TARSES
Il se développe encore aux paupières de petites tumeurs qui ont leur siège dans le cartilage tarse , que l'on nomme pour cette raison tumeur tarsienne ( Tarsal tumôuts des Anglais). Ces tumeurs forment à la surface du cartilage tarse de petites élévations arrondies, blanches nacrées, quelquefois rouges et formées par une hypertrophie ou une expansion des principes constituant le cartilage tarse. Elles varient de grosseur; mais elles n'excèdent jamais le volume d'un pois ordinaire , rarement elles sont douloureuses; leur plus grand inconvénient consiste à gêner considérablement le mouvement des paupières , et lorsqu'elles acquièrent un certain volume à l'intérieur, elles tendent à les renverser en dehors. Par leur présence elles amincissent le cartilage tarse ;. et quand on les extirpe, elles laissent un sillon qui entraîne toujours une certaine difformité. Cette tumeur est presque toujours pleine , et lorsqu'elle forme un kyste, celui-ci est presque toujours rempli par un fluide gélatineux analogue à la synovie. Tous les traitemens résolutifs échouent contre elle , il faut alors se décider à les enlever. Cette opération n'est pas facile ; elle est accompagnée d'une douleur assez vive \ et
pour peu que la tumeur soit grosse, l'on produit sur le tarse des mutilations désagréables. Il est plus sur de les détruire par le caustique, employé comme pour l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux ; une petite ponction centrale et l'introduction d'un peu de nitrate d'argent suffisent pour les faire suppurer en entier. Si la tumeur est fibreuse , on la traverse avec un fil de soie imbibé de teinture de cantharides. Ce moyen est sans danger et produit presque toujours une guérison radicale. Enfin, s'il devient indispensable d'extraire la tumeur, on y procédera comme pour une tumeur cystique, avec la précaution de l'attaquer par la surface interne de la paupière.
On rencontre assez souvent sur le cartilage tarse , chez des personnes un peu âgées , une tumeur transparente gris de perle fort dure, à base large, formée par une couche mince du cartilage qui contient un liquide transparant. Cette tumeur n'est que désagréable ; c'est une phlyctène du tarse ou une hydropisie partielle, que l'on pourrait nommer également hydro-tarsis, pour la distinguer des autres phlyctènes qui surgissent en différens points de la paupière et dont elles diffèrent essentiellement. On en débarrasse le malade en les incisant avec la pointe d'une lancette, et en cautérisant légèrement l'intérieur de la poche, pour la flétrir complètement et empêcher qu'elle ne se remplisse de nouveau , ce qui se voit souvent , comme on peut s'en convaincre, dans l'observation suivante.
' OBSERVATION
Hydrotarsis de la paupière inférieure ; trois ponctions successives ; retour de la maladie ; cautérisation ; guérison.
Madame Bruzzee , femme d'un maître de musique de Bourg , portait depuis quelques années une tumeur phiycténoïde , située dans le centre du cartilage tarse de l'œil droit. Lorsque je la vis , elle offrait le volume d'un gros pois ; elle ressemblait à une perle par sa couleur et sa ré-
sistance ; à plusieurs reprises on avait évacué le liquide ? mais la tumeur s'était bientôt remplie : après chaque ponction elle avait doublé de volume , je proposai alors l'incision et la cautérisation. Celte opération aussi simple que facile débarrassa madame Bruzzee de cette légère difformité.