BLESSURES ET FX.AIES DE X.A CORNÉE
Les blessures et les plaies de la cornée sont excessivement fréquentes; les unes sont produites par accidens , les autres sont le résultat de l'art. Les corps vulnérans mis ea mouvement par la poudre à canon ou toute autre puissance motrice viennent souvent frapper la cornée. Les agens chimiques sont aussi une cause fréquente de destruciiou des tissus de la cornée. Une foule de professions exposent à la blessure de la cornée; celles qui y donnent lieu le plus souvent sont les professions de forgeron , de tourneur sur métaux, de coutelier, d'aiguiseur, de tailleur de cristaux, de pierres de fusil, de ceinlreur de ressorts et de bombeur de verre ; les plaies qui ont leur siège sur la cornée peuvent n'intéresser qu une partie de sa superficie, les autres la traverser dans toute son épaisseur. Dans la première catégorie, il faut comprendre les parcelles métalliques qui s'y implantent, les grains de poudre qui s'y logent et s'y dissolvent, en y laissant une coloration particulière entre les agens chimi(|ues divers; dans la seconde catégorie, l'on place les corps pointus, tranchans, contondans avec ou sans perte de substance.
Les parcelles métalliques qui s'introduisent dans la cornée, en s'échappant des fers incandescens, sont encore dans une température telle qu elles cautérisent la partie, et produisent ainsi une cavité où elles se nichent et s'incrustent,
(1) Das coreoncion ^ ein heytrag^ zur hunsflic?!en pitpillcnbildung, Berlin und Leipzig , 4817, s. 86.
de là vient rinutililé du précepte donné par Fabrice d'Aquapendente et renouvelé par Helvétius, qui consiste à présenter à la parcelle un fragment d'aimant. La sertissure qui entoure le corps étranger ne lui permet point de céder à la puissance aimantée, lors même qu'il serait en fer. Malheureusement tous ceux qui forgent des métaux de diverses nature sont exposés à cet accident et la calamité n'a aucune action sur eux. Il vaut mieux se servir d'une aiguille à cataracte courbée en forme de renette et au moyen de laquelle on enlève facilement le corps étranger. Dans les pays où l'on récolte beaucoup de châtaignes, les personnes qui sont sous l'arbre pendant qu'on les abat reçoivent souvent dans la cornée des épines de l'enveloppe et qui y pénètrent profondément : elles sont très -difficiles à extraire, et M. Maunoir, quia eu souvent occasion de recourir à notre opération, propose le moyen suivant: H faut, dit-il, en agir de même pour les grains de poudre. Leur dissolution produit dansla cornée, par imbibition ou absorption, un tatouage indélébile. Rarement les agens chimiques produisent une déperdition de substance sur la cornée ; c'est surtout sur la surface qu'ils agissent en raison de leur décomposition rapide avec les liquides sécrétés par l'œil ; il est donc important de les enlever, en suivant les précautions que nous avons indiquées dans le traitement général des ophihalmies. L'expérience a prouvé l'inutilité, qui plus est, le danger d'une parcelle de fer avec un pinceau d'acide hydro-clilorique étendu afin de dissoudre : celte idée toute germanique n'avait pas même besoin de réfutation.
Reste ensuite à combattre les accidens inflammatoires consécutils. L'eau froide, long-temps continuée, est un des meilleurs et des plus sûrs topiques. Je ne manque pas en même temps de faire pratiquer au bras une large saignée.
Pour les plaies qui traversent la cornée dans son entrée, elles sont quelquefois suivies de l'évacuation de rbumeur aqueuse, et d'autres fois le liquide ne sort en aucune ma-
lïîère. De ce nombre sont toutes les incisions faites à la cornée par les chirurgiens pour extraire un corps étranger, le cristîjllin, évacuer un liquide épanché ou surabondant, ou détacher et exciser Tiris. Les incisions faites par Fart guérissent en général assez facilement, en ce qu'elles sont régulières et qu'elle n'empêchent en aucune manière une perte de substance. Il n'en est pas de même des blessures contondantes avec perîes de substance ; non seulement elles cicatrisent difficilement, mais encore elles occasionent des désordres locaux ou généraux qui compromettent la vision. Toutes les plaies pénétrantes de la cornée peuvent être suivies de ces procidences de Tiris, et celles-ci d'autant plus graves que la plaie de la cornée est moins nette. Dans une plaie uniforme on peut espérer de réduire la procidence de l'fris ( voj-ez ce mot ) par les moyens que nous indiquerons plus loin. Lorsqu'il y a plaie coniuse avec perte de substance , on est presque sûr de voir liris adhérer à la cornée et produire ainsi des désordres, non seulement dans ce rapport de position, mais encore des fonctions. Toutes les fois qu'on a affaire à une plaie uniforme, quelle que soit sa grandeur, il faut toujours chercher à obtenir une réunion par première intention en pansant comme dans l'opération de cataracte par extraction {vofez ce mol) ; on combat ensuite l'inflammation par les moyens que nous avons indiqués plus haut. Lorsque la plaie suppure, il faut, par tous les moyens possibles, hâter la régénération des tissus. Il est quelquefois nécessaire de diriger et modérer la cicatrisation avec de légères cautérisations et des lotions astringentes. Nous exposerons , en parlant du prolapsus de l'iris, les meilleurs moyens de combattre cette affection.
OPHTHAIiMXE IRXENNE , IlffFX.AMMATIOSr X>E L'I- RIS, miTIS (0-
Il est vraiment remarquable qu'au milieu des travaux ophihalmologiques qui ont élé entrepris sous Bartisch (i550), jusqu'à 1798; on trouve à peine quelques mois consacrés à l'inflammation de l'iris, et le premier qui ait sîj^nalé cette affection à l'attention des ophthalmo-patholo- ^stes est sans contredit Schmidt , de Tienne (2). Encore ne la considéra-t-il que comme suite de l'opération de la cataracte ; il lui donna cependant le nom d'iritis.
On atout lieu de s'étonner qu'une affection aussi {^rave et aussi fréquente ait élé si long-temps inobservée : à peine les oplilhalmologisles français en font-il menlion ; on en trouve seulement quelques traces dans une dissertation soutenue en 1814, à la faculté de médecine de Paris, par M. Edwards, de la Jamaïque , aujourd'hui membre de l'institut (3). M. Demours , dans son grand ouvrage , n'en dit presque rien ; c'est donc aux ophihalmolo^jistes allemands et anglais qu'appartient l'honneur d'avoir ob \, serve et décrit avec soin une maladie si grave dans la plupart des cas , et c'est à eux qu'est emprunté en entier l'article Iritis du grand Dictionnaire des sciences médicales de Panckoucke, et signé Guillié. C'est donc une grande conquête pour Tophibalmologie que la connaissance des sympiômes caractéristiques propres à assurer le diagnostic d'une affection qui existe quelquefois seule, sans que
(1) Cet article sur T iritis est extrait du Mémoire couronné par la société de médecine de Paris. ( Voir la préface du tom. I*> pour l'explication d'un incident qui s'est présenté dans ce concours, où nous avons eu pour éumles et compétiteurs des professeurs distingués de l'Allemagne et de l'Italie.)
(2) Uber JSachstaar und Iritis nachstaar fljpera/zowen, Vienne, 1801.
(3) Dissertation sur V inflammation de V Iris et la cataracte noire, par Edwards de la Jamaïque (Didot, Paris, 1815).
les autres parties de l'œil soient attaquées » circonstance déjà entrevue par l'illustre Richter (1), lorsqu'il dit qu'on remarque souvent des iritis très-violens , surtout quatid ils tiennent à une cause spécifique, sans que la conjonctive oculaire et palpébrable paraisse atteinte de la plus légère inflammation.
Béer dans ses premiers travaux (2) fait observer qu'il est des ophthalmies très-graves, sans rougeur appréciable , et qui sont en général de nature rumathismale. Plus tard , quand l'éveil eut été donné par Schmit , Béer étudia avec soin l'irilis , et on lui doit une excellente monographie de celte maladie. La même observation fut faite par Wardrop (3) dans ses recherches sur l'anaiomie pathologique de l'oeil , quand il dit qu'il est probable que la membrane qui tapisse la face antérieure de l'iris peut s'enflammer sans que les autres parties de l'œil participent à cet état pathologique. C'est surtout dans les ophthalmies avec complications vénériennes qu'il est facile de se convaincre de ce que rapporte le célèbre chirurgien anglais. Plus tard , quand il eut attaché à l'iritis l'inflammation de la membrane de l'humeur aqueuse, il fut convaincu de ce qu'il avait avancé comme doute.
Cette quasi-individualité de Tinflammation de l'iris s'explique facilement par sa construction particulière (musculaire), et différente des autres membranes deTœil, ensuite parce qu'il reçoit des artères qui lui sont propres et qui sont distinctes des vaisseaux artériels de l'œil. La richesse du système artériel de l'iris , l'ampleur et la sinuosité des veines ciliaires [vasa vorticosa) rendent aussi raison de la violence de l'inflammation et de la promptitude avec laquelle il se forme des exsudations de la lymphe qui altèrent les formes de l'iris, et entravent ou paralysent ses fonc-
(1) Richter, Anfangsgrunde , Band 3.
(2) Ouvr. cité, t. I, p. 95.
(3) Wardiop, ouvv. i;ité.
tions. Or , comme le travail d'exsudation se lie intimement à celui d'adhésion , on conçoit toute la gravité d'une iritis méconnue, mal traitée ou imparfaitement guérie. A mesure que Ton a mieux étudié les phénomèmes qui caractérisent Tinflammalion de F iris , on s'est aperçu que rien n'était cependant plus rare que de la voir néanmoins indépendante des autres tissus, et en faisant avec soin la symptomatologie de l'œil , on n'a pas lardé à se convaincre que la sclérotique était presque toujours atteinte dans son union avec lia cornée , surtout quand l'inflammation était due à des causes spécifiques.
Ce n'est en général que dans les lésions traumatiques accidentelles ou résultant d'opérations, que l'iris seul est atteint, et encore n'est-ce qu'au début.
Quand la maladie existe seule, c'est en général dans l'état physique du bord libre (pupillaire), que les premiers phénomènes se présentent. Si la maladie fait des progrès , elle s'irradie aux corps ciliaires, à la choroïde et à la sclérotique ; rien n'est plus fréquent que de la voir se communiquer à la face de la capsule antérieure cristalline.
L'irilis, comme toutes les affections oculaires, doit être divisée en plusieurs espèces que nous classerons de la manière suivante :
1<> En iritis simple, idiopalhique, sympathique ou traumatique.
2° En iritis compliquée de la présence de maladies spécifiques, cette dernière catégorie est elle-uiéme susceptible des sous divisions suivantes :
L'iritis rhumastimale ,
— scrofuleuse ,
— scorbutique, syphilitique.
Toutes ces diverses espèces d'iritis ont en général des symptômes et des caractères généraux communs dans l'état primitif, surtout dans la première période d'acuité ; puis elles prennent une physionomie particulière, et sut qc-^
nerls , à mesure que la maladie marche et se développe.' Ainsi presque toutes les inflammations de Tiris sont accompagnées,
1« De la décoloration totale ou partielle de celte cloison mobile. Les iris bleus prennent un ton vert de mer ott brun rouille. Quand Tiris est brun , noir, ou gris très-foncé, la couleur devient rouge d'ocre ou de terre de Sienne ;
2° L'union de la cOrnée à la sclérotique est entourée de petils vaisseaux digiiés formant une zouule qui se dirige vers la cornée dans la même direction que les procès ciliai^ res sur le ciistallin ;
3** Altération des formes du mouvement de la pupille; 4** Sécréiion anormale de produits inflamaiitiore , des lymj)he coagnLible , de sang ou de pus dans la pupille ou dans les diambres;
5° Production insolite de tumeurs et de végétations sur
Viris et sur son rebord ; /
6 Ulcéraiion dans quelques poinis delà circonférence;
7» Adhérence de Tiris à la capsule du cristallin , à la
cornée avec ou sans occlusion de la pupille par adhérence
de ses bords ;
8o Douleurs très-vives lancinantes aux tempes , à Torbite et au front; nocturnes et ostéocopes dans quelques cas, périodiques et intermittentes dans d'autres;
9<» Enfin , altération des fonctions visuelles à divers degrés et cécité complète.
' On tomberait dans une erreur étrange , si l'on pensait que ces symptômes existent tous à la fois. Ils s'observent seulement par groupes assez tranchés, pour que le praticien un peu exercé, les reconnaisse à la première vue.
Dans l'examen exploratif de l'œil (1) , il faut toujours tenir compte de la conformation antérieure de Toeil avant la maladie; car la pupille, dans l'état de santé , peut être ou
(1) Guide pratique pour Vexploration symptomatologique de Vœil et de ses annexes j par Carron duViilards (P.j.
très-dilatée ou très-contractée, circonstances qu'il faut noter avec soin , pour apprécier à leur juste valeur la dila tation ou la contraction pupillaire. Cet examen est d'auiant plus nécessaire, queTiritis peut se développer sur un œil amauroiique, cataracte, giaucomaleux , hydrophlhalmique ou hypérémique. :
Les causes de Firilis simple ou idiopathique, trauma(ique ou sympathique , sont :
lo Les brusques variations atmosphériques, le passage subit d'une température à une autre , la suppression des évacuations accoutumées , des exutoires, des exanthèmes, la chute des cheveux, et la plique polonaise (1). L'exposition de l'œil à une lumière trop vive , à une chaleur intense ; la fabrication des produits chimiques , enfin la plupart des professions insalubres.
L'iritis traumatique est produite par les violences exercées sur riris, tels que piqûres, blessures, déchiremens, refoulement de la cornée. L'opération de la cataracte est trèssouvent une des causes de Tiritis, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant l'ouvrage de Schmidt(2), la dissertation de Schindler (3), et mon ouvrage , ainsi que celui de Molinari (4).
Quant aux iritis de nature spécifique, elles sont, en général, le résultat de la maladie dont elles revêtent les formes. Ainsi les affections syphilitiques anciennes , mal traitées , rebelles, compliquées d'affections cutanées, de douleurs ostéocopes , d'alopécies , d'exostoses ; les maladies strumeuses, les engorgemens glandulaires au cou, à l'aisselle , à l'aine ; les maladies rhumaslimales , les maladies des ar-
(1) In Rust magazin^ Band 3.
(2) Schniidt, ouvr. cité.
(3) Schindler, Dissertatio de Iritide chronicâ ex heratonyiide sud' orfâ.
(4) Canon du Yillards, Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte^ p. 181,
ticulolioiis sont en général la cause d'une inflammation de riris, qui peut aussi cependant s'être développée sous» l'influence de causes accidentelles qui peuvent produire riritis idiopathique.
Du pronostic. L'iritîs est, en général, une affection, grave , 1° parce qu'on n est pas toujours appelé à temps pour la traiter ; 1"" parce que dans un grand nombre de. circonstances on la méconnaît dans son début ; 3" enfin parce que la gravité de la maladie peut être augmentée par la complication d'une maladie syphilitique , rhumastimalej» scrofule use ou scorbutique.
On peut cependant avancer généralement que, quelle que soit l'intensité de la maladie à son début , on peut la maîtriser par un traitement énergique et soutenu ; mais quand la maladie a été méconnue , traitée trop tard ou timidement^ l'œil court de grands dangers, soit pour son état physique, soit pour ses conditions physiologiques. Le pronostic sera d'autant plus désavantageux que l'iritis sera compliquée d'une affection spécifique qui aura apporté dans la constitution des malades des effets défavorables.
Par exemple , un homme miné par la syphilis , atteint de dartres pustuleuses, crustacées , d'exostoses du front de l'orbite , d'alopécie , sera bien plus exposé qu'un autre à voir une inflammation de l'iris déborder la série des moyens qu'on lui aura opposé.
Par la même raison , un individu rhumatisant, goutteux, atteint de typhus , de raideur des membres , sera exposé à une iritis plus intense qu'un homme dont la constitution est bonne et non entachée d'affection générale.
Les personnes qui portent au plus haut degré les traces d'affection strumeuse seront placées dans des conditions défavorables , si l'inflammation de l'iris est violente , parce que ces personnes supportent en général assez mal les évacuations sanguines , dont on doit souvent user très-largement pour arrêter la maladie de roeil,
Enfin les scorbutiques, les hommes de mer surtout,^ délabrés par des voyages de long cours , ceux qui ont le corps couvert des taches hémorrhagiques de Warloff courent de très-grandes chances, si la maladie n'est pas prise à temps.
D'après tout ce que nous venons de dire , il est facile de concevoir l'importance d'étudier avec soin le diagnostic des caractères généraux et spécifiques de Tiritis , afin de pouvoir la reconnaître , en temps utile , la traiter d'une manière convenable, pour éviter toute terminaison fâcheuse.
Sjrmptomes de Viritis , simple^ intime ou idiopathique ^ genulne iritis , iritis légitima. Pour procéder avec méthode, nous distinguerons dans l'ensemble des symptômes qui accompagnent ou dénotent l'inflammation de l'iris trois de* grés différens.
Les symptômes du premier degré (1) se révèlent quelquefois par une vascularité du cercle précornéen, trèspeu apparente, et qu'il faut souvent rechercher avec soin ; on est quelquefois obligé de soulever la paupière supérieure pour reconnaître dans le limbe supérieur de l'arc sclérotico-cornéen une injection qui indique une concentration sanguine vers la membrane irienne. Ce symptôme estd'autant plus douteux, que, dans un grandnombre de hératites légères , produites par des accidens traumaliques , on reconnaît la même vascularité : cependant , si en même temps le cercle interne de l'iris , annulas minor (bord libre irien) est légèrement décoloré , si la pupille, en contemplant son ampleur normale , est affectée d'une légère hypérémie du bord libre , ou bien si elle devient irrégulière , frangée , on peut alors reconnaître une iritis lente à la vérité. La diminution dans la rondeur de l'espace pupillaire , dans l'activité de ses phénomènes de dilatation et de contraction , enfin la confusion ou l'altération de la
(1) Signes objectifs ou perçus par la vue.
yue viennent confirmer l'inflammation des tissus îriens. Souvent il existe des douleurs très-vives qui ne sont pas en rapport avec la légèreté des symptômes observés : dans d'autres circonstances , la douleur est bien peu de chose en raison des désordres reconnus dans Forgane souffrant : le malade n'est presque pas tourmenté par la photophobie , il l'est bien plus par la photopsie , surtout à la tombée de la nuit.
Cet état léger et presque ambigu peut persister plusieurs semaines sans s'aggraver et même se résoudre par un traitement convenable : car je dois le dire ici, en passant, de toutes les affections de l'œil , Tiritis est celle sur laquelle les forces médicatrices de la nature ont le moins d'action. Dans un grand nombre de circonstances la maladie augmente tout à coup et constitue le second degré de l'affection, forme sous laquelle on le rencontre le plus souvent. Ici la nature des modifications qui se présentent dans l'œil rend le diagnostic moins douteux, et, pour peu que l'on ait vu d'inflammations de l'iris, il n'y a pas d'erreur possible.
C'est cependant dans la région irienne qu'il faut encore chercher les symptômes saillans ; car plus on s'éloigne de ce point, plus les symptômes diminuent, au point que , la sclérotique , qui est très-injectée dans le voisinage de Tare sclérotico-cornéen, ne l'est presque pas dans les angles de l'œil : à peine trouve-t-on quelques vaisseaux turgescens dans les parties que nous venons d'indiquer. Quand ces troncs sclérotidiens avoisinent l'arc sus-nommé ils se divisent à l'infini et forment des réseaux en éventail, assez semblables aux brosses à vernir, connues dans le commerce sous le nom de queue de moriie^ puis ils finissent brusquement au niveau de l'arc, comme s'ils traversaient la sclérotique pour entrer dans l'intérieur de l'organe. Pendant long-temps j'ai cru qu arrêtés par l'arc sclérotico-cornéen, ils suivaient cette marche; mais, ayant eu occasion de disséquer avec soin des yeux d'hommes qui avaient succombé
à la suite des ophihalmies belge, varioleuse et autres, je me suis convaincu, le scalpel et le microscope à la main , qu'ils étaient arrêtés par le peu de dilatabilité des tissus cornéens, qui offrent à Tinjection sanguine une barrière injranchissable : toutes les fois que les tissus sus-meutionnés n'ont pas subi un commencement de ramollissement (1) ; mais quand l'inflammation a commencé à altérer la connexion des lames de la cornée , le sang y pénètre peu à peu. A cette période de la maladie le cercle interne de riris, et quelquefois une partie du cercle externe, sont décolorés, parce que le sang se porte avec force sur le centre des tissus. Je ne crois pas avec Mackensie (2) qu'il y ait déjà sécrétion de la lymphe , mais bien stase et engorgement analogue à celui qu'on rencontre dans le parenchyme du poumon à la suite de la pneumonie par engouement (hypostatique de Piorry). En effet, quand on examine l'iris ù œil nu avec un verre à grossissement, on est tout étonné de voir sa surface, autrefois si lisse, si brillante, maintenant mate, cotoneuse, comme recouverte de moisissures ou de bissus : le rebord pupillaire est le siège d'efflorescences villeuses, noirâtres, quelquefois grisâtres, et qui sont, à n en pas douter, des produits sécrétés : la pupille est immobile ou fortement contractée.
L'iris se porte ou en avant ou en arrière et tend à former des synéchies antérieures ou postérieures : ce sont les dernières qui sont les plus fréquentes, et alors Tiris s'enfonce en forme d'infundibulum qui finit par adhérer à la lentille ou à sa capsule; pour peu que la maladie continue,
(1) Ceux qui ont visité le superbe musée de Pavie ont eu occasion d'y admirer les magnifiques injections des vaisseaux cornéens , faites sur les individus qui avaient succombé à l'ophlbalmie égyptienne on injectant avec de la colle de gant coloriée au carmin des yeux dont la putréfaction est déjà avancée , il est facile d'obtenir des résultats semblables.
(2) Mackensie. ouvr. cité.
il se forme dans la pupille des tissus nouveaux qui ne tardent pas à robiitérer en entier. Voilà maintenant quant aux phénomènes objectifs et physiques, passons maintenant à ceux des fonctions et des sensations. La vue est sensiblement altérée, la lumière n'est plus tolérée, le malade éprouve des douleurs très-vives dans Torgane qui s'irradient aux sourcils^ à la tempe et dans les dents ; la glande lacrymale s'irrite et sécrète des larmes abondantes et acres; l'œil paraît augmenté de volume, et en le refoulant même avec ménagement au fond de l'orbite, on fait éprouver au malade de violentes douleurs. Les paupières sont en proie à des tremblemens nerveux et au blépharospasme ; le pouls est dur et fréquent, la soif ardente, l'insomnie est cruelle; les douleurs paraissent revenir périodiquement à la tombée de la nuit, comme s'il s'agissait d'une fièvre à accès périodiques avec exacerbation nocturne (1); à chaque redoublement, les douleurs de l'œil deviennent lancinantes et sont accompagnées de photopsie. Malgré cet état de gravité, l'œil peut se rétablir jusqu'à un certain point; mais ce serait beaucoup risquer que de s'en tenir à une méthode expectanle.
Le rétablissement est plus sûr, plus prompt lorsqu'on applique un traitement convenable : alors on voit l'injection irienne et sclérotidienne se dissiper peu à peu , puis la pupille commencer à reprendre quelques mouvemens : les villosités de l'iris s'effacent , et la vue se rétablit assez bien s il n'y a pas eu de sécrétion, d'une pseudo-membrane, on si des liens anormaux ne se sont pas établis entre Tiris et sa capsule. Il n'est pas rare devoir Thumeur aqueuse charrier des flocons albumineux analogues à ceux qui flottent dans la sérosité épanchée dans l'abdomen à la suite des péritonites. Ces produits inflammatoires libres , finissent en général par s'absorber ; il n'en est pas de même des brides
' (1) Carron du ViUards, Recherches pratiques , p. 183.
qui adhèrent à l'iris, au cristallin st à ses annexes, et qui reçoivent alors des vaisseaux nourriciers de Tune ou de l'autre de ces parties de rœil.
Il arrive aussi de voir tout le rebord de la pupille envahi par une membrane en forme de zonule frangée. Ces produits de l'inflammation sont souvent le résultat de la rupture des liens anormaux qui unissant la partie postérieure de l'iris , déposent sur le cristallin une partie de son pigment noir, qui y adhère et forment ou une cataracte zonulaire ou une cataracte pigmenteuse cataracia pigmentosa secundaria ; d'un autre côté le pigment noir s'hyphérémie autour de la prunelle ; j'ai vu un cas de cette nature avec le docteur Bennati, chez sir D***, gentilhomme anglais , atteint d'iritis sympathique.
Quand la maladie est arrivée à ce point , il faut peu de chose pour la faire passer au troisième degré. La troisième période se reconnaît non seulement à une inflammation qui a envahi la sclérotique, mais encore la conjonctive qui s'injecte tellement, que l'on ne peut plus se rendre compte de l'état de la sclérotique. La cornée devient trouble à sa partie interne, comme si c'était un verre dépoli; l'iris se décolore de plus en plus, il se couvre de taches isolées, légèrement élevées , toute la membrane tend à s'approcher de la concavité de la cornée, le rebord pupillaire suit la même marche ,quoi qu'en dise Makensie (1). L'iris est souvent le siège d'une exsudation sanguine qui souvent dégénère en véritable hémorrhagie , remplit la chambre et par la nonrésorption du sang forme une cataracte grumeuse secondaire, cataracta grumosa secundaria.
Dans d'autres cas, l'on observe des petites élévations jaunâtres analogues à celles que l'on remarque dans le pourpre purpura hœmorrhagica. Ces élévations sécrètent une lymphe purulente et souvent du pus , qui , en s'ac-
(1) Mackensie, ouvrage cité.
cumulant dans les chambres, forme un véritable hypo-
pyon.
Dans ces cas , les douleurs intérieures de Tœil , la photophobie sontexlrêmes, la cornée s'obscurcit, s'enflamme et part souvent tout d'une pièce ; la vue est complètement abolie , et il est bien rare de la voir revenir. Cependant il ne faut pas trop se hâter de la déclarer perdue à jamais ; car dans les iritis , sans complication spécifique , l'œil revient , comme on dit de bien bas , et si la guérison n'est pas complète, Forgane peut servir à quelque chose i dans d'autres circonstances, la chirurgie opératoire fournit les moyens d'y suppléer. Toutes les fois que l'iris n'a pas été détruit par la suppuration et que la cornée n'a pas été ulcérée, sphacélée, ou entièrement obscurcie, que les chambres ne sont pas détruites , il faut espérer ; car d'un côté les produits anormaux, les] liquides sécrétés peuvent s'absorber, et de l'autre lesagens thérapeutiques, comme nous le verrons plus tard , ont la possibilité de la rétablir. Si la pupille n'est pas trop resserrée et qu'elle puisse encore donner passage à des rayons lumineux , il y a espoir de guérison comme dans le cas suivant.
Dans la campagne de 1793 , Tarmée Sarde ayant séjourné plusieurs mois sur les Alpes couvertes de neige, un grand nombre d'officiers et de soldats furent atteints d'ophthalmies violentes, dont les suites furent dans la plupart des cas funestes. Jean- Jacques de v***, colonel d'infanterie, alors aide-de-camp du général comte de PraH , fut pris d'une ophthaimie qui , selon moi , n'était qu'une iritis, si j'en juge par son récit. Cet officier était myope avec la pupille très-dilatée, l'inflammation de l'iris produisit une telle contraction de la prunelle , qu'il resta un espace à peine capable de donner passage à une aiguille à coudre ordinaire ; pendant long-temps il se crut aveugle ; mais , peu à peu, il recouvra la vue , myope , sans que Tangustie de la pupille eût changé , vingt-six ans après cet événement.
^ Dans quelques cas , Tétroitesse de la pupille se complique de la présence d'un flocon de lymphe qui est un obstacle invincible au passage de la lumière , et qui ne cède qu'à l'action de Tinstrument.
Quand la pupille est nette , que le malade ne voit pas , alors on présume qu'il existe des altérations dans la rétine ou la choroïde; dans ce cas la chirurgie est impuissante pour rendre la vue.
Comme toutes les autres inflammations , l'iritis idiopathique, doit être divisée en iritis aiguë et en iritis chronique (1) : cette division est d'autant plus importante que ces périodes demandent en général im traitement particulier, ou du moins singulièrement modifié par l'état d'acuité ou xie chronicité de la maladie,
L'iritis aiguë ne se déclare en général que chez des indi- •vidus vigoureux , sanguins , adonnés aux boissons alcooliques , aux travaux prolongés à la lumière , exposés aux brusques variations de température, ou à des foyers incandescens. Dans ces cas on aperçoit une vive rougeur de Taxe sclérotico-cornéen , les vaisseaux s'engorgent rapidement et la couleur de l'iris est changée. Je ne dois cependant pas aller plus loin , sans annoncer que la variation de la couleur de l'iris n'est pas un signe pathognomique de son mÏÏ2imm2X\OXl {genuine inflammation) ., car, dans quelques cas, elle n'est que le résultat de l'altération de la meml)rane de l'humeur aqueuse, ou un effet sympathique d'une kératite aiguë, que nous examinerons en parlant des complications de Tiritis. Cet état aigu de l'iriiis est en général accompagné de céphalalgie , de fièvre générale , d'insomnie, et de fièvre locale {febris topica Borserii). En peu de jours , cette affection méconnue ou mal traitée , entraîne la perte de la vision, par l'exsudation lym-
(1) Cette division a été improprement attribuée à Lawrence in the liancet^ vol. x, p. 227 (London, 1828),
pbatique, par rexhalation sanguine, par la fonte purulente de l'œil, ou enfin par l'atrésie de la pupille.
Dans rétat chronique , au contraire , la maladie revêt des formes insidieuses, inappréciables dans leur début, et tortueuses dans leur marche ; car l'absence de la douleur, de la rougeur, ne tendant que trop à entretenir une funeste sécurité , le malade ne s'aperçoit souvent que par hasard de rétat fâcheux de sa vue. Voici un fait à Tappuidece que j'avance: M. B*'^* , jeune avocat fort distingué de Chambéry , frère d^un médecin habile , ayant été atteint à plusieurs reprises de douleurs rhumatismales très-intenses ,* fut très-étonné un matin, en se réveillant, de s'apercevoir que pendant qu'il essuyait avec un linge son œil droit , le gauche ne voyait plus : pendant quelques instans il crut à un éblouissement passager ; mais, après avoir répété plusieurs fois cet essai , il eut la douleur de se convaincre que l'iris était atteint d'une inflammation chronique , avec perte de substance , dans plusieurs points du rebord pupillaire , et d'adhérences à la capsule cristalline.
Souvent les altérations de l'iris , quoique assez notables; ne sont pas même reconnues ou observées par ceux qui vivent avec le malade. Voici un fait bien curieux que l'on peut joindre au précédent.
M. D**** , de Lyon , âgé de quarante-cinq ans , négociant, atteint dans sa jeunesse d'une affection gonorrhéique mal traitée , fut pris, il y a plusieurs années, d'une oph- Ihalmie que M. Gensoul, médecin ordinaire du malade,considéra comme une affection syphilitique. Cette maladie fut combattue par les antiphlogistiques , puis par l'hydrochlorate d'or, qui produisit de fâcheux effets, soit parce qu'on l'avait employé à de trop hautes doses , soit parce que la maladie était encore à un état trop aigu, et que l'application des spécifiques était prématurée.
Quoi qu'il en soit , il se forma aux jambes une éruption pustuleuse , à la suite de laquelle la maladie des yeux s'a-
méliora sensiblement. Cinq ou six ans après, on guérit les pustules au moyen des bains ; mais alors la vue parut s'affaiblir. MM. Bouchet et Viricel , ne virent rien dans Tétat physique de l'œil , et ordonnèrent des remèdes purement palliatifs.
M. Rapou, enfin, employa la méthode homœopathique sans que Faction des globules bi-millionièmes ait eu le moindre résultat , et sans avoir rien reconnu dans Tiris.
Cependant , à peine M. **** fut -il soumis à mon examen, que je reconnus une altération profonde de Tiris, que je n'hésitai pas un instant à diagnostiquer comme étant due à une affection syphilitique ancienne chez ce monsieur : Firis était déformé, coupé à pic, comme enlevé par un emporte-pièce : la vue est presque totalement abolie ; et tous ces désordres sont survenus sans douleurs, sans phénomènes appréciables.
Examinons maintenant la nature des altérations morbides produites par les deux espèces dlritis dont nous venons de nous entretenir.
Quoique les altérations de l'iris soient, en général, le résultat des accidens inflammatoires , il est cependant des cas où l'altération de l'organe est en raison inverse des phénomènes morbides.
Les principales altérations produites dans l'iris et ses annexes , à la suite d'un travail inflammatoire, sont :
io Les altérations de form e de la pupille ;
2p La contraction de cette ouverture 5
30 Les brides et adhérences anorm aies ;
40 La sécrétion d une lymphe coagulable purulente ou
s aiiguinolente;
, 5« L'hémorrhagie parexsudation, ulcération ou rupture; 6« La cataracte fausse, ou pseudo-membraneuse , pigmenteuse ou sanguine ;
, De toutes les altérations de la pupille , suite d'inflammation, de tous les accidens qui accompagnent les deux pre-
miers degrés de Tiritis, le plus fréquent est , sans contredit , la déformation de la pupille. Les changemens que sulait cette ouverture sont tantôt temporaires , tantôt permanens : les premiers proviennent en général de l'engorgement sanguin du cercle pupillaire plus développé dans un point que dans un autre. On peut aussi attribuer les mêmes effets à une sécrétion anormale du pigment noir, à une lymphe coagulable déposée sur l'uvée , enfin à une légère érosion du rebord libre de la prunelle : ces accidens, en général, se dissipent d'eux-mêmes ou par un traitement approprié.
Quand , au contraire , les altérations de la forme de la pupille sont dues à des brides anomales qui lient Firis au cristallin , à la capsule , ou aux rebords ciliaires , la maladie est grave, parce qu'on ne peut pas trop compter sur la résorption de la lymphe épanchée, et que l'iris est entravé dans ses fonctions : il faut alors recourir aux agens thérapeutiques convenables , ainsi que nous le verrons au traitement.
De l'oblitération de la prunelle {Atresla pupillœ aut iridîs^ sjrnesis pupillœ. Le resserrement de la pupille dépend encore des causes sus-mentionnées auxquelles il faut ajouter en plus la sécrétion d'une pseudo-membrane qui tapisse la partie postérieure de Tiris , et qui l'empêche de contracter ses fibres ; enfin sa contraction spasmodique , connue sous le nom d'iridio-spasme qui existe sans la présence des produits anormaux , et que l'on provoque souvent en opérant la cataracte , ou en excitant la cornée au moyen du nitrate d'argent fondu.
L'atrésie de la pupille peut aussi n'être que temporaire, et cesser en même temps que les autres symptômes inflammatoires : plus souvent elle persiste malheureusement. Elle revêt alors trois formes principales.
^p Atrésie complète produite par l'adhérence des rebords libres de la prunelle , on peut encore voir deux faits de cette espèce dans les planches de Wardrop.
Bes brides et liens anormaux qui entravent les mouvemens du l'iritis. Les brides accidentelles qui unissent l'iris, soit au cristallin , soit à la cornée , sont en général produites pac une sécrétion de la lymphe qui se coagule , s'organise et reçoit souvent des vaisseaux nourriciers par les deux points où elle est fixée.
Quand les brides ou pseudo-membranes ont lieu dans la partie postérieure de l'iris, elles tendent à rapprocher lïris du cristallin : on voit alors cette membrane s'enfoncer dans le centre et former un infundibulum très-apparent , et comme il est probable que les brides de Tiris suivent la même marche que celle qui a été observée et décrite par Delpech (1)^ dans la cicatrisation des autres tissus, elles tendent à augmenter tous les jours la difformité de Tiris ; €e dont on peut facilement se convaincre en suivant les progrès de cette déformation qui prend alors le nom de «j/iecJiie postérieure ( sjnechia posterior ).
Lorsque les adhérences morbides se sont formées entre la cornée et i'iris , il est plus facile d'en calculer le nombre^ la forme et la résistance. On désigne alors les changemens de figure quelles apportent à la chambre antérieure ( ^r nechia anterior ).
€es diverses altérations de liris que nous venons de décrire persistent presque toujours , et réclament uïi traitement énergique et souvent l'auxiliaire de la chi-; riîrgie.
De la sécrétion de la lymphe coagutable , puriforme ou san* guinolente de l'iris-, L'iris , de même que tous les corps à organisation vascuîaire très-riche , est fort exposé à être r-e^ouvert de produits inflammatoires qui , tantôt se forment à sa surface externe sous l'aspect d'efflorescences, demoississures (mucor^ mucedo)^ tantôt sous celui de byssus,defî-
(1) Mémorial des hôpitaux du Midi. Clinique chirurgicale de Mont' peUier, Recherches sur la cicatrisation et les tissus inodulaireSj J\ioiitpellier, 1827-1S29.
lamens ou de membranules. Si rinflammation est arrêtée avant que la lymphe ait eu le temps de se coaguler et ensuite de s'organiser (1), celle-là, cédant facilement au bout de deux ou trois jours , il se forme une espèce d'exfolialion , les produits anormaux se détachent et tombent dans l'humeur aqueuse, où ils flottent et s'absorbent.
Ce fait, que Ton pourrait contester à priori^ se révèle par un (rouble notable de l'humeur aqueuse qui se dissipe par le sommeil : alors on voit à la partie inférieure de la cornée un produit blanchâtre ou jaunâtre qui s'est précipité, et qui obscurcit de nouveau l'humeur aqueuse quand l'œil exécute des mouvemens. Il n'est pas rare d'observer à la surface antérieure de petites bu lies qui sont remplies d'un liquide séro-purulent, et qui, au moment où elles se crèvent, forment un hypopyon faux (1) ihxpopyam spurium) : cette conséquence de l'inflammation est bien plus fréquente cependant dans les iritis spécifiques. Enfin, il se forme souvent dans les chambres un épanchement sanguin, dû tantôt à une exhalation sanguine, tantôt à une rupture d'un vaisseau, produite soit par excès de turgescence , soit par l'érosion de ses parois, ce qui, dans quelques cas, peut occasioner le sphacèle de la cornée (I) et donner lieu à un caillot sanguin dont une partie est absorbée , et dont l'excédant reste sous la forme d'un grumeau fibreux qui apporte à la vision un obstacle notable , soit qu'il ait son siège dans la chambre antérieure , soit que dans la postérieure, il constitue une cataracte secondaire grumeuse. Nous nous occuperons plus tard des moyens de remédier à cet accident.
Le troisième degré de l'iritis est celui que les ophlhal-
<1) Rolando, Ricerche sul mecanismo col quale i fiuidi passano <tUo stnto di solidi^ Torino, 1830.
(2) Eossi, Elémcns de médecine opératoire^ t. I. Carron du Yillavds, Hecherchespi'utiques,
mo-pathojogistes allemands (2) nomment IritU phlegmon neuse, Iritis parenchymateuse.
Lorsque la maladie est arrivée à ce point d'intensité , elle apporte à l'état physique de Forgane les modifications suivantes : 1° La conjonctive est souvent tellement enflammée qu'on ne peut pas reconnaître le cercle ou zonule sclérotico-cornéenne, la surface antérieure de l'iris se couvre de villosités; cette membrane se bosselé, se gonfle, et se porte en avant au point que la chambre antérieure s^eft'ace dans plusieurs points de sa circonférence. Ainsi que je l'ai déjà [dit , Mackensie (1) fait erreur en avançant que le bord pupillaire suit une marche inverse et forme un infundibulum vers la capsule ; ce fait qui est constant à la suite des iritis anciennes , ne peut coïncider qu'avec desbride s , résultat d'un premier travail inflammatoire.
Dans la plupart des cas, les bosselures de l'iris sont recouvertes de vaisseaux sanguins gorgés de sang , tortueux et recouverts d'exsudations sanguines, apparentes et comme couenneuses. Ainsi que dans la deuxième période , il se forme sur la surface de l'iris des bulles ou phlyctèîies ; mais , dans ce cas , elles constituent un véritable abcès chaud dans la chambre antérieure. A celte époque de l'aflection morbide , le malade est en proie à des douleurs intolérables qui occasionent une fièvre violente fréquemment accompagnée de réaction vers l'appareil encéphalique qui s'annonce par le délire et le désordre des fonctions. Rien n'est pénible à voir comme l'état du patient : il ne sait où poser sa tête : les douleurs lancinantes de l'œil lui donnent des soubresauts nerveux et convulsifs accompagnés d'éclairs lumineux et de serremens cruels dans les tempes : alors la vue est perdue pour toujours.
(1) Béer,Fabini, Weller, Jiingken,
(2) Mackensie, ouvrage cité.
D'après tout ce que nous \enons de dire , le pronostic ne peut-être que défavorable , et si le malade parvient à sauver son œil , cette partie a toujours subi des altérations physiques qui en font un organe modifié qui peut être considéré comme perdu à moins toutefois que Ton puisse espérer de rétablir la vision par des moyens chirurgicaux.
En effet , si les exsudations purulentes se résorbent, si la cornée ne part pas , en partie ou en totalité , la pupille peut être oblitérée en entier sans qu'il en reste de trace; dans d'autres circonstances son champ est obstrué par des tissus anormaux, et la vision est abolie en entier.
Dans d'autres circonstances , quand les accidens inflamS matoires se sont calmés, la lymphe qui occupe l'espace pupillaire , et qui l'entretient dans un certain degré d'irritation peut se résorber et permettre à la membrane de reprendre ses contractions, surtout s'il n'existe aucun lien accidentel entre l'iris et la capsule du cristallin. Il n'est pas rare de prendre pour une pseudo-membrane un fragment de kiste séro-purulent, où un caillot qui s'absorbent peu à peu dès l'instant que le système vasculaire de l'œil a repris ses fonctions. On est tout étonné un beau jour de voir libre et flottant dans une chambre et souvent dans toutes deux, des corps que l'on avait craint de voir devenir inhérens aux tissus de l'iris.
Quand il ne s'est formé qu'une membrane légère, Tiris, en reprenant ses contractions, la rompt ; alors elle se montre sous la forme d'un petit rebord , frangé ,'^ dentelé et réticulaire qui suit le mouvement de l'iris. Cette membrane est tantôt complètement opaque , et tantôt semi-transparente, et forme à la vision un obstacle plus ou moins grand : ce qui constitue l'affection nommée^tresla irais incompléta^ atrésie incomplète de l'iris.
On observe quelquefois de petites brides qui ne retiennent l'iris que dans un point de sa circonférence , ce qui constitue l'atrésie ^partielle de Tiris. Cette particularité est
dàe à ce que Vinflammalion de son tissu n'a été que partielle , ou parce que la résorption des liens anormaux a été plus grande dans un point que dans un autre : de façon que l'iris exerce toutes ses fonctions comme à l'état sain , excepté dans les lieux où il est arrêté par ses adhérences.
De i'iritis lymphatique et de riritis traumatique. De même que l'inflammation interne de Tceil se propage aux parties externes de Torgane , de même celles-ci , fortement enflammées, transmettent aux parties intérieures l'état phlogistique auquel elles sont en proie.
L'inflammation de l'iris peut s'observer après toutes sortes de plaies pénétrantes ou contuses de la cornée et de la substance même irienne , mais c'est surtout après l'opération de la cataracte qu'elle est le plus fréquente , quelque soit le procédé mis en usage ; mais plus souvent à la suite de l'extraction ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les auteurs qui ont étudié et décrit les causes de l'iritis traumatique (1). Schindler (2) a cependant écrit le contraire dans sa dissertation , où l'on voit qu'il prétend prouver que le procédé qui est le plus souvent suivi d'iritis est la kératonyxis.
L'iritis sympathique est celle qui se transmet d'un tissu enflammé avoisinant l'irjs à celui-ci. Ainsi l'inflammation de la cornée transparente, de la membrane deDescemels, de la sclérotique , de la conjonctive , de la rétine et de la choroïde , peut, en raison des rapports et des connexions intimes de ces diverses parties de l'œil , donner lieu à un iritis sympathique ou secondaire qui suit en général la même marche que l'iritis primitive.
Symptômes et signes diagnostiques différentiels des dit^erses affections qui peut^ent simuler l'iritis. Les maladies qui peuvent être confondues avec l'iritis, sont : la kératite, l'in-
(1) Schmidt de Vienne, ouvr. cilé. Carron du Villards, ouïr. cUé.
(2) Schindler, dissertf'ition citée, p. 7. Langenbek, New Biblioth.^ p. lOJ.
flammation de la membrane de Descemets, la rétinîte, la lachoroidile, rinflammationde la capsule cristalline et les Gphtbalniies rhumalismales.
Quand on a étudié avec soin la symptomatologie de la kératite , il est facile de se convaincre que cette affection porte avec elle une série de symptômes propres à liritis , qui existent même dans la science sous le nom d'iritis sympathique ; nous devons considérer ainsi celui qui survient à la suite des kératites aiguës , de l'inflammation de la membrane de Descemets, ainsi que celle de la conjonctive de la sclérotique. Celte espèce d'iritis consécutive, conserve les mêmes caractères que l'iritis simple, toutes les fois que les affections auxquelles elle succède ne sont pas entachées de complication spécifique.
L'iritis traumatique n'est qu'une variété de l'iritis simple. Elle est due , dans la plupart des cas, à des causes mécaniques ; elle survient souvent à la suite de l'opération de la cataracte , et elle peut occasioner les mêmes accidens que toutes les autres espèces d'iritis. Il se manifeste cependant des modifications particulières qui sont le résultat de l'action des agens physiques qui ont agi : ce sont
1* Les pertes de substances ,
2'» Les déchiremens ,
3° Les décollemens ,
4"^ Les adhérences insolites et les pseudo-membranes.
Je n'ai pas l'intention de m'occuper de ces diverses lésions traumatiques , je ne dois considérer ici que les accidens inflammatoires produits par la blessure de l'iris; ceuxci , en général , sont en raison des dommages apportés à l'organe. Ainsi les blessures avec division franche et nette des tissus sont souvent moins suivis d'accidens inflammatoires violens, que lorsque les lésions sont le résultat de déchiremen.» , tiraillement , et décollement de la cornéite traumatique, mais sont surtout très-évidens dans les inflammations rhumatismales de la cornée, on peut en juger par la
description qu'en donne Wydra (1) dans son excellente dissertation lorsqu'il dit : Vascula rubra scleroticse forma halonis angusti corneam cingentia , ibi retem vasculosum tenerrimum, densissimumque simul formantia, apparent.
Ce lacis de vaisseaux a une ressemblance avec celui qui accompagne Tiritis on peut reconnaître la cornéite à son défaut de transparence à la partie externe , à des ramolUssemens partiels ou à des exsudations inter-lamellaires; ce qui produit une opacité veinée, bleuâtre, tachetée. Tandis qu'en général dans Tiritis la cornée est transparente jusqu'au moment où, devenant sympathiquement malade , elle s'obscurcit alors uniformément ; et si l'on n'a pas suivi la maladie dès son début , le défaut de diaphanéité de la cornée ne permet pas trop de juger laquelle des deux membranes a été primitivement affectée.
L'inflammation de l'iris se lie de trop près à celle de la capsule de l'humeur aqueuse , pour en pouvoir être séparée en entier ; dans l'inflammation de ces deux parties de l'oeil , il existe des signes communs plus ou moins saillans pour l'une que pour l'autre. C'est ainsi que la zonule est angulaire dans l'arc sclérotico-cornéen de la membrane de Bescemets , tandis que dans l'iritis elle est circulaire. Les douleurs au front, aux tempes^ sont les mêmes; mais dans l'inflammation de la séreuse , l'œil paraît plus gonflé, plus saillant, l'iris est moins contracté , et, en regardant obliquement la cornée , on aperçoit que son défaut de transparence est dû à la surface interne qui est tapissée de taches bleuâtres, laiteuses, ponctuées, tandis que la surface externe est lisse et diaphane.
Du reste, dans les cas traumatiques surtout (2), ces deux inflammations se tiennent intimement et ne peuvent exister
(d) A. Wydra : Dissertatio inauguraîis de heratitide rhumaticâj, p. 18 (Pragœ).
(2) Schindler, dissertation citée.
Tune sans TaiUre quand raffection est grave. Ce qui a fait établir la distinction en îritis parenchymateuse et en irilis membraneuse. Par la première division l'on entend Tinflammation du corps même de Tiris ; par la seconde Ton exprime celle de la membrane de l'humeur aqueuse selon que Tune était affectée de préférence à l'autre. Il est moins difficile de diagnostiquer l'inflammation de la rétine parce qu'elle est prompte , rapide , accompagnée de douleurs au fond de l'orbite, à la nuque, et suivie d'une cécité plus instantanée; que, lors même que l'iris est contracté, il estplus expansible que dans Tiritis, et qu'alors il n'y a pas de décoloration de son tissu.
Quant à la choroïdite, elle se reconnaît à une teinte rougeâtre qui prend le fond de l'œil , à une série de vaisseaux transversaux qui paraissent s'implanter dans la sclérotique, et à la vision à reflet rougeâtre dont elle est accompagnée.
Maintenant, malgré les travaux de l'illustre de Walther (1), peut-on séparer d'une manière bien tranchée les symptômes d'inflammationde la capsuledeThumeur cristalline^ de celle de l'iris? je crois pouvoir répondre par la négative; car, ainsi que dans celle de l'iritis, elle est accompagnée de l'arc vasculaire sclérolico-cornéen , de pholophobie , d'éblouissementde la vue, de décoloration de l'iris, d'épanchemens, d'adhérences anormales ; les douleurs qui la suivent sont lorpides et moins vives que dans l'iritis aiguë , mais ne diffèrent en rien de celles de l'iritis lente ou chronique.
Je crois donc que ces deux affections se lient intimement, et quand on a suivi avec soin la symptomatologie indiquée par Beger (2) dans ses expériences sur les lésions traumatiques de l'iris et de la partie antérieure de la capsule
<1) Walther, in Langenbeckbibliolhec, Opère ehirurgiche versione italiana^ toni. I.
(2) De reactione traumaticâ iridis et anterioris capsuîœ parietis^ experimentis illustratû, J. H. Beger. (Dresdœ, 1833.)
cristalline , on ne peut pas plus la séparer Tune de l'autre, que l'iris de la membrane de l'humeur aqueuse.
L'ophthalmie rhumatismale, la catarrho-rhumatismale , simulent quelquefois une iritis dans leur état d'intensité; mais il est facile de les séparer l'une de l'autre dans le début. Je dis dans le début; car, à un degré un peu avancé, elles se lient par des points intermédiaires que l'on ne peut pas trop séparer, ainsi qu'on le verra à l'iritis rhumatismale.
Du traitement de l'iritis idiopathique , sympathique et traumaiique, La gravité de l'inflammation de l'iris , la rapidité avec laquelle elle modifie l'état de Toeil , mérite que l'on s'occupe avec soin de tracer le traitement de cette affection. Les principales indications et les plus pressantes sont : d° d^éloigner , s'il est possible , les causes qui ont fait développer la maladie ; 2° d'arrêter les progrès de l'inflammation pour s'opposer aux sécrétions morbides ; 3° provoquer la résorption des produits épanchés ; 4<* chercher à conserver l'intégrité des formes; 5<* calmer les douleurs, la fièvre , la photophobie , les autres symptômes et épiphénomènes qui accompagnent cette maladie.
Le premier devoir du chirurgien sera de s'enquérir avec soin des causes qui ont pu provoquer la maladie , pour les éloigner , si faire se peut , avant tout ; puis l'on a recours à un traitement approprié, dont les premiers et principaux agens sont la saignée générale et locale , dans le début et dans la période d'acuité surtout, puis les narcotiques, les mercuriaux , les révulsifs intestinaux et cutanés (1).
Les saignées générales doivent être subordonnées à la force du sujet et à la violence de la maladie ; mais il faut en général les faire plutôt trop abondantes que pas assez , surtout si l'on a affaire à des hommes forts , vigoureux ,
(1) Chauffard d'Avignon, Élèmens de médecine 'pratique. Carron duVillards, Recherches^ n° 100. Lisfranc, Leçons cliniques k la Pitié.
sanginns , sujets aux hémorrhagies, enclins à l'ivrognerie, ou faiigués par des travaux de cabinet. Les anciens médecins avaient avec raison vanté la saignée révulsive au pied , comme un des meilleurs moyens à opposer aux inflammations de la tête , et nous voyons avec plaisir les médecins contemporains revenir à un moyen si puissant, qu'ont employé avec succès les médecins italiens et espagnols. Il est des cas où la saignée de la jugulaire produit de très-bons effets , mais elle a Tinconvénient de nécessiter une ligature autour du col, ce qui gêne la circulation et produit une congestion locale. Dans les cas très-graves , ce n'est qu'après avoir agi vigoureusement sur la dialhèse générale inflammatoire, qu'il faut avoir recours aux saignées locales. Ainsi , quand le pouls aura fléchi , que l'état fébril sera moins prononcé, l'on ordonnera des sangsues, à la jugulaire , aux apophyses mastoides , jamais dans les tempes et dans le pourtour de l'orbite , car elles congestionnent localement , irritent la peau , et peuvent souvent produire des érysipèles.
On emploie avec avantage les ventouses scarifiées , à la nuque, aux tempes, aux apophyses mastoides. Les chirurgiens anglais les préfèrent aux sangsues ; mais, je le répète , il ne faut recourir aux saignées locales , que lorsque la dépression gérale a fait une impression profonde sur l'économie. Nous aimons à voir notre opinion partagée par Lawrence (1) , quand il dit que les évacuations locales ne sont pas même suffisantes pour combattre une irilis légère.
Si l'iritis est la suite d'une ophlhalmiegonorrhéique avec boursoufflement de la conjonctive , on pourra employer avec fruit l'excision de la membrane muqueuse , villeuse et hypérhémiée. Ce moyen produit un dégorgeaient local, et diminue l'étranglement : mais dans toute occasion je partage l'opinion de Lawrence (2), qui proscrit comme inu-
(1) Lawrence, ouvrage cité, p. 430.
(2) Jdem^ oiivr<'ge cil»^, p, 432.
tîle toute scarification des paupières et de la conjonctive.
A l'intérieur'on prescrit avec avantage un traitement rafraîchissant antiphlogistique; le professeur Scarpa administrait avec beaucoup de succès dans les maladies des inflammations de l'œilles poudres résorbantes composées, comme suit :^
Crème de tartre, 5 j. 1 Sulfate de magnésie , | .
Nitrate dépotasse, 3 jJ Tartre stibié, gr. iv.
Sucre, q. s.
Pour faire douze doses.
Toutes les heures, le malade prenait une de ces poudres dans un verre d'eau. Ce professeur employait de même le tartre stibié à haute dose , non comme émétique , mais comme médicament contre-stimulant, ayant une grande action sur la circulation qu'il ralentit et sur les phénomènes d'absorption qu'il provoque et accélère.
J'ai été témoin de merveilleuses guérisons obtenues par l'émétique, et dans les cas graves où les saignées locales et générales paraissent agir trop lentement , je n'hésite pas à prescrire le tartre stibié à hautes doses , toutes les fois , cependant , que l'état du canal intestinal ne contre-indique pas cette révulsion sur les viscères.
Après avoir attaqué la maladie dans ses phénomènes essentiels, il faut aussi songer aux épiphénomènes qui peuvent entretenir l'état fâcheux du malade : ainsi, la douleur locale , l'insomnie doivent être prises en considération ; car elles fatiguent le malade , et elles s'agravent même à mesure que Ton soustrait du sang , par la prédominance que prend le système nerveux. C'est alors le cas de recourir aux remèdes caïmans administrés extérieurement ou intérieurement : parmi eux, il faut, en {«"emière ligne , placer
Teau distillée de laurier-cerise, mal supportée par quelques personnes à cause de son action nauséeuse sur l'estomac, «lie constitue cependant un médicament énergique dont je me suis très-bien trouvé.
L'opium à l'extérieur produit peu d'effet; à l'intérieur en pilule, en lavement, il constitue un remède souverain pour calmer les douleurs et combattre l'insomnie. Il est quelquefois nécessaire de l'employer à hautes doses; uni aucalomel, il doit être regardé comme un remède héroïque dont nous parlerons plus tard.
Quant à la belladone, il faut l'employer toujours dès le début; car elle a la double action de calmer les douleurs et la photophobie, et d'obtenir la dilatation de la pupille. Une fois que l'inflammation est intense , elle a peu d'action sur l'iris , et il faut seconder sa puissance par de nombreuses évacuations sanguines. Comme c'est ordinairement à la tombée de la nuit que les douleurs deviennent plus fortes, c'est à cette époque qu'il faut pratiquer des frictions sur l'orbite avec l'extrait de cette plante. Il existe encore un motif puissant que voici : pendant la nuit et le sommeil, la pupille se contracte ; et s'il se formait pendant ce laps de temps une exsudation de lymphe , la pupille ne pourrait plus se dilater, ce qu'on évite en la tenant aussi élargie que possible.
Le mercure joue un grand rôle dans le traitement de l'iritis aiguë; il agit et comme remède anliphlogistique absorbant , et comme agent perturbateur. Est-il besoin de rappeler ici que c'est un médicament fort actif pris à l'intérieur, et qu'excepté , dans les cas très-graves , il faut s'abstenir de pousser son usage jusqu'à la salivation : sans doute celie-ci augmente l'usage des vaisseaux absorbans, mais elle a de grands inconvéniens que nous avons signalés ailleurs. Les médications que l'on a proposées contre le ptyalisme sont loin d'être suffisantes pour arrêter les désastres qui se manifestent dans la bouche.
On doit, dans quelques cas, seconder l'action du mercure pris à Fintérieur , par des frictions mercurielles locales ; frictions qu'il faut, en général, porter à des doses assez élevées pour en obtenir de prompts effets.
Toutes les fois que Testomac et le canal intestinal le permettent, on doit activer les effets du mercure par des révulsions portées sur les parties au moyen de légers drastiques, l'huile de palma christi (castor oil)^ Taloès hépatique, la jalapine, etc., etc. , chez les sujets faibles ou irritables: on remplace ces substances par Tusage des eaux purgatives de magnésie, de Sedlitz, de Marienbad ou de Pulhia. Il y a quelques années, ledocteiir Hugues Carmichaël, de Dublin , employa , avec de très-grands succès l'huile de térébenthine {!) turpejitine oit ; jen'ai employé que fort peu cette substance, qui s'administre enjulep, en potion, en friction, et qui , grâce à l'ingénieuse invention des capsules gélatineuses de Mothe et Dublanc, peut être prise pure (2). Je rapporterai cependant un cas de guérison obtenue par ce moyen (voir l'observation) : ce fait isolé de ma pratique ne m'autorise point à donner mon avis sur la valeur de cet agent thérapeutique; mais les faits rapportés en dernier lieu par un chirurgien anglais de mérite , M. Middlemore (3) , sont lout-à-fait concluans.
Aussitôt que la diathèse inflammatoire est abattue , on peut employer avec de bons résultats les vésicatoires derrière la nuque et aux apophyses mastoides.
S'il arrive que dans la période d'acuité l'on observe dans la marche de Tiriiis des paroxysmes et des apyrexies complètes, il faut recourir aux préparations de quinquina,et sur-
(1) Efficacity of turpentine oïl in the venereal and other inflammation ofthe eye (Dublin, 1829).
(2) J'ai employé avec succès les capsules pour plusieurs mcdicaineirs <le mauvais goût.
(3) Middlemore, Efficacity of turpentino oil in the treatment of diseas ofthe eye^ in London, Médical ijazette^ p. 40, 1832,
tout au sulfate de quinine à Tintérieur et en lavement. Hutchinson, Flarer, Molinari vantent l'usage du carbonate de fer pour combattre la périodicité du retour des douleurs.
>f DE Zi'iaiTIS RHUMATISMALE.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut , Tiritis rhumatismale est , dans la plus grande majorité des cas , précédée d'une ophthalmie rhumatismale ou catarrho-rhumatismale. Or , comme le siège des inflammations rhumatismales a toujours lieu dans les tissus fibreux et scléreux , la sclérotique est primitivement affectée , et en raison des liaisons intimes entre le système vasculaire avec celui de l'iris , celui-ci est aussitôt envahi par le travail inflammatoire; Cette affection se développe souvent spontanément à la suite des brusques variations atmosphériques sans qu'il y eût eu antérieurement des symptômes de rhumatisme. Mais dans le plus grand nombre des cas le malade a été affecté de douleurs générales ou locales dépendantes d'une cause rhumatismale. L'iritis produite sous de pareilles influences peut être considérée comme constitutionnelle ; car alors elle revêt une marche lente et insidieuse, suivie malheureusement très-souvent d'accidens graves et ayant leur siège sur les deux yeux à la fois.
Les causes de cet iritis sont en général les mêmes que celles del'irilis simple idiopathique;'mais les brusques variations atmosphériques , les veilles prolongées , les excès de table , les remèdes irritans employés pour combattre l'affection générale, doivent être considérés comme les causes les plus fréquentes de l'inflammation rhumatismale des tissus iriens.
Symptômes généraux. Ainsi que nousTavons dit, les malades affectés de liritis rhumatismale, ont commencé par être atteints d'une légère ophthalmie qui se révèle par les symptômes suivans : picotemens pariiculicrs et formi- II. 9
cations dans la région orbitaire , dégénérant promptement en une douleur profonde , obscure quoique déchirante , s'irradiant à la tempe , à l'orbite et surtout dans les petits nerfs qui se rendent à l'appareil lacrymal et connus sous le nom de nerfs de Trasmondi. Ces douleurs augmentent lorsque le malade se couche dans des lits trop mous , composés de plumes et de duvets ; dès que l'on élève la température de la chambre où il se trouve , la douleur se renouvelle ou s'accroît. Ces symptômes existent des deux côtés à la fois quand les deux yeux sont pris. Ils se bornent à une moitié de la tête , lorsque l'inflammation n'a envahi qu'un œil.
La sécrétion des larmes est augmentée , comme dans toutes les espèces d'iritis , elle est acre et brûlante. La conjonctive ne s'enflamme que peu à peu, et il est facile de s'apercevoir que le cercle rosé qui entoure la cornée n'est clù qu'à rinjection^de la sclérotique. Aussitôt que la maladie est arrivée à ce point, la cornée s'entoure généralement ou partiellement d'un cercle blanchâtre opalin et que Ton pourrait comparer à l'arc sénil ou gérontoxon. Mais quand la maladie est arrivée à ce point , liris commence par se prendre, et c'est ce qui constitue les symptômes locaux de TafFection.
Ces symptômes locaux naissent dans le plus grand nombre des cas au bord de la pupille d'où ils s'étendent ensuite à la circonférence de l'iris : je ne saurais partager l'opinion de Lavy^rence , qui prétend que la maladie commence toujours invariablement par le rebord pupillaire. A.U début de la maladie la pupille est contractée , il existe une gêne dans les mouvemens de l'iris : la couleur noire du champ de la pupille devient moins tranchée qu'à l'état normal. Peu à peu l'iris se décolore dans la plupart des cas , dans le cercle interne qui devient plus foncé : la décoloration envahit ensuite le cercle externe qui prend une teinte verte, s'il était gris ou bleu dans l'état sain; et une
couleur rougeâtre rouillée, lorsque l'organe était brun ou noir : la pupille alors devient anguleuse , frangée et conserve sa place au centre de la cornée (4). Aussitôt que la maladie augmente , Tiris se gonfle et se porte vers la cornée ; quelquefois le rebord pupillaire cesse d'être mince et tranchant, et paraît se renverser vers le cristallin. A celte «poque la conjonctive s'injecte à son tour et il devient difficile de constater Tétat des vaisseaux sclérolidiens; en examinant l'œil avec une lentille, on ne tarde pas à reconnaître dans l'espace pupillaire de petites pseudo-membranes , qui ressemblent à des toiles d'araignées et évidemment produites par une sécrétion de lymphe plastique qui s'organise promptement.
L'œil est alors le siège de douleurs violentes pulsatives, qui augmentent aussitôt que l'on exerce l'organe et qui ne tardent pas à être immédiatement suivies d'intolérance de la lumière et de larmoiemens irès-fatigans ; d'un autre côté le malade ne voit que très-peu , ou bien imparfaitement les objets, qui lui paraissent voilés en partie, phénomène produit par l'obstacle matériel qu'apporte à la vision la sécrétion des pseudo-membranes. Cet épanchement va quelquefois en augmentant, et la lymphe flotte dans la chambre intérieure de l'iris. Pour peu que la maladie persiste à cet état^ la cornée perd sa transparence et l'on aperçoit sur l'iris des taches foncées qui s'élèvent peu à peu et forment de véritables petites tumeurs ; celles-ti se rompent enfin dans les chambres et constituent un hypopyon faux.
Tels sont en général les caractères qui constituent Tbistoire d'un iritis rhumatismal négligé : cependant il peut offrir d'autres formes , surtout lorsque l'affection rhumatismale est devenue constitutionnelle , et que les malades
(4) Weller, Traité théorique et pratique des maladies des yeux , p. 146, planche IV du même ouvrage, fi». 4,
sont d'un tempérament cachectique. Ces phénomènes différenciels sont d'autant plus évidens que l'iritis rhumatismal est à l'état de récidive.
La maladie revêt alors une forme chronique et une mar^ che lente : les vaisseaux de la sclérotique deviennent variqueux et noueux : celte membrane fibreuse prend un aspect violet, gris et sale, la pupille suit une marche inverse à celle qu'elle prend dans Tétat aigu ; elle s'agrandit de plus en plus , et sa forme est ovale comme celle des Tuminans. L'on aurait tort de considérer ce signe comme constant ; car on rencontre des cas où l'ouverture pupillaire est inégalement arrondie , dans tous les cas elle est toujours dilatée : dans cette espèce d'iritis le rebord libre de l'iris a toujours disparu et se trouve renversé en dedans.
L'état phlébeclasique de la sclérotique augmente déplus en plus et se propage à la conjonctive ; le malade ne tarde pas à être en proie à des douleurs violentes qui augmen- » tent à la tombée de la nuit, et qui lui fournissent une sensation pareille à celle que lui ferait éprouver la séparation de l'œil en deux parties.
Quand la maladie est arrivée à ce point de gravité , elle se transmet facilement au cristallin , à Thumeur vitrée, qui prennent tous deux une coloration particulière qui constitue, selon Béer, une cataracte glaucomaleuse ou un glaucome. La vue est alors complètement abolie et sans ressource.
Traitement. Le traitement de l'iritis rhumatismale à l'état aigu , est le même que celui employé contre l'iritis simple ou idiopaihique pendant que la maladie est à l'état inflammatoire bien prononcé ; ainsi les saignées générales, les locales faites au moyen des ventouses scarifiées surtout. A rintérieur Ton prescrit le calomel, les lé.o[ers minoratifs, et aussitôt qu'on le peut , les antimoniaux et les diaphorétiques. Parmi ces derniers il faut placer en première ligne
le vin antimonîé , la teinture de soufre doré d'antimoine et même l'antimoine cru, bouilli dans un nouet.
Quand le travail inflammatoire est borné , on peut recourir avec de (rès-grands succès à l'usage de la teinture de colchique anlomnale (1), dont les bons effets ont été reconnus et vantés comme tels par le docteur Kiinn dans uu excellent travail (2) couronné en fl830 par T athénée de médecine de Paris. Comme dans les autres iriiis, on emploie concurremment les frictions mercurielles sur le front, celles de belladone et l'opium à l'intérieur: sur la fin de la maladie on a recours aux bains de vapeur par encaissement , d'abord humides , puis composés de vapeur de soufre ou d'hydrosulfure.
On n'a recours au quinquina que lorsque la maladie revêt des iwmes périodiques, ou lorsque la constituiion a été épuisée depuis quelques années. On recommande comme \m excellent anli-rhumaiismal , l'extrait d'artichaut ; mais je n'ai pas eu encore l'occasion de l'employer contre Tiriiis rhumatismal. Quand il est nécessaire de recourir aux vésicatoires, il faut le faire avec précaution.
Je partage entièrement l'opinion des oculistes allemands qui réprouvent l'usage des collyres dans le traitement de riritis rhumatismale ; ils sont nuisibles dans la plupart des cas et ils aggravent l'état de l'organe : ce n'est que lorsque la maladie est tout-à-fait passée à l'état chronique, que l'on peut recourir à l'instillation de quelques gouttes de vin d'opium.
Pendant tout le traitement, surtout lorsque l'on emploie les diaphorétiques et les mercuriaux, le malade doit se tenir en garde contre l'humidité et les brusques variations
(1) Tinctnra colchici autumnalis pharmacopcœ Borussicœ. (Voir le Mémento pharmaceutique .)
(2) Kiinn , Jiecherches sur Vaction thérapeutique du colchique au" tomnale, Jievue médicale, 1830.
atmosphériques , car le plus léger refroidissement suffit pour procurer une recrudescence de Taffeciion.
Toutes les fois que l'on peut employer les bains de vapeurs par un accroissement , il faut le faire ; car ils ont le double effet d'entretenir la peau dans un état satisfaisant^ ensuite de porter sur les extrémités une révulsion salutaire.
i'^ OBSERVATION.
Iritîs rhumatismale long temps méconnue, imparfaitement traitée f révulsion du cuir chevelu avec l'onguent slibié ; déformation de la chambre antérieure^ guérison.
Madame Gouillard^ â^ée de trente-huit ans, épouse de Fautographiste de ce nom , demeurant rue St-Denis , au
coin de la rue Aumaire , me fut adressée par M. D son
médecin ordinaire , qui depuis trois mois environ la traitait par les saignées et les sangsues, d'une prétendue ophlhalmie qui n'était qu'une irilisrhumatismale bien tranchée, avec déformation de la pupille , ramollissement de la cornée et synéchie antérieure. La malade avait eu autrefois des rhumatismes assez violens : ce renseignement venait fort à propos pour renforcer le diagnostic que j'avais porté.
Il n'était plus nécessaire de recourir aux antiphlogistiques ; la première et plus pressante indication consistait à calmer les douleurs fronto-orbitales, la photophobie , et à arrêter le ramollissement de la cornée. Je remplis ce but en prescrivant des frictions mercurielles belladonées sur le front; puis à l'intérieur jejdonnai de la teinture de colchique et de soufre doré d'antimoine. Cesmédicamens, portés à des doses assez élevées , calmèrent les douleurs , diminuèrent la rougeur de l'œil. Aussitôt que l'état chronique fut un peu dessiné, je fis raser le cuir chevelu pour y pratiquer des frictions avec le tartre stibié, qui provoqua une "violente éruption. Ce traitement fut continué pendant plu-
sieurs semaines', et la malade recouvra la vue dont elle avait déjà fait le sacrifice.
Irilis rhumatismale très-intense , peu améliorée par l'usage des antiphlogistiques ; emploi de ressence de térébenthine en friction et à l'intérieur ; guérison.
Antoine Pisani , courrier de cabinet , âgé de vingt-huit ans , ayant été atteint à plusieurs reprises de douleurs rhumatismales aux poignets et aux genoux, partit de Londres dans les premiers jours de novembre 1834 pour revenir en France. La veille de son départ il ressentit des douleurs assez vives dans les parties dont je viens de parler; malgré cela il monta à cheval et se mit en route ; ai rivé à Douvres, les douleurs devinrent violentes. Nonobstant cela, il continua sa roule. Pendant la traversée qui fut orageuse, il prit très-froid sur le pont : ses douleurs cessèrent spontanément, et il se crut guéri tout-à-fait. Trois jours après, il fut prisd'une violente douleur dans le fond de l'orbite droit qui reparaissait comme par accès ; peu à peu Toeil devint rouge, et les douleurs se propagèrent au globe de l'œil.
Appelé auprès de lui, je trouvai les symptômes suivans: Fièvre ardente , soif , rougeur de la scléroiique , très-prononcée vers Tart sclérotico-cornéen , contraction de l'ii^is et légère pholophobie.
Je lis pratiquer une saignée de vingt onces; huit ventouses scarifiées donnèrent douze onces de sang.
Le même jour Ton fit prendre deux onces d'huile de ricin sans que Téiat eût changé ; cependant Pisani désirait
guérir promptement, et son excellence l'ambassadeur
le pressait d'accomplir sa mission: je lui donnai alors l'essence de térébenthine à l'intérieur, selon la formule suivante :
% Essence de térébenthine, % j f.
Jaune d'œuf, i.
Sirop de gomme, §ij.
— diacode, 3 ij.
Eau distillée, 5 j f .
Pour une potion , dont il prit une cuillerée à bouche toutes les heures.
Sur le front , les tempes , la nuque , on fit des frictions avec la térébenthine pure.
Trois jours après , Pisani fut assez bien pour partir en voiture pour Naples , où il arriva en huit jours en bonne santé, continuant néanmoins l'usage de la térébenthine pendant quelques semaines.
I>E L'IKITIS SC£&OFUL£US£.
Quand on voit la fréquence des affections scrofuleuses de l'œil, on serait vraiment tenté de penser que Tiritis de nature scrofuîeuse devrait se rencontrer bien souvent. Cependant rien n'est plus rare que cette maladie à l'état primitif, tandis qu'on la rencontre assez souvent comme symptôme consécutif de l'inflammalion de la cornée ou de la choroïde. Dans ce cas on doit la considérer comme une affection mixte dont les caractères généraux ne sont point assez tranchés pour en faire une espèce à part ( Genuin scrophulous iritis. ). Quoi qu'il en soit , Béer , Lawrence, Montalh ont observé des iritis scrofuleuses primitives qui succédaient à des refroidissemens subits chez des adultes ou des enfans doués d'un tempérament éminemment scrofuleux.
Voici le cas observé par Montalh , et consigné dans l'ouvrage de Lawrence.
«Robert Flemenster, âgé de seize ans, entra à l'infirmerie le 5 août , atteint d'une sclérolite et d'une iritis qui avaient résisté pendant trois ans aux moyens thérapeutiques, qu'on
dirigea contre eux. On administra alors le calomel deux grains et un grain d'opium , matin et soir. On fit précéder cette médication de l'application de six sangsues à la tempe du côté malade. Au bout de huit jours l'inflammation était dissipée , la vue était presque dans l'état normal , et le 17 du même mois ce malade fut renvoyé guéri. Mais il ne tarda pas à rentrer pour se faire traiter d'une inflammation de Tautre œil , accompagnée de pustules et d'un ulcère au bord de la cornée. Oneutrecours à la dissolution de nitrate d'argent ; un vésicatoire fut mis derrière l'oreille , deux sangsues à la tempe , en même temps que le malade baignait son œil dans une dissolution très-faible de sublimé corrosif. Le 27 , pas d'amélioration. L'iris avait changé de couleur. Il fut évident alors que l'inflammation allait devenir iritique^ comme à l'autre œil. On applique donc quatre sangsues à la tempe , et on administre les pilules d'opium et de calomel. Cinq jours après, la bouche se trouve affectée de salivations mercurielles , mais aussi Tinflammation iritique avait presque entièrement disparu. L'usage du mercure fut cessé , et le malade sortit guéri le 14 septembre.»
Ce cas démontre, à n'en pas douter, qu'il y avait chez ce malade inflammation strumeuse , ou bien compliquée de ce vice.
Quand dans la jeunesse il existe des symptômes diritis, il faut en général les attribuer à des causes strumeuses ; car rien n'est plus rare que les iritis d'une autre nature dans un âge peu avancé ; et lors même que l'inflammation de l'iritis débute primitivement , elle ne tarde pas à envahir les autres tissus et à produire une cornéide secondaire.
Que cette maladie soit primitive ou secondaire , elle se révèle par des signes communs aux aufres espèces d'iiiiis, telles que les douleurs orbitaires , etc. Je n'ai jamais pu constater une déformation de la pupille qui lui fut propre, et qui servît de symptômes caraclérisliques de l'iritis scro-
Meuse. L'injection de la sclérotique ne m'a pas fourni des résultats plus satisfaisans ; car, au dire des ophtlialmologistes allemands et anglais , la brusque cessation de Tinjeclion a quelque distance de la circonférence de la cornée produit un cercle blanc qu'ils regardent comme caractéristique, sans se rappeler que la plupart d'entre eux ont assigné le même caractère à ce qu'ils appellent iritis arthritique.
Ainsi que l'honorable M. Sanson , je n'ai point jusqu'ici pu me convaincre que chaque espèce d'iritis fût suivie d'une déformation de la pupille , sui generis^ et que l'on dût considérer comme un symptôme palhognomonique.
Il est des oculistes qui croient pouvoir par celte simple inspection reconnaître la nature d'une spécificité quelconque , et ils n'hésitent pas à déclarer que c'est le rhumatisme , la syphilis ou la goutte ; lors même que le malade n'en porte aucun autre symptôme apparent. Et , si par hasard , lorsqu'il existe des symptômes évidens de rafTeclion qu'ils ont diagnostiquée , ils ne trouvent point dans la pupille la déformation propre , selon eux , à cette maladie , ils se hâtent de conclure que c'est par la complication d'une autre maladie , que la déformation caractéristique est modifiée.
Ainsi, M. Sichel pense, par exemple, que l'affection rhumatismale peut modifier la syphilitique, et vice versa. Le simple raisonnement et l'observation des faits suffisent pour faire justice d'opinions aussi théoriques, et je me bornerai à poser le syllogisme suivant :
Si les iritis syphilitique, rhumatismale, scrofuleuse, sont caractérisées par des déformations particulières de la pupille , pourquoi cette déformation typique n est-elle pas invariablement la même dans les deux yeux , quand ces deux organes sont atteints de la même espèce d'iritis ?
On rencontre chaque jour cependant dans les iritis syphilitiques une déformation ovalaire oblique de bas en haut, à droite et à gauche dans une forme tout opposée.
Combien de fois n'ai-je pas vu deux yeux atteints d'iritis rhumaiismale ayant Tun une pupille anguleuse et l'autre ime pupille ovalaire. Muller de Vienne ne dit-il pas que dans l'iritis syphilitique la pupille se tourne invariablewentdans le grand angle de l'œil!!!
C'est en raison de toutes ces prétendues modifications de signes que je n'ai point admis d'iritis arthritiques , parce que, pour moi, Tartliritis c'est le rhumatisme ancien récidivé , et ayant apporté par ses retours plus ou moins fréquens des modifications sur les tissus fibreux (scléreux de Laurent ) , qui présentent des caractères particuliers, et dont la sclérotique présente la première , les phénomènes assez tranchés.
DE Zi'IKITIS SCORBUTÎ^IFE.
Cette espèce d'iritis , quoiqu'offrant des caractères spéciaux, ne peut être considérée comme primitive ; car elle est toujours le résultat d'une diathèse scorbutique générale , et il est un des derniers symptômes à paraître. C'est lorsque la maladie hémorrhagique de Werloff est arrivée à son plus haut point , que l'on trouve sur la sclérotique des taches bleuâtres recouvertes de vaisseaux variqueux qui se forment en réseaux et qui se perdent brusquement à l'union de la sclérotique avec la cornée. L'iris est comme recouvert de plaques hémorrhagiques bleuâtres à la surface desquelles on voit serpenter en tous sens de petits vaisseaux.
Je possède le dessin d'une iritis scorbutique très-prononcée qui a été dessinée sur un individu affecté de diathèse scorbutique très- développée, développée pendant un long séjour à la pêche de la baleine et des phoques aux îles de la Désolation. Son corps entier était parsemé de plaques analogues à celles qui étaient sur la sclérotique ; il me raconta que plusieurs hommes de l'équipage étaient affectés des mêmes
(1) Biblolhèque de Guillié, 1. 1, p. 158, 1820.
symptômes ; j'en ai moi-même observé d'analogues sur des individus non marins , atteints de scorbut.
L'iritis scorbutique guérit en général très-facilement, lorsque la cachexie n'est pas trop avancée , il suffit de soumettre le malade à un excellent régime , composé surtout de viandes de choix et de lé(]umes de bonne qualité , de vin généreux, et surtout de bières fortes et amères.
Toutes les espèces d'iriiis peuvent être suivies d'augmentations très-considérables de la sécrétion de Ihumeur aqueuse. Cette accumulation de liquide peut produire des accîdens graves contre lesquels il faut se tenir en garde. Souvent la cornée est soulevée par Taccumulation du liquide , et l'humeur aqueuse s'échappe toute seule et entraîne après elle l'iris ou l'humeur vitrée. Si cette rupture n'a pas lieu , il se forme peu à peu un kératocèle ou une hydropisie antérieure de Tœil , à la suite desquels la vue est en général abolie.
mOI^lTlCATlOmS apportées a IiA FOÎIME ©E S.'I- B.I3 PAM. I.'£Mr£.AMfiSAT2:OH.
SYZUÉCHÎE.
On donne le nom de synéchie à diverses altérations subies par l'iris dans ses rapports avec la cornée ou le cristallin , d'où vient la distinction de la synéchie antérieure et de la synéchie postérieure.
On donne le nom de synéchie antérieure à l'adhérence de riris avec la cornée , que cette adhérence soit médiate ou immédiate ; dans le premier cas , l'iris est unie a la cornée par l'inlermédiaire des pseudo-membranes ou de tout autre produit de l'inflammation ; dans le second au contraire l'iris est en contact avec la cornée et il existe toujours un épaississement de cette membrane accoTipagné de perte de la transparence , accident qui est presque toujours le résultat d'une perloratioa ou d'une cicatrisation de la substance de la cornée ,
Dans la plupart des cas le point obscurci paraît déprimé. Dans d'autres circonstances au contraire la cicatrice ne s'étant point faite complètement^ les larmes de la cornée fléchissent au devant de l'iris et forment alors un staphylome. Cette maladie peut être partielle ou multiple , et il n'est pas rare de voir autant de siaphylomes que d'adhérences de riris à la cornée. Pour bien reconnaître la synéchie antérieure, il faut regarder l'œil obliquement et de €Ôlé; par ce moyen Ton reconnaît des adhérences de l'iris à lu cornée qui avaient échappé en re{jardant les parties de face. Toute synéchie antérieure est suivie de changement dans la position de l'iris et dans la forme de la pupille. Celle-ci est toujours tournée vers l'adhérence, et dès qu'elle est un peu considérable, elle entraîne après elle la disparition complète de la pupille. Ces diverses modifications apportées à la forme de la cornée peuvent non seulement modifier la vision , mais encore la suspendre tout entière ; cette suspension est d'autant plus marquée que la diminution ou la disparition du champ de la pupille est plus grande ; surtout si la 'cornée a perdu sa transparence dans le point qui y correspond.
La synéchie antérieure est produite par différentes causes , les plus fréquentes sont les désordres produits par une ophlhalmie qui aura été accompagnée ou d'ulcères perforans ou d'iritis suivies d'exsudations plastiques , les plaies accidentelles de la cornée avec hernie non réduite de l'iris produisent souvent la synéchie antérieure. Il en est de même de l'opération de la cataracte par extraction suivie de blessures de l'iris de hernie primitive ou secondaire et par conséquent d'altération dans la forme et la position de l'iris. Il n'est pas rare non plus de voir celte inaladie se déterminer à la suite des inflammations du 'Cristallin do l'iris de la capsule de l'humeur aqueuse qui, se trouvant rapprochée par l'eflet de la turgescence inflammatoire, produisent des adhérences insolites.
Le pronostic de la synéchie antérieure est toujours g;rave en ce qu'elle modifie presque toujours la vision, suite indispensable de raltération de forme, et que celte altération peut même la détruire tout entière. Presque toujours au dessus des ressources chirurgicales la synéchie doit être abandonnée à elle-même ; car le précepte de passer une aiguille à cataracte ou un couteau d'Adams , n'appartient pas à une saine pratique ; contre une opération incertaine Ton court le risque d'échanger des accidens inflammatoires d'autant plus graves qu'ils se manifesteront sur un organe qui en a déjà été primitivement atteint. Ainsi quand il sera nécessaire de rétablir la vue d'un œil perdu, il faut chercher non à détruire la synéchie mais bien à ouvrir une autre voie aux rayons lumineux par une pupille artificielle.
La synéchie postérieure est le résultat de l'adhérence de l'iris. Cette adhérence se tourne de différentes manières ; lanlôt ce sont des fragmens de capsule qui viennent se joindre à l'iris, tantôt ce sont des membranes de nouvelle formation qui se forment et unissent l'iris à la capsule. On comprend à première vue que les adhérences peuvent être multiples comme dans la synéchie antérieure, la quantité de lymphe sécrétée peut aussi influer sur la forme de l'étendue de la maladie. Lorsque la maladie n'existe pas à un degré très-avancé , les malades conservent rinlégrité de leur vue, les modifications apportées à la forme de la pupille et à la position de l'iris n'étant pas suffisantes pour l'altérer. Si , malgré la légèreté du changement de position de l'iris, la vue a beaucoup fléchi, il ne faut point s'en tenir à un examen superficiel. En se servant d'une lentille très-forte, on est souvent étonné de rencontrer dans les chambres postérieures des altérations invisibles à l'œil nu. Ce sont tantôt des épanchemens rétiformes, tantôt des filamens flottans, tantôt une membranule ayant un reflet brillant ou jaunâtre , tantôt enfin des
Taisseaux sanj^ums de nouvelle formation , et qui s'étendent jusque sur la capsule. Ainsi que Ta fait observer M. de Waliher, ce sont des filamens lymphatiques qui amarrent l'iris en différens points et l'empêchent de se contracter qui donnent à la pupille cette forme irrégulière qui change selon que la maladie augmente ou fléchit. A un degré plus avancé, la maladie est visible à l'œil nu. Ses productions plastiques deviennent si nombreuses qu'elles finissent par obstruer la pupille; alors la vue est entièrement détruife : parvenue à ce degré, la maladie prend le nom d'atrésie de la pupille.
Celte synéchie postérieure est presque toujours le résultat d'une grave inflammation de Tiris, du cristallin ou de la capsule , avec introduction de matières plastiques. L'opération de la cataracte par broiement , par extraction et par kératonyxis est une cause très-fréquente de synéchie, non seulement parce qu'elle est suivie d'accidens inflammatoires , mais encore parce qu'on laisse dans l'œil des fragmens du cristallin et de ses annexes. Quant au pronostic de celte maladie , il est assis sur Tâge et la constitution du malade. Lorsque la maladie est à son début, que la' pupille est peu obstruée , on peut en espérer la résolution ; mais lorsqu'on la rencontre chez des individus cacochymes, goutteux, que l'épanchement est abondant et la vue plus ou moins abolie , il ne faut plus penser à lui voir prendre une marche rétrograde. Lorsque la synéchie est le résultat d'une formation plastique consécutive à un anti-syphilitique , il faut beaucoup espérer d'un traitement rationnel ; car on l'a vu dans ce cas être suivi d'une guérison complète de la sécrétion anormale.
Le traitement est basé sur l'emploi de tous les moyens capables de faire résorber l'épanchement. Les mercuriaux ïntiis et ex lus jouent un grand rôle , surtout lorsque Ton pressent une cause vénérienne. Si l'œil n'est pas enflammé, on emploie des instillations d'extrait de belladone pour
faire rompre les adhérences , en dilatant la pupille par des frictions et des doses internes du même médicament , Ton cherche à attirer l'action dilatante du remède. Si ces moyens sont infructueux et que le malade perde la vue , il faut s'abstenir de pratiquer une opération tendant à détruire la synéchie postérieure ; elle offrirait les mêmes inconvéniens que pour celle de la synéchie antérieure^ et s'il faut rendre la vue au malade , c'est par l'opération de la pupille artificielle , dont le procédé sera en harmonie avec l'état du malade qu'il faudra restituer la vision.
ATR£SIE I»£ If A PUPIZiIiE.
Toutes les fois que la pupille est oblitérée , celte affection prend le nom d'atrésie. L'oblitération peut être complète ou incomplète ; elle peut aussi se lier à une synéchie antérieure ou postérieure , dont elle n'est souvent que le symptôme. Dans Toblitéralion complète, il y a interruption entière du passage de la lumière dans Tintérieurde l'œil; lorsque la maladie est incomplète, la lumière est bien perçue par l'œil, mais pas suffisamment pour qu'il puisse exercer ses fonctions. L'occlusion de la pupille peut être aussi immédiate et médiate; dans le premier cas, la maladie est due à une exsudation de lymphe coagulable ou plaslique, qui s'organise et fait contracter à la pupille des adhérences qui finissent par la faire disparaître entièrement. Ces épanchemens sanguins maladifs ou traumatiques peuvent aussi, en s'absorbant imparfaitement, s'organiser et contracter des adhérences avec les bords pupillaires : l'adhérence médiate, au contraire, est produite par l'union accidentelle entre eux , saas interposition de corps étrangers et à la suite d'une coarctation de l'iris. Pour peu que les adhérences immédiates ou médiates soient prononcées , l'iris ne tarde point à changer de couleur, la pupille est tout-à-fait immobile , obstruée , déformée , anguleuse ,
étroite , et souvent imperceptible. Lorsque Tatrésie est formée par une exsudation plastique ou bien par un caillot sanguin organisé, l'espace pupillaire varie de couleur; tantôt il est blanc et floconneux, ainsi que nous l'avons indiqué en parlant des suites de Tiritis ) ; tantôt elle est jaunâtre ou roussâlre malgré l'oblitération complète de la pupille de nature médiate ou immédiate, la lumière peut être perçue ; là se bornent toutes les facultés visuelles du malade : malheureusement il est une foule de cas où celte perception, tout imparfaite qu'elle est, n'est pas même existante.
Nous ne considérons pas, ainsi que le fait le professeur Fabini, unleucome de la cornée comme une atrésie, en ce qu'il intercepte Tintroduciion des rayons lumineux dans l'iniérieur de rœil.
Quelle que soit la nature de l'atrésie, elle dépend toujours d'un travail inflammatoire ayant eu son siège dans la partie antérieure de l'œil , soit que cette inflammation tire son origine d'une ophthalmie débutant spontanément, ou lorsque celle-ci est le résultat de causes traumatiques, chirurgicales ou accidentelles. Ces causes influent d'autant plus qu'elles déterminent une inflammation de l'iris en portant, comme on a pu le voir, Téminence d'une sécrétion pseudo-membraneuse. Ses exsudations sont d'autant plus promptes, plus abondantes que la maladie a attaqué le tissu même de l'iris (iritis phlegmoneuse des Allemands)'; ou bien lorsque cette inflammation est due à une cause spécifique, lorsque l'inflammation de la surface interne de la cornée est suivie d'exsudation lymphatique ou purulente , le pus détermine aussi dans la pupille des désordres qui tendent à procurer l'atrésie.
Le pronostic de l'atrésie est toujours grave; car on a toujours a flaire à une affection complexe, dont les résultats sont presque toujours la perte de la vue. Ces altéiaiions des organes antérieurs dei'œilsont souvent si avancées que.
fors même que Ton rendrait à la pupille son ampleur ou s» forme, la vue n'en est pas moins abolie. ^- L'atrésie compliquée de synéchie antérieure sera plus grave que celle exempte de toute complication.
Les irailemens internes et externes ne peuvent guérir Fatrésie de la pupille, que lorsque la maladie est légère. Une fois que le mal a fait des progrès, il est impossible de ramener l'ouverture pupillaire dans des conditions normales. La mercurialisation au plus haut degré ne peut faire disparaître des pseudo-membranes qui s'organisent malheureusement avec une grande facilité : lorsque la maladie se borne à de simples brides , on peut, quand on les a reconnues, profiter de l'action dilatante de la belladone pour faire rompre les liens anormaux qui paralysaient les mouvemens de la pupille. J'ai souvent employé ce procédé avec avantage; malheureusement l'action de la belladone n'est pas suffisante pour lutter contre des adhérences un peu fortes: c'est du reste un moyen qu'il faut toujours tenter. Je me plais à me rappeler le fait suivant : M. B ***, à la suite d'une légère contusion sur la cornée, fut atteint d'une inflammation lente et insensible de l'iris; il ne s'en aperçut qu'en sentant diminuer l'ampleur de sa pupille. En l'examinant avec soin au moyen d'une forte lentille , je ne tardai point à reconnaître un petit réseau filamenteux au centre de la pupille : je conseillai à M. B*** de faire instiller dans son œil quelques gouttes de solution d'extrait de belladone. Ce moyen ayant été sans résultat, je lui conseillai d'en prendre à l'intérieur jusqu'au narcotisme : l'ef» fet fut si grand que l'iris du côté sain avait presque disparu ; sur l'œil malade l'effet fut aussi très-apparent , car la plupart des brides se rompirent et la pupille s'agrandit considérablement en conservant la forme d'un trèfle trèsmarqué , et dont j'ai fait faire le dessin par M. Baud. Lorsque l'atrésie est incurable sous l'influence des moyens médicaux, et qu'il est nécessaire de rendre la vue^ il faut
alors recourir 5 une opération convenable, c'est celle de la pupille artilicielle dont il va être question dans le chapitre suivant.
MAI.A33ÎES DE X.'IKIS , DE MATURE SJOBï HaTLAM-
MATOIRS.
L'iris est sujet à une foule de maladies auxquelles Tinflammalion reste complètement étrangère ; ce sont l'imperforation congéniale, la perforation multiple, congéniale ou accidentelle, le tremblement ou oscillation, l'absence complète de riris, les formes anormales de la pupille, les varialions de couleur de Tiris, le prolapsus ou hernie de Tiris , et ses blessures.
L'imperforation congéniale de l'iris n'est point fréquente; il en existe cependant un certain nombre de cas, dont le plus remarquable fut rencontré par Gheselden , car c'est lui qui lui donna Tidée de l'ouvrir artificiellement et d'inventer ainsi une opération nouvelle qui eut dans le monde savant un si grand retentissement.
Tenon en a rencontré plusieurs cas, et Seiler (1) rapporte plusieurs cas analogues dans son ouvrage. L'imperforation congéniale de l'iris peut être due à la soudure des bords pupillaires, et mieux encore à la persistance des adhérences qui la ferment dans les premiers mois de la vie intra-utérine. Il pourrait se faire aussi qu'elle fût le résultat d'une maladie contractée pendant la période de la gestation. On rencontre souvent chez les animaux , chez les brebis surtout, des maladies congéniales qui sont, sans aucun doute, les résultats d'une inflammation intrà-utérine. Que l'occlusion soit congéniale ou le résultat inconnu d'une maladie des premiers jours de la vie , elle ne peut guérir que par une opération de la pupille artificielle dont nous nous occuperons plus tard.
(1) Seiler, ouvr. cité. ^
Perforation multiple. Les perforations muUipîes congéniales sont assez fréquentes , ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les ouvrages de pathologie. J'ai renconlré plusieurs fois cette espèce d'anomalie de la prunelle : ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que ces ouvertures multiples ne modifient en rien la vision : j'ai vu un jeune homme portant trois pupilles distinctes, et dont la vision élait aussi nette , aussi perçante que si son œil eûl été très-bien conformé.
Les ouvertures multiples sont quelquefois le résultat de blessures et surtout de tentatives d'opération de cataracte, ou de l'opération elle-même ; mais dans ces cas d'ouverture multiple pupillaire , la vision est moins nette , parce qu'à cette altération se lient quelques autres maladies telles que les exsudations, les fausses membranes ou l'organisation de quelques caillots sanguins. J*ai vu cependant un certain nombre d'hommes ayant une ou deux pupilles supplémentaires qui voyaient très-bien : M. Velpeau a rencontré dans son service , à la Charité , un homme portant trois pupilles, et qui, selon lui, n'envoyait pas moins irès-clair.
Tremblement ou oscillation de Viris, Cette maladie est plus fréquente que celle dont nous venons de nous occuper; je l'ai observée un très-grand nombre de fois ; cela se comprend facilement; car ce phénomène existe toujours chez tous les individus chez lesquels l'art ou le hasard ont provoqué la dislocation du cristallin. Par l'absence de celui-ci, la chambre postérieure devient beaucoup plus profonde , alors riris est porté en arrière ; c'est que, dans quelques cas aussi, ce tremblotement de l'iris est le résultat de raffaiblissement de ses fibres musculaires. Dans un grand nombre de cas , la maladie se borne à un simple tremblement à peine sensible ; dans d'autres cas, au contraire, les oscillations sont excessivement apparentes au moindre mouvement de l'œil : l'iris ondule comme une voile de navire
qui fasie. Lorsque la maladie n'est pas le résultat de l'absence du cristallin, on peut tenter contre elle des remèdes nervins et fortifians et quelques applications locales du galvanisme. Tous les malades chez qui j'ai observé cette maladie n'étaient nullement gênés dans l'accomplissement des fonctions visuelles ; mais M. Velpeau ayant eu l'extrême obligeance de me communiquer son manuscrit de l'article Iritis d'un ouvrage sous presse , j'y ai vu qu'il avait observé six individus chez lesquels une diminution de la vision, voisine de la cécité, coïncide avec les oscillations de l'iris ; mais , comme l'observe judicieusement M. Velpeau , il existait en même temps une maladie de l'humeur vitrée et le tremblement irien n'était qu'un épiphénomène.
Absence complète de l'iris. L'absence complète de l'iris a été long-temps révoquée en doute : cependant il en existe des cas bien authentiques. Un des plus remarquables est celui de M. Latuade, dont j'ai rapporté ailleurs l'histoire (1). M. Edwards (2)^ de la Jamaïque, rapporte un fait de cette nature , emprunté à M. Pœnitz ; enfin j'ai lu , en 1834 , à la Société médicale d'émulation un mémoire où se trouvaient plusieurs cas de cette nature et dans lesquels il me fut possible de constater , par une dissection attentive , la nature de cetle lésion. D'un autre côlé , M. Velpeau a observé plusieurs cas de ce genre : tous ces faits sont plus que suffisans pour convaincre ceux qui nient cette maladie et qui croient qu'on la confond avec une dilatation outre mesure de l'iris.
Formes anormales de la pupille. Les formes anormales de la pupille se rattachent presque toutes à des altérations morbides dont nous avons signalé la nature et les causes en parlant de l'irilis. La pupille peut cependant être déformée
(1) Recherches pratiques citées.
(2) Edwards, thèse citée.
par arrêt de développement ou par la persistance de quelques liens destinés à feroïer Tiris dans les premiers mois de la vie inlrà-utérine. Nous nous bornerons ici à parler des déformations par pertes de substances congéniales , plus connues sous le nom de coloboma de Viris : cette maladie est très-fréquente , et j'ai été à même de disséquer deux fois avec soin deux yeux atteints de cette maladie. Dans la communication faite à la Société d'émulation dont j'ai parlé plus haut, j'ai rapporté Thisioire détaillée d'une de ces dissections : celle-ci tendrait à prouver que le coloboma de l'iris n'est point le résultat d'un arrêt de développement causé par la non-soudure de la dualité primordiale que M. Serre prétend exister chez tous les fœtus à une certaine époque de la gestation : ingénieuse et savante théorie au moyen de laquelle il a cherché à prouver la formation d'un certain nombre de déformations des organes génitaux. D'après ce que j'ai observé , je serais tenté d'attribuer cette perte de substance à une maladie du grand cercle ceiliaire et des procès du même nom. Ces ouvertures anormales ne modifient que très-faiblement les fonctions visuelles.
Variations des couleurs de l'Iris. C'est en raison des changemens de couleur que l'iris a subis dans les diverses races humaines et chez les divers individus, qu'on lui a donné le nom qu il porte. Rien n'est plus varié que la variété même dans les couleurs regardées comme des types : ses couleurs primordiales sont : le gris, le bleu , le roux et le brun. Les gris sont d'autant plus clairs qu'ils se rapportent aux hommes appartenant aux races hyperboréennes; par contre, plus les individus se rapprochent des races caucasiques, mongoles et éthiopiennes, plus l'iris est brun. Chez les individus à peau noire ou brune , il est d'un brun si voisin du noir, que^commeTobserve Lawrence, on a de peine à reconnaître l'iris du trou pupillaire : cependant un voyageur (l) en la
(1) Marquis de Custine, Voyage en Espagne, Paris, 1837.
véracité duquel j'ai une conflance entière , dit que Ton rencontre à Alicante deux espèces dliommes ayant les iris d'une couleur bien opposée , quoiqu'ils habitent le même pays : les uns ont les cheveux bruns et la peau fortement colorée avec des yeux très-bleus ; les autres au contraire ont la peau très-blanche , les cheveux très-blonds et les yeux d'un brun tirant sur le noir 5 c'est le contraire de ce que l'on observe ordinairement. Mais ce qui est le plus étonnant c'est de voir des individus qui portent un œil bleu clair tandis que l'autre est brun foncé : vus de profil ces individus sont quelquefois très-beaux, aussitôt qu'on les observe de face , il existe dans leur physionomie une telle désharmonie , qu'il serait préférable pour eux d'avoir perdu un œil.
Dans d'autres cas un des iris est mi-parti blanc , miparti bleu comme un écusson : lorsque le blanc domine, on nomme cela un œil veiron.
Les épanchemens sanguins, divers corps colorans, les inflammations peuvent donner à l'iris des couleurs partielles ou générales qui varient selon l'intensité de la maladie , ou le principe colorant qui a agi ; enfin il est une autre espèce de coloration anormale de l'iris, c'est celle que l'on rencontre chez les Albinos ; l'iris est alors d'un rose sale , et cette décoloration est uniquement due à l'absence du pigment noir. J'ai été à même d'examiner un grand nombre d'Albinos , et je compte publier bientôt à ce sujet un travail dont j'ai pubhé les rudimens dans un recueil périodique étranger.
Procidence de l'iris. Cette maladie est aussi connue sous le nom de prolapsus , de hernie de l'iris , et plus anciennement sous celui de staphylome. Cette maladie est le résultat de l'engagement de l'iris dans une solution de conlinuité de la cornée quelles que soient sa nature et sa cause. Le prolapsus de l'iris peut être simple ou multiple, et en raison de ses diverses formes il a reçu différentes dénominations ;
lorsqu'il apparaît sous la forme d'une petite tumeur en forme de tête de mouche, on l'appelle Myocephalon. Lorsque la tumeur est aplatie en forme de goutte de suif ou de champignon , on la nomme clou ou hilon ; entin , lorsqu'elle est multiple et groupée en différens sens elle prend le nom de résinière, de staphylome rameux. Ces divisions déjà connues des anciens sont reconnues aujourd'hui insuffisantes parce que la hernie de Tiris prend toutes sortes de formes et toutes sortes de grosseurs.
Pour qu'il y ait procidence de^ l'iris il faut que l'humeur aqueuse soit évacuée ou déplacée : quant à l'évacuation , elle est le résultat dune solution de continuité de la cornée faite brusquement, au moyen d'un corps vulnérantoubien par une perforation lente , suite d'une ulcération ou de la chute d'une eschare. Par le mot déplacement de l'humeur aqueuse j'entends les modifications qu'a subies la cornée et qui permettent à l'humeur aqueuse de faire hernie dans sa capsule à travers la cornée sans qu'il y ait rupture. Quelles que soient la cause et la nature de la procidence de l'iris , elle est toujours caractérisée par quatre symptômes spéciaux; 1° une tumeur qui tire sur le brun, quelle que soit la couleur de l'iris qui finit par s'entourer d'un cercle blanchâtre quelques jours après sa production, et dont le siège est dans la cornée ; 2** les phénomènes d'étranglement qui sont d'autant plus sensibles que la hernie est plus grosse et la plaie plus étroite ; 3° un changement manifeste dans les formes de la pupille et quelquefois sa disparition complète; 4** enfin , une modification de forme de la cornée qui s'aplatit et favorise ainsi la formation d'une synéchie antérieure. Lorsque la hernie de l'iris est le résultat d'une solution de continuité récente , elle n'est accompagnée de douleur et de photophobie que lorsque les symptômes d'étranglement et d'inflammation commencent. Lorsque le prolapsus se forme à la suite d'une ulcération , il est immédiatement accompagné de symptômes de photophobie in-
tense de larmoiement et de douleurs assez vives dans les tempes et le front. Quelquefois la hernie paraît enveloppée par un sac herniaire formé par la capsule de l'humeur aqueuse , ou tout au moins aux dépens d'une lame de la cornée considérablement distendue et amincie.
Rien n'est plus varié que la terminaison d'une hernie de l'iris , abandonnée aux efforts de la nature : tantôt elle rentre elle-même ne laissant après elle qu'une légère difformité ; tantôt subissant les conséquences de l'étranglement , elle se mortifie ;, tombe et laisse une synéchie antérieure partielle , tantôt enfin elle finit par se flétrir sur l'ouverture qui lui a donné passage , par contracter des adhérencesavecelle,et par être recouverte ensuite par une pellicule formée en partie par les tissus de la cornée, et par <3eux de la conjonctive. Malheureusement ces terminaisons ne sont point les seules , Tiris s'enflamme, végète, ses vaisseaux deviennent variqueux, la tumeur finit par éclater et à travers l'ouverLure quelle a faite, s'échappent brusquement les humeurs de Foeil , qui s'affaisse et tombe en suppuration.
Comme l'a très-bien fait observer M. Velpeau, la hernie de Viris est quelquefois un mal salutaire, car c'est un bouchon , que la nature présente à un orifice dont la persistance, entraînerait irrévocablement^ la perte et la fonte de l'œil.
Le traitement des hernies de l'iris mérite une attention toute particulière , car avec des soins on peut quelquefois conserver un peu de vision. Toutes les fois que la hernie est récente et produite par une cause traumatique, il faut chercher à la réduire, pour cela on doit placer le malade sur le dos , et avec un stylet mousse chercher à rentrer le corps hernie, ce à quoi l'on parvient fort souvent; on place alors sur l'œil un pansement convenable exerçant une légère compression, en engageant le malade à rester couché surle dos, pendant trente-six à quarante-huit heures. Lors-
que ce moyen échoue , on peut employer la belladone à rintérieur et à Textérieur , par ce moyen on obtient une dilatation grande et énergique qui dans la plupart des cas fait disparaître la hernie commençante , cet état de l'iris devra éire provoqué et maintenu pendant plusieurs jours : pendant ce temps on cherchera à obtenir par tous les moyens possibles la cicatrisation de la cornée.
Toutes les fois que la hernie de Tiris existe depuis quelques jours, ce moyen est inapplicable, parceque les adhérances anormales s'opposeraient à son effet; les mêmes causes s'opposeraient encore à l'application de la compression, selon le procédé de Petit : il ne reste donc dans ce cas que l'emploi des caustiques tels que le nitrate d'argent et le beurre d antimoine. A l'aide de la cautérisation on opère la mortification et la chute de la partie herniée, d'où il résulte deux avantages : le premier c'est que la partie herniée si^ détachant spontanément, on peut obtenir une cicatrice non vicieuse, tandis qu'en abandonnant ce travail aux seules forces de la nature, on a à craindre une déformation considérable de la cicatrice , produite non seulement par les pseudo-membranes qui se forment sur l'iris hernie, mais encore par les adhérences qu'elles contractent avec le feuillet de la conjonctive qui tend à les recouvrir : secondement, l'action du caustique en même temps qu'elle occasione la chute du corps qu'il touche, produit une inflammation , et une adhésion qui s'oppose à une nouvelle sortie de l'iris.
En 1820 je proposai la combinaison de l'excision et delà cautérisation pour le traitement de toutes les hernies de l'iris secondaires : j'espérai alors que de nouveaux faits viendraient corroborer ceux que j'avais recueillis; je suis heureux de pouvoir dire qu'ils sont maintenant très-nombreux, et que jusqu'à présent rien ne peut légitimer à mes yeux les reproches que Riberi (4) a fait à cette méthode , car s'il
(1) Riberi , ouvrage cité.
avait lu attentivement la description du procédé opératoire, il aurait vu que pour le pratiquer, il existe des conditions, hors Texislence desquelles l'opération est inapplicable , et par conséquent ce qui m'autorise à repousser rexagéralion qu il me reproche.
Je m'étais convaincu que dans un grand nombre de hernies de riris , survenues par suite de la perforation de la cornée, faite avec des corps piquans ou coupans, ou bien produite par les ulcérations qui suivent les pustules varioliques développées sur la cornée, la cautérisation ne remédiait dans la plupart des cas qu'à la difformité externe t tandis que l'occlusion ou la déformation absolue de la pupille, persistait et entraînait après elle de grands désordres dans les facultés visuelles. J'avais vu le professeur Scarpa arrêter des ulcérations perforantes de la cornée à l'état aigu, en les cautérisantavec un crayon de nitrate d'argent : je me demandais donc si la méthode que le professeur de Pavie employait pour s'opposer à l'évacuation complète de la chambre antérieure et aux accidens qui en dérivent, ne pourrait pas être appliquée à la cicatrisation ou à Toblitération du trou de la cornée qui avait donné passage à la hernie de l'iris, lorsque celui-ci aurait été excisé : quant au procédé opératoire de cautérisation, c'est exactement le même que celui que nous avons indiqué pour la pustule variohque de la cornée.
DE X.'KT'r^PYOU.
Les auteurs nomment ainsi un épanchement de pus dans la chambre antérieure : nous pensons que Ton peut , pour faciliter l'étude des maladies des yeux, conserver ce nom à tous les épanchemens qui ont lieu dans la thun.bre antérieure, quelle que soit leur nature, avec la précantioa de leur donner un nom dislinctif : ainsi, nous admettons Thypopyon purulent aigu et chronique, Thypopyon an-
{juin ou hypolisema , l'hypopyon lacté ou liypogala; enfin, i'hypopyon lymphatique.
Hjpopyon purulent. L'accumulation du pus dans la chambre de Toeil porte aussi le nom de pyosis : celte ^fection se reconnaît à une couleur jaunâtre , située derrière la partie inférieure de la chambre antérieure de l'œil. Le pus étant d'une pesanteur spécifique plus grande que l'humeur aqueuse, il se précipite toujours à la partie inférieure des chambres ; lorsqu'il est en petite quantité et qu'il ne s'élève point jusqu'à la pupille, la vue est conservée en partie ; mais lorsqu'il remplit complètement les chambres et qu'il fait disparaître l'ouverture pupillaire, le malade n'y voit plus : cette affection , dans l'état aigu ^ étant presque toujours consécutive , elle est presque toujours accompagnée de photophobie , de photopsie, de surcroît d'aciivité dans la sécrétion des larmes , de rougeur de la conjonctive et de la sclérotique , de maladie de l'iris et d'autres symptômes de maladie profonde de l'œil. Lorsque le pus existe en petite quantité , il occupe, comme nous l'avons dit, la partie la plus déclive des chambres, et on le trouve dans une position horizontale comme un corps plus pesant dans un liquide où il serait précipité. Dans sa première période, cette maladie n'augmente point les douleurs et l'état général de la maladie ; mais lorsqu'il existe en grande quaniité, que les chambres sont envahies, il se manifeste dans l'œil un sentiment de pression fort incommode , accompagné de douleurs profondes dans l'œil et dans la tête, douleurs intolérables, qui s'irradient aux tempes et jusque dans la mâchoire inférieure.
Le célèbre professeur Béer divise cette maladie en hypopyon vrai et en hypopyon faux. Selon lui , Thypopyon vrai est celui où le pus s'est formé dans la chambre de l'œil ou dans l'iris : Ihypopyon faux est celui qui s'est introduit dans la chambre antérieure à la suite de la perforation de la cornée par un ul-
cère. Selon d'autres auteurs, l'hypopyon vrai est celui qui est produit par un véritable pus accumulé dans les chambres de l'œil; l'hypopyon faux au contraire est produit par un liquide puriforme et lymphatique qui s'accumule dans les chambres de l'œil , et que nous décrirons à part.
L'hypopyon se forme quelquefois par la métastase du pus vers l'œil ; mais il est beaucoup plus souvent l'effet de quelque grave ophthalmie , surtout de Tiris et du chémosîs qui ne se sont point terminées parla résolution. Il n'est pas rare de voir Thypopyon accompagné d'une grave ophthalmie, au point que l'affection phlegmoneuse attire à elle la principale attention du médecin , et que le pyosis n'est considéré que comme un symptôme. Mais si l'inflammation est fort peu de chose, et si l'accumulation du pus dans les chambres de l'œil indique un phénomène imminent , et si elle constitue l'objet principal du traitement , la maladie est dite avec raison hypopyon.
Le pronostic de cette affection varie suivant la quantité de pus accumulé; lorsqu'elle est fort petite, elle se résorbe assez facilement sans porter atteinte à la vue, quelle que soit la nature du pus; mais il est beaucoup plus difficile de le faire disparaître, lorsqu'il dépasse la marge supérieure de la pupille. Car, en pareil cas , il arrive fréquemment qu'une certaine quantité de pus reste dans la pupille et en produit l'oblitération ; si toute la chambre antérieure est remplie de pus , on ne tarde pas à voir la cornée se transformer en un bourbier purulent, et tomber en phihisie. L'hypopyon entraîne principalement ces funestes conséquences lorsqu'il n'est pas convenablement traité.
Les moyens thérapeutiques employés contre celte maladie varient suivant la quantité de pus accumulé : dans les cas où elle est fort peu de chose, on fait usage des vapeurs d'une décoction émolliente dirigée sur l'œil oU bien de la décoction des mêmes substances que Ton instille sur l'organe.
«îles sont surtout Irès-uliles tant qu'il reste quelque peu d'inflammation. Mais si l'hypopyon dtite depuis fort longtemps , il faut chercher à stimuler l'action absorbante des vaisseaux par Tapplicaiion de sachets aromatiques convena» blement chauffés , de la teinture anodyne ou du laudanum liquide deSydenhum, une ou deux fois par jour. On emploie aussi très à propos les purgatifs salins, dont l'action est d'activer Texcrétion des humeurs et les vaisseaux absorbans ; lorsqu'il y a une grande quantité de pus dans les chambres de Tœil, il faut commencer par faire une ouverture à la cornée , dont on incise la partie inférieure avec le couteau à cataracte , afin de faire sortir ce pus. Dans le cas où la communication des chambres serait supprimée par l'occlusion de la pupille , on ne peut pas pratiquer une incision sur la cornée , ainsi que l'indique Grœff , afin de donner issue au pus : on pratique une incision sur la sclérotique près de la marge inférieure de la cornée, avec le couteau à cataracte , dont le tranchant est tourné en arrière , et l'oa pénètre dans la chambre postérieure. Quoiqu'on ait pratiqué une semblable incision sur la cornée ou la sclérotique , le pus n'est pas évacué à l'instant même ; le plus souvent il ne sort que goutte à goutte à cause de sa grande densité. Il est quel juefois très-utile d'instiller souvent pendant le jour une décoction de mauve ou de toute autre liquide émollient afin de provoquer la sortie du pus ; on est aussi parfois obligé d'écarter de temps en temps les lèvres de la plaie avec la pointe du couteau , afin qu'elles ne s'agglutinent pas. Après avoir évacué , par ce moyen , la plus grande partie du pus, on recourt aux purgatifs anti-phlogistiques , aux sacs aromatiques et à la teinture anodyne. Hypohœma. Cette affection n'est autre chose qu'un épanchement sanguin dans les chambres de l'œil. Lorsqu'il est très minime on l'aperçoit seulement dans le fond de la chambre antérieure sans qu'il s'y produise ni incommodité ni douleur .- une couleur rougeâtre , dont la pupille n'est
pas atteinte , le fait facilement distinguer de rhunoeur aqueuse. Lorsqu'une grande masse de sang est accumulée dans l'œil Ja chambre antérieure en est absolument remplie, au point qu'on n'aperçoit plus ni iris, ni pupille. Outre la perte de la vue , le malade en pareil cas est tourmenté d'un sentiment de pesanteur ou d'une douleur tensive de Toeil. L'épanchement parvenu à son plus haut degré d'intensité, la cornée fait saillie en dehors, le bulbe a augmenté de volume , ses mouvemens sont difficiles , il se rompt quelquefois : les douleurs sont atroces et continues.
L'hypohsema a souvent lieu par suite des lésions de l'œil. Dans les opérations de la cataracte faites à travers la sclérotique , il arrive aussi très-souvent qu'il se répand dans les chambres de l'œil du sang qui provient de la lésion des vaisseaux ciliaires ou de ceux de l'iris. La même chose a encore lieu dans les cas de pupille artificielle , et principa* lement dans la corédialysie. Les blessures faites accidentellement à l'œil, donnent aussi lieu à un épanchement sanguin dans les chambres de cet organe , lorsqu'elles sont faites par un instrument qui pénètre dans ses parties internes. Les lésions produites par des instrumens mousses, sans solution de continuité , peuvent aussi donner naissance à l'hypolisema, lorsque le choc est très-fort : nous ne parlerons point ici de l'effusion sanguine que l'on rencontre dans les chambres de l'œil dans les cas d'ophthalmie, surtout de Tiritis elle ne constitue qu'un symptôme.
S'il ne se déclare aucune inflammation , le pronostic de celte afleciion , lorsqu'elle est irès-lôgère comme après les lésions artificielles de l'œil , est bien peu de chose ; car par les seules forces de la nature, cette légère effusion de sang se résorbe promptement. Mais si la durée de Thypolisema donne lieu à l'inflammation, et s'il se fait une exsudation lymphatique , la pupille sera obstruée par la lymphe accumulée et par les caillots sanguins qui ont résisté à l'absorption , surtout si on n'y apporte aucun remède. Privé des
secours de ia médecine , et parvenu à son maximum d'iatensilé, Thypohaema se termine presque toujours par une ophthalmie qui détruit le bulbe oculaire par la suppuration. Dans le pronostic de l'hypohaema , il n'est pas inutile de prendre en considération la cause qui y a donné lieu : en effet , lorsqu'une violente contusion a donné naissance à cette affection , que Torgane^ne peut distinguer la lumière d'avec les ténèbres, il est permis en pareil cas de supposer la paralysie.
On ne saurait observer avec trop d'attention , pour le traitement, le degré de la maladie et linflammation qui l'accompagne. Il faut recourir à la section de la veine et aux autres moyens antiphlogistiques s'il y a des symptômes inflammatoires. Lors même qu'il n'y aurait aucun signe inflammatoire, il faudrait encore employer les purgatifs antiphlogistiques , surtout le calomel , afin d'exciter l'action absorbante des vaisseaux de l'œil, par l'abondance des excrétions alvines : on donne aussi l'arnica, la digitale pourprée et d'autres médicamens à l'intérieur s'il n'y a pas d'inflammation. Si le sang enfermé dans les membranes est en grande quantité, il faut bien pratiquer une issue en incisant la cornée : mais il suffit d'abord de faire des fomentations avec l'oxycrat ou l'eau froide s'il est en petite quantité : on a recours plus tard aux infusions aqueuses ou vineuses des plantes aromatiques.
Hypogala. L'hypogala est une affection de Toeil consistant dans un dépôt de lait dans cet organe : les chambres de l'œil sont remplies dans celte maladie, ou d'une humeur aqueuse ressemblant à du lait , ou d'un lait pur et naturel. Les vaisseaux de la conjonctive , de la sclérotique sont gorgés de sang : la lentille crystalline et le corps vitré contractent une couleur blanche ; il se manifeste de grandes douleurs dans les yeux et la tète , la vue est tellement abolie que Tœil ne peut pas même distinguer la lumière d'avec les ténèbres : le malade aperçoit des traînées de feu
très-incommodes , rallération du pouls et de la chaleur accompagnée des autres symptômes , indique très-souvent l'existence de la fièvre inflammatoire. Cette maladie affecte les femmes lorsque la sécrétion laiteuse des mamelles est supprimée par le froid , la chaleur ou toute autre cause.
Cette maladie affecte ordinairement les deux yeux , elle est cependant rare dans la pratique, et je ne Tai jamais vue : je la décris d'après le professeur Fabini. Selon hii, le pronostic en est très-fâcheux ; car il est très-difficile de rétablir la transparence des humeurs, quoique l'humeur aqueuse recouvre un peu de sa transparence : la lentille cristalline, le corps vitré restent communément opaques et la vue est abolie. Dans le cas extrêmement rare où les humeurs de l'œil recouvreraient parfaitement leur transparence, l'état primitif de la vue ne se rétablit presque jamais : car les malades sont presque toujours affectés d'amaurose ou d'ambliopie amaurotique.
Eu égard à la constitution générale du malade , il y a deux indications à remplir dans le traitement de cette maladie. L'une regarde la suppression de la sécrétion laiteuse qu'il s'agit de rétablir, l'autre le dépôt de lait qui est dans l'œil , et dont il faut chercher à obtenir l'absorption.
On cherche d'abord à rappeler la sécrétion du lait par des cataplasmes émolliens, plus tard par des cataplasmes irritans préparés avec des poudres de fleurs de camomille et de ciguë. Dans ce but on se sert avec avantage de sacs aromatiques souvent réchauffes ; ou bien, avec un morceau de linge imbibé de la fumée de l'encens, du mastic ou d'autres résines on fait des frictions sur les seins : on prescrit l'usage interne de l'arnica , du camphre , du chlorure de mercure pour opérer la résorption du lait qui est dans l'œil. Mais si cette affection est accompagnée de fièvre inflammatoire , on emploie seulement les cataplasmes émolliens pour rétablir la sécrétion laiteuse : suivant l'intensité de la
jBèvfe on a recours à la saignée avec la lanœlte pour la mî* tîger : on donne quelques légers purgatifs salins et autres remèdes antiphloglstiques ; mais il convient d'employer les moyens propres à activer la résorption laiteuse, aussitôt que la fièvre est tombée.
STErDROPHTIIAIiBlIi: , OU HYDROPISIE BE L'OS II..
Comme l'indique le mot hydrophthalmie , c'est une colleStion d'eau dans Toeil qui cause cette maladie que Ton nomme aussi hydropisie de l'œil. Cette affection qui est assez rare en Europe est commune en Orient : M. Grellois (1) , chirurgien militaire , Ta rencontrée souvent en Afrique , et elle lui a fourni le sujet de sa thèse inaugurale. Cette maladie est souvent héréditaire ainsi que l'observe M. Grellois , et j'en connais un assez grand nombre de cas, qui sont congéniaux (chez les moutons et les veaux nouveau-nés, on rencontre souvent cette affection).
Comme l'accumulation aqueuse peut occuper diverses places dans l'œil , l'on est convenu d'admettre quatre espèces d'hydrophthalmies , V hydrophthalmie antérieure j V hydrophthalmie mixte , V hydrophthalmie postérieure et V hydrophthalmie de la choroïde.
Toutes les causes qui détruisent l'équilibre entre les vaisseaux absorbans et les organes sécréteurs , peuvent produire l'hydropisie de l'œil : ainsi il faut placer en première ligne les inflammations des diverses parties de l'œil, et surtout de celles qui sont destinées à sécréter l'humeur aqueuse, et qui produisent souvent une hypersécrétion telle qu'à l'état aigu elle entraîne des accidens graves, comme le rhexis de Vœil: lorsque la sécrétion est augmentée peu à peu , elle ne détruit point la sphère antérieure de Fœil , mais elle modifie sa forme. Avec la plupart des ophlhalmo-
i^'(l) Grellois, thèse inaugurale, Paris, 1836, n^ 157.
logistescomtemporains, je considère Thydropisie de Vœil comme le résultat de rinflammation des diverses parties destinées à sécréter des liquides transparens. Cette collection anormale de liquide peut aussi élre le résultat d'une brusque interruption des fonctions de la peau , et j'ai remarqué que dans un grand nombre de cas elle se manifestait à la suite des exanthèmes aigus qui n'avaient point accompli toutes leurs périodes ; et il n'est pas de praticien qui ne sache combien les hydropisies et les leucopblegmasies sont fréquentes , à la suite de ces répercussions.
Il faut aussi se hâter de le reconnaître , il peut y avoir des hydropisies de Toeil par cause de faiblesse générale , comme il y en a dans les autres organes : les obseivations de M. Grellois viennent à l'appui de cette opinion. Comme nous l'avons dit (1) , cette maladie est très fréquente sur la côte de Barbarie, où il Ta observée souvent (2) : « A Alger, »^ dit-il, cette maladie porte en partie ses atteintes sur les >x individus de la caste juive, qui là plus qu'ailleurs sont » condamnés à la misère, forcés par la pauvreté à s'en- » tasser, hommes , femmes et enfans, dans un espace irès- >i rétréci , en proie à la malpropreté la plus dégoûtante : M heureux encore quand une nourriture peu saine , peu » abondante peut les soustraire à la faim. »
Selon le même auteur, la blancheur éblouissante des maisons peut aussi influer considérablement sur le nombre des hydrophllialmies ; car à Bougie , où cette circonstance n'existe pas , cette maladie est très-rare. « C'est un dou- » loureux spectacle , dit-il , de voir dans les rues étroites » d'Alger , des files de six à huit aveugles , se suivant » les uns les autres , et se servant réciproquement de » conducteurs ; chez presque tous, la cécité est due à l'hy- »drophilialmie(2).n
(1) Grellois j'ouvrage cité.
(2) Grellois , ouvr. cité. ^^x , ...
On ne peut plus admettre aujourd'hui l'oblitération des pores de la cornée , puisqu'ils n'existent pas ; c'est tout aussi irrationnel de croire avec Midlemore, que cette maladie est due uniquement à une cause locale , et n'est jamais constitutionnelle. Les affections scrofuleuses et syphylitiques peuvent aussi être rangées au nombre des causes qui produisent Thydrophtlialmie : quant à celles qui sont traumatiques , elles sont évidentes.
Comme Taccumulation de Teau peut occuper diverses places dans l'œil , l'on est convenu d'admettre quatre espèces ôi' kydrophthalmies , V hydropJithalmie antérieure, Vhy-^ drophthalmie mixte et la postérieure enfin l'hydrophthalmie clioroidienne. M. Mackensie (1) a constaté une cinquième variété , qui consiste en un épanchement entre la choroïde et la rétine.
Ilydropisie antérieure ou précornéenne. Cette hydropisié de l'œil a uniquement son siège dans les chambres antérieures et postérieures de l'œil ; elle est due à l'augmentation de l'humeur aqueuse , qui distend la cornée , l'amincit el lui imprime une forme sphérique très-prononcée. Celleci ne tarde pas à perdre sa diaphane! lé , parce que les paupières la frottent , l'irritent , la dépolissent : cependant elle peut arriver à un degré de développement énorme sans perdre de sa pellucidité ; j'ai vu à Paris aux Néothermes , un jeune homme hydrophthalme de naissance qui était dans ce cas.
J'ai démontré dans la Gazette médicale de Paris (2) le mécanisme au moyen duquel l'hydrophthalmie antérieure devenait latérale, et comment avait heu l'envahissement aqueux et l'amincissement de la sclérotique, qui prend alors une teinte bleuâtre. L'iris est presque toujours tremblotante, la pupille dilatée ou immobile, le globe de l'œil pa-
(1) Mackensie, ouvr. cité.
(2) Gazette médicale de Paris , 1S32. ^
raît plus dur, les mouvemens sont difficiles, alors que les malades regardent en bas ; en penchant la tête, il leur semble que l'œil va tomber, et celte sensation est accompagnée de tiraillemens très-douloureux dans le nerf optique. Je connais une dame du département du Cher , chez laquelle ce phénomène est tellement développé^ qu'elle est obligée de se placer pour manger, devant une table trèsélevée, dans la crainte de baisser la tête.
Dans le commencement de la-maladie, la vue commence par diminuer , le malade est affecté de symptômes de myopie , peu à peu sa vue diminue et une cécité complète est imminente , à moins que la maladie ne reste stationnaire , ce que Ton a observé bien souvent. L'hydrophthalmie antérieure se termine quelquefois par la guérison, c'est surtout quand la maladie est symptomatique : quand celle-là n'a pas lieu et que la maladie augmente, l'œil peut se rompre et dégénérer ensuite en une affection cancéreuse.
Hfdrophthalmie postérieure. Dans cette espèce d'hydropisie , la maladie se développe à la partie postérieure de l'œil entre l'humeur vitrée et la rétine; par son développement elle donne à l'œil une forme de cône tronqué , ayant une grande analogie avec l'œil des oiseaux du genre Stryx^ analogie que M. Grellois (1) exprime en ces termes : la coTiif exilé de la cornée est telle qiicUe forme le segment d'une sphère beaucoup plus petite^ ajoutée à une sphère beaucoup plus grande. La cornée prend ensuite une forme conique , puis elle s'amincit et se redouble : l'iris, poussé^en avant, se bombe , et finit par se trouver en contact avec la cornée à sa concavité : la sclérotique s'amincit, devient bleue, brunâtre, variqueuse, l'humeur aqueuse se trouble, la pupille se contracte, et l'on voit souvent le cristallin faire saillie à travers son ouverture ; le globe de l'œil devient très-dur ,
(1) Grellois, ouvr, cité.
le malade y éprouve une tension telle , qu'il pense le voir éclater à chaque instant ; aussi celte espèce d'hydrophthalmie est-elle bien plus douloureuse que l'autre. Les malades deviennent souvent furieux, ils demandent que Ton évacue le liquide , et Béer (1) raconte que plusieurs malades, pressés par la douleur, pratiquèrent euxmêmes cette opération. Dans cette espèce d'hydropisie de l'œil, la cécité est plus rapide et surtout compliquée de phénomènes amaurotiques, dus à la compression de la rétine.
Les phénomènes de diminution de la vue se traduisent encore ici par des symptômes de myopie, ce que Ton explique très-facilement , lorsqu'on se rappelle les belles expériences de sir Everard Home sur les modifications apportées à la vue par les différentes courbures que prend la cornée; aussi ne saurais-je comprendre comment M. Middlemore peut considérer la presbytie comme un des symptômes diff'érentiels de cette variété.
H fdrophthalmie mixte f buphthalmie. Cette espèce d'hydrophthalmie est produite par la réunion des symptômes des deux autres variétés ; dans celle-ci l'œil est beaucoup plus gros, uniformément développé , ce qui lui a fait donner le nom d'œil de bœuf. Dans ce cas le globe est tellement développé qu'il sort de l'orbite, comme si une tumeur, siégeant au fond de la boîte osseuse, le chassait en avant. Cette maladie est souvent congéniale ; la cornée alors a presque toujours perdu sa transparence. Lorsque la maladie est accidentelle, cette membrane reste pellucide jusqu'au moment où elle éclate par son extrême amincissement. La sclérotique est bleue , dans presque toute sa circonférence, elle est parsemée de vaisseaux variqueux, plus ou moins développés ; l'iris est flottant , la pupille dilatée , et le cristallin, ayant brisé ses attaches , se promène dans
• (1) Béer, ouvrage cité. •:.■■ ^ ,'^' > r^'i-yw {D
Tune et Tautre chambre. Lorsque les paupières ne peuvent que difficilement recouvrir le {jlobe, la cornée s'enflamme, s'ulcère , et finit par se soulever ; l'œil se vide alors plus ou moins complètement, l'introduction de l'air l'enflamme , et il dé(îénère fréquemment en une tumeur fonj^ueuse.
Hjdropisie choroïdienne OU sous-scléroiicale. Cette hydropisie de l'œil, de la formation de laquelle nou5 indiquerons le mécanisme en parlant du staphylome de la sclérotique, ne peut point être reconnue du vivant de Tindividu lorsqu'elle est placée à la partie postérieure de l'œil; mais quand elle a lieu sur les côtés, on peut la reconnaître aux symptômes suivans : Augmentation du volume de l'œil dans le point malade, distension et (Redoublement de la sclérotique, teinte bleuâtre de la partie , dilatation de la pupille , varicosités des vaisseaux recouvrant la tumeur , abolition graduelle de la vue , lorsque la maladie se forme lentement , instantanée lorsque la collection du fluide est rapide. Lorsque la maladie est avancée , on aperçoit dans la pupille un corps opaque qui n'est autre chose que la rétine privée de sa transparence, et portée en avant par la choroïde refoulée à son tour par le liquide sous-sclérotidien. Quant à l'épanchement sous-rétinien , ainsi que la observé M. Mackensie , il n'y a pas encore de symptômes caractéristiques, pour faire reconnaître cette espèce.
Traitement. Due à une foule de causes différentes, Thydrophthalmie nécessite aussi des traitemens variés. Il est bien important de s'assurer s'il existe encore des phénomènes inflammatoires , car il serait imprudent de ne point les combattre, et il y aurait erreur de diagnostic, à leur opposer un traitement stimulant. Ainsi, si l'inflammation productrice de la maladie n'étant point encore éteinte, il faut la combattre par des moyens antiphlogistiques; on doit surtout insister sur les saignées générales , parce que , d'après les belles observations de M. Magendie, elles ont le double effet d'augmenter l'activité des vaisseaux absorbans , et de
diminuer l'inflammation : s'il est nécessaire on leur fera succéder les saignées locales. On accélérera les effets de ce traitement par l'usage du sel de nilre à hautes doses , auquel on pourra joindre quelques autres diurétiques , le calomel à hautes doses , la teinture de colchique automnale ,^ sont ici indiquées. Les frictions et les applications d'onguent napolitain ont très-bien réussi à Weller (1) et Grellois (2). Lorsque la maladie est due à la brusque répercussion d'un exanthème, il faut insister sur l'usage des bains de vapeur. S'il est possible on cherchera à ramener l'exanthème au moyen de frictions et de pommades irritantes; et en procédant par analogie, on peut recommander les vésicatoires volans , dont l'usage réitéré et prolongé a guéri non seulement des hydropisies articulaires, mais encore des hydrocèles anciennes.
Lorsque ces ressources sont insuffisantes il faut recourir à des moyens chirurgicaux. Autrefois quand l'hydropisie était incurable l'on extirpait l'œil en entier ; mais cette pratique ne tarda pas a être abandonnée , lorsque Nuck (1) eût , à l'exemple des Chinois et des Japonais pratiqué la ponction de l'œil, ou évacués les humeurs, avec un petit irocart plongé au centre de la cornée. Woolhouse son imitateur pour pratiquer la même opération , faisait la ponction dans la sclérotique : Heister, Mauchard, Marchand faisaient une mcision à la cornée avec une lancette : Ricther voulait que l'on emportât une partie de la cornée , ou que l'on passât dans cette membrane un petit séton; enfin, Choppart et Desault , pratiquaient l'excision partielle de l'œil et quelquefois son extirpation.
Dans l'état actuel de la science on a renoncé à l'extirpation du globe de l'œil pour guérir l'hydrophthalmie : on n'emploie que fort peu la ponction , le procédé le plus
■ (1) Weller, ouvr. cité.
(2) Grellois , ouvr. cité. »
convenable , celui qui oflie des résultats les plus avantageux c'est l'excision de la cornée, au moyen de laquelle on vide l'œil et on le réduit à l'état de moignon inerte, capable de supporter ensuite une pièce artificielle. Pour y procéder on suivra les mêmes indications que celles que nous avons données pour rextirpalion du stapbylome. Cette opération n'est point dangereuse ;, je ne l'ai jamais vue suivie d'accidens graves : M. Sanson (î) professe la même opi-^ nion , M. Velpeau au contraire lui attribue une certaine gravité.
Afin de se passer d'aide pour pratiquer celte opération , M. Demours avait fait construire un instrument de Dumont suffisamment large pour y engager le segment antérieur de l'œil : en lâchant la détente, la lame enlevait avec rapidité toute la partie engagée dans la lunette de cet instrument. Je répète ce que j ai dit ailleurs (2) , cette espèce de guillotine n'a aucun avantage, que la célérité ; à peine serait-il permis de s'en servir [chez les personnes excessivement pusillanimes.
Lorsque la rupture de l'œil a eu lieu spontanément, il se manifeste souvent à la suite des phénomènes de luxuriation charnue qu'il faut réprimer avec le nitrate d'argent ou tout autre caustique. Ces moyens ne sont pas toujours suffisans , fœil prend des caractères cancéreux ; il faut alors l'extirper, c'est le seul cas où il soit permis de tenter cette opération pour rhydrophthalmie : ce cas échéant, on y procédera selon les préceptes indiqués à l'article cancer.
(i) Sanson, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique. (2) Gazette médicale.