‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 81 sur 122 · TUMEURS DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

TUMEURS DES PAUPIÈRES

Les principales tumeurs des paupières sont, le tylosis ou callosité, le chalazion, l'orgeolet, le furoncle, le charbon, les tumeurs cystiques , l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-conjonctivien , les naevus-maternus et les tumeurs érectiles.

LE T"£XOSSS.

Cette maladie, plus connue sous le nom de "callosité des paupières , que les auteurs ont nommée trachoma, est une affection secondaire qui succède ordinairement aux ophthalmies chroniques scrofuleuses ; elle se complique presque toujours de la chute des cils, qui se régénèrent cependant, parce que leurs bulbes ne sont pas affectés. Rarement ces callosités restent stationnaires , et elles finissent presque toujours par dégénérer en boutons de mauvaise nature, à physionomie cancéreuse, et qu'il importe de surveiller avec soin. Celte maladie est fréquente chez les vieilles femmes en proie à l'ophthalmie sénile, elle produit, par son irritation sur l'œil , un larmoiement fatigant qui force les individus à s'essuyer très-souvent les yeux; manœuvre qui augmente l'irritation du bord des paupières qui ont tendance à dégénérer.

Il est donc important de chercher à guérir ou à détruire

(1) Cornélius Celsus, lib. vin, § 9.

Ces callosités, et en même temps que l'on attaque la cause constitutionnelle, si elle existe, il faut appliquer soir et matin, sur les paupières le cataplasme suivant, fort recommandé par Grsefe (1).

* Poudre de jusquiame f

Poudre de ciguë > aa partie égale.

Farine de graine de lin \ Faites cuire une proportion d'eau suffisante, jusqu'à consistance de cataplasme.

Le professeur Béer (2) avait obtenu de grands avantages des cataplasmes de ciguë, quand les callosités étaient ramollies, il les faisait toucher avec une pommade mercurielle escharotique.Ware (3) insistait particulièrement sur l'usage de l'onguent citrin , qu'il applique deux fois par jour sur le bord ciliaire des paupières; pour rendre cette application plus facile on fait liquéfier légèrement cet onguent, et avec un petit plumasseau on enduit les callosités.

Quant à moi , je crois que Ton p^rd beaucoup de temps dans ces différens traitemens, et j'ai pour habitude de détruire promptement ces callosités en les touchant avec un petit cylindre de potasse caustique, en ayant soin de l'employer avec des précautions convenables.

J'ai guéri par ce moyen, en quelques jours, des callosités qui duraient depuis plusieurs mois, et qui avaient résisté à divers traitemens.

Si Ton jugeait de la gravité ou de l'importance d'une maladie par la variété de la synonymie, certainement celle

(4) Grœfe , Repertorium avgnaertzlicher Heilformeln. 1817, p. 55.

(2) Béer, Lehre vorr. denJuyen kraîikheiten.y ienne, 1813, Band II, p. 52.

(3) "Wave. , On psorophtluilmy.

qui nous occupe serait forr, à craindre , car elle porte encore les noms de ckalazosis , grando , lapis palpcbrarum , liihiasis, tophus porosus, et tout cela pour indiquer une petite tumeur du b >rd des paupières , qui n'est autre chose qu'un foliculle induré ou un petit orgeolet chronique non suppuré. Cette petite tumeur isolée ou formant chapelet, contient quelquefois une matière sébacée durcie, et qui reste plusieurs années stationnaire avant d'avoir suffis imment usé les paupières pour sortir spontanément. Il arrive fort souvent que la matière n'est pas durcie et elle revêv la Corme d'un gros grain de millet dont elle porte le nom. Quand à F orgeolet non suppuré , nous en parlerons dans l'article qui le concerne. Les grêlons sont fort communs chez les viellards cachectiques , chez les personnes mal propres et chez les jeunes filles difficilement réglées. On ne s'aperçoit de sa présence que lorsqu'il a déjà acquis un certain volume ; il est difficile alors d'en obtenir la résolution; il faut cependant toujours la tenter en faisant des frictions sur la tumeur avec de la teinture d'iode , des onctions avec une pommade composée d'onguent napolitain et d'extrait de ciguë. Dans quelque cas on a recommandé les frictions avec l'alcali volatil ou la teinture de cantharide , si ces moyens ne réussissent pas , il ne faut pas trop insister sur leur usage , parce que chez quelques individus , les chalazions sont susceptibles de prendre une mauvaise nature et de dégénérer en boutons cancéreux. Dans le plus grand nombre des cas , ces frictions font passer la petite tumeur à un état aigu qui se termine par la suppuration sous l'influence de laquelle le grêlon disparaît complètement. Le traitement le plus convenable consiste à extirper la petite tumeur ; rien n'est plus facile que cette opération ; elle se termine d'un seul coup avec de petits ciseaux courbes sur leur plat. L'expérience m'a appris à ne point compter sur les emplâtres résolutifs. Sur les personnes méticuleuses l'on se sert avec avantage de la cautéri-

sation , en employant le procédé suivant : on remplit de poudre de Vienne humectée la cannelure d'une forte aiguille à inoculation, que Ton enfonce au centre de la tumeur en lui imprimant un mouvement de rotation, une minute suffît pour la détruire complètement et irrévocablement. Cette méthode est sans danger, presque sans douleur, et d'autant plus préférable à l'instrument tranchant que souvent il existe un grand nombre de tumeurs et que peu de personnes sout décidées à se les laisser enlever toutes à la fois par l'instrument tranchant, ce qui ne serait pas très-prudent , puisque Ton pourrait occasioner une difformité de la paupière. Dans l'observation que Ton va lire, on peut juger des avantages de ce procédé.

OBSERVATION

Trois grêlons se touchant presque à la paupière inférieure de l'œil droit ; trois cautérisations successives ; guérison.

Mademoiselle A.... de Saint-Amand , âgée de seize ans, grasse et forte , mais mal réglée , me fut adressée par sa maîtresse de pension. Depuis plusieurs années elle avait à la paupière inférieure de l'œil droit trois grêlons qui avaient acquis le volume d'un pois et qui étaient à peine séparés l'un de l'autre par un espace de deux lignes. MM. Demours et Boyer, précédemment consultés , voyant l'inutilité des moyens résolutifs employés, conseillèrent l'extirpation. Comme il y avait trois opérations à faire, la jeune fille recula devant cette proposition : en comprenant les trois tumeurs dans une même incision , l'on avait à craindre une cicatrice désagréable ou un renversement de la paupière ; ce fut donc avec joie que la jeune personne accepta ma proposition de la débarrasser de sa tumeur par le procédé que je viens d'indiquer plus haut. La guérison fut radicale , et à peine quelques mois après pouvait-

on se clouter que le rebord de cette paupièreeût été le siège de trois tumeurs aussi considérables- Quelques auteurs, et entre autres Weller(l), recommandent de respecter les chalazions des personnes qui portent des affections cancéreuses au sein ou à la matrice : je ne partage point leur opinion ; car dans un grand nombre de circonstances le chalazion ne participe en aucune manière à l'affection cancéreuse locale. D'ailleurs l'extirpation ne fait courir aucun danger, et si la tumeur extirpée récidivait, ce serait une indication pour ne rien entreprendre contre l'autre maladie.

ORGEOLET , HOEDEOIUSI , CRITHE.

C'est en raison de la forme que revêt eette maladie et par sa ressemblance avec un grain d'orge qu'on la nomme orgeolet. A tout prendre, celui-ci n'est qu'un petit furoncle qui a son siège dans le tissu cellulaire du rebord libre des paupières. L'inflammation furonculaire qui donne naissance à l'orgeolet ne débute point par l'inflammation de la peau : le point de départ est toujours une partie du tissu cellulaire renfermé dans les cloisons fibro-celluleuses qui unissent la face postérieure du derme. Ce tissu , envahi par l'inflammation, fait des efforts pour se développer; mais il est étranglé en place par la cellule fibreuse dans laquelle il est renfermé , et alors il se gangrène. Il devient alors nécessaire qu'il survienne un travail d'élimination pour évacuer par la suppuration le petit bourbillon qui est au centre de la tumeur. Cette inflammation est en raison de la grosseur de l'étranglement. La tumeur devient d'un rouge vineux, douloureuse, entourée d'une auréole inflammatoire qui s'étend souvent fort loin : la peau est tendue et d'une sensibilité exquise. Quoique fort légère , cette rua-

(1) "Weller; ouvrage cité , 1. 1 , pag. 115.

ladie produit quelquefois une réaction accompagnée d'agitation , d'insomnie et de fièvre. Cette tumeur suppure toujours difficilement , et lorsqu'elle a suppuré elle s'ouvre avec peine. Cependant il ne peut^y avoir de guérison complète que lorsque tout le tissu cellulaire frappé de mort a été éliminé. L'orgeolet est souvent produit par des causes extérieures, telles que la meurtrissure des paupières, l'introduction des corps étrangers , les courans d'air subits lorsque la face est en sueur-, mais dans la plupart des cas il se rattache à un état de maladie des premières voies. Le travail difficile d'une première menstruation ou les anomalies de celle-ci , doivent être considérés comme les causes les plus fréquentes de l'orgelet des paupières. C'est pour cette raison que toutes les fois que l'on verra un individu exposé à voir ses paupières envahies par des orgeolets qui se succèdent les uns aux autres, il faudra chercher ailleurs que dans le tissu cellulaire palpébral les causes de cette inflammation et de sa fréquence.

Toutes les fois que l'on sera consulté dès le début de la maladie , on pourra espérer de faire résoudre un orgeolet commençant. Scarpa (1) conseillait l'application des corps froid long-temps continués , tels qu'un fragment de fer, de l'eau frappée de glace , ou de la glace. Depuis quelques années à l'exemple de M. Serre d'Alais (2) , j'emploie avec assez d'avantage les frictions mercurielles. Quand ce moyen échoue , je pense qu'il faut , comme le recommandent MM. Fournier-Pescay et Bégin (3), inciser la petite tumeur, afin d'y produire un débridement salutaire et un dégorgement sanguin suffisant , pour faire avorter le travail inflammatoire. Le professeur Carron avait pour habitude de toucher l'orgeolet avec un petit fragment de

(1) Scarpa , ouvrage cité , p. 7.

(2) Serre d'Alais.

(3) lhid.

potasse caustique, médication qu'il a toujours vue suivie de la flétrissure et de l'affaissement de la tumeur. Si l'on ne veut point employer ces moyens, il faut se résoudre à voir suppurer l'orgeolet, et alors il devient important de favoriser cette suppuration par tous les moyens possibles. On doit couvrir la tumeur de cataplasmes composés avec de la mie de pain cuite dans du lait fortement aromatisé avec du safran. Les cataplasmes de farine de lin , de fécule de pomme- de-terre, de fèves pétries avec du vin, produisent le même résultat.

Dès que la suppuration commencera à se former, ce que Ton reconnaît à l'apparition du point blanc situé sur une des parties de la tumeur, il faut bien se garder de procéder comme certains chirurgiens qui se hâtent d'ouvrir le point purrulent. Il est plus convenable de suivre les préceptes du professeur Scarpa , qui , au contraire , conseille de s'opposer à la sortie prématurée de la matière , afin qu'elle dénude complètement le bourbillon gangrené. En effet, s'il reste le plus petit fragment de celui-ci , l'ouverture externe de l'orgeolet se cicatrice, et peu de jours après, il est de nouveau le siège d'une inflammation éliminatrice. Pour éviter cet inconvénient , il faut donc recouvrir le pelit point blanc , dont nous avons parlé , d'un morceau de taffetas anglais, ou de tout autre emplâtre fortement agglutinatif , au moyen desquels la suppuration est retenue en place et dénude le tissu cellulaire mortifié dans toute sa circonférence. Quand on le juge convenable , l'on enlève le petit obturateur, et en comprimant graduellement la base de la tumeur, on en expulse un pus épais, floconneux, et qui entraine avec lui le tissu cellulaire gangrené , qui forme la panie principale de la petite tumeur. Malgré toutes ces précautions, le travail éliminateur de )a suppuration n'est pas suffisant pour séparer le tissu cellulaire mortifié ; il reste alors dans un ou plusieurs points de la cavité suppurante des fragtnens qui s/ opposent à lu. cica-

trisation , et qui résistent à l'application des cataplasmes émolliens, des onguens digestifs et autres moyens. Dans cette circonstance le professeur Scarpa (1) recommande de porter le bout d'un pinceau imbibé d'acide sulfurique dans la cavité de l'orgeolet, et de toucher le corps gangrené et son pourtour, une ou plusieurs fois, jusqu'à ce que tout ce qui reste de tissu cellulaire privé de vie se détache et soit expulsé ; vingt-quatre heures sont à peine écoulées depuis sa sortie , que la petite ouverture est complètement cicatrisée. Quand à nous, nous préférons la cautérisation avec l'aiguille chargée de poudre caustique de Vienne , comme nous en avons parlé à l'article chalazion , parce que ce moyen , est non seulement plus facile à employer , mais encore parce que le caustique est porté exclusivement sur le point malade.

S'il reste autour de la tumeur , après sa cicatrisation , un petit engorgement , il faudra chercher à le résoudre , non seulement pour empêcher les récidives , mais encore pour s'opposer à la formation de petites tumeurs cystiques, qui, dans la plupart des cas, n'ont pas d'autres origines. Pour prévenir les récidives , il est bon de provoquer de légères révulsions sur le canal intestinal. Quelques chirurgiens anglais et allemands, Benedict(2) entre autres, recommandent l'usage du calomePà petites doses, seul ou combiné , avec l'éthiops antimonial.

Après la guérison de l'orgeolet, si la paupière, dans laquelle l'orgeolet a pris naissance reste œdémateuse ou gonflée , il faaf alors la recouvrir de compresses imbibées d'eau végéto-minérale ; enfin , chez les femmes , dont la menstruation est difficile ou irrégulière, peut être considérée comme la cause de l'existence ou de la récidive des orgeolets , il faut chercher à régulariser cette évacuation pério-

(i) Loc. cit.

(2) Benedict, Handeluch derpraci, Angcnlicilhmdej Bandl; p. 227,

— ni —

dîque par des moyens convenables. Lorsqu'il est resté dans la muqueuse une petite congestion locale ou un peu d'hypertrophie, il faut, soir et matin , [faire injecter dans les yeux quelques {jouîtes de collyre vitrioliquequi servira aussi à laver les paupières.

FUROBJCIcE ET CHARBON1.

Toul ce que nous avons dit de l'orgeolet se rattache en général à l'histoire du furoncle , à la seule différence que le furoncle a son siège dans toutes les parties de la paupière. De même que l'orgeolet, il coïncide presque toujours avec une affection des premières voies ; il est fort douloureux et presque toujours suivi d'accidens fébriles d'une certaine intensité. Rien n'est plus difficile que d'en obtenir la résolution. L'étranglement inflammatoire se joue de toutes les médications, et la seule qui m'ait fourni quelques avantages, est la méthode avortive basée sur les observations de mon père , et dont nous avons parlé sur l'orgeolet.

Par le mot charbon , nous entendons , non seulement l'anthrax malin, mais encore la pustule charbonneuse, affection très-fréquente dans certains pays, et surtout parmi les individus qui se trouvent en rapport avec les troupeaux. Nous pensons donc que cette maladie est éminemment contagieuse, et qu'elle se transmet à l'homme p^r son contact avec les animaux qui en sont atteints ; cela est si vrai, que j'ai observé des pustules malignes chez des corroyeurs qui avaient travaillé des cuirs appartenant à des animaux enlevés par cette affection.

Quant à l'anthrax bénin , il se montre souvent chez les individus de la classe pauvre qui ne nettoient jamais leur peau et habitent des lieux insalubres. Les vieillards., cliez lesquels il se développe sur les paupières des couches de crasse sébacée : c'est presque toujours du centre d'un follicule de la peau qui a acquis un certain degré de déveh 2\

loppement que la maladie prend son point de départ. Une tumeur rouge foncé s'y développe et s'accompagne de douleurs pongitives et brûlantes. Au centre de la tumeur , on observe très-rapidement un 'petit point noirâtre de tissu cellulaire gangrené qui s'entoure d'un cercle inflammatoire vineux plus ou moins étendu. Ce furoncle de mauvaise nature , doit aussitôt être débridé par une petite incision cruciale. Le tissu incisé paraît lardacé , et en pressant légèrement , l'on fait sortir des mailles fibreuses qui enveloppent le tissu cellulaire , une matière épaisse qui laisse après elle de petites cavités semblables aux cellules d'un guêpier, d'où il tire en italien le nom de vespajeo(l). Au moyen de pansemens faits avec de l'onguent digestif légèrement aiguisé avec la potasse caustique, l'on détermine dans la tumeur un travail de suppuration immédiatement suivi de bourgeons charnus de bonne nature. Souvent, malgré l'incision, la tumeur marche et peut acquérir un volume considérable et dont les conséquences peuvent être graves en raison des phénomènes cérébraux consécutifs qui se présentent. Dans un mémoire récemment publié (1), j'ai fait connaître les excellens résultats que mon père et quelques autres praticiens , à son exemple , avaient retirés de l'usage de la potasse caustique : je conseille donc avec confiance l'usage de quelques trochisques de poudre caustique de Vienne , que l'on place sur les points que l'anthrax tend à envahir, ce qui toujours borne son action.

Il n'est pas rare de voir la pustule maligne régner épidémiquement sur les troupeaux de la race bovine , et alors on en rencontre fréquemment des cas chez les individus qui sont en relation avec les bestiaux affectés. Dans les mois de juillet et d'août, l'infection est souvent transmise de l'animal à l'homme par une espèce particulière de mou-

(i) Cavron père, IqwmI général de h société de médecine^ X, LXIX? p. 389>

che, le taon (œstruttï), qui, après avoir sucé le sang des animaux charbonnés , vient piquer les hommes , surtout ceux qui sont endormis.

Il se manifeste quelques heures après la piqûre une démangeaison très vive dans l'endroit inoculé , sur lequel il ne larde pas à apparaître une ou plusieurs phliclènes, dont la rupture ne tarde pas à avoir'lieu, et qui est suivie immédiatement d'une douleur très-vive. La tumeur commence à s'élever, le centre en devient noir, elle s'entoure d'un cercle inflammatoire d'un rouge foncé, vineux et livide : le malade est pris de fièvre , de frissons , de maux de cœur et de douleurs de tête atroces. Pour peu que la maladie gagne, le délire s'ensuit, les phénomènes de résorption purulente se manifestent, le malade ne tarde pas à succomber, et quelques instans avant sa mort, il n'est pas rare d'apercevoir des pustules de même nature sur difterens points de la surface du corps.

Comme on vient de le voir, la pustule maligne est une affection grave quil faut se hâter de combattre pour arrêter son ultérieur développement. Depuis quelques années , l'on a employé avec beaucoup de succès le cautère actuel pour arrêter son développement. M. Lisfranc surtout , en a retiré de très-grands avantages , et j'ai vu dans son service des cas fort remarquables de guérison. Mais ce chirurgien a fait subir à l'application du feu de certaines modifications; il touche seulement le centre avec un cautère rouge-cerise, et il promène dans les alentours, sur le cercle inflammatoire rouge-vineux , un cautère à peine rouge , afin de modifier la forme inflammatoire , ce qui arrête plus souvent son développement ultérieur. On en peut juger par le fait suivant.

OBSERVATION

Pustule maligne développée sur la bosse sourcilicre gauche; accidens graves du côté du cerveau ; cautérisation ; guérison.

À la salle Saint -Louis, au n° 21 , fut reçu dans le courant de septembre 1831, un garçon corroyeur des environs de Lonjumeau qui , après avoir louché et travaillé des cuirs suspects, fut pris de pustule maligne à la région sourcilière de l'œil gauche. Lorsque le malade fut reçu à l'hôpital de la Pitié , la tumeur avait quelques jours d'existence, le malade était en proie à une fièvre ardente , accompagnée de maux de tête violens, de soif inextinguible, et d'un peu de délire. Les paupières des deux yeux sont fermées et œdémateuses. M. Lisfranc, jugeant à première vue de la gravité de la maladie et de sa nature , met en usage la cautérisation centrale avec un petit bouton de feu rougecerise , puis il promène à plusieurs reprises un fer à peine rouge sur toute la circonférence de la tumeur: celle-ci s'affaisse ; les vésicules se flétrissent et sont remplacées par de petites eschares superficielles. Les accidens cérébraux sont combattus par des moyens convenables , et le malade guérit en peu de jours sans cicatrice et sans difformité.

Pour cautériser et arrêter les progrès de la pustule maligne sur les paupières , il faut préférer toutes les fois que l'on le peut, le cautère actuel , parce le chirurgien peut en diriger l'action , en modifier l'effet , en restreindre ou eu agrandir la sphère d'activité ; il n'en est pas de même des caustiques liquides. Souvent leur action dépasse de beaucoup les limites du mal et produit des accidens graves, des difformités incurables et la perte de l'œil.

2e OBSERVATION.

Pustule maligne sur la paupière supérieure gauche ; cautérisation avec le beurre d'antimoine; destruction presque complète de la paupière; suppuration de l'œil.

Madame C*** vint me consulter il y a quelque temps pour savoir si la difformité qu'elle portait à l'œil gauche ne serait pas susceptible d'une restauration analogue à celle que j'avais pratiquée sur une jeune personne de sa connaissance. Il y a dix ans environ que cette dame fut, pendant son séjour à la campagne, attaquée d'une pustule maligne sur la paupière de l'œil gauche. Justement alarmée de son état, elle revint en toute hâte à Paris, où elle réclama les soins d'une sommité chirurgicale de l'époque , qui, après avoir reconnu la maladie, appliqua sans précaution sur la tumeur un plumasseau imbibé de beurre d'antimoine. Le liquide caustique , non seulement se répandit sur toute la paupière , mais encore il filtra dans la commissure et se répandit sur le globe de l'œil. Pendant quelques heures , madame G*** fut en proie à des douleurs atroces qui occasionèrent du délire. Lorsque l'on enleva l'appareil, l'on jugea aussitôt que l'œil était perdu et la malade défigurée.

Lorsqu'elle vint chez moi , la paupière supérieure , détruite en partie et adhérente au globe , l'œil réduit à l'état de moignon, formait un symblépharon incurable. Ce fait est très-connu de M. Lisfranc , qui du reste n'est pas l'homme de l'art à qui fut confiée la malade.

Lorsque les eschares de la pustule maligne commencent à se détacher, il faut prendre de grandes précautions pour s'opposer à la formation de cicatrices vicieuses ; nous les avons indiquées en parlant des plaies suppurantes des paupières. La maladie malheureusement exerce , dans quelque cas , des ravages tels que la paupière est complète-

ment' détruite : il faut alors, après consolidation complète de la cicatrice, recourir à l'opération de la bîépharoplastie, c'est ce que vient de faire avec beaucoup de succès un des Jeunes chirurgiens des plus distingués de^Paris. , notre ami A. Robert : nous en parlerons plus tard.

TUBSEUKS CTSTXQUES.

On donne ce nom à des tumeurs renfermées dans des kystes qui ont leur siège dans les divers points des paupières, et peuvent être de nature atliéromateuses, mélkériques et stéatomateuses. Ces tumeurs sont de préférence situées sur les bords libres des paupières, et elles acquièrent divers degrés de- grosseur; car, originairement peu volumineuses, elles peuvent avoir en peu de temps le volume d'une fève et même celui d'une noix; rarement douloureuses , mais toujours incommodes , elles dégénèrent quelquefois en tumeurs de mauvaise nature ; dans un grand nombre de cas , elles crèvent spontanément , et il reste pendant quelque temps un petit trou fistuleux qui se cicatrise avec le temps. Un follicule sébacé de la peau , que Ton serre et comprime à plusieurs reprises, s'enflamme, s'hypertropbie , et devient souvent une tumeur cystique conservant une ouverture qui laisse suinter une humeur graisseuse toutes les fois qu'on la presse. Contrairement à l'opinion du professeur Scarpa (\) , j'ai reconnu qu'elles étaient plutôt situées à la partie externe de la paupière qu'à ia partie interne , et que la différence entre les observations de mon illustre maître et les miennes dépendait de ce qu'il avait pris pour des tumeurs cystiques des hypertrophies du tissu cellulaire , que nous décrirons plus tard. La plupart des tumeurs cystiques des paupières doivent leur origine à des petits furoncles non suppures ; nous

(1) Scarpa, ouyrage cité.

avons ,~en parlant de cette maladie , engagé les hommes de l'art à tenter tous les moyens possibles à résoudre ces ertgorgemens enflammatoires , afin d'empêcher leur dégénérescence en tumeurs cystiques. Lorsque celles-ci sont dures et rénitentes , il faut chercher encore à les résoudre ; car peu de personnes se décident immédiatement à subir une opération, quelle que soit sa légèreté. On employera donc les pommades fondantes dont nous avons parlé plus haut. Le professeur Boyer (1) a guéri plusieurs fois des tumeurs de cette nature au moyen d'applications souvent répétées de compresses imbibées de solution d'hydrochlorate d'ammoniaque, et d'emplâtres de savon étendu sur de la peau.

J'ai employé avec succès le taffetas gommé anglais, préparé avec la teinture d'iode pure , mélangée avec la solution concentrée de colle de poisson. L'eau régale , si fort recommandée par Morgagni (2), m'a été fort avantageuse , quoiqu'elle eût complètement échoué dans les mains du professeur Scarpa (3). Les heureux effeis de cette substance m'ont conduit à l'emploi de i'hydrochlorate d'or en frictions, et qui a fait souvent disparaître des tumeurs long-temps rebulles à d'autres moyens.

Quelque précaution que Ton prenne dans l'emploi des pommades fondantes, elles dépassent souvent le point d'excitation que l'on s'était proposé d'atteindre. Si on n'en suspend pas l'usage en temps utile , la tumeur s'enflamme , devient un peu douloureuse , et il se manifeste dans son intérieur un travail de suppuration. On peu profiter de ce petit abcès pour faire dissoudre la tumeur : il ne s'agit que de ne point perdre de vue deux principes essentiels , dont le premier consiste à n'ouvrir que lorsque la suppuration devient évidente „ et le second a faire évacuer par une légère incision parallèle au diamètre transversal de la pau-

(1) Boyer, Traité des maladies chirurgicales , tom. V, pag. 257,

(2) Morgagni, Epistola anatomica , XIII, p. 2.

(3) Scarpa , ouvrage cité.

pière , une "suppuration épaisse , glutineuse , analogue à celle du furoncle. Il est assez commun de voir la suppuration amincir beaucoup la peau avant que la tumeur soit ramollie dans sa totalité : il faut alors, comme on le fait pour les orgéolets scrofuleux , recouvrir la tumeur avec un petit fragment d'emplâtre agglutinatif, jusqu'à ce que la suppuration ail fondu les tissus hypertrophiés environnans.

Demours a consigné (1) l'histoire de quelques tumeurs cystiques guéries par l'acupuncture. Ce moyen a toujours échoué dans mes mains : à quoi attribuer une pareille différence dans les résultats ? Il est probable que , lorsque j'ai employé le procédé de Demours, j'avais toujours eu affaire à de véritables tumeurs cystiques , tandis que ce praticien distingué n'avait rencontré que des hypertrophies du tissu cellulaire , dont nous nous occuperons bientôt. Pour obtenir la disparution des tumeurs cystiques, il faut ne pas perdre patience, attendre long-temps, et surtout être constant dans l'emploi des médications.

Lorsque tout a été insuffisant, il faut passer à Fexlirpation de la tumeur, moyen que le professeur Scarpa (2) considérait, à tort, comme le seul moyen vraiment curatif. Pour procéder à cette opération avec avantage , il faut examiner avec beaucoup de soin le siège et la nature de la tumeur. J'ai vu, il y a long-temps, M. Maunoir aîné, de Genève, employer une méthode d'exploration que j'ai déjà décrite ailleurs (3) , et complètement laissée dans l'oubli par les plus récens écrivains de médecine opératoire , quoique Samuel Cooper (4) l'eut aussi publiée en 1815. Celte méthode est surtout fort importante lorsque l'on veut savoir si une tumeur peut être extirpée en dedans. 11 ne s'agit que de saisir la pau-

(1) Demours , Journal général de la société de médecine de Paris, t. LXVI , p. 160.

(2) Scarpa, ouvrage cité, p. 73.

(3) Gazette médicale de Paris , 4833 , p. 130.

(4) Samuel Cooper, Dict, ofsurycry. London , 1815.

pière par les cils et le cartilage tarse , pour la renverser de bas en haut sur une sonde de femme , ou mieux encore sur un fort stylet cannelé que Ton courbera un [peu ;°la face interne des paupières devient externe; en appuyant le stylet sur le cartilage , on peut la maintenir assez long-temps dans cette position et y pratiquer les opérations convenables ; car c'est un principe en médecine opératoire d'attaquer les tumeurs des paupières par la face interne de celles-ci , toutes les fois qu'il est possible de le faire ; la constitution éminemment vasculaire des paupières les prédisposent à Térysipèle , qui vient bien souvent entraver la réunion par première intension , si nécessaire dans la solution de continuité des paupières, et qui nécessite souvent Temploi de la suture. Je ne décrirai pas ici le manuel opératoire à employer pour cette opération, j'observerai seulement que , soit que l'on agisse par la partie externe ou interne des paupières , il faut toujours faire l'incision parallèlement à l'axe transversal de la tumeur ; sans cela l'on est gêné pour l'énucléation de celle-ci ; l'on court même le risque de traverser la paupière , de morceler les bords de la solution de continuité, et d'empêcher ainsi la réunion par première intention , inconvénient dont il pourrait résulter une cicatrice difforme.

On a aussi trop insisté sur la nécessité de ne pas ouvrir le kyste avant qu'il soit entièrement dénudé : je crois qu'il faut faire le contraire dans beaucoup de circonstances. En évacuant la matière contenue dans le sac , on se fait de la place et on le dissèque plus facilement; on évite de le déchirer si on a besoin de le saisir avec des pinces à anneaux (et non avec des pinces à disséquer). Lorsque l'on a terminé l'opération , surtout lorsqu'on a procédé par la face interne des paupières , il est facile de cautériser avec un peu de nitrate d'argent fondu les fragmens de kyste que l'on n'aurait pu extraire, ce qui est infiniment rare.

Lorsqu'il est impossible d'extirper la tumeur par la face

nterne des paupières , force est alors d'y procéder par la partie externe. Depuis quelques années, j'ai pour habitude de passer sous la paupière la petite plaque de corne employée par le professeur Jseger (1) pour la résection du bord libre des paupières. Par ce moyen, l'œil est complètement couvert, circonstance d'un grand intérêt, puisque j'ai vu des chirurgiens d'un grand mérite traverser les paupières en pratiquant l'extirpation de ces tumeurs. Il faut avoir soin de se servir de petits scalpels faits exprès , et souvent, du couteau flexible de Leber.

Le tissu des paupières étant abondamment pourvu de vaisseaux sanguins, l'opérateur est toujours gêné par le sang qui surgit en grande quantité au devant de l'instrument. L'on a proposé , pour obvier à cet inconvénient, de faire arriver un courant d'eau froide sur les parties divisées , afin de déterger le sang qui exsude de la solution de continuité. M. Lisfranc recommande de faire comprimer la paupière sur divers points, avec les doigts des aides. On arrive plus facilement au même but en plaçant sur la paupière , quand on procède par l'extérieur , le spéculum de Lusardi qui, en produisant une compression convenable, laisse un champ libre à l'opérateur.

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Il est des tumeurs , siégeant sur les paupières , qui peuvent acquérir un plus ou moins grand développement sans causes appréciables; ces tumeurs, après avoir été mobiles dans leur début et presque fluctuantes , deviennent tout à coup résistantes, immobiles, douloureuses, d'indolentes qu elles étaient : cet état d'exaltatioa dans le volume et dans la vie de la tumeur peut se suspendre tout à coup, et

(1) Gazette médicale , 1833 , p, 129 et suiv.

celle-ci redescendre au volume qu'elle avait avant cette transformation. Ces tumeurs restent fort long-temps insensibles aux médications dirigées contre elles; d'autres fois elles cèdent rapidement aux moyens employés pour les combattre, disparaissent en apparence pour surgir de nouveau quelques semaiaes ou quelques mois après sans cause connue. Je me suis convaincu par l'extirpation qu'elles n'étaient pas de nature mélicérique, stéatomaleuse ou athéromateuse ; mais l'extirpation en ayant altéré les formes et bien souvent les tissus , je me suis demandé bien long-temps dans quelles classes de tumeurs on devait les ranger, il est probable que j'eusse cherché inutilement la solution de cette question. Mais M. Lisfranc, ayant été à même de disséquer un grand nombre de ces tumeurs, reconnut qu'elles étaient formées par un tissu cellulaire hypertrophié garni d'une grande quantité de vaisseaux sanguins. Les idées de ce professeur furent arrêtées sur le traitement de cette espèce de tumeur; il fut convaincu que l'on ne devait recourir à l'extirpation que lorsqu'on aurait échoué dans les autres moyens de résolution» Pour faire disparaître ces tumeurs , M. Lisfranc conseille de cautériser à plusieurs reprises la muqueuse avec un petit cylindre de pierre infernale taillée en forme de crayon. Cette médication du reste, n'appartient pas à M. Lisfranc, ainsi que je le croyais lorsque j'ai publié ses opinions sur ce genre de tumeurs (1). Feu M. le professeur Dubois me déclara avoir employé cette médication toute sa vie en me renvoyant à une publication qui datait de trois ans avant la mienne.

Ce moyen suffit, dans presque tous les cas, pour faire disparaître la tumeur, et l'on soustrait ainsi les malades aux douleurs et aux autres inconvéniens de l'extirpation.

Quand ces petites tumeurs de tissu cellulaire hypertrophié ou dégénéré ont un petit canal qui va s'ouvrir dans

(1) Traduction de Lawrence. Paris , 1830 , p« 2S4,

la conjonctive, non loin du cartilage tarse; j'ai employé souvent avec beaucoup de succès, la méthode suivante : Il faut avoir à sa disposition un petit stylet canelé, très-fin, en or ou en platine. On charge ce petit instrument avec du nitrate d'argent fondu, en suivant le procédé indiqué pour assurer les porte-caustiques destinés à cautériser le canal de l'urètre. Ce stylet ainsi chargé est introduit dans le trajet fistuleux qui se rend dans la tumeur, on l'y laisse séjourner une minute environ en le faisant tourner en plusiers sens -, le caustique se dissout, pénètre daus la tumeur, après quoi Ton retire la sonde et Ton absterge la paupière avec de l'eau froide pour enlever le caustique inutile ; on peut aussi, comme le recommandait M. Dubois, placer entre la paupière et le globe un morceau de linge fin, enduit de cérat, pour préserver celui-ci de l'action du caustique surnuméraire.

Celte petite opération produit les mêmes résultats que dans la cautérisation du canal de l'urètre ; il se manifeste dans la tumeur une inflammation, elle augmente de volume, puis fournit une sécrétion purulente , charriant des eschares, et qui ne tarde pas à faire fondre entièrement les tissus hypertrophiés. Il n'est pas rare de voir une seule application de nitrate d'argent faire disparaître la tumeur; mais dans d'autres cas il faut y recourir plusieurs fois, ainsi que l'on peut s'en convaincre, en lisant la troisième des observations suivantes, qui relatent chacune une guérion.

Quand la cautérisation échoue à son tour, il faut recourir à l'extirpation. Cette petite opération se pratique avec des ciseaux courbes sur leur plat, et des petites pinces à brigues ; Lawrence et Béclard (1) n'employèrent pas d'autres moyens. y

Les trois observations qui vont suivre., relatent trois guérisons obtenues par les divers procédés que je viens d'indiquer.

(l) Lawrence , traduction citée ; p, 2S6,

lrc OBSERVATION.

Tumeur sous-muqueuse de la paupière ayant un trajet fistuleux ; cautérisation avec un stylet cannelé chargé de nitrate d'argent ; guérison.

Madame H...., anglaise , âgée de trente-six ans, irrégulièrement menstruée , sujette aux orgeolets , portait depuis quelques années une tumeur sous-conjonctivienne , recouverte par un petit mamelon frangé , au centre duquel Ton observait une petite ouverture assez semblable à un point lacrymal, mais un peu plus large.

Cette dame avait été traitée en Angleterre par MM. Lawrence et Alexandre , la tumeur avait résisté à plusieurs médications assez énergiques, même à la pommade de Guthrie. Fatiguée de sa résistance , elle se décida à la faire extirper et réclama mes soins à cet effet. A peine eu-je examiné cette tumeur, que je pris l'engagement de la faire disparaître au moyen d'une ou deux petites cautérisations, en profitant de l'ouverture pour introduire dans le centre de la tumeur un petit stylet de platine cannelé et armé de nitrate d'argent fondu. L'on accepta avec un vif empressement ce moyen , et deux applications de caustiques furent suffisantes pour faire disparaître complètement cette petite tumeur qui , par sa présence , contrariait singulièrement madame H.... La guérison a été radicale. Je rencontre souvent ma cliente, et elle s'estime fort heureuse d'avoir évité une opération assez douloureuse.

2e OBSERVATION.

Tumeur indolente sous-muqueuse de la paupière , soulevant la conjonctive ; inutilité des moyens résolutifs ; extirpation \ guérison.

Madame Adèle P...., demeurant à Paris ,' rue de Richelieu , n° 90 , portait depuis quelques années une tumeur dans la paupière inférieure de l'œil gauche ; cette tumeur,

complètement indolente , prenait depuis long-temps du volume , en soulevant la muqueuse occasionait à la conjonctive oculaire une irritation incessante. M. le docteur Fiévée mit en usage une foule de moyens résolutifs, pour faire disparaître cette tumeur, mais sans aucuns résultats, lime pria alors de voir la malade et de lui donner mon avis. Je reconnus immédiatement une des tumeurs que je viens de décrire , et j'en proposai l'extirpation comme le moyen le plus convenable d'en débarrasser complètement madame P.... Cette opération Fut pratiquée le lendemain, en présence de M. le docteur Fiévée et de M. Bergue ; je saisis la tumeur avec une pince à érigne , et avec un petit scalpel, j'incisai tout autour la muqueuse, puis d'un seul coup de ciseaux j'en fis l'ablation complète.

Celte tumeur, examinée avec soin , n'était autre chose qu'un morceau de tissu cellulaire bypei throphié , gros comme un grain de café , divisé en plusieurs cellules formées de tissu fibreux, et abondamment pourvues de vaisseaux sanguins. Cette opération peu douloureuse, rapidement exécutée, ne fut suivie d'aucune réaction fiévreuse , et la guérison complète ne se fit point attendre.

3e OBSERVATION.

Tumeur sous-conjoRCtivienne fort dure avec infundibulum central ; plusieurs cautérisations ^ guérison.

M. de B...., sous-lieutenant de dragons à l'école de Saumur, portait depuis long-temps à la paupière supérieure droite une tumeur, que le chirurgien de son régiment avait considérée comme de nature cystique , et contre laquelle il avait employé inutilement un grand nombre de résolutifs : ii se proposait d'en faire l'extirpation, lorsqu'il rencontra un émigré espagnol , dont j'avais guéri la fille par la cautérisation, et qui l'engagea à tenter ce moyen. En renversant ia paupière par le procédé que j:ai indiqué

plus haut, je reconnus une tumeur ~sous-conjonctivienne,4 au centre de laquelle je trouvai un pe*,it infundibulum qui pénétrait fort avant dans le tissu induré. Mais , avec un stylet de Mejean, je reconnus qu'il n'y avait aucun décollement ni trajet fisluleux. Je mis en usage la cautérisation avec le nitrate d'argent fondu ; mais le volume d^ la tumeur me força à y recourir à plusieurs reprises : ce ne fut qu'à la cinquième ou sixième application du caustique que je pus détruire entièrement la tumeur. Le traitement dura plusieurs semaines.

TUMEURS TAELSIE2STNES ET FHLTCTÈEHES DES

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