutes les fois qu'il y a eu des phénomènes d'étranglement et d'inflammation.
TUMEUR ANEVRYSMATXQUE.
Dans les tumeurs anévrysmatiques , il faut en distinguer deux espèces : les anévrysmes inhérens au corps d'une artère , et ceux que Scarpa a nommés anévrysmes par anastomose. Les anévrysmes par anastomose , ayant leur
siège dans l'orbite, ont été admirablement décrits par Scarpa et John Bell (i).
Ces tumeurs se manifestent dans l'intérieur de l'orbite ; elles acquièrent un prompt développement. Alors elles chassent l'œil au dehors ; le malade éprouve des douleurs assez vives dans l'orbite , accompagnées de pulsations appréciables pour le malade seulement, au début de la maladie, mais que le chirurgien reconnaît ensuite par la vue et le toucher. La vue ne tarde pas à se perdre , la maladie gagne même les paupières et les tissus environnans.
Comme on le voit, cette affection est excessivement grave, et, abandonnée à elle-même , elle deviendrait mortelle. Il faut diriger contre elle un traitement puissant , et suivre l'exemple de MM. Travers et Dalrymplede Norwich, qui lièrent l'artère carotide.
Ces deux opérations sont trop remarquables pour que nous ne les rapportions pas tout entières à l'article Fongus hématode : les chirurgiens y trouveront d'utiles renseigaemens.
M. Hogson(2) avait pensé que, la ligature de la carotide étant toujours une opération très-grave , on pourrait appliquer au traitement des anévrysmes de l'orbite la méthode de Valsalva , qui consiste à saigner les malades , à leur faire garder une position horizontale , et à les soumettre à une diète forcée. Il se basait sur une observation qu'il avait faite chez une femme portant une tumeur ané- \rysmatique à la face , et dont le volume diminua considérablement après une perte utérine.
Il se manifeste souvent dans l'orbite des tumeurs par anastomose , qui ne sont point puisantes , lors même qu'elles acquièrent tous les jours un certain volume. Les
(1) Bell , Système of surgery,
(2) Hogson , Mémoire sur les afftcHons des veines et des artères , édition anglaise, p.„44*>.
veines sonfplutôt malades que les artères; et on devrait plutôt les considérer comme des tumeurs par anastomose variqueuse et veineuse. Elles sont susceptibles d'extirpation, et je ne pense point que la ligature de la carotide pût les faire flétrir. J'ai opéré , il y a quelques années, une petite fille de huit mois portant une tumeur de cette nature , et qui guérit parfaitement. L'opération fut faite avec l'assistance de mon ami, le docteur Tarral et de M. le docteur Parent. La tumeur était située à la partie inférieure externe de l'orbite. Les paupières commençaient déjà à être envahies. Pour la mettre facilement à découvert , j'incisai la commissure externe ; puis je cernai et énucléai la tumeur : je fus obligé de lier trois artères assez considérables. Cette opération fut suivie d'un succès complet,
ANÉVR.YSME DE Xi'ARTÈïLE ©3?HTÎSAI.mQÏJE.
Les anévrysmes proprement dits de l'orbite ne peuvent exister que sur l'artère ophthalmique dans différens points de son trajet. Cette affection est excessivement rare. Guthrie (1) en rapporte cependant un cas fort remarquable qui se termina d'une manière fatale. Les symptômes étaient analogues à ceux produits par l'auévrysme par anastomose.L'oeil était poussé en devant, et les veines extérieures du grand angle étaient fort dilatées. Le malade ne voulut jamais se décider à se faire lier l'artère carotide , seul moyen qui pût l'empêcher de succomber.
A l'ouverture du cadavre, on trouva deux anévrysmes de l'artère ophthalmique, un de chaque côté, de la grosseur d'une noix, la veine ophthalmique cérébrale était distendue , et présentait une obstruction dans l'endroit où elle passe par le trou orbitaire supérieur. Guthrie pense que ces veines se sont obstruées par l'hypertrophie des muscles
(1) Guthrie , ouvrage cité , p. 169.
droits, et leur dureté cartilagineuse , phénomènes qui n'avaient pu être appréciés par la saillie de l'œil , et la dilatation considérable des vaisseaux.
Il y a quelques années que je rencontrai , par hasard , dans l'amphithéâtre de l'Ecole de médecine, un anévrysme de l'artère ophthalmique, au moment où elle pénétrait dans l'orbite ; il était gros comme une petite noisette : plusieurs membres de la Société anatomique le virent avec moi.
Les renseignemens que je pris me firent connaître que h femme sur laquelle existait cette altération remarquable avait succombé à l'Hôtel-Dieu à une affection du bas-ventre ; mais l'on ne sut point me dire si elle avait conservé la vision dans l'œil correspondant à l'anévrysme.
Middlemore et Mackensie en rapportent aussi deux cas fort remarquables. Quant à ceux de Dalrymple et de Travers , ils trouveront leur place à l'article Fongus hématode. (Voyez tome II.)