MALADIES 3DU SAC 1ACEYMAL ET DU CANAL NASAL
Les maladies du sac lacrymal etldu canal du même nom sont , sans contredit , les plus importantes de toutes celles qui attaquent ces parties. Elles sont excessivement complexes et méritent un soin tout particulier. Ce sont l'inflammation du sac lacrymal, son abcès et sa fistule, son hydropisie , son atonie et sa destruction ; enfin l'obstruction du canal nasal dans les différens points de son trajet.
INFLAMMATION ©U SAC LACRYMAL ( inflammatxo
SAÇGI LAGRYIfflAMS), 3SACB.1TOCYSTITIS (SEÏÏTH, BEHER, MARTINI).
L'inflammation du sac lacrymal est une maladie excessivement fréquente et que Ton doit étudier avec un soin extrême, non à cause de sa gravité, mais parce qu'elle doit être considérée comme la cause originelle et fondamentale de toutes les différentes maladies de l'organe lacrymal dont nous avons parlé plus haut et qui ne sont à dire vrai que des modifications symptomatiques de cette inflammation.
La dacryocystite est rarement primitive ; elle est presque toujours le symptôme d'une autre affection. Elle est trèscommune chez les individus atteints de scrofules , de rhumatismes, de coryza simple ou consécutif; aux fièvres exanthématiques.
Elle est très-commune à la suite des ép\d'miesde grippe ou d'angine. Enfin elle peut être le résultat de violences extérieures. La maladie tantôt se développe d" lô manière franche et rapide , tantôt suit une marche lente et insidieuse. L'inflammation du sac lacrymal n'er* jamais restreinte à ce sac seulement ; la membrane muqueuse du nez et de la conjonctive sont aussi toujours affectées.
Quand la maladie est franche et aiguë, elle présente les symptômes suivans : le malade éprouve une douleur, d'abord légère , puis forte et lancinante vers l'angle interne de l'œil, puis il se manifeste une tumeur circonscrite, grosse comme un grain de café ou comme un haricot. La conjonctive devient rouge, les paupières s'enflamment surtout l'inférieure; la membrane pituitaire est desséchée comme dans le rhume; les points lacrymaux sont contractés et ne font point leurs fonctions. Dès que la maladie augmente , tout le grand angle de l'œil prend une forme érysipélateuse. La tumeur circonstrite du sac disparaît dans l'œdème général. Tous ces symptômes s'accompagnent de frissons , de fièvre, d'un malaise général très-prononcé. Malgré toute l'accuité de ces symptômes, la suppuration n'est point encore formée et il n'est pas rare de voir une dacryocystite arrivée à ce point se résoudre complètement.
Mais le plus souvent il n'y a qu'une diminution dans les symptômes, et la maladie passe à l'état chronique. La persistance de l'inflammation amène inévitablement la suppuration, celle-ci s'annonce par une diminution dans la douleur, par la teinte rouge vineux que prend la peau , enfin par des douleurs lancinantes ou puîsatives qui sej manifestent dans la région du sac. Dans ce cas, les glandes de Méibomius les plus rapprochées de la caroncule sécrètent une plus grande quantité de mucus. L'inflammation érysipélateuse des paupières s'apaise, onv voit apparaître au centre de la tumeur un point jaunâtre, puis la peau s'amincit peu à peu,4, l'abcès finit par crever J et il s'échappe par son ouverture unpus'épais mêlé à des larmes. Cette perforation du sac lacrymal constituera maladie^connue sous îe nom de fistule du sac lacrymal dont nous nous occuperons plus tard. . ,i -
Lorsque la maladie revêt une marche lente et insidieuse , ce que l'on rencontre chez les individus" scrofuleux cacochymes, sujets au coryza et aux otorrhées ; la maladie corn-
mence par une sécheresse insolite de la narine , les yeux sont collés le malin , les paupières douloureuses , rouges et impressionnables à l'air du matin ; les larmes , pour peu qu'elles soient en abondance, se répandent sur la joue. Le sac devient le siège d'une douleur obscure ; peu à peu elle augmente , les larmes ne passent plus par les conduits lacrymaux , le sac s'enflamme , la peau rougit , et il se manifeste un abcès comme dans le cas précédent. Celte marche est si commune dans l'inflammation du sac lacrymal chez les scrofuleux , que l'on pourrait même la nommer dacryocistite scrofuleuse.
Que sa marche soif aiguë et rapide, lente ou obscure, elle peut facilement passer à l'état chronique , alors il ne se forme pas d'abcès , le sac reste un peu volumineux , distendu ; quand on presse sur lui ont fait refluer, par les points lacrymaux , et souvent par le canal nazal une mucosité blanche , épaisse , mêlée aux larmes. Cette maladie prend alors le nom de dacryocystite chronique , dont nous allons parler.
L'inflammation aiguë du sac lacrymal est une maladie peu grave , quand on obtient sa résolution- complète , ou lorsque après avoir évacué le pus, l'ouverture ne reste point fistuleuse; malheureusement comme nous l'avons dit plus haut , cette inflammation est la cause efficiente et génératrice de toutes les affections des organes lacrymaux sous-palpebraux. Ainsi la plaie peut rester fistuleuse (fistule du sac lacrymal) ; le sac conserver une inflammation chronique et hypertrophique (hydropisie et tumeur lacrymale), enfin le canal nasal s'obstruer (sténochorie du sac).
On ne saurait donc trop insister sur un traitement convenable , beaucoup plus énergique que l'on ne le fait ordinairement. Une expérience de dix-huit années m'a prouvé que c'étaient les demi - moyens , la médecine expectante qui causaient les suppurations, ou les affections chroniques du sac. Ainsi quand le malade est fort et vigoureux ,
il faut pratiquer une saignée au bras, placer dans les narines quelques sangsues , ou scarifier profondément pour obtenir une évacuation sanguine abondante. On fait sur la tumeur commençante des applications réfrigérantes , légèrement résolutives; mais il faut les suspendre dès l'instant où l'on voit la maladie marcher. Depuis quelques années , dès l'instant que la peau commence à devenir rouge et sensible , je pratique sur tout le grand angle de l'œil des onctions avec un demi-gros d'onguent napolitain, rendu un peu épais par l'addition de beurre de cacao fondu. Je renouvelle les onctions deux , trois , quatre fois dans la journée. Mon père employait avec succès des compresses trempées dans une solution aqueuse concentrée de tartre stibié. A ces moyens il faut associer une diète sévère, des boissons délayantes et des purgatifs salins. Lorsque la suppuration ne peut pas être arrêtée , il faut la provoquer par des applications émollientes. Quand elle est sensible au toucher, il faut l'évacuer. Contrairement aux idées reçues, je ne conseille point d'inciser profondément; car souvent le pus est déjà répandu entre le sac et les tissus cutanés, ce que l'on nomme fistule interne ou incomplète, du sac; la simple incision de la peau dans le point le plus déclive suffit, et dans un grand nombre de circonstances l'on évite une fistule du sac que son incision rend presque toujours complète ; en ouvrant la peau , la suppuration se vide , le sac s'affaisse sur lui-même , l'inflammation ayant diminué, il se cicatrise et le malade guérit. Parmi un grand nombre de faits que je possède Je me borne à rapporter le suivant :
OBSERVATION
Dacryocystile aiguë ; suppuration ; ouverture de l'abcès externe i
guérison.
A. M., femme de confiance, chez madame la baronne du Rocheret , rue Montholon , 7, âgée de cinquante ans environ , fut prise à la suite de la première épidémie de grippe , d'une inflammation du sac lacrymal droit , qui produisit très-rapidement un abcès volumineux au grand angle ; telle était sa position quand je la vis la première fois. Je lui fis sentir la nécessité d'évacuer promptement le pus qui était répandu sous la peau. J'incisai celle-ci dans le point le plus déclive , et donnai issue à une grande quantité de pus très-épais ; les dernières gouttes furent seulement mélangées de quelques larmes. Je m'attendais malgré cela à avoir une fistule complète ; pas du tout. Le sac s'affaissa et revint sur lui-même ; à dater du troisième jour il ne passa plus de larmes par l'ouverture de la peau ; et la malade est guérie.