MAUX
Les points lacrymaux peuvent être atteints de différentes affections parmi lesquelles il faut placer en première ligne , leur absence congéniale , leur occlusion ou atrésje accidentelle, leur atonie, leur paralysie et leurs blessures. L'absence congéniale des points lacrymaux est loin d'être rare ; non seulement je l'ai déjà rencontrée plusieurs fois , mais encore on en trouve de nombreux exemples dans les auteurs Seiler et Schoen (1).
J'en ai observé des cas fort remarquables, tantôt les mamelons lacrymaux manquent en entier, tantôt leur hiatus est simplement obstrué par une pellicule qui les recouvre. Lorsque la maladie est accidentelle , elle est presque toujours le résultat d'une ophthalmie chronique, d'une brûlure
(1) Schoen , ouvrage cité, p. 63 et suiv.
ou d'une affection variolique. Quelle que- soit la cause de l'atrésïe des points lacrymaux , lorsqu'elle est complète , elle entraîne presque toujours l'écoulement des larmes sur la joue (stillicidium).
Cette maladie n'est que désagréable , mais elle l'est suffisamment pour faire désirer à ceux qui en sont atteints de s'en débarrasser. Lorsqu'il n'existe aucune trace de mamelon, la maladie est au dessus de toute ressource chirurgicale. Si les mamelons existent , on peut au moyen de quelques cautérisations successives avec le nitrate d'argent amincir la conjonctive qui les recouvre, au point de pouvoir apercevoir l'hiatus recouvert par^un épithélium mince et transparent, que l'on perfore avec un stylet de Méjean pointu, que l'on remplace ensuite par un stylet mousse laissé à demeure pendant vingt-quatre heures. Il faut suivre la même conduite pour les atrésies accidentelles*
L'oblitération des conduits lacrymaux peut être produite par l'introduction de corps étrangers, par l'adhésion de leurs parois ou par des cicatrices vicieuses. La présence de corps étrangers est moins rare qu'on ne le croit. Anel et Méjean en citent des cas fort remarquables ; tantôt c'est une mucosité épaissie , tantôt une particule métallique , d'autres fois un fragment d'épi de blé , ainsi que je l'ai vu, ou bien c'est un cheveu, ainsi que le rapporte Demours dans une communication faite à la Société de médecine de Paris : la personne était atteinte d'écoulemens continuels de larmes, M. Demours (1) examina avec! une loupe le point lacrymal, il vit un cheveu qui surgissait de son ouverture , il le saisit avec une pince et le tira au dehors ; il avait plusieurs pouces de long. Lorsque l'on a le soupçon de la présence d'un corps étranger, il faut procéder à sa recherche au moyen du cathétérisme. On pratique celui-ci en introduisant un stylet dans le point lacrymal. Pour pra-
(1) Demours ? Journal général de la société de médecine de Paris,
tiquer convenablement cette opération, il faut agir avec précision et promptitude : les hésitations , les tatonnemens irritent le point lacrymal, il se contracte, et il devient alors assez difficile d'y parvenir. Une fois qu'on est arrivé, il suffît de pousser l'instrument horizontalement si c'est à la paupière inférieure , et obliquement de dedans en dehors si c'est à la supérieure (1). Lorsque Ton rencontre un rétrécissement , il faut laisser la sonde quelques heures en place ; sa présence suffit pour vaincre peu à peu un obstacle qu'il eût été imprudent de vouloir franchir par un cathétérisme forcé. Et afin de pouvoir obtenir une guérison radicale, l'on place quelques jours, pendant une heure ou deux, dans le trajet, un petit clou métallique ou une soie de sanglier. Je suis parvenu à guérir ainsi des oblitérations que, de prime abord j'avais jugées incurables.
L'atonie et la paralysie des points lacrymaux se rencontrent ordinairement chez les vieillards ou bien chez les jeunes gens qui ont eu fréquemment des affections iuflammatoires des paupières qui ont amené des altérations dans le tissu conjonctivien environnant. Cet état maladif empêche les points lacrymaux de fonctionner et de pomper les larmes. Dans quelques circonstances cette atonie est due à ce que l'on a surdilaté ces conduits , soit par le clou métallique ,>oit par un séton employé selon le procédé de Méjean. M. Stoeber t(2) reconnaît aussi pour cause la paralysie des muscles de la face ; ce que je n'ai jamais rencontré en même temps.
Dans les cas dont nous venons de parler, les mamelons lacrymaux perdent leur forme conique; ils s'affaissent et leur ouverture devient béante. On combat cette maladie par des moyens stimuians , locaux et généraux ; ce sont
(1) C'est l'illustre Van.helmont qui le premier a employé les sondes flexibles pour cathétèriser les points lacrymaux. Brocckx , Histoire de la médecine belge , depuis Vesale jusqu'en 1799. P. 175, ;
(2) Stœber , ouvrage cité , p. 27.
des frictions éthérées , des fumigations aromatiques, des lotions avec l'eau vulnéraire ou celle de la reine de Hongrie.
Les médecins anglais vantent les collyres de sulfate de cadmium. M. Behre d'Àltona a obtenu de très-bons résultats de frictions faites sur la conjonctive avec le laudanum de Sydenham. Dans les cas rebelles, il faut avoir recours aux frictions avec la teinture de cantharides , pratiquées tout autour de l'œil. Le professeur Béer de Vienne conseillait même de placer un cautère à l'angle de la mâchoire inférieure (I). Souvent tous ces moyens échouent, et il reste un écoulement incurable.
BLESSURES ©ES CAHAÏÏS lâCRYMAUS.
Les canaux lacrymaux sont souvent divisés par des corps vulnérans. Plus souvent encore le chirurgien ne peut les éviter en pratiquant des opérations sur les paupières et au grand angle de l'œil. Toutes les fois que la blessure du conduit lacrymal est franche et nette , l'on peut espérer d'en obtenir la réunion par première intention, en ayant la précaution d'introduire dans les deux points de la solution de continuité une petite sonde métallique, qu'on laisse en place pendant vingt-quatre à trente-six heures, et l'on rapproche les ouvertures béantes par deux points de suture faits avec des fils très-fins , exactement comme dans les plaies du canal de l'urètre.
Souvent la destruction des canaux lacrymaux produit un emphysème palpébral , que l'on évacue par de petites moucheture , et dont on empêche la nouvelle fw mation par une compression méthodique.
(1) Journal d'Àmmon , tom. III.