EXOSTOSES DE L'ORBITE
H se forme souvent dans l'orbite , à la suite des inflammations de ses parois , des tumeurs osseuses qui peuvent avoir leur siège en différens points ; mais surtout aux angles interne et externe. Ces tumeurs peuvent être le résultat de violences externes ; mais, dans la plupart des cas, elles dépendent d'un vice constitutionnel. Ces tumeurs dégénèrent rapidement en ostéo-sarcômes. Elles sont toujours de nature fort grave , et lorsqu'elles dégénèrent , elles font presque toujours succomber le malade.
Lors même que la maladie est due à une cause constitutionnelle , elle résiste aux traitemens les mieux combinés. Cependant il est des cas où l'on guérit, surtout lorsque l'exostose est de nature vénérienne. J'ai guéri , par les préparations d'or, un porteur du journal le Figaro, malade , qui a été
aussi soigné par MM. Cullerier et Duhamel , atteint d'exostose de l'orbite avec commencement d'exophthalmie. Lorsque la maladie est limitée à une seule partie de l'orbite , il faut chercher à la détruire avec la gouge et le maillet , ainsi que le pratiquaient Sultzo (1), Barassant (2). Celui-ci se fondant sur quelques cas de réussite, recommande de dénuder l'os avec un instrument tranchant, et de le cautériser fortement avec un fer incandescent.
Comme d'avance on ne peut pas calculer la résistance d'une exostose , et que pendant long-temps elle peut rester épiphysaire, il faut toujours chercher à l'enlever. Quelquefois , au moment où on l'attaque avec la gouge , elle s'enlève tout d'une pièce comme un macaron , ainsi que le rapporte M. Bognetta (3), dans le travail fort remarquable qu'il a publié sur la genèse et la nature des exosloses. La tumeur une fois partie ou enlevée, on peut obtenir l'exfoliation suppurative de la partie.
Lorsque l'exostose est éburnée , il est impossible d'en obtenir la disparition.
Malheureusement, comme nous l'avons dit plus haut, les exostoses sont susceptibles de prendre une forme ostéosarcomateuses , ce qui augmente encore la gravité de la maladie. Baillie (4) a donné une description fort exacte des exostoses de l'orbite ; elles acquièrent quelquefois un volume très-considérable , et il est bien difficile de les enlever sans accélérer la fin du malade.
Astley Cooper (5) ayant'voulu en extirper un de ce genre, le malade succomba au sixième jour. Souvent ces ostéosarcomes partent même de l'apophyse basilaire du crâne,
(1) Ribcri , ouvrage cité, p. 77.
(2) Mackensie, ouvrage cité, p. 56.
(3) Gazette médicale , 1835, pag. 257 Pt suiv.
(4) Baillie , Collection de dessins gravés , Xe cahier, p. 4.
(5) Suryical essays by Cooper and Travers, 4818 , p. 212, traduction française de Bertrand,
Il existait autrefois plusieurs pièces pathologiques, offrant cette provenance curieuse , dans la collection que l'on conservait dans les catacombes de Paris.
NECROSE ET CARÏE BES OS ©E L'ORBITE.
Souvent à la suite des plaies pénétrantes de l'orbite , de ses fractures, et des suppurations profondes qui ont séjourné dans sa cavité , il se manifeste des nécroses dans plusieurs points de sa circonférence. Cette maladie suit la même marche , et offre les mêmes symptômes que les nécroses des autres os du corps. Nous ferons seulement observer que les expériences du professeur Deîpech ont prouvé l'exagération du précepte de Widemann , qui pensait qu'on ne pouvait pas accélérer la chute des séquestres en y appliquant des substances actives. Delpech, découragé par ses insuccès dans le traitement des séquestres, eut la pensée de détruire le phosphate calcaire de l'os nécrosé par l'acide sulfurique affaibli, appliqué sur l'os malade: celui-ci, réduit à ses parenchymes gélatineux, est facilement attiré en dehors avec de simples pinces à pansement. Le célèbre chirurgien de Montpellier pratiquait le ramollissement du séquestre en appliquant sur lui un plumasseau de charpie imbibée d'acide sulfurique étendu ; en moins de quarante -huit heures, le ramollissement est assez avancé pour en faire l'extraction. M. Pouget (4), à qui, l'on doit la connaissance de ce procédé, rapporte plusieurs cas fort remarquables de guérison. Quant à la carie, elle doit être traitée comme celle de toutes les autres parties du corps. On doit chercher à obtenir Texfoliation et la régénération de l'os, en le touchant avec des teintures exci-
(1) Souvenirs de la pratique de Delpech ( Gazette médicale } 4835, P. 711. |
tantes, telles que celles de myrrhe et l'aloes. Samuel Cooper(l) recommande l'usage de l'acide hydrochlorique affaibli ; lorsque ces moyens sont insuffisans , il reste la tréphine, la gouge ou le ciseau, ainsi que le feu. Je me bornerai à rappeler que l'on doit être excessivement prudent dans l'emploi de ces moyens , à cause de l'ébranlement et des phénomènes de réaction encéphalique qu'ils peuvent produire.
DËFOR.BSATXO& 2>E Xi'ORBITE.
Lorsque l'œil , n'importe par quelle cause , a été fondu et atrophié, les orbites s'affaissent peu à peu sous le poids des hémisphères antérieurs du cerveau. Leur diamètre vertical diminue de cinq ou six lignes, et, après quelques années, l'orbite ne présente plus qu'une petite cavité semielliptique. M. le baron Larrey a lu à ce sujet un mémoire fort intéressant à l'Institut de France.
L'orbite peut aussi être déformé par des polypes fibreux qui se sont développés dans l'intérieur de l'antre d'Hygmore, dans les fosses nasales et les sinus frontaux. La première de ces déformations est au dessus de toute ressource , elle ne peut en rien compromettre l'existence des individus. Des faits relatés par M. Larrey, on peut tirer les conséquences pratiques , qui consistent 1° à être excessivement réservé chez les enfans pour vider le globe de l'œil , parce que l'orbite s'affaisserait , et il deviendrait impossible de faire porter une pièce artificielle ; 2° à soumettre l'enfant, dès l'instant qu'il sera assez raisonnable, à la pose d'un œil artificiel , médication plus que suffisante pour empêcher l'affaissement de la voûte orbitale.
Quant aux déformations résultant de tumeurs avoisinant l'orbite , c'est contre la cause du mal qu'il faut diriger le traitement.
(1) Samuel Cocper, Dict, de médecine et de chirurgie , t, I, p. 300,