‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 91 sur 122 · HYDATIDE DE LA GLANDE LACRYMALE · texte numérisé non relu

HYDATIDE DE LA GLANDE LACRYMALE

C'est encore Schmidt qui a le premier décrit cette maladie : selon lui, c'est une vésicule qui se forme dans le parenchyme de la glande lacrymale, et qui se remplit de larmes; elle se forme sans douleur.1

Il arrive, mais rarement, que des malades se plaignent de douleurs obtuses dans la profondeur de l'orbite. Les mouvemens de l'œil sont désagréables et douloureux surtout vers les tempes. La douleur prend un accroissement successif et s'étend jusqu'au milieu de la tête du côté affecté. L'œil est tourmenté par son état de cécité. Il est chassé hors de l'orbite, de telle sorte que la cornée est terminée vers le nez, l'œil conserve au début la faculté de voir, mais il y a depsopie ainsi que des évolutions de lumières à l'intérieur; la vue diminue, elle finit par se perdre tout-à-fait, et l'œil présente l'aspect de celui d'un moribond. Les paupières ne peuvent plus recouvrir l'œil lorsqu'il est tout à fait chassé de son orbite, alors dans l'angle externe on peut apercevoir une tumeur assez dure , entre la marge de la paupière supérieure et le bulbe. Outre ces symptômes, l'appétit devient nul , il y a insomnie et une grande débilité des forces. Lorsque le mal est parvenu à un tel point, le sommeil arrive et en peu de temps produit une apoplexie et la mort.

S'il survient une inflammation du bulbe, une fois qu'il est sorti de l'orbite, il y a pour le malade exaspération de souffrances ; elles deviennent atroces et se répandent dans la tête. Les membranes du bulbe rougissent, se gonflent, et l'organe en entier est chassé hors de l'orbite. La cornée suppure peu à peu, il se forme un amas de pus dans les chambres, la cornée se rompt bientôt avec de grandes douleurs et il s'en écoule un pus ichoreuxmèlé de sang. Après cela, la cornée ainsi que l'iris, se froncent et se rident; mais le reste du bulbe n'éprouve pas de diminution. Il reste hoi s"

de l'orbite sous l'aspect d'une masse charnue informe. Le péricrâne, du côté affecté , s'enflamme , la parotide du même côté, se tuméfiant fréquemment, la faiblesse augmente de jour en jour, une fièvre lente se manifeste et amène la mort.

On ignore absolument la cause de cette maladie. Comment les larmes peuvent-elles être déviées de leur source naturelle et filtrer dans le tissu cellulaire qui environne les bords de la glande, en comprimant le tissu cellulaire voisin, et s'y former une cavité qui leur est propre? Nous ne le savons pas. Il est cependant très-supposable que la formalion de Thydatide de la glande lacrymale a une toute autre cause que celle qui préside à la formation des autres hydalides. En effet, il faut aux autres hydatides un temps assez long pour se former, tandis" que Thydatide de la glande lacrymale se forme très-promptement. Elle atteint souvent son plus haut degré dans l'espace de quatre, cinq sept jours au plus.

Il est rare que l'on parvienne à guérir tout à fait cette maladie, le pronostic en est irès-fàcheux. On parvient souvent à conserver non seulement la vie du malade, mais encore la forme et les fonctions de l'œil, lorsque la cure palliative est obtenue à propos. Lorsque la maladie a atteint son plus haut point d'intensité, que la vue du malade est perdue sans retour, le seul espoir de lui conserver la vie consiste dans l'extirpation de l'œil dégénéré et de Thydatide. Il faut choisir, pour cette opération, le moment où les forces du malade ne sont pas encore épuisées.

La cure palliative de la glande lacrymale consiste dans la ponction de la vésicule hydatidienne. Cette opération se fait au moyen d'une aiguille à fer de lance très-étroite, ou bien avec la pointe d'un trois-quarts, que l'on enfonce profondément^ sous la paupière supérieure, vers l'angle externe de l'œil, jusqu'à ce que la collection des larmes s'écoule ; ensuite on enduit d'onguent fait avec de la lilhargc

«ne mèche de charpie, ou bien on la trempe simplement dans l'eau de Goulard, et on l'introduit dans la blessure jusqu'à ce que les bords de la plaie soient devenus calleux et que Ton soit parvenu à établir une fistule artificielle pour donner aux larmes un écoulement continuel. Quelquefois il arrive que la vésicule entière sort] par la 'plaie. Cette opération a été pratiquée bien souvent par Dupuytren. Il n'y a pas encore long-temps que j'ai vu un malade opéré par lui en état de récidive. Ainsi, 'en travaillant à la cure palliative, il arrive que l'on obtient la cure radicale. Comme la méthode palliative ne produit absolument rien lorsque l'œil est tout-à-fait dégénéré et corrompu, il faut pratiquer l'extirpation de l'œil selon les règles connues.

DE l'ABCÈS S.ACRYMAS. BS LA PAUFISiKE SUPÉ- B.ÎEÎJB.E (DAGRYOPS FALPSBaJE SUPEUIÛSIS SCHMIDT).

Depuis dix-huit ans , je n'ai jamais rencontré cette maladie. Sans le témoignage de Schmidt (1), de Schoen (2) , je serais tenté de la considérer comme une maladie problématique ; selon ces auteurs elle proviendrait d'un écrasement de la paupière supérieure qui aurait rompu un conduit lacrymal dans le tissu cellulaire de la paupière. Celui- S. étant très -lâche, il se laisse facilement distendre', et alors il se forme entre le globe de l'œil et la paupière une tumeur grosse comme un haricot , et qui offre une fluctuation évidente. On dit que cet abcès augmente en raison de l'écoulement des larmes. Schmidt conseille le traitement suivant : renverser la paupière pour ouvrir le sac anormal dont on doit enlever une partie en même temps qu'un lambeau de la conjonctive. Selon Béer, il faut, après cette extirpation partielle, placer un fil de scie en forme de

(!) Schmidt, ouvrage cité.

(2) Schocn , Analomic pathologique de Vœil, Hambourg, 1829, n. 60 I. " 34

séton , afin d'entretenir pendant quelque temps une suppuration adhésive. Dans ses cours, le professeur Chelius déclarait que , si jamais il rencontrait cette maladie qu'il n'avait jamais vue , il lui opposerait le même traitement que pour les fistules salivaires.

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