‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeuxChapitre 19 sur 40 · MEMENTO · texte numérisé non relu

MEMENTO

THÉR\PEUTiguE ET PHARMACEUTIQUE.

DE LA POSE DE t'oElL AKTIFICIEL OU PROTHESE OCCLAIftE.

Tout ce qui concerne la fabrîcalion de l'œil artificiel D'étant pas de ma compétence , je le passerai sous silence.

Paris conserve encore le monopole de celte fabrication ; car les émaux faits à Venise, en Allemagne » en Angleterre^ ne peuvent pas être rais en parallèle avec ceux qui sortent des mains de MM. Boissoneau, Miraud, Desjardin, ou de Noël. C'est donc à Paris que s'adressent, de tous les pays du monde, ceux: qui veulent jouir dans toute leur étendue des bénéfices de l.i prothèse oculaire. Voici les précautions nécessaires pour pouvoir, malgré Téloignement , se procurer des pièces artificielles. Il est très-difficile de trouver dans les collections d'jeux artificiels de pacotille, ou tout faits, des pièces qui puissent assorlir parfaitement l'œil sain ; mais ces pièces ofifrent le précieux avantage de pouvoir être essayées, et de fournir à l'artiste un modèle exact pour la forme de l'œil h confectionner c ea joignant à cette pièce une peinture exacte do la couleur d« l'œil, on est sûr de la réussite : cette peinture, autant qn* possible, doit être faite sur ivoire, en miniature, ou bien aquarellée avec beaucoup de soin : j*ai essayé à plusieurs reprises de faire peindre sur verre, et l'essai a été assez heureux: pour m'engagera y revenir : on aura soin d'indiquer si l'œil doit s'adapter à gauche ou à droite ; enfin , il faut prévenir l'artiste si le modèle envayé n'occasione pas un peu de strabisme; dans ce cas , indiquer avec un trait de plume ou de lime fine , le point central de correspondance avec l'œil sain , regardant ù l'tiorizon.

Si Ton n'a pas la facilité d'essayer des émaux tout faits, il faut faire confectionner de petiles cuvettes ea plomb Lien fin et en lames très-minces. Ces cuvettes se fabriqueut très facilement , et on peut alors envoyer à l'ouvrier une forme certaine ; puis avec un compas , on figure le centre pupillaire et le pourtour jridien. Celte pièce ainsi confectionnée, accompagnée d'une peinture bien exacte , peut mettre à même l'ouvrier de remplir sa commande.

Voici un moyen que j'ai essayé deux fois avec succès ; il consiste à prendre une once environ de la matière plastique composée selon la formule de Straffort : on la fait fondre au bain-marie , puis , quand elle est fondue , on la laisse refroidir peu à peu jusqu'au moment où elle est prête a se coaguler ; dans cet instant on fait coucher le patient sur une table en maintenant la léte sur un plan uniforme; on saisit chaque paupière par les cils et ou verse dans leur anfractuositë la matière plastique ; aussitôt elle se coagule , et en y implantant une tête d'épingle ou un petit crochet mousse, oa retire l'empreinte fidèle que doit avoir l'œil. Ce moyen m'a été suggéré par les expériences que j'ai faites d'après Straffort, en coulant de la matière plastique dans les ulcères profonds, pour en obtenir la cicatrisation : ce moulage, du reste, n'occasionc aucune douleur ; car le malade croit qu'on lui instille de l'eau tiède entre les paupières.

Il arrive bien souvent que les malades ne veulent pas se dessaisir du seul œil qu'ils aient de disponible; dans ce cas, il faut en faire confectionner un petit modèle sa ivoire , en cire ou en corne : on pourrait aussi en tirer une empreinte en plâtre, ainsi que le conseille M. Hazard Mirault.

Dans la plupart des cas , l'on est appelé à poser un œil artificiel sur un moignon qui s'est formé naturellement, par les évacuations des humeurs de l'œil au travers d'une solution de continuité, suite d'une ulcération ou d'une ponction : alors il n'y a aucune opération consécutive à pratiquer. C'est cependant la crainte d'une opération qui empêche un grand nombre de personnes, de profiter des avantages de la prothèse oculaire. IVlais si l'on a affaire à un slaphylôme de l'iris ou h des altérations désignées sous le nom générique ^hy percer aloses congé-

nîales ou accidentelles , il faul alors recourir à une opération , soit d'évacuation, soit de résection , ainsi que nous l'avons indiqué plus haut.

Voici comment on doit s'y prendre pour placer Tœil artificiel ; nous empruntons cette d«scrîption à l'ouvrage de M. Mirault, dont l'expérience sur ce point est reconnue par tout le monde. L'inspection de l'intérieur de l'orbite et des paupières ayant convaincu de la possibilité d'y introduire l'œil artificiel, c'est-à-dire la cavité orbitaire n'étant pas remplie par un globe aussi saillant que l'œil naturel, ce globe n'étant plus le siège d'aucune maladie , et enfin la cicatrisation étant bien terminée , l'oculiste saisit l'œil d'émail avec le pouce et l'index de la main droite ; il le trempe dans un verre d'eau , relève avec le pouce gauche la paupière supérieure, et glisse sous cette paupière ainsi relevée la partie la plus bombée de l'œil artificiel ; quand elle y est introduite , il la dirige un peu vers le petit angle ou l'angle externe, laisse alors descendre la paupière supérieure, abaisse vivement avec le doigt médius la paupière inférieure qui se trouve encore cachée sous la plus faible partie de l'œil artificiel , toujours soutenu par les doigts de la main droite , dont le pouce appuie légèrement , et l'œil est introduit*

Il faut moins de temps pour exécuter cette petite manœuvre que pour la décrire. Le malade acquieft lui-même dans peu de temps une grande habitudedece manuel opératoire. Mais il est des principes qu'il ne faut jamais perdre de vue, et qui sont:

10 De tenir l'émail bien perpendiculairement entre les doigts, pour l'introduction , la partie la plus bombée en haut et la plus pointue en bas.

a<* De le faire glisser de dessous la paupière inférieure sous la supérieure , relevée ainsi que nous l'avons dit.

3o De n'abandonner cette paupière qu'après y avoir engagé la partie la plus bombée de l'œil artificiel.

4** ^^ ÏÏ6 P''^s la quitter précipitamment.

5o Et enfin d'abaisser au contraire la paupière inférieure avec la plus grande promptitude , le pouce de la main droite appuyant légèrement sur l'œil artificiel.

Quand c'est le malade qui opère , il y a un léger changé-

ment dans la manœuvre, c'est-à-dire que c^est le doigt médius gauche qui doit relever la paupière supérieure , et le médius droit qui exerce une légère pression sur l'œil artificiel au moment oii celui de la main gauche «abaisse la paupière inférieure. Pour extraire Tœil artificiel^ on se sert d'un petit crochet en ivoire ou en argent ; on tient ce petit instrument comme une aiguille à cataracte ou une plume à écrire, en renversant légèrement le dos de la main, qui opère en dt^hors ; puis , en abaissant légèrement la paupière inférieure avec les doigts de la main gauche , il introduit le petit crochet , agit sur le rebord de Tœil en forme de levier, el fait basculer la pièce , qui n'étant plus contenue par la paupière inférieure, tombe dans la main gauche , qu abandonne rapidement la paupière inférieure pour recevoir l'émail.

Chaque fois que l'œil est extrait , il faut le placer dans un petit vase contenant de l'eau fraîche , afin qu'il se débarrasse des mucosités dont il est entouré. S'il est possible , le vase qui contient l'eau doit être tapissé avec un linge fin el mieux encore avec une éponge fine , creuse, dons laquelle on place l'émail pour empêcher le frottement de la pièce contre les parois, ce ^ui le dépolit très-vite.

Il est bon de laver quelquefois la pièce avec une eau légèrement savoneuse, ou mieux encore miellée pour dissoudre les matières animales qui s'agglomèrent sur les rebords de la 4;ornée et que Tcau ne dissout pas.

Lorsque la pièce commence à se dépolir sur la cornée , on peut facilement la mettre à neuf : pour cela , il faut la fixer 5ur un morceau de linge en forme de globe et garni de cire à modeler. Ensuite , avec la paume de la main humectée d'alcoolel de rouge d'Angleterre, l'on repolit en frottant, comme s'il s'agissait d'un bouton métallique.

Aussitôt que l'œil est introduit , il occasione les premières fois une sensation assez désagréable ; la glande lacrymale s'irrite, sécrète une grande quantité de fluide ; les vaisseaux de la conjonctive palpébrale s'injectent, et les paupières se gonflent légèrement. C'est pour cette raison qu'il faut accoutumer graduellement la partie à l'usage de l'œil d'émail , et commencer par quelques minutes 9 puis augmenter peu h peu la durée de

son séjour. De même que le canal de Turétre s'accoutume à la présence de la sonde ; de même aussi les paupières deviennent tout-à-fait insensibles à l'action du corps étranger. Il n'est pas rare de voir les paupières sécréter une grande quantité de mucus ; mais cette bléphopyorrhée se supprime sans aucun traitement en peu de jours.

Quelques personnes ne peuvent jamais s'accoutumer à la présence de l'œil artificiel. Il sera donc important d'en prévenir le malade chaque fois que Ton sera demandé pour vider un œil , afin de recourir à la prothèse.

Quand l'on ne peut la tolérer, quelques chirurgiens conseillent d'abaisser la paupière supérieure et de la maintenir ainsi fixée au moyen d'une légère compression. Par ce moyen , on obtient une chute constante de la paupière, ou blépharop— topsis permanent moins désagréable à la vue qu'une anfractuosité rouge et difforme. M. Cullerier avait préféré ce moyen pour lui-même à la prothèse.

S'il est des prrsonnes qui ne peuvent pas supporter l'œil artificiel, il en est d'autres par contre à qui il est impossible de s'en passer quelques heures sans être en proie à des douleurs dans le moignon, dans le sourcil et dans la tempe; douleurs qui cessent comme par enchantement aussitôt que l'œil est replacé. Les bornes de ce journal ne me permettent pas de m'etendre plus au long sur cette partie. Pour plus amples renseignemens, je renvoie le lecteur aux ouvrages de M. Burrhut (François), Epist de arlif. ocul. in-4°, Bernstein , dans son exposition systématique des appareils , a la dissertation de Manchart^ et surtout au traité pratique de M. Hasard Mirault , auquel , ainsi que je l'ai dit , j'ai emprunté pour cet article et pour mon manuel tout ce qui concerne la partie mécanique de la prothèse.

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