‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 44 sur 122 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Les considérations qui précèdent sur les connaissances ophtalmologiques des anciens, nous conduisent tout naturellement à parler de l'état actuel de la médecine oculaire. En lisant l'état vraiment effrayant, quoiqu'incomplet, des ouvrages publiés sur les maladies des yeux, et dont le plus grand nombre est inconnu en France , on ne peut se refuser à un sentiment d'admiration bien juste pour l'illus tre professeur Béer (1), de Vienne , qui a savamment résumé , dans un ouvrage complet en trois volumes , tout ce qui a été écrit sur la médecine oculaire. Il a dignement apprécié tout ce que les chirurgiens et anatomistes français avaient fait pour 1 anatomie et les maladies des yeux , part immense jusqu'en 1799. Là on trouve les travaux de l'Académie royale de chirurgie, qui jetèrent un si vif éclat sur la chirurgie française; là se trouvent rassemblés des travaux épars dans les feuilletons scientifiques contemporains , et que Ton trouvera facilement , grâce aux précieuses indications du savant professeur allemand. Ces travaux sont d'autant plus précieux , qu'ils se rattachent aux polémiques scientifiques de Woolhouse , de Lasnier , de Brisseau, de Saint-Yves, de Méry, de Morand et de tant d'autres.

Pourquoi depuis 1799, la France a-t-elle cessé de payer son tribut à l'édifice delà science ophthalmologique : il faut l'avouer avec franchise, c'est qu'en Allemagne on lui a ouvert non seulement un enseignement, mais encore des journaux spéciaux, tribunes où l'on pouvait consigner les recherches sur cette partie importante de l'art de guérir, sans crainte de voir refuser son travail comme trop spécial.

(1) Ouvrage cité.

Or, je le demande, d'où viennent les travaux ophtalmologiques modernes , si ce n'est des hommes spéciaux. Compulsons tout ce qui a été écrit depuis 1799 , et comparonsle avec ce qui a été fait avant, et nous verrons que l'édifice ophthalmologie s'est formé pierre à pierre, de monographies précieuses, de recherches consciencieuses sur Fanatomie normale et pathologique de l'œil et de ses annexes ; travaux, pour la plupart, inconnus ou ignorés en France, tandis que les Allemands connaissent, jusqu'au plus petites publications françaises. Loin de moi l'idée d'a- J3aisser la France , dans le grand mouvement intellectuel moderne : elle est riche de tant de découvertes dans les arts et les sciences exactes et naturelles : pourquoi chercherais-je à déprécier un pays qui est le mien par le fait , s'il ne l'est pas encore par le droit , puisque je suis né dans un pays réuni à la France et long-temps occupé par elle ? tous mes travaux se rattachent à cette nationalité dont je suis glorieux. Mais on peut l'avouer , chaque pays a aussi son infériorité. Que l'on donne à la France desenseignemens spéciaux , et avant peu elle ne devra plus rien à personne.

D'un autre côté , il faut le dire , c'est un italien Barth , né à Malte et descendant du fameux Grima Maltèse , qui créa sous les auspices de Marie-Thérèse, renseignement de F ophthalmologie à Vienne. Praticien distingué, anatomiste et physiologiste profond, il ne se borna point à renseignement des maladies des yeux, mais bien à ceiui de Fanatomie et de la physiologie , école célèbre où se formèrent Prochaska, Schmidt , Béer, Himly, Benedict, Grœfé, Laugenbeck, Rust, Weller, Schœn, jùngken et tant d'autres qui ont marché dignement dans la route tracée par Barth. L'exemple de Marie-Thérèse a été suivi par le plus grand nombre des souverains du Nord , à Berlin , à Saint-Pétersbourg, à Moscou, il y a des chaires et desétablissemens destinés à Fétude et au traitement des maladies

des yeux. La plupart des universités do l'Allemagne sont dans le même cas.

L'Angleterre doit à Saunders l'érection d'un hôpital spécial , qui a ensuite donné l'idée de plusieurs autres : au point que la plupart des villes populeuses de l'Angleterre ont des établissemens connus sous le nom d'Infirmeries, où. l'on ne traite jque les maladies des yeux. L'Angleterre est riche de travaux ophtalmologiques récens : ceux de Wardrop, Saunders, Travers, Barnet, Adams, Wetch, Gibson, Monteath, Crampton, Gulhrie, Lawrence Middlemore, etc., tous ouvrages contemporains , sont trop connus pour en faire ici l'éloge.

Comment se fait-il que nous ne possédions pas en France d' établissemens semblables? disait Billard d'Angers (1).

Je laisse à d'autres le soin de cette réponse : je me bornerai à faire mes efforts pour marcher dignement dans la voie que je me suis tracée. Puissent-ils, joints à ceux des Sanson , des Velpeau , des Sichel , rendre à lophthalmologie française son ancienne splendeur ! ce sera ma première récompense, digne de faire oublier bien des peines et bien des tracasseries. Ces efforts ont déjà été compris, je dois exprimer ici ma vive reconnaissance pour la manière bienveillante dont mes travaux ont été appréciés par MM. Grcefe , d'Ammon , Beger, Kenesch , Froriep et tant d'autres chirurgiens ophthalmologistes étrangers.

Pairia dat vit uni; raro largitur honores; Hos meliùs mv.lt o terra aliéna dalit.

(1) Traduction de Lawrence, pag. 45.

ÀNÀTOMIE PHYSIOLOGIQUE

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