LUNDI 22 MAI
RIVR DROITE
Pendant que dans la nuit la Commune éveillait la population par la générale battue dans tous les quartiers et le tocsin sonné à toutes les cloches, le corps d’armée du général Ladmirault, suivant celui du général Douay, entrait à son tour par les portes de Passy et d’Auteuil.
Dans leur surprise, les bataillons fédérés se débandèrent et s’enfuirent.
Au château de la Muette, l’état-major fut fait prisonnier presque entièrement.
Le général Ladmirault, arrivé ainsi jusque dans
l’avenue de la Grande-Armée, attaqua et emporta la barricade en avant de FArc-de-Triomphe.
A sept heures du matin, le drapeau tricolore flottait au sommet de ce monument, et les obus venant de Montmartre essayèrent vainement de l’abattre.
De son côté, le corps du général Clinchant pénétrait aussi par les mêmes points et tournait les remparts à l’intérieur jusqu’à la hauteur de la place Péreire ; il descendit ensuite le faubourg Saint-Honoré, tandis que le général Montaudon, suivant le mouvement au dehors , opérait sur Neuilly, Levallois-Perret, Clichy et Saint-Ouen, où il enlevait aux fédérés 105 bouches à feu.
L’Arc -de-Triomphe enlevé, les troupes descendirent à la fois vers la place de la Concorde et le nouvel Opéra par l’avenue Friedland et l’ancien boulevard Haussmann.
Le corps du général Douay s’avança également par les quais jusqu’aux Champs-Elysées.
Nous n’indiquons, bien entendu, que le mouvement général, car il fallait prendre par toutes les rues et enlever les barricades dont elles étaient parsemées.
Dans le premier moment de stupeur où les avait
jetés l’attaque, la résistance des fédérés était beaucoup moins grande qu’on ne l’aurait supposé.
Vers onze heures du matin, la caserne de la Pépinière était au pouvoir du général Ladmirault.
Le général Clinchant continua à faire descendre ses troupes par le faubourg Saint-Honoré, d’un côté, et par les boulevards extérieurs, de l’autre. Dans la journée, il se trouvait établi à la hauteur de la place de l’Europe, au parc Monceaux et au nouveau collège Chaptal.
La gare Saint-Lazare avait aussi été prise et les troupes se trouvaient établies au bout de la rue du Havre, près des magasins du Printemps.
Aussitôt revenus à eux, les fédérés et la Commune s’occupèrent d’organiser la résistance et de reprendre l’offensive.
Les délégués se rendirent dans leurs arrondissements respectifs.
Le Comité de salut public, en permanence à l’Hôtel de Ville, confia la défense de Montmartre à Cluseret et celle de Belleville et de la Villette à Dombrowski.
Sur les boulevards, à tous les carrefours, dans toutes les rues, les fédérés arrêtaient les passants,
réquisitionnaient les tonneaux vides, et même les meubles, et entassaient les pavés en barricades.
De temps en temps le canon tonnait dans la direction des Champs-Elysées, les obus tombaient dans les environs de la Bourse et de la Banque, les rares promeneurs se rangeaient près des maisons afin d’éviter les projectiles.
On crut d’abord que Montmartre bombardait les quartiers du centre ; c’était l'artillerie du parc Monceaux qui battait les principales positions des fédérés.
Vers sept heures, une vive fusillade éclata rue de Châteaudun ; l'avant-garde était à l’église de la Trinité.
Puis peu à peu le bruit cessa et Ton s’attendit à une nuit terrible.
RIVE GAUCHE
Dans la soirée de dimanche, le bruit se répandit dans plusieurs quartiers de la rive gauche que
l’armée avait forcé l’enceinte et qu’elle occupait déjà quelques points extrêmes de la ville.
Bien que ce ne fût qu’une rumeur, cette nouvelle produisit partout une émotion excessive, et dè& la première heure du jour des groupes se formèrent sur divers points.
Le premier acte d’hostilité armée contre la Commune a été accompli rue du Bac par quelques courageux citoyens, appartenant au 16e bataillon delà garde nationale.
A cinq heures du matin, le lieutenant-colonel Durouchoux (1) prévenait les commandants des 15e, 16e, 17e et 106e bataillons de l’entrée de l’armée à Paris, et leur donnait rendez-vous pour neuf heures du matin au square des Ménages.
Pendant que les capitaines commandants prévenaient les officiers et les hommes, un premier incident se produisait aux écoles de la rue du Bac.
Le sous-lieutenant Vrignault, porte-drapeau du 16e bataillon et rédacteur en chef du Bien public,
(1) M. Durouchoux est un notable négociant en vins dont la réputation honorable était justement méritée. Son acte héroïque laissera longtemps son souvenirdans l’esprit de ses concitoyens, car il a succombé à
ses blessures. •
aidé de l’adjudant payeur Guyard, qui a fait preuve dans ces deux journées d’une grande bravoure, enlevait le drapeau rouge qui se trouvait à l’école communale, rue du Bac, ainsi que celui qui était arboré au commissariat de police, rue de Varennes, et aux applaudissements des habitants du quartier, y substituait le drapeau tricolore. C’était la première fois que depuis la Commune le drapeau national était arboré dans Paris.
Peu de temps après, les deux membres de la Commune, Urbain et Sicard, parcouraient à cheval les rues du quartier Saint-Thomas-d’ Aquin, excitant leurs adhérents à élever des barricades aux principaux carrefours, notamment à l’intersection des rues du Bac et de Grenelle.
Le colonel Durouchoux, prévenu, descendit dans la rue en uniforme ; il rallia le lieutenant Marin, de la 2e compagnie de guerre du 16e bataillon; le sous-lieutenant Vrignault, porte-drapeau du 16°; Cassan , sergent-major de la lre compagnie de guerre du 16% et Grandin, garde à la 3e sédentaire du 16e bataillon, et il se précipita, le sabre à la main, sur la barricade aux cris de « Vive la République ! A bas la Commune ! » — Les fédérés se dispersèrent devant cet élan, et le colonel s’engageait